LE REGARD QUI BAT. . .  C'est l’apport réciproque entre des cinéastes, leurs œuvres et des psychanalystes

« Il y a en effet un chemin qui permet le retour de l’imagination à la réalité, et c’est l’art » Sigmund Freud

Une fois par mois a lieu la projection d’un film suivie d’un débat entre spectateurs, cinéastes, psychanalystes, philosophes, historiens…


Cinéma Le Saint-André des Arts
30, rue Saint-André-des-Arts - 75006 Paris

Hommage à Claude Lanzmann

Mardi 23 octobre 2018 à 20H30

Le serment d'Hippocrate & La puce joyeuse

Mercredi 24 octobre 2018 à 20H30

Baluty & L'arche de Noé

DEUX PROJECTIONS SUIVIES DE DÉBATS

LES QUATRE SŒURS

réalisé par Claude Lanzmann

Documentaire, France, 2017

le débat sera animé par : Jean-Jacques Moscovitz, Fulvia Castellano, Françoise Moscovitz

Projections et débats en présence de : Paul Zawadzki (professeur en Sciences Politiques Paris 1, Christine Laurent (réalisatrice), Martine Dugowson (réalisatrice)


Claude Lanzmann revient sur le destin de Ruth Elias, Ada Lichtman, Paula Biren, Hanna Marton : quatre femmes ayant vécu l'horreur des camps. Il les avait interviewées en préparant Shoah et consacre aujourd'hui un film à chacune d'elle. Comme dans Sobibor, 14 octobre 1943, 16 heures ou Le Dernier des Injustes, il met en perspective ces récits filmés il y a trente ans afin de comprendre les processus mis en place par le régime nazi pour exterminer les Juifs d'Europe.

Le Serment d’Hippocrate (90 min) - Ruth Elias a 17 ans en mars 1939, quand les nazis occupent la Tchécoslovaquie. Sa famille se cache durant trois ans dans une ferme, avant d'être dénoncée et déportée au camp de Theresienstadt en avril 1942. Pendant l’hiver 1943, Ruth découvre qu’elle est enceinte. Elle est envoyée à Auschwitz. En juin 1944, enceinte de 8 mois, elle réussit à entrer dans un groupe de 1000 femmes envoyées à Hambourg pour dégager les gravats d’une raffinerie bombardée.

La Puce joyeuse (52 min) - Le jour de l’invasion allemande de la Pologne, tous les hommes de Wieliczka, près de Cracovie, sont rassemblés par les Allemands dans une forêt voisine, et exécutés. Les corps couverts de sang sont disposés par leurs bourreaux en demi-cercle, pieds joints et têtes vers l’extérieur, comme une représentation artistique.  Dès lors, Ada n’a plus qu’une question en tête : non pas "vais-je survivre ?" mais "quelle sera ma mort ?". Envoyée à Sobibor, où plus de 250 000 Juifs furent exterminés dans les chambres à gaz, elle joue un rôle décisif dans la révolte du 14 octobre 1943. Elle fait partie des 50 survivants.

Baluty (64min) - Il existe encore nombre d’archives, de journaux intimes et même quelques photos du ghetto de Lodz, mais très peu de témoignages de survivants. Celui de Paula Biren est d’autant plus exceptionnel qu’elle fit partie de la force de police féminine du ghetto. Des centaines de ghettos qui parsèment la campagne polonaise, celui de Lodz fut le plus pérenne. Il était dirigé d’une main de fer par le président du conseil des anciens, Chaim Mordechai Rumkowski, appelé le "Roi Chaim", un homme convaincu qu’il pouvait sauver une partie de la communauté en les transformant en main d’œuvre au service des Allemands.

L’Arche de Noé (68 min) - En 1944, quand les nazis commencèrent à déporter les Juifs de Hongrie, Rudolf Kastner, qui présidait le comité de sauvetage, tenta de négocier avec Eichmann. Il proposa deux mille dollars par Juif, montant les prix jusqu’à ce que Eichmann préfère l’argent à la mort. Il fut conclu qu’un transport spécial quitterait Budapest pour Bergen-Belsen, puis continuerait vers la Suisse. Hanna Marton en fit partie.1684 Juifs échappèrent ainsi à la mort. Au même moment, 450 000 Juifs hongrois mouraient dans les chambres à gaz de Birkenau.

L'avant-propos de Jean-Jacques Moscovitz : ... « ce film est composé pour chacune d’elles respectivement de 4 chapitres : LE SERMENT D’HIPPOCRATE, LA PUCE JOYEUSE, BALUTY, L’ARCHE DE NOE. Claude Lanzmann est mort ce 5.7.2018. Ce dernier film tourné pendant la préparation de ce qui sera Shoah en 1985, est comme le legs que ce réalisateur nous laisse en filmant le visage et les paroles de ces femmes. Elles sont « d’une trempe exceptionnelle », dans leur lutte de la vie contre la mort qui les guettait à chaque instant. Elles nous invitent sans atermoiement à marquer le pas devant le vacarme du monde actuel où la parole est atteinte de plus en plus. Cette parole, la haine d’État du 3e Reich voulait l’anéantir. En vain. Le film nous présente ces femmes comme sœurs car elles sont liées par leur destin de SURVIVANTES. Le spectateur les rencontre au point qu’elles deviendraient comme des amies tant l’auteur montre ici son immense talent d’un « miracle photographique » des visages de ces femmes (Despléchin) et aussi de mettre en scène leurs propos magnifiques de vérité en une belle leçon pour un psychanalyste d’écoute dans les silences et leurs mots au bord du néant. Il le fait dans Shoah lorsqu’il nous « présente » Philipp Muller, Rudolph Virba, Simon Srebnick , Richard Glazar, Abraham Bomba, ces témoins du pire et ainsi « héros de la vie », car tous membres des Sonderkommandos dans l’extermination de millions de juifs.Mais ici malgré tout, grâce au cinéma de Lanzmann, s’évoque le triomphe du vivant en l’homme contre l’effroi... ».