LES ARCHIVES DU REGARD QUI BAT


Décembre 2014

Cinéma Saint-André des Arts
Dimanche 14 décembre 2014 A 11H30
PROJECTION DU FILM
Nymphomaniac - Volume 2
De Lars von Trier
Interdit aux moins de 18 ans

Débat animé par : Jean-Louis Poitevin, Jean-Jacques Moscovitz, Fred Siksou, Vannina Micheli-Rechtman, Maria Landau, Anne-Marie Houdebine,...

avant-propos : Après une enfance et une adolescence axée sur la recherche non tant du plaisir pour le plaisir que sur la tentative de vivre ce que son corps lui « demande », étant entendu qu’elle a découvert l’orgasme comme puissance de dissociation et qu’elle pratique le sexe comme une chasse, elle se trouve prise entre compulsion du nombre et unité de la perception générale en ce sens je n’ai qu’un seul amant). Après avoir connu une sexualité liée enfin à l’amour, un jour elle découvre atterrée qu’elle ne sent plus rien. l’absence d’orgasme ouvre une brèche dans laquelle elle se lance à corps perdu. C’est là que s’ouvre N II.
La situation du film est la même que dans la première partie. Ayant été recueillie par un homme après s’être fait tabasser, à la demande de celui-ci, elle continue donc de lui raconter sa vie. Assise dans un lit en pyjama, elle fait défiler pour lui les éléments les aspects et les moments clé de sa vie relatifs à cette quête obsédante d’une compréhension de ce qui lui arrive ou lui incombe. Car cette nymphomanie, elle la vit comme une question, la question, celle qui est au cœur de toute s les pratiques humaines. Nymphomaniac est un film proposant une lecture de notre monde à partir du prisme de cette question centrale portant sur le rôle de la sexualité dans notre manière d’avoir agencé vérité et mensonges, déni et aveux, souffrance et joie, soumission et liberté. Ce film pose la question du mal et cherche à comprendre comment au moyen de la dimension incontrôlable de cette « pulsion sexuelle » qui meut chacun, on peut à la fois repérer les figures de l’hypocrisie, de la soumission, comprendre ce qui fait la force d’un dictateur, cerner les mensonges de la religion, bref c’est un « crible » parfait pour établir un diagnostic de la situation morale mentale de la société qui est la nôtre. En ce sens c’est un film politique. Mais c’est aussi un film sur notre rapport à notre corps, sur cette « dissociation » dans laquelle nous vivons et que nous ne parvenons pas à appréhender et qui est en quelque sorte la source de l’entrelacement des figures du mal au fondement de notre culture, comme par exemple le sadisme de la via dolorosa et l’impossibilité où nous sommes de penser, ou du moins de vivre la joie. Jean-Louis Poitevin

"Mal" 
s'écrit ici avec des guillemets car le mal comme le bien ne sont pas dans la nature ( Spinoza, Kant). Ils sont des effets de discours. La sexualité clivée du social où elle s'accomplit devient le mal car non cadrée par les signifiants . L'absence de " social" chez héroïne du film, de ce qui met des limites et rend la jouissance interdite parfois , et bien chez elle cette absence de limites la rend frigide . Elle se socialise alors à l'excès. ••• 
Les images impromptues du léopard ou du chat ou de la grenouille, comme la corde entre les jambes sont issus de la Nature du fait que l'homme est un être parlant, qui nomme tous les animaux et un par un , en ayant forniqué avec chacun comme Adam. L'héroïne voudrait ainsi être de cette nature nommée femme en observance du code masculin. Elle fait l'amour avec tous un par un à l'instar d'Adam qui, lui, agit son désir par l'acte de nommer chacune des créatures en jouissant d'elles . Et un jour la femme est nommée par lui. Et ça le nomme alors Homme. Arrêt de faire série des vivants puisque chacun a reçu son nom. Et elle, en miroir , elle, elle s'arrête de baiser tous les hommes . La frigidité un temps l'humanise d'autant qu'elle est devenue de plus en plus un être parlant avec cet homme sage qui l'écoute vraiment. Rien de plus grave qu'il tente son coup avec elle.. Elle ne peut que le tuer vraiment. J-J M.

Décembre 2014

Cinéma Saint-André des Arts
Dimanche 7 décembre 2014 A 11H30
PROJECTION DU FILM
MOMMY
De Xavier Dolan
Projection suivie d'un débat avec notre invité Patrick Landman
Débat animé par : Jean-Jacques Moscovitz, Maria Landau, Fred Siksou, Anne-Marie Houdebine...
synopsis : Une veuve mono-parentale hérite de la garde de son fils, un adolescent TDAH impulsif et violent. Au coeur de leurs emportements et difficultés, ils tentent de joindre les deux bouts, notamment grâce à l’aide inattendue de l’énigmatique voisine d’en face, Kyla. Tous les trois, ils retrouvent une forme d’équilibre et, bientôt, d’espoir.
avant-propos : "...un enfant hyperactif** /hyper doué. Le jeu de la caméra en témoigne, lui-même hyperactif et hyper doué. L'écran se rétrécit à un carré. Il n'est plus rectangle pendant de longs moments du film, il s'agrandit puis reste cfait arré à nouveau. Il pointe le sujet de l'inconscient qui habite le héros du film. A l'enfant hyper actif, il faut lui rétrécir son monde, l'enfermer. Lui, il veut s'en extraire. A un moment donné, il écarte l'écran de cinéma, il se fait de la place, l’écran est rectangle...un temps. Le spectateur pris jusqu'alors dans un vécu d'étouffement, respire mieux des lors que l'écran s'agrandit. Le héros est en place d'organe d'activité de sa mère folle. Pleine de botox et souriante sans cesse, parlant à son enfant jeune ado comme s'il avait six mois, dans un langage bébé. Il se met à hurler sur elle. il bouscule les limites d'être l'organe, l'objet hyperactif de sa mère . Et elle ne peut faire autrement que de le partager avec sa voisine. Une chance pour lui ?
Dans une fort belle ambiance d’amitié homosexuelle féminine, l'enfant est pris dans l'étau d'amour des deux femmes. Elles veulent faire son bonheur. Elles tolèrent toutes ses frasques. En skateboard, il occupe la route, empêchant dangereusement les automobilistes de le dépasser. Du père est là invoqué. En vain. Face a un délit grave de son fils sa mère use de la loi à sa façon, elle le fait interner en asile psychiatrique. Il est interdit d'elle. Elle, elle éteint alors toute la lumière de son visage. Formidable geste cinématographique du metteur en scène où s'instaure l'urgence "hyper active"en effet d'un compte à réguler entre enfants et parents. Là où toute dimension du père est rendue caduque, absente, anéantie. Un instant "du père" surgit, mais la mère gifle cet homme parce qu'il venait de gifler (un peu) son fils, qu'il allait peut être adopter. Dès lors cette mére-là réoccupe toutes les places pour jouir à mort du phallus-fils, y compris du manque et de ce qui le masque.. Immense bravo pour ce film de cinéma , et ses images très vivantes de conflits familiaux si fréquents dans notre actuel...". Cf. l'ouvrage de Patrick Landman :  « TDAH : Invention d’une maladie », à paraître en févirer 2015, Ed. Albin-Michel. Cf ici le lien d’un des ses articles « Les biais incontournables … » . Le courant pédo-psychiâtrique qui se veut scientifique en prônant le TDAH et les thérapeutiques qui en découlent, ne fait que nous mener à un risque d’entènébrement progressif dans l’approche singulière du malade face à sa maladie. Ne serait-ce qu’à employer des acronymes et sigles genre TDAH, DSM, MHD, AVE… ; la siglaison ainsi utilisée indique assez combien dans un telle abord médical des troubles psychiques, il est accordé beaucoup plus d’importance à la maîtrise des symptômes qu’à leur écoute. Le collectif, la politique de santé doivent garder la main sur le sujet et l’inconscient individuel."   JJM
 ** Hyperactif est un terme qui fait partie des Troubles déficitaires de l’attention avec ou sans hyperactivité. L’acronyme en est TDAH . 

Octobre 2014

Cinéma Etoile Pagode
DIMANCHE 26 OCTOBRE 2014 A 10H30
PROJECTION DU FILM
La Vénus à la fourrure
De Roman Polanski
PROJECTION SUIVIE D'UN DÉBAT AVEC MATHIEU AMALRIC
Débat animé par : Jean-Jacques Moscovitz, Fred Siksou, Vannina Micheli-Rechtman, Anne-Marie Houdebine, Barbara Didier-Hazan,...
synopsis : Seul dans un théâtre parisien après une journée passée à auditionner des comédiennes pour la pièce qu’il s’apprête à mettre en scène, Thomas se lamente au téléphone sur la piètre performance des candidates. Pas une n’a l’envergure requise pour tenir le rôle principal et il se prépare à partir lorsque Vanda surgit, véritable tourbillon d’énergie aussi débridée que délurée. Vanda incarne tout ce que Thomas déteste. Elle est vulgaire, écervelée, et ne reculerait devant rien pour obtenir le rôle. Mais un peu contraint et forcé, Thomas la laisse tenter sa chance et c’est avec stupéfaction qu’il voit Vanda se métamorphoser. Non seulement elle s’est procuré des accessoires et des costumes, mais elle comprend parfaitement le personnage (dont elle porte par ailleurs le prénom) et connaît toutes les répliques par cœur. Alors que l’« audition » se prolonge et redouble d’intensité, l’attraction de Thomas se mue en obsession…
avant-propos « … La force du désir dans ce film bouscule très intensément le Moi qui le porte au point d’en appeler à un Antre qui tienne. C’est dit/écrit dans le film : «… Et le tout puissant le frappa et le livra aux mains d’une femme ». 
C’est le comble d’une situation où les désirs s'inter-changent entre l'homme devenu esclave et celle qui, jouée par l'homme, le soumet à son désir de femme. En fin de partie, elle le rend ainsi plus esclave encore une fois qu’elle est elle-même jouée par l'homme. La femme pour lui incarne beaucoup mieux combien l'homme incarnerait la femme. Et ainsi de suite… Fémininmasculin s’emboîte en des images où ce sont les acteurs qui font le film. C’est eux qui jouent pour nous montrer le poids de nos désirs. ils sont dirigés vers nous. Les acteurs jouant nos désirs sont créés dans des personnages qui eux sauraient ce qu’ils veulent. Ce savoir qui est le leur s’incarne dans le manuscrit du scénario. Tout comme dans The Ghost Writter(2011), où un scribe suit le fil du récit filmique qui s’écrit devant nous, avec nous, ici le texte de The Venus in Fur, est acteur, il est un objet joué tout comme la Fourrure dans le livre de Masoch emmitouflant Severin le héros quand il avait 12 ans et le fige pour toujours dans son fantasme en place d’épitaphe. 
C’est le talent immense de Polanski qui laisse à la femme juste le temps d'un éclair, celui du semblant de désir, pour se défaire d'être soi-disant à la hauteur de son âme de femme. Le mystère de l’âme féminine garde ici toute sa fraîcheur, sa violence, sa séduction . S’ouvre ici le chemin d’une relecture actuelle du livre de Sacher Léopold Masoch …. » J-J M

Septembre 2014

Cinéma Etoile Pagode
DIMANCHE 14 SEPTEMBRE 2014 A 10H30
PROJECTION DU FILM
LE PROCÈS DE VIVIANE AMSALEM
dShlomi & Ronit Elkabetz
PROJECTION SUIVIE D'UN DÉBAT AVEC MADAME LE RABBIN DELPHINE HORVILLEUR
Débat animé par : Jean-Jacques Moscovitz, Fred Siksou, Anne-Marie Houdebine, Barbara Didier-Hazan, Jeanne-Claire Adida...
avant-propos : « …Le Procès… montre un excès de loi en vigueur dans un usage à la lettre des règles rabbiniques concernant la politique du mariage. Surtout cet excès atteint un seuil exorbitant lorsque chez l’épouse survient le désir de divorcer. Le droit religieux dépasse ici la religion dont il a la charge. Il  exerce légalement son pouvoir en s’appropriant  tout ou presque de l’intime d’un sujet. Sa naissance, sa mort, son origine, son nom reconnu par son alliance à la communauté sont prescrits par son lien identitaire. C‘est évidemment par l’acceptation individuelle mue par le collectif parental et rabbinique que le communautaire se constitue. Ce film en est un exemple caricatural. Il n’est en rien généralisable en Israël . Nombre de couples vivant religieusement  divorcent selon leurs lois sans que cela prenne la teneur des images que l’on voit dans Le Procès. L’excès de loi reste possible encore aujourd’hui mais son application est devenue  le plus souvent« moderne », acceptable. La tenue magnifique des acteurs dans cette salle de tribunal des plus austères se fait par la parole et par l’intensité du respect entre les personnages. La parole, ses silences sont le décor du film. Les propos échangés sont en place d’acteurs qui illuminent tout spectateur.. Ce n’est pas en effet seulement de loi juive et de  condition de vie conjugale en Israël dont il s’agit. C’est le statut du tiers social qui ici  par son abus hors limites est maltraitant dés lors qu’il se retourne contre l’intérêt du couple et de la famille. Commençons par balayer devant notre porte pour ne pas oublier top vite le nombre de femmes battues et tuées sous notre climat d’un conjugo soi-disant plus « tempéré » et laïque. N’allons pas non plus fermer les yeux sur la place de la femme sous le joug plus que cruel de pas mal de pays arabo-musulmans, ou encore en Inde … Pourtant  le tiers, la loi , le social indiquent comment  tenir une  place de citoyen  responsable. Ils permettent souvent d’alléger le jour à jour de la vie de famille. A la lumière de ce film on se demande si ce couple est uni ou désuni pour et par lui-même ou plutôt pour et par un exercice  religieux trop investi au delà de toutes limites. Il provoque une impossibilité de s’aimer, de se parler, de vivre ensemble . Le mur de silence entre mari et femme n’a d’égal que celui de la justice d'un tribunal rabbinique officiel qui ne fait qu’empirer le trouble qu’il ne cesse d’engendrer dans le social. La révolte insensée de l’héroïne redonnera-t-elle  du désir à ces hommes barbus bardés de leur superbe ? C’est cette révolte même contre le refus acharné  et dérisoire du féminin que met en scène  Le Procès de Viviane Amsallem… » . C’est un écho brûlant de celle phrase de Simone de Beauvoir dans« Le Deuxième Sexe » en 1949 : « On ne naît pas femme, on le devient ».On ne nait pas juif, on le devient sans cesse, ajouterons-nous…. Nous sommes avec ce film en plein accord avec les données de Freud et de Lacan. La femme n'est pas l'incarnation d'une essence féminine, il n’y a pas d’universel féminin contrairement à ce que fait entendre le discours masculin. Le masculin voudrait que Viviane, une femme parmi d’autres, soit (comme) toutes les femmes, un non sujet, un être invariant de toute éternité, bref, sans inconscient…» J-J.M

Juin 2014

Cinéma Etoile Pagode
DIMANCHE 22 JUIN 2014 A 10H30
PROJECTION DU FILM
MÉDÉE
de PIER PAOLO PASOLINI
Projection suivie d’un débat animé par : Jean-Jacques Moscovitz, Fred Siksou, Anne-Marie Houdebine, Barbara Didier-Hazan, Vannina Micheli-Rechtman...
synopsis : Médée la magicienne, fille du roi de Colchide, voit arriver sur sa terre le prince Jason venu enlever la Toison d’Or, l’idole de son peuple. Tombée folle amoureuse du jeune Grec, elle trahit sa famille et son pays en dérobant pour lui la Toison d’Or et s’exile à ses côtés. Des années plus tard, alors qu’elle lui a donné deux enfants, l’homme pour qui elle a tout abandonné se détourne d’elle pour une femme plus jeune…
avant-propos : « …le Bélier à la toison d’or, divin, sacré, du lointain pays de Colchide, en évoque un autre, biblique, celui qui sera brûlé sur l’autel à la place d’Isaac et signe l’arrêt du sacrifice de l’enfant. Lié aussi à l’Œdipe à l’évidence. Où le spectateur, l’analyste ou non, tend l’oreille aux silences des « choses » que Pasolini filme, ceux que la magie sait, mais que le discours des religions, déjà en Grèce antique à Corinthe, ne sauront plus comprendre sinon à les décrire et ce sera la science. 
Le monde de Médée va sans les mots, ou si rares au point que la terre, celle des pierres, la lumière, celle du vent sont entendues, invoquées. Oui les choses d’abord, puis de la parole. …Pasolini avec sa Medea, ici Maria Callas , convoque la mère ancestrale, archaïque celle qui sourd, incandescente en chacun de nous. Celle qui, voulant garder son enfant pour toujours en elle, en appelle à sa mort, elle la crie jusqu’aux cieux,si proches, à son dieu, le soleil. Immenses envolées d’images dans ce film, où Médée crie combien la femme en elle n’en ressortira pas vaincue pour l’éternité. Voilà la femme fatale, la jalouse, la vengeresse où la loi devient crime par le feu et la chair si quelque père n’en proclame pas l’arrêt. Jazon ? Le centaure qui est « ni père ni mère » récite le monde entre pensées en devenir et les choses qui nous gouvernent. La femme fatale plie Jazon à sa « barbarie », à son avant la parole, là où les sépultures n’ont pas lieu, où l’imploration à la filiation chez les fils sera celle d’Eole, le vent, le hasard, le plus rien. Qui ici sont mis en images pleines de l’écho lointain de bruits qui, refoulés, nous hantent au quotidien. Peut-être que le musicien nous les renvoie. Ce film habite , parce que c’est un film, effleure le fond de l’âme de l’être des hommes…. » JJM

Mars 2014

Le cinéma MK2 Hautefeuille 
Invite Le Regard Qui Bat
DIMANCHE 16 MARS 2014 A 10H30
PROJECTION DU FILM
LINCOLN
De Steven Spielberg - USA 2013
Projection suivie d’un débat avec notre invité Jean-Philippe Domecq
Débat animé par : Anne-Marie Houdebine, Barbara Didier-Hazan, Vannina Micheli-Rechtman, Jean-Jacques Moscovitz, Fred Siksou 
synopsis : Les derniers mois tumultueux du mandat du 16ème Président des États-Unis. Dans une nation déchirée par la guerre civile et secouée par le vent du changement, Abraham Lincoln met tout en œuvre pour résoudre le conflit, unifier le pays et abolir l'esclavage. Cet homme doté d'une détermination et d'un courage moral exceptionnels va devoir faire des choix qui bouleverseront le destin des générations à venir.
avant-propos : «… Le 13ème amendement, l’abolition de l’esclavage, suturer Union, les a-t-il voulus, décidés, construits. Et pour qui ? les Blancs, le Noirs, les républicains, les démocrates, le peuple, l’Histoire…. Acte politique, législatif, éthique, administratif…. Acte intime, transférentiel envers son destin, où l’objet de désir circule entre les protagonistes du film dont Spielberg fait partie comme chaque spectateur. Où s’insinue la singularité des personnages, eux-mêmes toujours plus présents car enchâssés toujours plus dans le langage. Et où regard, immense corps voûté, voix de Lincoln/ Daniel Day-Lewis lancent leur appel à la vérité, à la vouloir authentique malgré la mise en oeuvre du mensonge, celui qui a changé la face du monde. A.Lincoln sauve-t-il l’Union pour y sceller sa division subjective…. Là où le jeu des partenaires de l’histoire accomplit un cut inouï quand un certain 14 avril 1865… la Cité USA lui jette sa cigue… ». JJM
à propos de notre invité: Jean-Philippe Domecq, romancier et essayiste. D'abord connu pour son Robespierre, derniers temps, réédité en Folio-Gallimard, où la littérature sert d'éclairage complémentaire aux travaux des historiens, il est avant tout romancier. Un premier cycle de romans ("le Cycle des ruses de la vie") est suivi d'un deuxième ("La Vis et le Sablier", éditions Fayard, dont Le Jour où le ciel s'en va), où il explore un nouveau genre romanesque, la "métaphysique-fiction". Ses essais ont déclenché des polémiques, notamment son approche contestataire de ce qu'il a nommé "l'Art du Contemporain", dont il fait la critique de la critique, une "Comédie de la critique" qui campe à vif les milieux d'art et l'époque (voir sa trilogie sur le sujet, dont Une nouvelle introduction à l'art du XXème siècle, rééditée chez Pocket, et le L'intervention de J-P. Domecq sera centrée sur trois axes: Un film qui marque une étape dans la maturation politique de l'opinion - Lincoln interprété par Daniel Day Lewis: "L'énergie de la dépression". (sur cette "énergie", voir l'entretien qui porte ce titre et qu'a donné J-P. Domecq sur le site littéraire www.ardemment.com) - La mort comme signature politique


Mars 2014

Cinéma Etoile Pagode
DIMANCHE 2 MARS 2014 A 11
PROJECTION DU FILM
Les Garçons et Guillaume, à table !
De Guillaume Gallienne France 2013

Projection suivie d’un débat animé par : Maria Landau, Anne-Marie Houdebine, Barbara Didier-Hazan, Vannina Micheli-Rechtman, Jean-Jacques Moscovitz, Fred Siksou

synopsis : Le premier souvenir que j’ai de ma mère c’est quand j’avais quatre ou cinq ans. Elle nous appelle, mes deux frères et moi, pour le dîner en disant : "Les garçons et Guillaume, à table !" et la dernière fois que je lui ai parlé au téléphone, elle raccroche en me disant : "Je t’embrasse ma chérie" ; eh bien disons qu’entre ces deux phrases, il y a quelques malentendus.

avant-propos :… « La voix ici est en place d’acteur, elle qui entre deux personnes se crée depuis les lèvres de l’un jusqu’à l’oreille de l’autre, la voilà déduite de deux personnages ….mais d’un seul interprète : le fils qui « parle » sa mère, sa langue comme telle, qui elle de la même voix « dit » le fils! Régal pour psychanalystes en pleine surprise de ce lien d’amour fusionnel mère-fils et de leur désir d’être enfin l’autre… Voilà du possible… et pas qu’au cinéma. 
Guillaume Gallienne singularise les plateaux de la balance des sexes du temps où nous sommes … celui de l’effraction du privé par le politique[1]. Où le mariage pour tous envahit nos rues et nos têtes pour dire avec qui se marier, avec qui jouir, qui aimer, qui rejeter….où le sexuel n’est qu’organe teinté de sentiments se référant au modèle parental , dit de la nature, alors que le culturel a changé la donne sans pour autant l’anéantir. Où la révolution émancipatrice (freudo lacanienne entre autres ) de la sexualité et du rapport à l’autre met en scène ici la voix du désir maternel adopté par un de ses fils sans pour autant l’aliéner sans recours à la loi d’une figure de père qui vaille. Où la libération de la femme laisse entrevoir un moindre refus du féminin, et qui se poursuit , non sans vacarme, dans une approche du genre ( gender studies) qui nous questionne nos idéaux d’amour sexué, sans pour autant en distordre le mystère. D’autres films à leur façon en témoignent comme La vie d’Adèle de A. Kechiche, ou L’Inconnu du lac d’A. Guiraudie. Une relecture de Freud et de ses questions sur la fonction paternelle et ses carences, révèle[2] que l’Œdipe s’origine d’un vide et sa fonction n’est qu’habillage d’une telle structure de manque que nul Dieu, fut-il inconscient, n’ supplée. Sauf pour la croyant, mais nenni pour le laïque, et a fortiori pour un psychanalyste ou un créateur de film. Nous sommes là dans un actuel où l’intime et le politique et les réseaux aussi chauds soient-ils, se regardent, se déduisent en respectant l’écart qui les distinguent sans le détruire. et non sans faire place à la raison, celle qui apaise. Joie et poésie entre images et paroles que nous en ressentons nous enchantent. Et nous protègent de la violence qui nous guette jour à jour…. » JJM
[1] Cf texte d’ElisabethRoudinesco - [2] Cf texte sur la question père de JJ Moscovitz Le Moise de Freud ou l’épopée du refoulement de l’origne ; in blog de psyact « Actuel et novations » où sont acueilliisdes textes d’auteurs psychanalystes, artistes, anthropoloques, psychiatres. Politologues, philosophes….

Janvier 2014

Cinéma Etoile Pagode
LE DIMANCHE 26 JANVIER 2014 A 10H30
PROJECTION DU FILM
A CIEL OUVERT
De Mariana Otero- Belgique/France 2014
Projection suivie d’un débat, en présence de Nelly Quettier monteuse du film
Débat animé par : Maria Landau, Michel Guibal, Viviane Dahan, Anne-Marie Houdebine, Jean-Jacques Moscovitz, Fred Siksou 

synopsis : Alysson observe son corps avec méfiance.Evanne s’étourdit jusqu’à la chute.Amina ne parvient pas à faire sortir les mots de sa bouche. À la frontière franco-belge, existe un lieu hors du commun qui prend en charge ces enfants psychiquement et socialement en difficulté. Jour après jour, les adultes essaient de comprendre l’énigme que représente chacun d’eux et inventent, au cas par cas, sans jamais rien leur imposer, des solutions qui les aideront à vivre apaisés. Au fil de leurs histoires, A ciel ouvert nous ouvre à leur vision singulière du monde.

avant-propos 1: "Mariana Otero est une cinéaste qui travaille sur le désir, le sien, celui de rencontrer ceux qu'elle va filmer; le film dit-elle, n'est que le compte -rendu de ses rencontres avec les gens; un documentaire "qui creuse un sillon à la limite de l'intime et du social"(Isabelle Régnier, Le Monde, 18/1/2014), le récit cinématographique de ses découvertes. Après avoir fait (depuis une quinzaine d'années) un film sur les collégiens et l'école, sur la (sa) famille et le lourd secret qui y était enclos, sur les ouvrières en lingerie, qui sauvent leur entreprise en créant une scope, elle a voulu" comprendre la folie". Après bien des recherches, elle est arrivée au "Courtil", établissement belge tout près de la France, qui reçoit des enfants et des adolescents psychotiques, autistes, des enfants qui ne s'intègrent pas, à cause de leurs différences, de leur étrangeté dans l'école ordinaire. Le titre du film "A Ciel Ouvert " renvoie aux beaux paysages qui entourent l'institution, aux champs et aux jardins où les enfants passent beaucoup de temps pour jardiner ou flâner avec les intervenants. Dans cette société particulière où les intervenants sont très nombreux, de toutes formations avec beaucoup de stagiaires qui, bien encadrés par des supervisions participent au tissage collectif, jour et nuit autour des enfants. On ne peut s'empêcher de penser à l'École orthogénique de Bettelheim à Chicago. La théorie psychanalytique, celle de J. Lacan, sert de guide et de grille de lecture pour comprendre "l'énigme "que représente chaque enfant. Il s'agit de "l'inconscient à ciel ouvert" formule lacanienne, qui rend compte des symptômes et de la créativité des enfants. Un jeune garçon qui n'arrive pas à dormir dit "mon sommeil est cassé...". Mariana Otero a passé un an au Courtil, parlant avec les intervenants, assistant à leur réunion et écoutant les enfants. Elle a filmé ensuite pendant trois mois, en se transformant en "robocop" avec une caméra fixée au-dessus de la tête et prenant les sons elle-même en même temps. Elle crée une situation à trois avec l'enfant, la camera et elle. Le film est bouleversant, de finesse, d'empathie avec chacun des trois ou quatre enfants qui lui expriment leur souffrance et leur désir de vivre quand même. Mariana Otero est devenue une "intervenante" filmant le regard au-delà du regard, établissant avec l'enfant une relation qu'un certain nombre de spectateurs vont ressentir à leur tour. Elle donne à voir l'incroyable perspicacité du cinéma, la souffrance des enfants et le désir des soignants. Maria Landau - psychanalyste, membre du Regard qui bat...

avant-propos 2: ["Regardez, Mariana, regardez, une vague, une belle vague " dit un enfant à celle qui tient la caméra. Mêlée à la vague du sempiternel roulis dont les enfants tentent de se libérer avec l'aide de leurs éducateurs, il y a une vague aux reflets multiples, aux mouvements uniques, fragiles, s'allongeant vers un rivage encore incertain. Pour percevoir cette vague en chaque enfant, il faut les regarder longtemps, vivre longtemps près d'eux, les encroûter avec patience et longueur de temps. Ce film nous l'avons reçu comme une belle vague, vivante, humaine". Jean-Pierre et Luc Dardenne]

"Une caméra dans une institution...Caméra à faire corps, collée à Marianna Otero. Éveil des regards. Pour le spectateur, psy ou pas, le cinéma est toujours comme une fête, même si de folie il s’agit, de son réel à conquérir chez des enfants "fous". Le regard du cinéaste révèle celui de chaque enfant : " le regard est une pratique du monde, il n'est pas détaché de cette pratique" écrit M. Otero dans son livre d'entretiens " À ciel ouvert, le Courtil, l'invention au quotidien".

"Regard qui bat.. " disons-nous sur la rencontre cinéma/psychanalyse... Ici pratique psychiatrique et psychanalytique et pratique du cinéma, discours-textes et discours en plans-séquences donnent vie à cette rencontre, celle de l'actuel de notre temps où comme spectateurs nous percevons le monde pour mieux en faire partie. Don de l'art du cinéma d'aujourd'hui.Il nous apprend à nous laisser faire par l'apparence du semblant pour atteindre le réel. Pas d'éthique sans esthétique pour la parole comme pour l'image. C'est là une clinique, celle de ces enfants en grave danger, clinique à dire pour aller plus vers la vie et non la mort.. Clinique des intervenants, de l'institution, et de chacun d'entre nous. De nos jours, nous sommes invités face à un invisible à dire où l'énigme de la folie, de l'enfance, de l'être nous invite à cette fête..." J-J Moscovitz

avant-propos 3: Le film de Mariana Otero «A ciel ouvert» cherche à comprendre la folie dans l’application de son art à une institution prenant en charge des enfants et en considérant la singularité des cas dans une optique psychanalytique. Cependant en arrière plan on entend f’autres catégories, collective cette fois : « Psychose, autisme, handicap». Autour de ces catégories s’organise un interdit de la psychanalyse. Il faudrait mettre ce film en rapport le documentaire d’Eglantine Eméyé «Mon fils un si long combat» qui part de la position de la mère d’un enfant, c’est-à-dire la position des parents d’enfant dont on sait que la position n’est pas toujours favorable à la psychanalyse. Enfin cette institution «Le Courtil» pose le problème d’un double scandale : la carence en France d’institution pour enfants qui ne s’intègrent pas dans les structures éducatives, et les institutions belges dont on connait les dérives par des récents reportages montrés à la télévision. Mon enseignement c’est le langage disait J. Lacan, effectivement le psychanalyste se positionne là où çà parle. Michel Guibal


Décembre 2013

Cinéma MK2 Hautefeuille
LE DIMANCHE 15 DÉCEMBRE 2013 A 11H
PROJECTION DU FILM
LE DERNIER DES INJUSTES
De Claude Lanzmann Durée 3h38- France 2013
 
Projection suivie d’un débat en présence de Claude Lanzmann, et de Laura Koeppel assistante à la réalisation du film
Débat animé par : Jean-Jacques Moscovitz, Maria Landau, Anne-Marie Houdebine, Daniel Friedmann, Fred Siksou
synopsis : 1975. A Rome, Claude Lanzmann filme Benjamin Murmelstein, le dernier Président du Conseil Juif du ghetto de Theresienstadt, seul "doyen des Juifs*"(* selon la terminologie nazie) à n’avoir pas été tué durant la guerre. Rabbin à Vienne, Murmelstein, après l’annexion de l’Autriche par l’Allemagne en 1938, lutta pied à pied avec Eichmann, semaine après semaine, durant sept années, réussissant à faire émigrer 121.000 juifs et à éviter la liquidation du ghetto. 2012. Claude Lanzmann à 87 ans, sans rien masquer du passage du temps sur les hommes, mais montrant la permanence incroyable des lieux, exhume et met en scène ces entretiens de Rome, en revenant à Theresienstadt, la ville « donnée aux juifs par Hitler », « ghetto modèle », ghetto mensonge élu par Adolf Eichmann pour leurrer le monde. On découvre la personnalité extraordinaire de Benjamin Murmelstein : doué d’une intelligence fascinante et d’un courage certain, d’une mémoire sans pareille, formidable conteur ironique, sardonique et vrai. A travers ces 3 époques, de Nisko à Theresienstadt et de Vienne à Rome, le film éclaire comme jamais auparavant la genèse de la solution finale, démasque le vrai visage d’Eichmann et dévoile sans fard les contradictions sauvages des Conseils Juifs.
avant-propos : « …Visage à visage, deux hommes côte à côte : Le dernier des injustes montre comment à Theresinstadt, face au pire de la haine, a été sauvée l’étincelle de toute parole, ici l’étincelle juive de la vie. Témoin actif, le réalisateur filme le dernier des présidents/doyens des Conseils Juifs. Nous voilà chacun à témoigner d’un impartageable qui, jour après jour dans ce Ghetto/camp de mort, s’inscrit aujourd’hui dans notre esprit et la singularité de chacun. Et ce dont aucun expert en Judentat ne saurait le fin mot. Après le tournage de l’interview à Rome en 1975, et depuis la mort de Benjamin Murmelstein en 1989, la geste cinématographique de Lanzmann vient donner cadre à ce qu’il nous dit, à ce qu’il nous lit, en ouvrant le chemin de ce qu’il montre aujourd’hui : il monte les escaliers raides par où sont passés vers leur épouvantable chambrée, ces internés, ces déportés juifs de Vienne maltraités, trompés, brutalisés, pour la plupart des vieilles personnes en danger de mort ne recevant aucun soin. Regard, voix, corps de Claude Lanzmann font le raccord entre passé et présent. Où parole et écoute ici se marquent de cet impartageable, de ce suspens d’un savoir ‘incomblable’ sur l’horreur qui a eu lieu, où chaque spectateur est aussi visage à visage avec les deux acteurs du film de cinéma, bouleversant documentaire, incarnant au plus vif leur rencontre.
Ici pas de couplage nazi-juif tant prôné par les tenants d’une « zone grise » généralisable à souhait entre les bourreaux et des victimes qui, celles-là, auraient de ce fait survécu. Pas non plus ici de notion érigée en concept, genre « banalité du mal » d’Hannah Arendt, et de certains penseurs qui la suivent dans ce registre. S’agirait-il encore pour eux de suppléer au suspens de la pensée devant l’ampleur des crimes commis, de garder leur acte de penser intact, réparable par un savoir construit sur ce que pense un Eichmann ? Lui qui dés 1938 au tout début de l’Anschluss à Vienne puis à Theresinstadt « sequestre » B.Murmelstein qui ainsi en sait long sur ce « haut dignitaire nazi », qu’il qualifie de « démon » et qui est condamné à mort au Procès de Jérusalem en 1963.  La Shoah ne nous enseigne rien sur le mal en l’homme, où il séjourne depuis toujours. Freud nous le dit dans toute son œuvre, par exemple en 1916 in Actuelles sur la Guerre et la Mort : « finalement les hommes dans l’Inconscient ne sont qu’une bande d’assassins ». 
Murmelstein déjoue le piège nazi , piège du mal absolu se donnant pour négociable, zone grise, d’un couplage possible entre nazis et juifs dans les Judenrat. Voilà l’immense mensonge européen que Le Dernier des Injustes fait saisir. C’est le leurre tendu par Theresinstadt, « Ghetto modèle », faux respect de la vie, leurre aussi dans le projet Madagascar. Leurres pour tuer/faire mourir les juifs dans la Solution finale. Leurre que Murmelstein, pragmatique face au réel, mais aussi malgré tout poète de la vie, dévoile de par sa position de doyen , leurre où les protagonistes sont comme les marionnettes d’un théâtre où la vie vaut la mort, où chacun joue inexorablement son rôle. Il déjoue ce piège pour le leurrer, mais en y étant comme la marionnette… de lui-même, risquant d’être tué à chaque instant. Et de voir s’éteindre cette étincelle de vie, mais qui aujourd’hui jaillit de ses mots et s’entend, se voit dans cette oeuvre filmique. Où de la parole d’hommes sait combattre le mensonge… » JJM

Octobre 2013

Cinéma Etoile Pagode
DIMANCHE 20 OCTOBRE 2013 A 10H15
PROJECTION DU FILM
HUIT ET DEMI
De Federico FELLINI -  Italie/France 1963
Projection suivie d’un débat animé par: Jean-Jacques Moscovitz, Fred Siksou, Vannina Micheli-RechtmanMaria Landau, Barbara Hazan-Didier

synopsis : Guido Anselmi est un réalisateur célèbre à la recherche de repos et d’un peu d’évasion dans une ville thermale renommée. Réalité et imagination se mêlent dans sa tête et l’endroit qui est censé lui apporter des soins et de la détente se peuple de personnages qui appartiennent à sa vie. L’arrivée de sa maîtresse Carla, puis de Luisa, sa femme et de l’actrice Claudia, symbole mythique des sentiments purs, mais en même temps, les entretiens avec le producteur, les techniciens, les habitués des thermes augmentent la confusion de Guido et ses souvenirs les plus éloignés resurgissent : le pensionnat, ses parents qu’il rencontrera ensuite dans un cimetière, alors qu’ils désormais morts depuis longtemps. Guido est en crise, peut-être qu’il devra renoncer au film auquel il est en train de travailler. Alors qu’il est sur le point d’abandonner définitivement son projet de nouveau film, apparaissent à nouveau sur le plateau de tournage les personnages qui ont marqué sa vie. Guido est au milieu d’eux tous avec le mégaphone donne des ordres et tout le monde obéit en paix et se tient par la main formant ainsi une chaîne qui défile avec beaucoup de joie sur les notes de la marche des gladiateurs.

1/2 vu par Alberto Moravia : Le personnage de Fellini est un érotomane, un sadique, un masochiste, un mythomane, en proie à la peur existentielle, un nostalgique du sein maternel, un bouffon, un mystificateur et un escroc. Pour certains aspects, il ressemble un peu à Leopold Bloom, le héros du livre de Ulysse de Joyce que Fellini montre qu’il l’a lu et qu’il y a cogité. Le film est une introspection, voir un monologue intérieur ponctué de rares aperçus de la réalité. La névrose de l’impuissance est illustrée par Fellini avec une précision clinique impressionnante qui, parfois, est peut-être même involontaire. […] Les rêves de Fellini sont toujours surprenants et originaux sur le plan figuratif, il n’est pas envisageable de trouver un sentiment plus délicat et plus profond dans ses souvenirs. Pour cette raison, les deux épisodes qui remontent à son enfance dans la rustique maison de sa terre de Romagne et à son adolescence avec sa première rencontre avec une femme sur une plage de Rimini, sont parmi les plus beaux du film et même parmi les plus beaux de toute l’œuvre de Fellini. Alberto Moravia "L'Espresso", 17 février 1963 (Fondation Federico Fellini)

avant-propos : ..."Les démons secrets en nous deviennent images, images de rêve, celles de Fellini,  il nous dit de parler les images. Lui Fellini il se met, comme  dans une échographie psychique, à l'intérieur...des femmes pour savoir ce qu'il  s'y passe et une fois dehors il est seul.. Avec son film..  Huit et demi c'est l'âge, le moment, où son père, l'a amené au cinéma pour la première fois... Aujourd´hui l'image, le trait , sur l'affiche est celle d'une caméra féminine en silhouette qui évoque  le féminin lui-même. S'il y avait un film qui dirait le féminin ce ne pourrait être celui-là, ce ne pourrait sans doute plus même être un film sauf ceux de Fellini  et de quelques autres.Le cinéma par le féminin devient un art avec lequel la psychanalyse est en un voisinage très proche. Voilà pourquoi "Le Regard qui bat..." a choisi de projeter8 1/2   pour la sortie du premier ouvrage aux Editions ERES : "Du cinéma à la psychanalyse, le féminin interrogé"... JJM

Septembre 2013

Cinéma La Pagode

Mercredi 18 septembre 2013 à 20h30
PROJECTION DU FILM
JIMMY P.
De Arnaud Desplechin -  France 2013
Projection suivie d’un débat en présence d'Arnaud Desplechin
Débat animé par: Jean-Jacques Moscovitz, Fred Siksou, Olivier Douville, Maria Landau, Barbara Hazan-Didier

synopsis : Au lendemain de la Seconde Guerre Mondiale, Jimmy Picard, un Indien Blackfoot ayant combattu en France, est admis à l’hôpital militaire de Topeka, au Kansas, un établissement spécialisé dans les maladies du cerveau. Jimmy Picard souffre de nombreux troubles : vertiges, cécité temporaire, perte d’audition... En l’absence de causes physiologiques, le diagnostic qui s’impose est la schizophrénie. La direction de l’hôpital décide toutefois de prendre l’avis d’un ethnologue et psychanalyste français, spécialiste des cultures amérindiennes, Georges Devereux. JIMMY P. (Psychothérapie d'un Indien des Plaines) est le récit de la rencontre et de l’amitié entre ces deux hommes qui n’auraient jamais dû se rencontrer, et qui n’ont apparemment rien en commun. L’exploration des souvenirs et des rêves de Jimmy est une expérience qu’ils mènent ensemble, avec une complicité grandissante, à la manière d’un couple d’enquêteurs.

avant-propos : « ….Tel un rêve fait pour être adressé à celui qui l’écoute, ce film évoque qu’il est réalisé, dit, montré à tout un chacun qui tient compte de l’inconscient.  Mise en scène de la psychanalyse en place d’acteur qu’inventent entre eux Jimmy P et Devereux, comme si c’était la toute première fois, le tout début de l’expérience de l’inconscient, celle qui se renouvelle à chaque fois. Comme les Cinq Psychanalyses de Freud.  Ici visuel et voix entre images et mots en plans serrés donnent vie à ce lieu de la parole qui prend corps entre les visages.  Ce qui apaise le conflit entre freudisme et biomédical, en écho ici à la bienveillance en 1947 des neurologues de Topeka, qui, désarmés devant la « souffrance » de ce malade ayant failli se briser le crâne, confient Jimmy Picard pour l’écoute de son propre psychisme, à un psychanalyste. Oui la tête.  Qui  n’est pas celle qui se voit dans les radiographies de  l’impérialisme du visuel en noir et blanc, elle est celle qu’on entend… le privé, le sujet,  et les effets  collectifs du vacarme du monde. Déjà, belle invention d’Arnaud Desplechin,  dans La Sentinelle en 1992, comme dans un rêve se reflétant en fantasmes multiformes, la tête est  mise en scène, en place « d’objet acteur »: momifiée, surprenante de vérités secrètes à découvrir, cachée… dans un globe terrestre, violemment apparue dans un train venu d’un pays où se sont commis d’indicibles crimes, renvoyant Mathias le héros du film à des tourments en quête de mots qui, nommant, situent l’écart entre intime et politique. Pauvre tête des hommes  prévenus sans retour désormais, de leurs démons en eux qui, une fois parlés, nous disent qui nous sommes, chacun. Et cela aussi bien pour Jimmy P l’analysant, que pour Devereux l’analyste qui, par les fulgurances qu’ils vivent chacun, découvrent avant de se séparer, combien leur rencontre singulière de la chose freudienne, de l'inconscient  les rend présents l’un à l’autre… ».  JJM

Juillet 2013

Cinéma La Pagode

Jeudi 4 juillet 2013 à 20h15
PROJECTION DU FILM
Le Passé
De Asghar Farhadi - France 2013
Débat animé par: Jean-Jacques Moscovitz, Fred Siksou, Vannina Micheli-Rechtman, Maria Landau, Barbara Hazan-Didier
synopsis : Après quatre années de séparation, Ahmad arrive à Paris depuis Téhéran, à la demande de Marie, son épouse française, pour procéder aux formalités de leur divorce. Lors de son bref séjour, Ahmad découvre la relation conflictuelle que Marie entretient avec sa fille, Lucie. Les efforts d'Ahmad pour tenter d'améliorer cette relation lèveront le voile sur un secret du passé. 

avant-propos : …’’ELLE(s) a le droit de savoir’’ est-il dit par un père parlant de sa fille à sa mère… ce qu’il est arrivé, Le Passé. Qui passe de bouche(s) à oreille(s) et en continu au fil du temps qui passe… Et un seul clic et ses mails, voire peut-être plus ou pas du tout, un clic, cette magie dominant nos paroles et nos vies, nos lèvres et nos ouïes, changent la donne de la réalité et celle de la vérité. Qui, elle, ne se passe qu’entre femmes et de générations successives. Et où pères, maris, amants sont comme exclus, porteurs pourtant de la charge de faire respecter la transmission de savoirs dont ils ignorent le contenu… Images de cinéma qui, convoquant un psychanalyste, marquent ici l’incertitude de tout désir, jamais cerné sinon confusément. Tant la certitude de nos sentiments n’est qu’un leurre souverain où se heurtent violemment amour, haine, mensonge et vérité… nos pensées qui, voulant traquer la subjectivité des personnages, restent insuffisantes des lors que la parole du sujet entre en scène. Les images du cinéma de Asghar Farhadi sont très voisines du discours et du style psychanalytiques..." J-J M.

Mai 2013

Cinéma La Pagode

Dimanche 26 mai 2013 à 10h30
PROJECTION DU FILM
Vous n'avez encore rien vu
De Alain Resnais -  France 2012
Projection suivie d’un débat avec notre invité Hervé de Luze, monteur du film
Débat animé par: Barbara Hazan-Didier, Jeanne-Claire Adida, Jean-Jacques Moscovitz, Fred Siksou, Vannina Micheli-Rechtman, Anne-Marie Houdebine, Maria Landau, Claude-Noëlle Pickmann

synopsis : Antoine d’Anthac, célèbre auteur dramatique, convoque par-delà sa mort, tous les amis qui ont interprété sa pièce "Eurydice". Ces comédiens ont pour mission de visionner une captation de cette œuvre par une jeune troupe, la compagnie de la Colombe. L’amour, la vie, la mort, l’amour après la mort ont-ils encore leur place sur une scène de théâtre ? C’est à eux d’en décider. Ils ne sont pas au bout de leurs surprises…

avant-propos 1 : Jouer encore une fois cette pièce, c'est prendre place dans la succession des générations d'hommes et de femmes qui s'aventurent dans des histoires d'amour depuis la nuit des temps. Il s'agit d'actualiser encore une fois ce mythe d'Orphée et d'Euridyce dans une réécriture cinématographique de la pièce Eurydice de Jean Anouilh écrite en 1942 en pleine guerre. Contemporain et admirateur de l'homme et de son théâtre,
Alain Resnais reprend le flambeau comme on se le passe aux jeux olympiques pour conserver la flamme et cela comme il aime à le faire, guidé par le hasard dans le choix du scénario comme du titre du film. Il relance les dés en compagnie de sa troupe de  fidèles acteurs pour nous faire partager  un moment de plaisir. "Vous n'avez encore rien vu" galéjade qu'il avait l'habitude de dire sur ses tournages et situe si bien notre héros Orphée, lui qui ne saura pas se laisser surprendre par son désir et l'élaborer pour déjouer le destin. Orphée descend chercher son Eurydice aux Enfers. Il a vu la mort lui la ravir mais cela ne lui a pas ouvert les yeux. Il ne veut rien savoir de la mort...la vie ne lui apprend rien et il ne saura pas aimer Eurydice au-delà de sa première satisfaction pour la  laisser vivre comme elle le lui demande.  Cédant  dans ce moment d'enjeu capital  à ses pulsions, il laisse passer la chance que lui donne ce  témoin attachant joué par Mathieu Amalric, d'accéder en lui à un désir capable d'innover dans son lien à la femme qu'il aime pour vivre avec elle autrement que dans l'ambivalence et assumer sa solitude de mortel. - Fermer les yeux n'est-ce pas une façon d'adhérer silencieusement, de rester fasciné? - Ouvrir les yeux, d'entendre, de nommer ; en s'ouvrant aux effets de cet acte, couper la dépendance répétitive.Tel le poète se faisant voyant, celui qui ouvre les yeux s'affronte au mystère des choses qui questionne en quête d'une réponse nouvelle à l'amour, et trouve "ce rien qui fait sonner la vie au coin du lit". B.H-D
avant-propos 2 : …la musique de fin de Frank Sinatra « It was a mess of good years » s’entend  en multiples miroirs entre théâtre et cinéma, et renvoie à l’infinitude latente en soi, celle du désir de mort présent dans la vie pour la border tel  Narcisse, tel l’engourdissement du héros qui se noie pour donmer un terme à l’excès d’images, c‘est la fin du film. Mais la vie des mots se joue dans le désir de paroles  des acteurs qui montent un par un à l’autel de leur dire sur fonds d’amours mythiques barrés par les enfers. En une Résurrection  qui toujours invoque la prière au un par un,  que ce soit  par la vidéo d’Orphée, la lecture de la pièce, le cadrage des amants interdits. Ici la transmission en trois générations d’acteurs est  honorée par Alain Resnais car c’est bien chacun d’eux qui fait le spectacle et nous offre de la joie. Ce film rend le spectateur intélligent sur l’actuel de nos souhaits au jour à jour…Celui du temps qui passe en un mélange subtil des époques de vie que la voix de Sinatra incarne à jamais… Un psychanalyste, un psychanalysant sont là concernés… JJM

Avril 2013

Cinéma Etoile Lilas
DIMANCHE 14 AVRIL 2013 A 17h30
EVÈNEMENT EXCEPTIONNEL MARCEL OPHULS
PROJECTION DU FILM
THE MEMORY OF JUSTICE
De Marcel Ophuls - 4h15 - France/USA 1976
Projection suivie d’un débat avec Marcel Ophuls
Et son invité : Fred Wiseman

Modérateurs du débat : Fred Siksou, Jean-Jacques Moscovitz 
Intervenants sollicités : Réalisateurs : Marceline Loridan-Ivens, Arnaud Desplechin, Guillaume Moscovitz, Pascal Kané, Hervé Icovic, … - Psychanalystes : Vannina Micheli-Rechtman, Max Kohn, Bernard Toboul, Anne-Marie Houdebine, Maria Landau, Pierre Marie,  Claude Noëlle Pickman, Barbara Hazan-Didier, Judith Cohen-Solal…
avant-propos : "The Memory of Justice" de Marcel Ophuls (1976) n’a été vu que très récemment, ce qui nous invite à le voir/revoir ensemble lors de ces journées dans une rétroaction d’autant plus constructive, semble-t-il, qu’elle nous renvoie « Au chagrin et à la pitié ». Ce qui nous montre combien le cinéma venu d’auteurs français est notre héritage et ô combien précieux pour nous. Ce dont nous voulons faire part avant de nous laisser surprendre par de tels enseignements dont la force et l’insistance ne viennent pas du cinéma par hasard. Comment filmer les mots qui font l’actuel de notre temps, comment le cinéma nous invite à le faire, le dire, le voir avec lui, avec le regard de Marcel Ophuls dans The Memory of Justice. 
Il s’agit de ce qu’il s’est passé en 1939-45 dans l’Europe nazifiée, la Shoah, d’Est en Ouest. Nuremberg en 1935 : d’où sont parties les lois du meurtre des juifs, des malades mentaux. Comment les Allemands, de qui sont venus les ordres, les méthodes, les actes de tuer, ont-il su, voulu savoir, ne pas savoir, effacer les traces, et aussi pour d’autres comment les formuler en paroles. Comment la parole et le Droit sont dans ce film mis en images, celle du Procès de Nuremberg en 1946-48 organisé par les Alliés. 
Acte d’humanité pour dire l’a-humanité, les Images de cinéma du Procès mettent ici en paroles la justice face à notre mémoire, non pas maîtrise de l’Histoire, mais bien une mise au présent, en un présent qui nous tient par défaut en un mouvement qui nous invite sans atermoiement à l’accueillir sans cesse, sans conclure, sans le constituer en un objet de science. 
L’art du cinéma, art majeur et amplifié depuis Shoah de Lanzmann et The Memory of justice de Marcel Ophuls, dit notre existence dans le monde d’aujourd’hui. La caméra de Marcel Ophuls ici déploie notre actuel en filmant comment les allemands en parlent entre eux, et surtout en récurrences qui scandent le film, des séquences des paroles du Procès, des accusés, des présidents du TMI, des témoins, séquences des gens vivant en Allemagne après les crimes, admirateurs du nazisme, ou au contraire des jeunes qui disent comment ils le pensent, accusent, en reçoivent l’écho de leurs parents ; séquences où le danger de suicide guette… séquences des familles qui se racontent l’ évènement… séquences aussi sur le Vietnam, l’Algérie. Acte de cinéma, de parole, d’engagement à dire sans cesse, acte politique pour nous, pour l’Europe.Le film comporte deux parties : une 1ere intitulée « Nuremberg et les Allemands » où des visages et des paroles de personnes singulières nous transmettent leur témoignage sur la Destruction des juifs d’Europe, silences, acceptation ou esquives, et aussi des positions courageuses, décisives pour l’actuel de notre temps. Et une 2e partie intitulée « Nuremberg et les autres » centrée plutôt sur les effets et les échecs des principes des Procès. Mais ces deux parties sont inextricablement nouées ensemble par les enjeux entre subjectivité et collectif.

Février 2013

Cinéma le Saint-Germain-des Près
JEUDI 28 FÉVRIER 2013
PROJECTION DU FILM
SUGAR MAN
De Malik Bendjelloul - Royaume Uni / Suède 2012
Projection suivie d’un débat animé par notre invité Olivier Douville
Avec : J-J Moscovitz, F. Siksou, V. Micheli-Rechtman, A-M. Houdebine, M. Landau, F. Moscovitz, B. Didier-Hazan...
synopsis : Au début des années 70, Sixto Rodriguez enregistre deux albums sur un label de Motown. C'est un échec, à tel point qu’on raconte qu’il se serait suicidé sur scène. Plus personne n’entendit parler de Rodriguez. Sauf en Afrique du Sud où, sans qu’il le sache, son disquedevint un symbole de la lutte contre l’Apartheid. Des années plus tard, deux fans du Cap partent à la recherche de “Sugar Man”. Ce qu’ils découvrent est une histoire faite de surprises, d’émotions et d’inspiration.

avant-propos : "...Sugar Man ou portrait d'un public insoupçonné Comment l'intime, le cœur, le désir d'un artiste ne s'éteignent pas quand la rumeur l'ignore, le tait, lui vole sa vie en jouant avec le feu, la flamme jusqu'à l'immolation prophétique. Là où la marchandisation de l'art et de l'existence force aux limites le désir de créer, la rumeur collective vient inverser le destin et rend la lumière à celui qui jeté dans l'ombre renaît. Plus rien, comme un cri dans le vide, une disparition par effacement. Puis la naissance d'un nouage entre traces, lieux, poésie et politique, l'accueil imprévu de L'Afrique du Sud, là où elle résiste et lutte contre l'Apartheid. Une situation et un moment qui accueillent le chant de Sixto Rodriguez, lui donne son urgence et sa vérité, ce chant que personne n'écoutait plus. Son art lui revient d'autant qu'il appartient à d'autres, que son nouveau public lui donne corps, vie et direction destinale. L'art échappe à sa mercantilisation, il n'est plus un produit jetable, il est et fait acte. Un public surgit, oui, mais qui bien plus qu'en consommant l'objet esthétique tresse le souffle de l'art à l'intime de sa propre chair, aux souffles urgents de sa colère, aux lueurs tranchées de son espoir. Ce film est un road movie, qui parle d'oubli, de destruction, de mémoire résistance, d'adresse insoupçonnée et de public de secours. Histoire qui célèbre les puissances du déplacement, du transfert, du désir. En effet, des années plus tard, deux fans du Cap partent à la recherche de “Sugar Man" ; ils découvrent une histoire faite de surprises, d’émotions et d’inspiration. Comment le quotidien de l'autre et du Je de chacun s'émeut et écoute ? Non pas tant que la musique adoucisse les mœurs ou les opinions fourchues , ou encore la lutte a mort des narcisses de tous bords. Mais encore, la musique chantée rend-elle présent notre petit coin de vie et notre désir d'être chaque jour un peu plus, chacun, artiste de sa vie. La voix qui s'entend, la voix qui invoque le ciel c est surtout celle qui dit oui au temps qui passe, fait acte et scansion en soi-même,.... Et revient le matin Et revient la nuit..."  Olivier Douville, Fred Siksou, J.J. Moscovitz

Février 2013

ECOLE NORMALE SUPÉRIEURE
SAMEDI 9 FÉVRIER 2013 
PROJECTION DU FILM
The Memory of Justice 
De Marcel Ophuls - France 1976
Projection suivie d’une rencontre avec Marcel Ophuls
avant-propos : "The Memory of Justice" de Marcel Ophuls (1976) n’a été vu que très récemment, ce qui nous invite à le voir/revoir ensemble lors de ces journées dans une rétroaction d’autant plus constructive, semble-t-il, qu’elle nous renvoie « Au chagrin et à la pitié ». Ce qui nous montre combien le cinéma venu d’auteurs français est notre héritage et ô combien précieux pour nous. Ce dont nous voulons faire part avant de nous laisser surprendre par de tels enseignements dont la force et l’insistance ne viennent pas du cinéma par hasard. Comment filmer les mots qui font l’actuel de notre temps, comment le cinéma nous invite à le faire, le dire, le voir avec lui, avec le regard de Marcel Ophuls dans The Memory of Justice.Il s’agit de ce qu’il s’est passé en 1939-45 dans l’Europe nazifiée, la Shoah, d’Est en Ouest. Nuremberg en 1935 : d’où sont parties les lois du meurtre des juifs, des malades mentaux. Comment les Allemands, de qui sont venus les ordres, les méthodes, les actes de tuer, ont-il su, voulu savoir, ne pas savoir, effacer les traces, et aussi pour d’autres comment les formuler en paroles. Comment la parole et le Droit sont dans ce film mis en images, celle du Procès de Nuremberg en 1946-48 organisé par les Alliés. Acte d’humanité pour dire l’a-humanité, les Images de cinéma du Procès mettent ici en paroles la justice face à notre mémoire, non pas maîtrise de l’Histoire, mais bien une mise au présent, en un présent qui nous tient par défaut en un mouvement qui nous invite sans atermoiement à l’accueillir sans cesse, sans conclure, sans le constituer en un objet de science. L’art du cinéma, art majeur et amplifié depuis Shoah de Lanzmann et The Memory of justice de Marcel Ophuls, dit notre existence dans le monde d’aujourd’hui. La caméra de Marcel Ophuls ici déploie notre actuel en filmant comment les allemands en parlent entre eux, et surtout en récurrences qui scandent le film, des séquences des paroles du Procès, des accusés, des présidents du TMI, des témoins, séquences des gens vivant en Allemagne après les crimes, admirateurs du nazisme, ou au contraire des jeunes qui disent comment ils le pensent, accusent, en reçoivent l’écho de leurs parents ; séquences où le danger de suicide guette… séquences des familles qui se racontent l’ évènement… séquences aussi sur le Vietnam, l’Algérie. Acte de cinéma, de parole, d’engagement à dire sans cesse, acte politique pour nous, pour l’Europe…(suite..)