LE REGARD QUI BAT. . .

C'est l’apport réciproque entre des cinéastes, leurs œuvres et des psychanalystes

Une fois par mois a lieu la projection d’un film suivie d’un débat entre spectateurs, cinéastes, psychanalystes, philosophes, historiens…


PROJECTION SUIVIE D'UN DÉBAT 

Dimanche 20 octobre 2019 à 19H30

Cinéma Beau Regard

22, Rue Guillaume Apollinaire 75006 Paris
WANDA
réalisé par Barbara Loden - USA 1970 

synopsis : Mariée à un mineur de Pennsylvanie et mère de deux enfants, Wanda ne s’occupe ni d’eux ni de sa maison, et passe la majeure partie de ses journées affalée sur le canapé du salon, en peignoir et bigoudis. Sans personnalité ni volonté, elle se laisse "divorcer". Seule, sans domicile ni moyens de subsistance, elle erre sans but précis, et fait la connaissance d’un voleur, Dennis, dont elle devient la maîtresse et complice.

La projection sera suivie d'un débat animé par : 
Christine Laurent, Jean-Jacques Moscovitz, Fred Siksou, Vannina Micheli-Rechtman, Simone Wiener, Laura Koffler, Françoise Moscovitz...

Wanda vu par Isabelle Regnier dans Le Monde : Femme chiffon, Bartleby féminin, anti-héroïne absolue, qui avait fait hurler les féministes en 1970 et enflammé Marguerite Duras dix ans plus tard, Wanda est une bombe humaine, un concentré de dynamite lancé contre la marche du monde comme il va. Le film auquel elle donne son nom, premier et dernier que réalisera Barbara Loden, la femme d’Elia Kazan, décédée en 1980 des suites d’un cancer, ressort en salles aujourd’hui. Il n’a pas pris une ride. Cette créature fluette aux bras ballants, flanquée de sa queue-de-cheval blonde mal peignée, l’actrice et cinéaste l’interprète elle-même, avec un abandon inouï. Elle se traîne, sans autre but que trouver un abri pour dormir, ou quelque chose à manger, à travers les terrils de Pennsylvanie, sur les trottoirs des villes… Elle s’échoue dans des bars glauques, s’avachit sur la moindre banquette, suit dans la nuit le moindre type qui lui paye un verre, encaissant les insultes, prenant claque sur claque sans une once d’amour-propre. Ne tient bon que sur une chose : le refus de faire quoi que ce soit d’utile, de constructif, de prouver un semblant de valeur. Filmée avec une âpreté inouïe, à peine adoucie par l’onctuosité des couleurs, proches de la peinture, qui semblent passées sous de légers filtres, vert bouteille ou bleu selon les séquences, cette dérive hallucinante commence chez la sœur de Wanda, dont la mine défaite, les cris d’un bébé, l’apparente pauvreté du foyer traduisent une certaine idée de l’enfer domestique. Elle se poursuit au tribunal, où doit être prononcé son divorce. D’elle-même, Wanda propose de laisser les enfants à son mari. « Je n’ai jamais rien voulu ; et je ne voudrais jamais rien », confie-t-elle au type auquel elle va s’accrocher. Peut-on faire plus subversif ?

l’avant-propos de Christine Laurent : "Je ne voudrais jamais rien..."  C’est Wanda qui dit ça. Cette femme semble fuir éperdument vers sa liberté. Mais c’est dans la servitude d’une étrange liaison qu’elle trouvera un semblant de protection. C’est l’histoire d’une femme aux prises avec des désirs inconciliables. Se rebeller. S’affranchir. Trouver refuge. Tomber. Se relever. Barbara Loden. Elle a réalisé ce film. Elle interprète le rôle de Wanda. Son visage, son corps, son jeu atonal illuminent le récit. L’héroïne de cette histoire traverse la nuit et l’espace telle une comète, entraînant dans son sillage un essaim de particules lumineuses.


l’avant-propos de Jean-Jacques Moscovitz : ... Là, la féminité prend une allure que seul le cinéma peut rendre d’une façon aussi évidente et captivante, pour un homme comme pour une femme. Le laisser aller décisif de Wanda voire l’abandon actif de sa position de mère de trois enfants, dans les années 70 aux États-Unis, fait choc pour quiconque oserait prétendre alors comme aujourd’hui que la famille est le centre de la société. Wanda va au-delà, vers l’au-delà. C’est là sa séduction, certes, même choyée par la nature, elle est séductrice car la mort du désir la guette. Et ça captive. Sa féminité passée en pertes et profits, est au-delà d’elle. Elle ne le sait pas, et sa caméra joue le jeu de cette ignorance. Ignorance vitale, subreptice sous le regard de l’homme faible qui ne perçoit pas l’immensité du désarroi de Wanda de désirer enfin. Sans robe saillante ni enrobement social. Danger... Fin de partie en miroir d’un social où elle se noie quasiment « normalement », dans sa propre image qui lui est tendue. Le psychanalyste, s’il avait été convoqué, et il l’est par ce film, aurait-il eu la position juste pour faire percevoir que le désir inconscient, un temps aussi dénudé soit-il pour être enfin en acte, se doit de retrouver un Moi qui l’habille pour osciller entre son surgissement et sa clôture ? Ici cinéma, féminité et psychanalyse s’ouvrent à un débat qui reste actuel comme jamais"...