LES ARCHIVES DU REGARD QUI BAT depuis 2020

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février 2022

Dimanche 20 février 2022 à 20h

Cinéma Les 3 Luxembourg


MINA TANNENBAUM

Un film de Martine Dugowson

France 1994 - 2h8mn - Copie 35mm

La projection suivie d’une rencontre débat avec Martine Dugowson

débat animé par : Jean-Jacques Moscovitz, Fred Siksou, Vannina Micheli-Rechtman, Lysiane Lamantowicz, Laura Kofler, Simone Wiener, Françoise Moscovitz…

synopsis : Deux filles naissent le 15 avril 1958 dans le même hôpital. Mina est myope et porte des lunettes dès l'âge de cinq ans. Ethel sera grosse jusqu'à la fin de son adolescence et sa mère lui interdit d'épouser un goy. Alors âgées de dix ans, timides et complexées, les deux filles se rencontrent sur un banc à Montmartre. Elles deviennent amies. À seize ans, elles sont toujours sur ce banc à parler de la vie, des gens et de l'amour. À trente ans, elles n'en peuvent plus de se ressembler et de parler de leur vie…

l’avant-propos de Kliclo Monkowicki : C’est au cours d’un de ces magnifiques dîners-rencontres qu’organisait Pascal Kané, qui aimait cuisiner autant qu’il aimait le cinéma et l’art, que nous avons fait la connaissance de Martine Dugowson. C’est aussi en sortant de cette soirée qui devait être la dernière pour nous, mais nous ne le savions pas (il décèdera quelques mois plus tard) que j’ai proposé à Jean-Jacques Moscovitz de projeter "Mina Tannenbaum" au Regard Qui Bat .

Mina Tannenbaum ! C’est ma fille de 20 ans qui, lorsqu’il sortit, m’avait dit : « Va voir ce film, on dirait qu’il a été tourné pour toi ». Ce fut un choc !

Mina Tannenbaum, c’est la destinée de deux gamines, nées le même jour et qui vivent les étapes de l’existence, main dans la main ou dos à dos, dans les rires et les larmes, les révoltes et les émois, la complicité et les disputes, nostalgiques et impatientes, soudées par moments ou séparées par les aléas de la vie. Comme tout le monde, en quelque sorte.

Sauf… Que l’une est ashkénaze, fille d’une mère dépressive, rescapée de la Shoah, qui pourfend sa fille de ses larmes, de son chagrin et de sa culpabilité. L’autre est Sépharade, fille d’une mère intrusive qui l’entrave de ses craintes infondées, ses plaintes et ses angoisses asphyxiantes. Toutes deux se débattent pour ne pas être détruites par ces mères anxiogènes. L’une a peur de vivre. L’autre de mourir.

En ce temps-là, la France n’était pas prête à entendre son histoire. Réalisé bien avant le procès Papon (1997/98) et l’édification du Mémorial de la Shoah (2005), il soulève la chape du silence qui enveloppait encore l’existentiel juif.

Faire appel à l’art, pour évoquer ce passé douloureux et obsédant est aussi méritoire. Le remarquable choix de l’œuvre du peintre Zwy Milshtein, envahie par les fantômes, éclabousse l’écran par la violence de la couleur, de la trace et la profondeur de la matière.

Mais face au poids de l’histoire qui écorche, le génie suffit-il à vivre ?

Film culte car à la marge ; quasi confidentiel. Et même si le monde a changé, "Mina Tannenbaum" continue de porter, comme une onde de choc, cette nostalgie qui accompagne les instants inoubliables de la vie.

la réponse de Martine Dugowson : Merci pour le texte qui me touche. Pour préciser les choses, je dois dire que le film n'était pas confidentiel à sa sortie mais que le thème de l'héritage juif n'a pas été relevé ou quand il l'a été, il a déplu dans le milieu ashkénaze à la génération qui avait vécu la guerre enfant. D'ailleurs, il y a un blocus/blocage en France à ce sujet. Le livre d'Helen Epstein , "Le traumatisme en héritage" (Children of the Holocaust) édité aux USA en 1988 et qui parlait précisément de la transmission des traumatismes de la Shoah n'a été traduit en France qu'en 2012 alors qu'il avait été traduit très vite dans d'autres pays dont Israël.

l’avant-propos de Lysiane Lamantowicz : 1994 , un film sur ma jeunesse deux amies nées un mois avant moi. Mon enfance, mon adolescence de fille juive dans les années 75/80 , insouciance et perplexité . je regardais ce film avec mes filles dans les années 2000 , 25 ans après, tout était différent et pourtant il était encore possible de s’y reconnaître pour elles . Travail de la mémoire, images fugitives , fragments du passé. À l’époque, on croyait encore à une certaine intemporalité du désir féminin et humain en général avec ses zones obscures, ses souffrances, ses plaisirs ou les deux liées . Il n’était pas question d’éradiquer le patriarcat, de reprogrammer le désir féminin conditionné par les stéréotypes de genre ou de réinventer le genre. On bricolait comme on pouvait , tiraillées entre le désir de s’émanciper et celui de plaire , ça coïncidait un peu, ça boitait beaucoup . Tout n’était pas le résultat de la performativité . On croyait encore possible d’articuler biologique et psychique dans une dialectique subtile à explorer . On était pour la libération de la femme, les mêmes droits et l’absence de discrimination au travail . Le souci de totalement éradiquer la violence patriarcale , idéologie totalitaire qui exerce en retour une violence radicale, n’existait pas . Bref mes filles et moi regardions ce film qui parlait de cette période à la fois radicalement excitante et radicalement douloureuse , l’adolescence . . . De l’amitié qui est toujours un mélange d’amour , de sublimation et de rivalité . Du paradis perdu de l’enfance . De la difficulté à devenir adulte , du renoncement aux idéaux , des amitiés qui se brisent comme se brisent les histoires d’amour alors que l’amour dure toujours . Est-ce que tout ça est pure construction culturelle, étions-nous juste victimes des stéréotypes de genre, d’un conditionnement performatif . Ou y a-t-il des invariants structurels au-delà de la culture désir masculin / désir féminin que chaque époque formule avec ses signifiants spécifiques : « penispied », Nom-du-père, régime de domination patriarcal ? Mais qu’ on peut à chaque époque, entendre de notre place, avec notre écoute sans être enfermés dans des stéréotypes . Ce film en est la trace, la preuve à la fois daté par son contexte historique, ses modalités de dire et intemporel car nous nous y reconnaissons tous en tant qu’êtres désirants .

l’avant-propos de Jean-Jacques Moscovitz :

« … Paroles mots regard à regardVérité inscriteLiens immensesAu présent dans la ville
Rues de ParisDécoupe du ciel d’arbres et de toitsImages et lunettesSouvenirs projets Regrets trahisons
Pardons en cours« Insolence des certitudes » de l’amourAdverbes proverbes nomsFulgurances des voix mots malicieux
Chapeaux, visages lumineux, rires et pleursChien qui dort,Femmes bellesDans de belles rues de Paris
Des mots qui courentPeintres peintre peintreFilles fille fille fille vraiment filleOn veut en savoir plus
Elles savent et ne savent pas le direAmour amitié désirJuive non juiveDalida Rita Hayworth Gainsbourg Kafka Enrico
Valse de Mélody« Le soleil est rare , le bonheur l’est aussi »…« Il venait d’avoir18 ans »Jazz mélodie
Rouge écran noirImages pour toujoursPour demainMagnifiques d’amour et de vie »…

novembre 2021

Dimanche 14 novembre 2021 à 20H30

Cinéma Les 3 Luxembourg

SERRE MOI FORT

Un film de Mathieu Amalric

France 2021 - 1h37mn


débat animé par : Jean-Jacques Moscovitz, Fred Siksou, Vannina Micheli-Rechtman, Laura Kofler, Simone Wiener, Françoise Moscovitz…

synopsis : Ça semble être l’histoire d’une femme qui s’en va.

l’avant-propos de Jean-Jacques Moscovitz : « Disparition et trauma ici se nouent, se dénouent, font silence. Vont-ils revenir ? Ils sont attendus pourtant , s’ils reviennent, ce sera sous la forme d’éclair, d’une flèche immenses pour qu’on n’oublie plus: un tel retour du trauma est traumatique.

Nos forces psychiques servent à faire silence, construire du silence, et il ne reste plus qu’à le visiter. C’est ce que fait l’héroïne qui arpentant en imagés ses pensées, celles qui ne peuvent être oubliées, fait le film, elle est la caméra du metteur en scène , c’est elle qui guide le spectateur merveilleusement par sa grâce et son mystère, énigme de ce qui va revenir. Le Je se fait nous, et le nous devient ils , eux ils ne peuvent pas penser, ils ne font que répéter ce qui leur est arrivé avant. C’est elle qui les voient ainsi dans son activité de deuil. Où le mot « parti » veut dire mort et aussi revenir plus tard… Car le néant est méconnu de l’enfance. L’adulte, cette héroïne, à faire une fois SON deuil, elle sait alors que l’amour qui la porte c’est pour et par qui elle vit sa pensée, eux ils ne pensent plus. Des forces psychiques d’amour qui s’échangeaient entre eux tous, elle est la seule qui reste et qui a ainsi construit un départ qui aurait pu être le leur. Trop surchargée de leurs forces psychiques -de « libido » - et de la sienne aussi, voilà que se déclenche la vérité , ils vont revenir tout à l’heure. En plein soleil, en plein été lorsqu’il y a la fonte des neiges dit-on , c’est en fonction du temps. Alors le futur va peut-être reprendre sa place quand même, être plus loin que le passé

Certaines fois les disparus font signe aux vivants qu’ils ne sont pas revenus et qu’ils ne reviendront plus jamais. Plus du tout, sans sépulture. Surmonter l’insurmontable : le cinéma est là pour ça , l’héroïne aussi, oui c’est elle qui crée le film, c’est elle qui nous dit le chemin pour tenir en tant que vivant, à vivre le plus longtemps possible pour ceux qui ne sont plus là . Le deuil, c’est autant de temps à gagner à ne pas en mourir… »

Avril 2021

Dimanche 18 avril 2021 à 19H

En visioconférence Zoom

VISIONNAGE D'UNE SÉRIE TV SUIVI D'UN DÉBAT

EN THÉRAPIE - France 2021

une série réalisée par Eric Toledano & Olivier Nakache, Mathieu Vadepied, Pierre Salvadori et Nicolas Pariser

avec Frédéric Pierrot, Carole Bouquet, Mélanie Thierry, Reda Kateb, Clémence Poésy, Pio Marmaï, Céleste Brunnquell…

débat animé par: Catherine Erman, Laura Kofler, Maria Landau, Simone Wiener, Françoise Moscovitz, Vannina Micheli-Rechtman, Fred Siksou, Jean-Jacques Moscovitz…

synopsis : Au lendemain des attentats de Paris du 13 novembre 2015. À travers les séances hebdomadaires de cinq patients, la série “En thérapie” porte un regard plein d’humanité sur les failles et les contradictions d’une société française en état de choc…

l’avant-propos de Jean-Jacques Moscovitz : "... Le héros principal d’un film est d’ordinaire un acteur , mais ce peut être aussi un objet, une idée, une notion. Dans En thérapie c’est la vérité de la parole échangée. Cette vérité de la parole c’est ce que le metteur en scène dirige pour que nous voyons un film. En thérapie est un film de cinéma qui pourrait passer pour l’investigation d’un grand chroniqueur qui filme comment ça fonctionne la psychanalyse aujourd’hui. Comme spectateur je trouve qu’il y a une vraie richesse dans la succession des sketches . C’est comme ça que je regardais la série des épisodes. Mais très vite j’ai apprécié le mouvement de grande générosité des différentes séquences malgré des difficultés complexes pour construire une unité dans l’ensemble des 36 moments à passer avec les acteurs, les gens qui viennent voir un analyste et ceux qui les reçoivent. Nous sommes du même bois de vérité disait Lacan pour celui qui frappe à la porte d’un psy et le psy qui reçoit sur son divan la parole de vérité, la parole et sa vérité. Il y a même un moment dès le début où Ariane inverse les rôles, il y a une inversion de la demande de vérité. C’est le praticien qui suppose à Ariane une vérité sur la féminité, l’amour, la séduction dans laquelle il tombe, volontairement. Il tombe en ne voulant pas le savoir et pourtant cela se révèle à lui petit à petit. La jeune Camille nous révèle les amours tordus où elle se retrouve malgré elle, ce qui l’oblige à tricher jusqu’à ce que la vérité de la parole se fasse entendre. Elle sait qu’elle aime, elle nous transmet que l’amour existe, c’est dans ses yeux. Pour les autres épisodes il est clair que la structure même et le déroulé même du discours image ont cette force qui dépasse le professionnalisme des réalisateurs. Voilà une transmission de la vérité d’un lien qui dépasse la technique et c’est toute la générosité de ses équipes de scénaristes, d’acteurs, de metteurs en scène qui sont dépassées par la force de ce qui est le transfert c’est-à-dire ce lien privilégié distribué dans tout acte de parole avec un interlocuteur . Et dans l’analyse, c’est ce à quoi l’analyste lui fait de la place afin de le dissoudre pour que l’histoire du sujet émerge, que le sujet puisse s’appuyer sur son histoire et non plus sur ses symptômes. Les analystes évoquent souvent que la transmission de la psychanalyse reste énigmatique, En thérapie aussi...mais avec une simplicité qui donne le goût de son inconscient en levant l’option que ce ne soit que le privilège de certains alors que ce film l’offre à chacun-e… "

Février 2021

Dimanche 7 février 2021 à 19H

En visioconférence Zoom

VISIONNAGE D'UN FILM SUIVI D'UN DÉBAT

La Théorie du Fantôme - France 2001

un film de Pascal Kané

présentation par Pascal Kané : En retrouvant une correspondance de Pologne adressée à mon père, à Paris, et datée de 1939, j’ai compris que sa mère et ses sœurs, disparues en 1942, étaient devenues des fantômes. Par fantômes, il faut entendre des morts sans sépulture dont la plainte, inextinguible, s’est perpétuée jusqu’à aujourd’hui. Ces fantômes, je l’ai découvert, eurent aussi une existence matérielle : ils habitèrent avec nous l'appartement familial. Étant parvenu à comprendre les tourments ainsi causés à mon père, il m'appartenait de ramener ces femmes sur le lieu de leur disparition et de les y enterrer, délivrant mon père et moi d'un terrible fardeau et me réconciliant, vingt ans après sa mort, avec lui.

l’avant-propos de Jean-Jacques Moscovitz : "... Les lèvres d’Eva, traductrice depuis le polonais, tissent les mots, et la voix off pleine de déférence filiale du narrateur-réalisateur nous emmènent dans un « film-voyage » à travers des lettres de femmes qui sont en grand danger au ghetto de Lodz. Elles subiront l’extermination à Chelmno/Ner par le gaz nazi. Le récit est le film dont les images nous conduisent dans la mise au jour de l’histoire d’une famille judéo-polonaise. Les lettres, si poignantes, font œuvre. Elles s’adressent à un homme, étudiant en médecine en France. C’est Léon, ces femmes sont sa mère et ses sœurs. Elles sont liées, emmêlées par leurs phrases qui implorent ce fils, ce frère, de leur envoyer nourriture et vêtements. Nous sommes dans ces années terribles des exterminations nazis des juifs de la Pologne nazifiée. 1939-1940-1941-1942-1943… C’est lui Léon qui sera le père du narrateur, notre ami Pascal Kané, membre assidu du « Regard Qui Bat… ». Pascal est décédé ce 31.8.20. La théorie du fantôme, c’est son histoire paternelle, faite d’énigmes, de secrets, de silenciations qui se nouent, se dévoilent, se cachent à nouveau. Un détail que l’intelligence psychanalytique de Pascal K. révèle. Il concerne le fantôme qui hantait Léon, du fait de la disparition de sa mère et de ses sœurs. Le détail c’est l’étonnante présence dans son bureau médical de la reproduction de La Sainte Anne de Léonard de Vinci . La mère de la Vierge Marie. Qui dans La Vierge Marie et l’enfant Jésus soit toutes deux l’une sur l’autre, jambes emmêlées dans la draperie bleue qui les enserrent, Jésus sur leurs genoux. Avec l’agneau Pascal , oui Pascal, juste à côté . Oui, les femmes de la famille de Léon emmêlent leurs appels au secours et leurs corps encore vivants dans leurs lettres lues par Eva…. Tout comme Léonard peint son monde maternel habité de plusieurs femmes, Léon garde ainsi secret son fantôme selon son fils Pascal. Mais le fils perçoit ainsi la « théorie », le fantasme de son père. Sa perception structure, apaise et produit la levée de l’énigme du silence de son père et la façon dont celui-ci aura protégé son fils . Le film-voyage a lieu en 2000, sortie du film la théorie du fantôme . Voilà un deuil réussi par cette mise à jour grâce à la littérature, l’art du cinéma et la peinture. Dès lors jaillit en 2010 « Je ne vous oublierai jamais » filmant la vie de son Père et ses immenses espoirs de sauver toutes ses femmes de son enfance . … " lire ici la présentation du film "Je ne vous oublierai jamais" et écouter l'enregistrement du débat avec Pascal Kané

Dimanche 8 mars 2020

En Avant-Première

PROJECTION SUIVIE D'UN DÉBAT

Mars 2020

Cinéma Beau Regard

L'Automne à Pyongyang - France 2000

un film de François Margolin

Projection suivie d'une rencontre-débat avec François Margolin

débat animé par : Jean-Jacques Moscovitz, Fred Siksou, Simone Wiener, Françoise Moscovitz...

synopsis : Le dernier grand voyage de Claude Lanzmann, le célèbre réalisateur de "Shoah". En Corée du Nord. Il parle de la vie, de Simone de Beauvoir, de Jean-Paul Sartre, du communisme, de la mort...

l’avant-propos de Jean-Jacques Moscovitz : "... La caméra de François Margolin filme Claude Lanzmann, son visage, ses mots, son style, ses silences, sa capacité d'étonnement, l'incarnation d'un souvenir "écran" d'une merveilleuse histoire d'amour de la vie, d'amour du désir , de l'élan infini entre lui et une femme au sourire toujours présent, intact et magnifique, déjà mis en scène dans Napalm par Lanzmann lui-même . Et que L'Automne à Pyongyang par sa beauté, nous fait revivre . Un tel amour embellit les gens, les images, les mots, les films, les corps, le temps, les âges, la vie. L'Automne à Pyongyang et Napalm sont des films d'amour contre la violence des guerres. Acte formidable de la victoire sans faille de l'intime sur le politique, du désir d'amour dans sa singularité la plus mystérieuse contre les organisations collectives quelles qu'elles soient. Shoah et son auteur, sont en lutte ici contre tout ce qui taire toute parole, et qui avec un humour mille fois en acte - comment faire une omelette avec des baguettes ! - donne vie, futur, avenir. Exemple de lutte contre un conformisme lâche et enténébrant si fréquent de nos jours. François Margolin montre l'artiste qui par son acte crée le sujet, le monde du sujet où l'amour enrichit le sentiment de la permanence de soi-même. Et rappelle à chacun son désir d'enfance, d'être enfant qui vit un présent qui, ayant déjà eu lieu avant , sans cesse s'innove au cinéma. Qui fait exister ce qui n'existe pas "avant d'être mis en images". Il dit l'amour actuel des lieux d'avant. Acte de dire le maintenant d'un Là était Le Lieu ... Toujours vécu dans l'instant éphémère du présent ... "

à propos du film par Fred Siksou : Ce "dernier" automne de Claude Lanzmann, ce dernier voyage encore plus lointain que la Patagonie... au bout du monde et de nulle part. Cette fiction d'une fiction avec des Juifs, des communistes, Israël et avec Sartre, Beauvoir et Shoah… Le sourire de Claude Lanzmann faisant face à l'effigie sourire de Kim Il-sung le « grand dirigeant immortel » en tous lieux reproduite, sa souffrance de se savoir au bout de son voyage et de le laisser porter à l'écran par François Margolin. François Margolin compagnon de cet ultime voyage en Exopotamie, signe avec L’Automne à Pyongyang un portrait de Claude Lanzmann d’une grande justesse, et un si singulier testament…

Dimanche 2 février 2020

PROJECTION SUIVIE D'UN DÉBAT

Février 2020

Cinéma Beau Regard

La Dernière d'Entre Elles

réalisé par Pierre Goetschel - France 2019

Projection suivie d'un débat avec Pierre Goetschel et sera animé par : Jean-Jacques Moscovitz, Simone Wiener, Fred Siksou, Michel Gad Wolkowicz...

En présence d'Elie Buzyn, auteur de "J'avais 15 ans, vivre, survivre, revivre " éditions Alisio

synopsis : Pierre Goetschel a rencontré miraculeusement Rosette, la dernière survivante d’un petit groupe de femmes rescapées d’Auschwitz-Birkenau, dont sa grand-mère Fernande a fait partie. À partir des fragments exhumés de leurs récits écrits dès leur retour, il retisse la destinée tragique de ces femmes indéfectiblement liées par le destin. Mais Rosette, elle, n’a pas écrit et a préféré se taire pendant plus de soixante ans. Arrivera-t-elle à lire le texte de son amie Fernande ? Entre les premiers témoignages et la présence singulière de Rosette, le film interroge au plus intime ce qu’il s'est passé "là-bas" pour ces femmes à Auschwitz.

l’avant-propos de Jean-Jacques Moscovitz, Simone Wiener, Fred Siksou : « La dernière d'entre elles, c'est d'abord et aussi, "...entre elles", le lien entre ces femmes. Et les images de Pierre Goetschel nous les présentent; et nous sommes avec elles dans l'enfer qu'elles ont vécu, sans que jamais l'intolérable nous oblige à fermer yeux et oreilles. Ainsi ce film fait, permet une écriture, et ce n'est pas son moindre mérite. L'une, est-il dit par une des lectrices, évoque le vol d'une mouche, pour dire l'appel de la liberté..., la lutte contre la solitude. Rosette Lévy est parmi nous, et par son silence qu'elle nous transmet, elle se protège, nous protège de cette laideur immense sur ce qu’il s'est passé "là-bas". Douleurs. Désarroi sans nom et pourtant nommés avec l'élégance de sa présence vis-à-vis d'elle-même comme pour ses amies. Suzanne, Fernande, Hélène et d'autres revivent; elles sont magnifiques de vérité. "Là-bas" est le mot qu'elles utilisent pour désigner le camp. Anne-Lise Stern déportée nous l'enseignait dans ses si nombreuses et inoubliables paroles de témoin sur "Histoire, Camps. Psychanalyse". Impossible de constituer un savoir fini, un objet d'archive sans vie. Ainsi avec ce film, "Là-bas" est actuel. Il se continue, aujourd'hui avec ces images qui nous montre la Marche de la mort où des dizaines de milliers d'internés sont traînés sur les routes, abattus, gardés comme butin, de camp en camp, jusqu'à l'arrivée de l'Armée Rouge à Auschwitz, fin janvier 1945. Peut-on dire fermeture du camp, libération... ? Aucun mot ne convient, sinon sans doute, lieu de sépulture pour tant de disparus, de leur corps, de leur nom, de leur histoire intime. Ce film nous dit l'intime de ces femmes entre elles, "là-bas". Elles apparaissent comme des matriarches. Elles ne peuvent être effacées. Elles sont toutes aussi premières que dernières... Sans fin est la vie, la vie de chacune, sans fin est la force de vivre, malgré tout ... par leurs écrits, par les images de ce film qui, à notre tour, nous font témoins. C'est la force de ce film de constituer une écriture. Ainsi et aussi. Pour nos enfants, les enfants de nos enfants...

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La projection sera suivie d’une rencontre débat avec Martine Dugowson

débat animé par : Jean-Jacques Moscovitz, Fred Siksou, Vannina Micheli-Rechtman, Lysiane Lamantowicz, Laura Kofler, Simone Wiener, Françoise Moscovitz…


synopsis : Deux filles naissent le 15 avril 1958 dans le même hôpital. Mina est myope et porte des lunettes dès l'âge de cinq ans. Ethel sera grosse jusqu'à la fin de son adolescence et sa mère lui interdit d'épouser un goy. Alors âgées de dix ans, timides et complexées, les deux filles se rencontrent sur un banc à Montmartre. Elles deviennent amies. À seize ans, elles sont toujours sur ce banc à parler de la vie, des gens et de l'amour. À trente ans, elles n'en peuvent plus de se ressembler et de parler de leur vie…


l’avant-propos de Kliclo Monkowicki : C’est au cours d’un de ces magnifiques dîners-rencontres qu’organisait Pascal Kané, qui aimait cuisiner autant qu’il aimait le cinéma et l’art, que nous avons fait la connaissance de Martine Dugowson. C’est aussi en sortant de cette soirée qui devait être la dernière pour nous, mais nous ne le savions pas (il décèdera quelques mois plus tard) que j’ai proposé à Jean-Jacques Moscovitz de projeter "Mina Tannenbaum" au Regard Qui Bat .

Mina Tannenbaum ! C’est ma fille de 20 ans qui, lorsqu’il sortit, m’avait dit : « Va voir ce film, on dirait qu’il a été tourné pour toi ». Ce fut un choc !

Mina Tannenbaum, c’est la destinée de deux gamines, nées le même jour et qui vivent les étapes de l’existence, main dans la main ou dos à dos, dans les rires et les larmes, les révoltes et les émois, la complicité et les disputes, nostalgiques et impatientes, soudées par moments ou séparées par les aléas de la vie. Comme tout le monde, en quelque sorte.

Sauf… Que l’une est ashkénaze, fille d’une mère dépressive, rescapée de la Shoah, qui pourfend sa fille de ses larmes, de son chagrin et de sa culpabilité. L’autre est Sépharade, fille d’une mère intrusive qui l’entrave de ses craintes infondées, ses plaintes et ses angoisses asphyxiantes. Toutes deux se débattent pour ne pas être détruites par ces mères anxiogènes. L’une a peur de vivre. L’autre de mourir.

En ce temps-là, la France n’était pas prête à entendre son histoire. Réalisé bien avant le procès Papon (1997/98) et l’édification du Mémorial de la Shoah (2005), il soulève la chape du silence qui enveloppait encore l’existentiel juif.

Faire appel à l’art, pour évoquer ce passé douloureux et obsédant est aussi méritoire. Le remarquable choix de l’œuvre du peintre Zwy Milshtein, envahie par les fantômes, éclabousse l’écran par la violence de la couleur, de la trace et la profondeur de la matière.

Mais face au poids de l’histoire qui écorche, le génie suffit-il à vivre ?

Film culte car à la marge ; quasi confidentiel. Et même si le monde a changé, "Mina Tannenbaum" continue de porter, comme une onde de choc, cette nostalgie qui accompagne les instants inoubliables de la vie.

la réponse de Martine Dugowson : Merci pour le texte qui me touche. Pour préciser les choses, je dois dire que le film n'était pas confidentiel à sa sortie mais que le thème de l'héritage juif n'a pas été relevé ou quand il l'a été, il a déplu dans le milieu ashkénaze à la génération qui avait vécu la guerre enfant. D'ailleurs, il y a un blocus/blocage en France à ce sujet. Le livre d'Helen Epstein , "Le traumatisme en héritage" (Children of the Holocaust) édité aux USA en 1988 et qui parlait précisément de la transmission des traumatismes de la Shoah n'a été traduit en France qu'en 2012 alors qu'il avait été traduit très vite dans d'autres pays dont Israël.


l’avant-propos de Lysiane Lamantowicz : 1994 , un film sur ma jeunesse deux amies nées un mois avant moi. Mon enfance, mon adolescence de fille juive dans les années 75/80 , insouciance et perplexité . je regardais ce film avec mes filles dans les années 2000 , 25 ans après, tout était différent et pourtant il était encore possible de s’y reconnaître pour elles . Travail de la mémoire, images fugitives , fragments du passé. À l’époque, on croyait encore à une certaine intemporalité du désir féminin et humain en général avec ses zones obscures, ses souffrances, ses plaisirs ou les deux liées . Il n’était pas question d’éradiquer le patriarcat, de reprogrammer le désir féminin conditionné par les stéréotypes de genre ou de réinventer le genre. On bricolait comme on pouvait , tiraillées entre le désir de s’émanciper et celui de plaire , ça coïncidait un peu, ça boitait beaucoup . Tout n’était pas le résultat de la performativité . On croyait encore possible d’articuler biologique et psychique dans une dialectique subtile à explorer . On était pour la libération de la femme, les mêmes droits et l’absence de discrimination au travail . Le souci de totalement éradiquer la violence patriarcale , idéologie totalitaire qui exerce en retour une violence radicale, n’existait pas . Bref mes filles et moi regardions ce film qui parlait de cette période à la fois radicalement excitante et radicalement douloureuse , l’adolescence . . . De l’amitié qui est toujours un mélange d’amour , de sublimation et de rivalité . Du paradis perdu de l’enfance . De la difficulté à devenir adulte , du renoncement aux idéaux , des amitiés qui se brisent comme se brisent les histoires d’amour alors que l’amour dure toujours . Est-ce que tout ça est pure construction culturelle, étions-nous juste victimes des stéréotypes de genre, d’un conditionnement performatif . Ou y a-t-il des invariants structurels au-delà de la culture désir masculin / désir féminin que chaque époque formule avec ses signifiants spécifiques : « penispied », Nom-du-père, régime de domination patriarcal ? Mais qu’ on peut à chaque époque, entendre de notre place, avec notre écoute sans être enfermés dans des stéréotypes . Ce film en est la trace, la preuve à la fois daté par son contexte historique, ses modalités de dire et intemporel car nous nous y reconnaissons tous en tant qu’êtres désirants .


l’avant-propos de Jean-Jacques Moscovitz :


« … Paroles mots regard à regard

Vérité inscrite

Liens immenses

Au présent dans la ville


Rues de Paris

Découpe du ciel d’arbres et de toits

Images et lunettes

Souvenirs projets Regrets trahisons


Pardons en cours

« Insolence des certitudes » de l’amour

Adverbes proverbes noms

Fulgurances des voix mots malicieux


Chapeaux, visages lumineux, rires et pleurs

Chien qui dort,

Femmes belles

Dans de belles rues de Paris


Des mots qui courent

Peintres peintre peintre

Filles fille fille fille vraiment fille

On veut en savoir plus


Elles savent et ne savent pas le dire

Amour amitié désir

Juive non juive

Dalida Rita Hayworth Gainsbourg Kafka Enrico


Valse de Mélody

« Le soleil est rare , le bonheur l’est aussi »…

« Il venait d’avoir18 ans »

Jazz mélodie


Rouge écran noir

Images pour toujours

Pour demain

Magnifiques d’amour et de vie »…