LE REGARD QUI BAT. . .  C'est l’apport réciproque entre des cinéastes, leurs œuvres et des psychanalystes

« Il y a en effet un chemin qui permet le retour de l’imagination à la réalité, et c’est l’art » Sigmund Freud

Une fois par mois a lieu la projection d’un film suivie d’un débat entre spectateurs, cinéastes, psychanalystes, philosophes, historiens…


Cinéma Étoile Saint-Germain-des-Près
22, rue Guillaume Apollinaire - Paris 6ème arrondissement

DIMANCHE 8 AVRIL 2018 A 20H

PROJECTION SUIVIE D'UN DÉBAT

LA DOULEUR
Réalisé par Emmanuel Finkiel - France 2017

rencontre - débat avec Emmanuel Finkiel
Débat animé par : Jean-Jacques Moscovitz, Fred Siksou, Vannina Micheli-Rechtman, Barbara Hazan-Didier, Laura Kofler, Lysiane Lamantowicz, Simone Wiener, Françoise Moscovitz…

https://www.etoile-cinemas.com/stgermain/reserver/

Le synopsis : "La Douleur", adapté de l’œuvre de Marguerite Duras. En 1944, dans une France sous Occupation allemande, Robert Antelme, grand Résistant, est arrêté et déporté. Pour son épouse, la jeune écrivain Marguerite Duras, c’est le début d’une insoutenable attente.

L'avant-propos de Jean-Jacques Moscovitz : « …Un corps, absent, la douleur le rend présent à celle qui attend. Corps déporté, mis en mots, fantasmé, en images intimes, acceptées, repoussées. Est-il dans l’escalier, déjà là ? dans le restaurant quand, elle, Marguerite est avec l’inspecteur collabo, un amant (?) « nécessaire » pour savoir si son mari est vivant ? presque ? encore un peu ? Mises en scène de l’absence, du négatif de la présence. Comment ici le cinéma d’Emmanuel Finkiel sait la filmer : le spectateur saisit que le discours en images, du fait des images, représente ce qui, presque comme les mots, disent l’absence. L’actrice Mélanie Thierry sait la jouer. L’art du cinéma ici dit ce qu’il s’est passé avec l’Occupation, la déportation, le camp, le retour. Dès lors au fil des films depuis plus de 70 ans, des créations de plus en plus « cinégénes » sont nées, source d’images qui transmettent, nous font témoins actifs. Nous politisons contre le langage de l’ennemi du genre humain.
...Robert Antelme : 1èrephrase de son livre : « je suis allé pisser. Il faisait encore nuit », des lieux du corps sont ceux d’une intériorité ressentie en images de mots qui sont déjà comme un film. La douleur de Duras est déjà un scénario : mots écrits, mots parlés, mots images. La douleur et L’espèce humaine sont… mariés. Un cinéaste les filme.
Se nouent ici corps, mémoire, parole. La psychanalyse touche à ce corps de la présence psychique, intime qui sollicite chacun. Le psychanalyste est ici convié comme passeur entre littérature et cinéma. Mémoire : oui, puisque c’est après les faits que ces deux livres sont écrits, les auteurs en ont vécu la fin, alors que le spectateur du film de Finkiel est en 1944 dans le temps où l’action a lieu.
Mémoire, la mienne, quand avec toute la famille nous sommes à la gare dans l’attente et la croyance que mon oncle revienne, vivant …. Corps, présence, absence de parole, un vague sourire sourd d’une maigreur sans nom dans des bottes bien trop grandes trouvées sur un cadavre d’un soldat allemand ….
Marguerite (Duras) sait la fin, veut écrire l’absence, ce trait structurant son texte, et qui ici dans le film, devient un objet en place d’acteur dirigé par un cinéaste. L’absent, lui Robert (Antelme), est présent partout ; elle, elle vit dans l’actuel des mois d’attente invoquant l’autre qui va venir, toute trouée de blancs d’angoisse de mort…
Disparition …. Mme Katz, dans le film attend, implore, sourit, pleure que sa fille raflée au Vel d’Hiv revienne… Elle a été gazée. Dans Voyages (1999), E. Finkiel filme Vera, celle qui rescapée d’Auschwitz attend à Tel-Aviv son bus sur un banc, elle y monte, elle part, la caméra fixe le banc vide…. Raflée ? … Effacement de l’absence elle-même. Le spectateur la sent en son intime… L’absence, depuis les camps, a changé de statut, de contours, de nature, de profondeur de champ... »