LE REGARD QUI BAT. . .

C'est l’apport réciproque entre des cinéastes, leurs œuvres et des psychanalystes

Une fois par mois a lieu la projection d’un film suivie d’un débat entre spectateurs, cinéastes, psychanalystes, philosophes, historiens…


PROJECTION SUIVIE D'UN DÉBAT 

Dimanche 1 décembre 2019 à 19H30

Cinéma Beau Regard

22, Rue Guillaume Apollinaire 75006 Paris

JOKER
réalisé par Todd Phillips - USA 2019

synopsis :
Dans les années 1980, à Gotham City, Arthur Fleck, un comédien de stand-up raté est poursuivi et agressé dans la rue alors qu'il est habillé en clown. Méprisé de tous et bafoué, il bascule peu à peu dans la folie pour devenir le Joker, un dangereux tueur psychotique.

La projection sera suivie d'un débat animé par : 
Jean-Jacques Moscovitz, Fred Siksou, Laura Koffler, Daniel Friedmann, Olivia Lutsman...


l’avant-propos de Jean-Jacques Moscovitz : ... «... Rendall, le coach de notre héros, lui donne un revolver et beaucoup de chargeurs pour se défendre s’il est encore insulté dans la rue en tant que one-man-show quand, habillé en clown, il se promène avec un panneau bien jaune où est écrit ...c’est son programme « tout doit disparaître ». One-man-show en quête de destruction du monde entier. Exister en groupe, ou être dans sa solitude est une question éternelle qu’Arthur Fleck incarne sans atermoiement et malgré lui. Ici pas d’internet ni de smartphone. Pas la peine. La communication est coupée entre le dedans, l’intime, et le dehors d’Arthur, le social. C’est au spectateur de réunir ce qui fait gouffre au dedans et destruction apocalyptique au dehors dans la cité, à New York... Le cinéma opère un pur coup de génie en mettant en place d’acteur un rire-gouffre où il est seul face à l’au-delà du clown lui-même, dès lors qu’Arthur est totalement dés-habité du sens . Où tout est « none-sense » pour lui. À la recherche qu’il est d’une filiation qui lui reste introuvable. L’amour d’un père lui manque sans fin ni début. Son rire est un cri immense alliant une joie forcée et une terreur sans nom, un « CRI-RE », rire en place d’objet acteur et la mise en acte de son gouffre intime face aux autres . CRI-RE, disons-nous, un bout de son corps, un bout de sa voix dans sa bouche grande ouverte, sa dentition à travers tout l’écran. Ça va nous avaler et surtout lui avec...Arthur ne peut rien faire d’autre que d’être ainsi pour cadrer en vain ses excitations corporelles, pour qu’elles deviennent quelque peu psychiques. Ce cri-ré est un cri d’horreur et de désarroi devant l’absence d’un autre à qui s’adresser, et à qui appartenir en place de ce qui conviendrait à cet Autre, à une mère, du père, un adulte accueillant. Du coup, pour Arthur, chez lui, en lui, les excitations ne tiennent pas au dedans de lui-même. Et elles hurlent en-dehors où elles se commuent en destructivité. 

Par le cinéma, son psychisme est placé au cœur du dehors dans la cité. La psychanalyse, cinéma, et politique sont en un lien qui nous tient. Très remarquable ce film en effet, pour nous montrer en images de cinéma, le fond du fond d’où vient l’origine du dedans, au fond du fond de l’être naissant. C’est à peu près impossible pour Arthur. Il ne peut que détruire le sens quel qu’ il soit, et qui en dehors de lui produit du pas de sens, et ôte toute chance qu’il y en ait. Ça détruit, détruit, détruit... Destructivité immense venue du tréfonds vers nous. Venu d’une âme, celle d’Arthur. Son psychisme est en désarroi, sans recours à aucun autre, autre définitivement absent. Où voisinent trop vie et mort. La vie qui va naître est toute proche de sa destruction d’emblée... Rendall, son coach au revolver, tout comme Murray, celui qui l’invite à la TV pour son one-man-show macabre, doivent être supprimés. Les gens se clownent et se masquent en masse. Tout est en train d’être dans le mal humain qui nous assaillent où les gens se marchent follement les uns sur les autres, gigantesque masse de futurs cadavres. Aller bien dans le mal est la définition que nous donne Freud du masochisme du point de vue psychanalytique comme source d’excitations, de plaisir, et de déplaisir aussi. Il est conduit à cette nécessité pour comprendre la détresse dans la civilisation qui déjà dans les années 1920/30 pointe de partout (1). La psychiatre dans l’ombre au début du film apparaît en pleine lumière à la fin où elle lui dit un possible sens ...de la vie, elle (en)est tuée. Ne restent que les empreintes de pas sanglantes de traces signes d’une filiation impossible. Danger...»... 

(1) note . Freud, constatant certains échecs dans les cures, notamment depuis la Guerre de 1914-18, écrit son article magistral de 1924 où il sort de la critique commune habituellement très péjorative du masochisme pour le mettre en suite directe de l’existence de la sexualité infantile et de l’inconscient : « Le problème économique du masochisme » - dans Névroses, psychoses et perversions . Paris Puf, 1973, p.287-297. De nombreux psychanalystes ont commenté ce texte, comme Claude-Noëlle Pickmann par exemple: in « S’appartenir à l’Autre, remarques sur le masochisme érogène » in Clinique Lacanienne, numéro 28 Ed. Ères 2016...