ACTUEL ET NOVATIONS

LE BLOG DE PSYCHANALYSE ACTUELLE

Coup-coût de la côte d'Adam

Par Jean-Jacques Moscovitz

Mars 2007 - Exposé au séminaire mensuel de Psychanalyse actuelle du 2ème lundi du mois à Paris « Approche de la culture et clinique freudienne »


COTE D’ADAM, SEXUATION ET DESIR DU PSYCHANALYSTE[1]

Depuis l’enseignement de Lacan, est abordée la différence des sexes sous l’angle du féminin avec ce qu’il a nommé « le pas-tout ».

Or, une lecture clinique[2] de la Genèse soulève de façon pertinente, nous le verrons, la question de la différence sexuelle surgissant à partir d’une côte prélevée à Adam et d'où la femme advient. Après cet abord nous verrons ensuite comment s’inscrit la différence des sexes dans la cure côté analysant, et côté analyste, et ainsi le lien du désir du psychanalyste au féminin.

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Dans Genèse II 18-24[3], la lecture du texte biblique et de son commentaire par Rachi[4] évoque -osons ce rapprochement- ce qui s’est nommé discours, mouvement, théorie queer[5], qui ont un certain rapport à la psychanalyse[6], du fait qu’une telle mouvance, toujours en quête de se définir plus fortement, opérerait une liaison/dé-liaison entre genre et sexe, un décollement radical de l’anatomie par rapport au sexuel. De telle sorte qu’il y aurait un côté homme, un côté femme indépendant de la biologie, comme le montre le tableau de la sexuation de Lacan dans les séminaires des années 70, homme du côté de l’objet, la femme du côté du pas-tout (la femme pas toute ‘symbolisable’)

Mais alors pourquoi la Genèse dans tout cela ?

C’est que précisément il y apparaît un décollement de l’anatomie quant à la différence des sexes, qui nous renvoie au fondement à venir ultérieurement de la différence entre genre homme et genre femme par la création d’un écart structural de type langagier où intervient un acte de nomination, ce qui n’a rien de biologique.

« Ils étaient nus et n’avaient point honte », est-il dit d’Adam et Eve dans la bible. Plus exactement, « ils virent qu’ils étaient nus », à savoir qu’il existe déjà une connaissance avant d’avoir mangé du fruit défendu, ce figuier dont les feuilles leur serviront de cache-sexe bientôt, mais pas encore à ce moment-là. Connaissance de quoi donc sinon de la jouissance présente dans une structure déjà-là, celle du lien à l’inconscient inhérent au langage.

Or seul Dieu, ayant mangé de l’arbre défendu aurait accès à une telle jouissance. D’où l’interdit : une fois mangé de l’arbre défendu, le risque est que l’homme soit comme Dieu, à savoir de créer des mondes, des mondes psychiques pour donner cadre à de telles jouissances.

Nous sommes là entre le sixième et le septième jour juste avant le grand repos de fin de semaine quand s’instaure pour la première fois la différence des sexes, à la limite même qu’elle ne s’effectue pas.

La création de la différence des sexes a lieu ici, peut-être comme le mouvement queer nous le propose depuis les années1970 quand il ouvre un débat sur l’actualité de la sexualité aujourd’hui, en fonction de cette homosexualité axée sur l’excès, sur la trans-sexualité et sur le sadomasochisme. Cela formant par là même, paraît-il, un modèle de jouissance pour notre jeunesse, en tout cas nord-atlantique. Dieu crée le sexuel entre le sixième et le septième jour… Les queers voudraient-ils faire de même dans notre actuel ?

En tout cas, semble-t-il, le mouvement queer est directement en accord avec l’enseignement de Lacan, de ses avancées sur la sexuation qu’il questionne dans les années 72-73 dans ses ouvrages : Encore, Ou Pire, Le savoir du psychanalyste.

Dans Genèse II, 18-24, apparaît une contradiction avec un verset de Genèse I, où il est dit que « Dieu créa homme et femme à son image », dans une sorte d’être biface, purement imaginaire, sans dissymétrie. Or les versets 18-24 Genèse II en indique une, savoir que le mot côté apparaît… que Rachi lui-même associe à côte, à compagnon, compagne, être à coté de …

Bref c’est le coup de la côte enlevée à Adam qui a lieu… Et qui nous questionne maintenant.

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Notons la méthode de lecture de la bible suivie ici : il s’agit d’associer le texte et son commentaire de Rachi. Cela est proche d’une clinique du texte, voire de texte clinique, centré essentiellement sur la grammaire et la logique, comme par exemple l’indique la phrase :« Le présent est un instant qui a eu de la chance ». C’est une assertion propre à la conjugaison du verbe être en hébreu, puisque le verbe être n’existe pas au présent sinon pour Dieu. C’est ce qu’avance Rav Haïm de Volozine dans son livre L’âme de la vie[7] au 19è siècle.

Cet épisode du côté enlevé où « Ish », homme en hébreu, donne vie à « Isha », la femme, indique combien pour lui, l’homme, ne sait pas dire son propre nom générique, sinon après avoir nommé Isha, la femme, car il a dès lors un autre à qui s’adresser.

C’est que « Dieu vit que ce n’était pas bon qu’Adam soit seul » … Là, deux remarques :

1) Tous les animaux des champs sont nommés par Adam pour toujours. Ils sont tous en couple, et Adam les aurait tous forniqué pour s’apercevoir qu’aucun d’entre eux ne lui convient quant à la jouissance qu’il y trouve.

C’est un peu comme le nounours chez les enfants, où à un moment donné ils ne peuvent plus faire joujou, joujou autoérotique…

2) Être seul c’est être comme Dieu.

Là aussi, nous pourrions associer, par un freudisme quelque peu caricatural, avec le fait que chacun arrive au monde seul, soit célibataire où la toute-puissance n’est alors pas loin de s’emparer de soi.

Dès lors la bible nous dit combien il n’est pas possible qu’il existe deux maîtres, l’homme et Dieu, et que le maître, le Très-Haut, le seul qui puisse compter, Dieu, Elohim, est le maître d’autorité. Qui dit donc à Adam : « Il n’est pas bon que tu sois seul », et il le plonge dans un profond sommeil –un coma ? - pour lui extraire une côte. D’où quelque être va surgir. Ce coma est en rapport avec le fait que l’homme ne soit pas face à l’horreur, au réel, qui advient ! ne pas savoir d’où l’être nouveau advient, en l’occurrence la femme, « Isha » dont la provenance ne peut être en aucune façon vécue consciemment par Adam, et doit rester hors-représentation. Elle ne lui sera apprise qu’après coup, après le coup de la côte. Il ne s’agit pas tellement d’ailleurs de la femme comme telle mais d’une instance psychique qui serait le féminin. Et par là même, il peut se nommer, ayant appelé « Isha », cet être nouveau qui vient d’advenir, il se nomme alors « Ish »

Dans cet acte de nomination, il nomme là en fait un écart, celui du sexuel, aussi énigmatique qu’il soit et qui advient enfin à l’existence. C’est que l’homme est différent des animaux, dit Rachi, du fait qu’il a le langage et la parole et qu’il se pose des questions sur le fait qu’il parle (sic dans le texte). A savoir qu’Adam ayant nommé tous les animaux, peut les différencier les uns des autres, certes, mais s’il les nomme pour toujours, c’est qu’il lui est dévolu le fait de parler, ce qui signifie également qu’il a donc quelques connaissances avant même d’avoir mangé de l’arbre défendu. Tout cela en quelque sorte interprète le biface imaginaire homme-femme, mais le coup de la côte extraite montre combien Adam vient nommer un écart, qui jusqu’alors n’avait pas de nom, et qui interprète ce biface en nommant Isha, au point de pouvoir se nommer lui-même Ish. Ce biface était en effet muet à l’infini.

Freud, suivant Platon, dans son texte « Au-delà du principe de plaisir », évoque ce biface avec un être-homme et un être-femme qui sont un seul être qui, coupé en ses deux éléments, se chercheraient indéfiniment pour se retrouver réuni à nouveau.

La côte une fois enlevée participe de cette incorporation, de la naissance de l’intériorité psychique, d’un lieu psychique séparé de l’apparence du semblable. Ecart qui vient donc laisser supposer l’existence d’une différence autre que l’anatomie, au point que l’homme et la femme tiennent à se différencier par l’existence d’un grand Autre qui saurait un tel écart, puisqu’il est supposé l’avoir fondé. De telle sorte qu’advient la notion du semblable et du différent.

Cette création de la différence par la nomination de l’écart sexuel, est proprement ce qui fonde l’humain comme être parlant et le lance dans l’humanité qui va advenir désormais.

Dernier point enfin à souligner : tous les êtres vivants, que ce soient les bêtes des champs, l’humain ou les végétaux, ont été créés par Dieu à partir de la terre et de la poussière qu’il a ramenées de-ci de-là depuis quelques régions du monde. Pour les oiseaux, l’eau se mêlerait à leur création, rappelant par là même que les eaux d’en bas et les eaux d’en haut ne peuvent pas se mêler et que les oiseaux qui vont aussi bien en bas et en haut participeraient de cette origine plus complexe que celle des autres êtres humains à part le féminin.

Ainsi, la côte une fois enlevée vont se définir un côté homme, un côté femme, dans le texte de Rachi il est même dit qu’il s’agit, nous l’avons évoqué, de compagne et de compagnon, de côté, d’être à côté, c’est un hasard linguistique entre côte et côté, mais dans le texte hébraïque, l’analogie linguistique n’est pas présente. Mais le mot écart évoque un côté, un pas de côté…

Cela se rapproche bien de ce que Lacan nous enseigne avec les formules de la sexuation. C’est que le féminin qui vient d’avoir lieu est le seul être vivant, Isha, la femme, à n’être faite ni de poussière ni de terre, ni d’eau, mais bien chair de la chair de l’humain déjà là, elle n’est pas façonnée par Dieu en quelque sorte, c’est l’hétéros radical. Non soumise à l’existence d’un savoir collectif, d’un savoir collectivisable. Mais singularité radicale qui se rapproche beaucoup de ce que dit Lacan en soulignant combien cet Autre ne s’incarne pas dans notre monde sensible, au point que, hétéros radicaux, il ne peut être que supposé de façon nécessaire. Ce nécessaire est lié à l’existence de la parole fondée sur cet écart créé par l’extraction de la côte d’Adam. Au point qu’il est exact d’avancer, avec Lacan, que La femme n’existe que dans la mesure où, hétéros pour homme et pour femme, elle – La femme avec une barre oblique sur le La - n’est pas représentable ni inscriptible dans notre monde psychique. Comme Dieu… ?

Cela expliciterait mieux la phrase entendue dans le film Kadosh de Amos Gitaï, phrase de l’homme religieux qui dit combien chaque matin il loue Dieu, et le remercie de ne pas l’avoir fait femme, car alors, trop proche de Dieu, il n’aurait pas la joie d’étudier la Torah, puisqu’il ne la saurait pas-toute, mais pas loin de l’impossible enfin dépassé…

Ainsi est montré que la place de ce féminin introduit un écart radical entre homme et femme, qui n’appartient ni à l’un ni à l’autre comme tel, et participe de ce point de réel qui advient à l’existence et à sa limite.

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Au registre du politique dans son lien à l’intime, le féminin, cet écart de structure irréductible est attaqué, de règle pourrait-on dire, dès que le totalitarisme advient sous quelle que forme que ce soit. Dans La vie des autres (2006), le film de Florian Henckel Von Donnersmarck, metteur en scène allemand, ce rapport collectif/sujet se recoupe avec masculin/féminin tel que ce dernier s’abîme dans le collectif, celui de se retrouver agent de la Stasi, la police politique de la RDA qui par ses écoutes systématiques mènent les gens au suicide ; alors que l’homme, dramaturge, poète, se maintient hors du danger. Et redoublant cette sauvegarde du masculin en acceptant à nouveau l’amour de la vie, le policier exemplaire, à force d’observer un couple, retrouve la dimension du désir en tant que sujet.

La vie et l’amour renaissent en lui contre la haine collective de la vie quotidienne produite par une société totalitaire post nazie à quoi ont participé bon nombre d’intellectuels.

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Abordons maintenant le lien du désir de l’analyste et du féminin chez Freud. Où il s’agit de retrouver ce qui vient d’être dit sur le coût/coup de la côte du côté de la pratique analytique et de la différence des sexes. C’est que dans la pratique, la différence des sexes surgit avant une cure. Question : comment cela s’inscrit-il dans une cure une fois que le transfert s’est établi. Cela a été posé en particulier dans un colloque à Rabat[8] en novembre 2006, où il a été question de la différence des sexes en Islam, ce qui est une initiative remarquable pour solliciter le culturel dans les pays arabes. Pour ma part, j’ai avancé que la différence sexuelle c’est bien l’analysant qui en quelque sorte nous la fait redécouvrir, la redécouvrant lui-même au même moment, une fois que le transfert est donc établi. C’est là percevoir qu’une telle différence s’inscrit dans le discours analytique par le biais du désir de l’analyste, soit du désir de praticien de pratiquer la psychanalyse du fait de ce désir.

Il s’agit ici de montrer combien la différence des sexes dans le rapport à la psychanalyse est différent de son approche par la phénoménologie, par la psychologie, par la religion, et par l’anatomie. Mais bien par ce désir de l’analyste et du féminin chez Freud que je mets en équivalence. C’est ce que je vais essayer de montrer.

Comment la différence des sexes s’inscrit-elle dans la cure ? Quatre temps ici sont à décrire. Le premier est celui où le patient fait une demande par le biais de son symptôme à quelqu’un qui se trouve être un analyste.

Alors s’instaure entre eux la dimension du transfert que l’analyste sait discerner et même protéger, voire même instaurer, donc il s’agit du premier temps, celui du symptôme suivi du deuxième temps : le transfert.

Le troisième temps sera le fait que l’analyste, devant l’existence de ce transfert, ne peut pas ne pas se poser la question de l’existence d’un lieu autre que le conscient, à savoir l’inconscient comme Autre scène.

Et 4ème point, c’est là que Freud place un lest au cœur même de l’inconscient qui lui donne poids, c’est le sexuel infantile, le noyau sexuel infantile, où siège la différence des sexes, sur quoi Freud ne lâchera pas, ce sera par exemple la raison de la scission avec Jung.

Ainsi dans son lien au complexe d’Œdipe, l’existence du sexuel infantile aboutit dans la cure, à ce que la différence des sexes soit dans le procès des représentions par une autre différence, un autre écart, celui entre deux énigmes : qu’est-ce qu’un père ? Et que veut la femme ?

Chacune de ces énigmes ne pouvant interpréter l’autre, se font bord, de telle sorte qu’il y a là une logique de l’Œdipe. Savoir que la fonction père viendrait tenir ensemble et non dispersé phallus, mère et enfant, mais dans ce schéma là le féminin n’apparaît pas. Le féminin aussi aurait cette fonction, pourrait-on dire, mais en un circuit mœbien. Soit que le féminin est de l’autre côté du ruban de papier où une fois fait un triangle avec le père au centre et autour phallus, mère et enfant, le féminin en est absent. Tel que le père et le féminin se font bords, sont en équivalence sans se jouxter, chacun sur le ruban moebien sans jamais ni se remplacer, ni faire rapport. Comme si le féminin était un au-delà ou un en-deçà, de la fonction paternelle. C’est bien là où le père, du fait même de l’incorporation de sa fonction comme telle, marque bien l’incorporation d’un manque, celui de cet écart qui est la différence sexuelle comme telle. Et cela participe de quelque chose d’autre : à savoir la jouissance-mère qui suppose en quelque sorte que le féminin est ce qui échappe à la jouissance du père, du père primordial, celui de la horde primitive, comme le père symbolique que Freud décrit dans son Moïse de 1938, L’homme Moïse et la religion monothéiste.

C’est qu’une jouissance lui échappe, c’est celle du féminin caché barrée derrière la mère par la métaphore paternelle. C’est ce qui laisse la mère face au risque d’être (très) dangereuse et dévastatrice si cette fonction paternelle n’est pas présente, car se déploient ses jouissances destructrices qu’elle peut avoir si elle n’est pas barrée par la fonction paternelle.

C’est cela la logique de l’Œdipe et de ses avatars.

Alors comment articuler désir de l’analyste et du féminin chez Freud ? Pour Freud le féminin est pré-œdipien, à savoir que le pénis et les vulves sont des organes prégénitaux, des objets partiels, sources de plaisir avant même l’Œdipe, avant le primat du phallus. Mais le féminin reste hors représentation, il n’est pas présent comme objet de jouissance ou de repérage à ce moment-là.

C’est comme dans ce coup de cette côte arrachée à Adam en plein coma, quelque chose se produit qui est hors représentation et qui évoque précisément ce qui a pour nom le féminin.

Freud dans son texte de 1929, Malaise dans la civilisation, montre combien existe un manque radical dans le sexuel, à un point tel que le bonheur ne peut être assuré aux humains par la jouissance sexuelle. Ce malaise-là ne peut être suppléé/annulé/interprété par la sexualité. C’est dire qu’au malaise le sexuel ne peut pas y suppléer non plus, dit Lacan dans le Savoir du psychanalyste (1ère leçon).

C’est qu’il s’agit là de cette jouissance-mère qui, articulée à la loi du désir inhérente à la fonction paternelle laisse apparaître dans cette articulation-là un manque radical entre eux, à savoir le signifiant du manque dans l’Autre (S de A barré). C’est ce manque radical dans l’Autre qui définit également le manque radical de l’Autre. Autre qui n’existe pas sinon pour le névrosé. Névrosé qui comme chacun d’entre nous est le lieu d’un refus, le refus du féminin. C’est ce féminin qui échappe au père, cette part dans cette jouissance de la mère qu’il lui donne pourtant.

Dans ce coma, dans ce silence sans rêve ni représentation, dans ce coût/coup de la côte, écrivons-le ainsi pour en indiquer le manque de savoir, le pas-tout féminin adviendrait à l’existence. Ce féminin, ce pas-tout « sachable » par le père en ce qui concerne la jouissance-mère, me fait ici avancer l’hypothèse que le désir de l’analyste est équivalent au féminin tel que, hors représentation, ce serait le point à rebours que chaque analysant devenant analyste vient retrouver chez son propre analyste, ce dernier l’ayant rencontré lors de sa propre analyse et ainsi de suite jusqu’à Freud.

Jusqu’à là où Freud a commencé à désirer, a commencé à vouloir être analyste. C’est ce que Lacan relie dans ses Ecrits sous le titre Du Trieb de Freud et du désir du psychanalyste. Montrant par là même qu’entre jouissance primordiale et désir de l’analyste, un lien est à établir. Freud lui-même serait à situer dans ce moment de retour après les années 1920, de rebours vers lui-même après avoir installé sa découverte. Un rebours que fait Freud par exemple en 1923 dans ses notes dans Dora où il aborde la question du féminin tout autrement, en particulier en disant qu’il était dans un désarroi profond tant qu’il n’avait pas découvert chez l’hystérique une certaine identification homosexuelle féminine.

A savoir que chaque analyste est affilié au discours analytique par son propre désir de l’analyste. Là où Freud a commencé à désirer. Une sorte de communauté temporelle remontant à Freud.

Que veut alors le féminin sinon du silence, sinon un analyste, le coma de l’homme ! ? Voilà ce qui articule encore le désir de l’analyste au féminin au sein du discours analytique.

Dans Souvenirs d’enfance de Léonard de Vinci, Freud montre combien trois femmes sont enlacées dans La Santa Anna Metterzza. De là surgit un doute de structure : de qui Léonard est-il l’enfant ? De quelle mère est-il dans cet entrelacement de ventres et de genoux, où ces trois femmes montrées dans la draperie bleue qui les enlace de la Sainte Anne et l’enfant Jésus ?

Chaque psychanalyste de par son désir d’analyste serait alors séductrice de cette fonction-père, celle qui donne jouissance à la mère amputée de cette dimension proprement du féminin, du pas-tout.

C’est dire par là que ce manque de jouissance propre au désir de l’analyste, est un (X), une énigme, dit Lacan.

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En conclusion, signalons combien l’attaque de ce féminin, l’annulation de son refus, participe d’un certain totalitarisme et provoque des violences au niveau politique, celles qui ne veulent rien entendre du renoncement des pulsions, et annule toute filiation... Ainsi dans le culturel où nous sommes l’enfant doit être parfait, i.e. venu de la pulsion et non d’une filiation qui puisse être la sienne ; au point de n’être plus qu’un déchet. Signe même de ce refus du féminin, en tant qu’il n’est pas reconnu comme tel. Ce refus structural du manque dans l’Autre.

Les violences peuvent surgir dés lors que le féminin n’étant pas collectivisable, n’étant pas totalisable, il est encore plus annulé par le totalitarisme quel qu’il soit. Son aspect énigmatique, en prise sur la problématique même de l’énigme du père participe d’une béance radicale, celle que tout totalitarisme veut annuler, pour ne pas reconnaître le refus de l’existence de cette béance, qui s’appelle le féminin.

Le cout/coup de la côte c’est ce que la Bible appelle l’excroissance, le pénis devenant phallus quand Ève apparaît…béance en cours de faire dette.

Au point dans cette béance-là que s’y mette un être suprême, concrètement, un Führer dans le réel comme ce le fut dans le nazisme, mais également dans tous les fascismes et totalitarismes. Et c’est toujours quelqu’un du genre masculin…. On cherche et on trouve Poutine,

HELLO Wladimir

Tu veux retrouver ta côte ? La trop grande Russie, tu n’es qu’un forcené…

Jean-Jacques Moscovitz


[1] Ce texte a été exposé en mars 2007 au Séminaire mensuel de Psychanalyse Actuelle “Violence et filiation”.

[2] La citation biblique dont il s’agit est dans l’ouvrage « Le pas tout de Lacan » éd. Epel 2006 de Guy Le Gauffey qui a été reçu en janvier 2007 par le groupe Asphère ; qui est un “Lieu de débats et de recherche sur Psychanalyse et féminin” (C.N.Pickman, Irène Foyentin, B. Toboul et d’autres).

[3] Le Pentateuque, tome I la Genèse, accompagné du commentaire de Rachi, p.15 et sq, éd. Fondation Samuel et Odette Lévy Paris, 1988.

[4]Salomon en Isaac (Rabbi Chlomo ben Yts'hak) désigné par son acrostiche Rachi (Troyes env. 1040 - env. 1105) est un commentateur des textes sacrés juifs.

[5] C’est lors d’une réunion à Asphère qui a suivie l’accueil du livre de Le Gauffey que le thème du discours queer a été abordée.

[6] In Wikipedia “Lee Edelman et d'autres mettent en rapport la théorie queer et la psychanalyse en examinant les notions lacaniennes de construction identitaire à travers l'acquisition du langage et le stade du miroir ; selon eux, la conscience de soi relève bien plus de la culture et du langage que de la biologie. Dans son texte No Future, Edelman s'appuie également sur le concept foucaldien du Biopouvoir en examinant la résistance des queers aux systèmes sociaux de reproduction (le mariage, la production des enfants). Anna Livia a fait paraître un travail linguistique (Pronoun Envy) sur l'usage 'queer' du genre grammatical en littérature française”. (Wikipedia® est une marque déposée de la Wikimedia Foundation, Inc., association de bienfaisance).

[7] Réédité en 2006 aux éd. Verdier traduit par Beno Gross.

[8] Colloque de Rabat “La différence sexuelle”

9-10-11-12 novembre 2006 organisé par la Société Psychanalytique marocaine (SPM) à l’initiative de psychanalystes du monde arabe.