Septembre 2007

à propos de: Les Bienveillantes

Par Régine Moscovitz

Pourquoi a-t-il été si difficile pour moi d’acheter les Bienveillantes [1] de Jonathan Litell, roman lauréat du Grand Prix de l’Académie Française et du dernier Goncourt ?

Sourde résistance…

La Shoah, trame centrale de ce livre, je la connais par le cœur. Elle s’inscrit dans ma propre histoire familiale rapportée à l’Histoire. Elle a investie l’œuvre d’historiens, Raul Hillberg,[2] Saul Friedlander[3], de philosophes, Hannah Arendt, ou d’auteurs, Claude Lanzmann ainsi que tant d’autres ouvrages de mémoire sur les camps.

De nombreux récits présentés comme autobiographiques, rédigés par des bourreaux, Rudolf Höss, (Cdt. d’Auschwitz) et une vague de romans de plus en plus nombreux tendraient à nous faire croire que ces derniers auraient tous résisté à la barbarie, ne ployant finalement que sous la force aveugle et policière pour ne pas en devenir victimes à leur tour.

D’ailleurs, Götz ALY dans son livre:« Comment Hitler a acheté les allemands [4]» annule et contredit  cette version romantique et -ou- déformée de l’histoire.

Raul Hillberg établit ainsi que certains parmi les hauts dignitaires allemands se sont opposés aux mesures du régime. Un des directeurs de la Reischbank, Wilhelm a refusé de récupérer des fonds sur des biens juifs  arguant que « la Reischbank n’avait pas vocation à être brocanteur » Comme lui, quelques autres émissaires du régime ont été maintenus à leur poste après n’avoir reçu qu’un simple avertissement[5].

D’innombrables récits littéraires ou cinématographiques romancés ou romantisés, ont montré la Shoah du côté des victimes juives,« Holocauste », « La liste de Schindler », « Le pianiste », « Au revoir les enfants », ou non juives, « Le choix de Sophie. »

L’intérêt majeur de ces œuvres, outre leurs qualités intrinsèques, a été de permettre au grand public de lever quelque peu le voile du refoulement sur ces actes dont la mise en scène de personnages au destin tragique est auréolé par l’héroïsme, l’aventure, la rédemption.

La découpe volontaire par l’auteur du plan individuel sur un fond général permet au lecteur, au spectateur de s’identifier, voire d’être en empathie avec le héros à l’inverse des conséquences directes du fait historique, ou avec un acte de coupure au sens analytique qui dénonce la falsification de l’imaginaire.

En somme, il a fallu attendre le film Shoah[6] de Claude Lanzmann pour que nous soyons amenés sur le fil du rasoir de la vérité du meurtre de masse ; que nous soyons mis face à la crudité terrifiante de ces actes barbares dont le plus extrême peut-être est non pas la perte, mais la néantisation de la subjectivité de ces millions de morts.

Il n’y a plus de père de, de fils de, plus de nomination significative de l’humanisation, juste et encore pas toujours le marquage du bétail. Shoah a paradoxalement permis de nommer la mise en abysse des mots, pour décrire l’irreprésentable du meurtre de masse.

Pas de mots. Pas d’explication. Pas de justification.

Le pauvre argument de l’idéologie politique de la lutte contre le bolchevisme dont les juifs auraient été les tenants, est une explication tronquée comme toutes les autres d’ailleurs, la récession, le traité de Versailles, l’incontournable nécessité de la lâcheté humaine pour un bouc émissaire, etc…

Non, rien ne peut expliquer ni justifier la spoliation, le massacre systématique, quantifié, programmé, élaboré. Blobel[7]ne se réjouissait-il pas à l’idée de substituer aux massacres de masse perpétrés jusque-là individuellement, les camions à gaz : «  Nous les garderons pour (tuer) les femmes et les enfants, ça sera très bien pour le moral des troupes.[8] »

Imre Kertèsz, dans « Kaddish pour l’enfant qui ne naîtra pas[9] » et « Etre sans destin[10] » illustre de la manière la plus irréductible la souffrance aiguë ressentie par chaque juif concerné ou non au moment des faits au souvenir, non, pas au souvenir, à l’idée de la Shoah.

L’insupportable de la Shoah est que chaque enfant tué aurait non seulement pu être lui-même mais son enfant né ou à naître, que chaque vieillard était ou aurait pu être son parent, que chacun s’il n’y avait le hasard de la meilleure configuration espace-temps aurait pu être un des six millions. En fin de compte, six millions n’est pas un chiffre abstrait sur lequel il y aurait à discuter parce qu’il s’agit de six millions de fois un, unique et différent de tous les autres.

Et non pas même six millions de personnes de confession juive, mais six millions de fois « un  juif tué » dans la personne tuée.

C’est pourquoi dire encore six millions et s’en tenir là revient à massifier leur mort unique pour l’annuler, comme l’ont tenté les allemands en éliminant les traces de leurs forfaits dans les camps.

Revenons au succès des Bienveillantes. Dans une interview au Monde parue le 7 janvier 2007, Saül Friedlander interrogé sur les motifs du succès du roman de Jonathan Litell, exprime son malaise face à ce qu’il craint d’être un attrait pour « l’horreur morbide. »

Répondant au journaliste qui évoquait la crainte de l’oubli de cette période dans les nouvelles générations, Saül Friedlander explique que ce succès serait dû à un renouveau de connaissance de cette époque de notre histoire, qu’il nomme « la nouvelle flambée ».

Il évoque avec justesse la part énigmatique, obscure de l’avènement et de la réalisation de la Shoah, qui reste incompréhensible à tout contemporain.

De ce fait dit-il en plus de la médiatisation sur cette époque qu’apporte tout nouvel ouvrage ou film, « tout livre présenté de façon différente attire. »

Cependant, avant de définir la pertinence de ces termes, goût pour l’horreur morbide, on peut poser que la première raison du succès du livre vient du choix littéraire, soit un roman plutôt qu’un ouvrage érudit, rébarbatif et froid.

Pour s’engager dans un ouvrage historique de cette sorte, il faut être à priori intéressé par ces faits, or, le tout premier intérêt des Bienveillantes est d’être un roman. De ce fait, les personnes intéressées par le genre romanesque, par ce mode d’écriture, seront attirées par ce medium.

Comme  nous l’avons dit plus haut l’œuvre romanesque fait œuvre de vulgarisation, au sens où elle permet d’accéder à un sujet de recherches ou de connaissances qui sans elle n’aurait pas été abordé.

C’est son privilège mais aussi son travers puisque d’une certaine façon, le fait historique devient secondaire ou risque de devenir secondaire par rapport à la trame romanesque.

Contrairement à un ouvrage historique qui lui ne se soucie que de la vérité et s’efforce de s’y tenir au plus près, Jonathan Litell, lui n’est tenu qu’à la vraisemblance.

 Introduire l’histoire côté bourreau n’est pas sans poser question effectivement quand au succès du livre.

On peut penser que par ce biais le lecteur cherche à saisir l’origine, à percer le secret du Mal, réitérant pour lui-même un fantasme des origines niché dans un coin du cerveau.

L’idée du mythe cérébral qui présente le cerveau organique, neurologique comme autonome, et déconnecté en quelque sorte de la réalité psychique, permettant une compréhension globale, objective de l’individu ne date pas d’hier. Les cerveaux tant des génies que des grands criminels ont été disséqués, analysés pour tenter d’y trouver le ressort spécifique ou anomalique. On en trouve la continuité de nos jours en présentant pour le dire schématiquement, les processus cognitifs comme la référence absolue des processus de pensée et d’affect au détriment du sujet de l’inconscient. Quand il ne s’agit pas tout bonnement de revenir à l’hérédo dégénérescence chère à certains médecins ou politiques niant les avancées freudiennes.

Or, précisément, dans ce roman le bourreau est présenté comme un individu qui traîne avec lui un nombre invraisemblable de « casseroles » psychologiques sous une apparence de personnage politiquement correct pris dans la tourmente de l’histoire.

La question angoissante que peut se poser tout lecteur contemporain de bonne foi sur la place, la fonction, le rôle qui aurait été le sien dans les mêmes circonstances, autrement dit la question du monstre qu’il porte en lui, qu’il soit du côté allemand ou français est ainsi éludée et risque de permettre tout au contraire de persister dans le déni.

L’enjeu projectif, ce processus de pensée par identification totale ou partielle du lecteur  pour le héros, ici, engagé par idéalisme, et dont la fonction est d’être un observateur impartial au service de la Weltanschauung[11], introduit dans le même mouvement une distanciation par comparaison entre  lui-même et la problématique du bourreau.

La curiosité « malsaine » ainsi rassurée et détournée à la fois peut se désintéresser de la notion de vérité qui forme la trame et le fond du livre pour ne plus s’attacher qu’à la notion de vraisemblance fictionnelle, d’autant plus que le roman présente une vraie cohérence. En effet, une sorte d’évidence morale s’impose puisque le parcours du héros du livre, personnage fouillé, dense, complexe est parallèle  aux soubresauts de l’histoire.

Aux meurtres de masse correspondent les meurtres de tous ceux qui le gênent, mère, beau-père, amant, ami, policiers. Le meurtre est le réel du sujet comme le juif substantifié, identifié à la fonction paternelle, coupure d’une jouissance incestueuse est à éliminer.

A l’amour idéalisé pour Hitler représentant le Volk : « La nation, l’Etat avait choisi la voie radicale, pouvais-je dire, non ? », il transcende son amour incestueux impossible pour une sœur, « La Femme » par une homosexualité uniquement physique et non affective lui permettant seule la fidélité à cet amour total.

L’idéal de pureté invoqué et justifié pour le Mal reprend en le dévoyant l’idéal de pureté du judaïsme.

Ses désordres, ses doutes, ses questionnements personnels trouvent un écho dans les questionnements et les rivalités au plus haut niveau des responsabilités, les arguties raciales, l’impréparation des troupes, le désastre annoncé, etc…

Ainsi, il était « normal » que de telles choses arrivent puisqu’elles étaient le fait de tels personnages.

Toute œuvre de qualité introduit à une double lecture. L’une qui forme la trame et la dynamique du roman basée sur l’aventure singulière du héros. L’autre qui se fonde sur l’universalité du message qu’elle délivre, ici la veulerie des hommes qui ont écrit cette page de l’histoire.

Par l’intermédiaire de tous les protagonistes de Maximilien Aue, Jonathan Litell fait à sa façon œuvre d’historien. En réintroduisant l’histoire par la petite histoire l’auteur se veut instructif, pédagogue, témoin d’une vérité.

Il synthétise et apporte une réponse circonstanciée à tous les aspects de l’idéologie nazie tels par exemple :

Le mythe de la race et le délire des origines démontés par le linguiste Vöss, l’« Endlösung der Judenfrage[12]» en attendant celle des populations pauvres, les uns prétendument dangereux, les autres inutiles, les conflits et rivalités entre SS et Werchmacht pour participer aux massacres ou s’en dédouaner, l’obsession, le cynisme, l’avidité et l’opportunisme des petits chefs, Eichmann ou Thomas Hauser, son double, ami-rival dans le roman.

Auschwitz et les camps « de travail » identifiés à une multinationale comme une autre ; le cas de conscience de M. Aue, faut-il les tuer tout de suite ou pour obéir à Albert Speer qui a prolongé la guerre de deux ans, les nourrir un peu plus ; la connaissance des crimes par les dirigeants nazis et alliés, les autorités religieuses, les populations allemandes, polonaises, etc.…

L’auteur confirme que tous ces hommes étaient « normaux », bien éduqués, juristes, médecins, architectes, employés, et que seule une faible proportion identique à celle de toutes les armées étaient sadiques, malades mentaux, alcooliques, corrompus.

Oui, ils étaient « banalement » normaux comme les a décrits Hannah Arendt. Ils aimaient leurs femmes, leurs enfants, leurs chiens et la musique classique. Ils pleuraient à l’idée de la destruction d’un  pont comme s’ils tuaient un de leurs enfants.

Ils étaient normaux au sens d’une normativité sociale, d’une capacité du mal « ordinaire » ; mais leur crime était anormal comme l’a pointé Claude Lanzmann.

En convoquant la pensée grecque selon laquelle le crime se mesure à l’acte et que l’ignorance ne change rien au crime, Jonathan Litell s’oppose au raisonnement invoqué après guerre et encore aujourd’hui par les historiens et religieux[13] allemands d’une responsabilité généralisée à l’Allemagne et au monde permettant de diluer ou d’annuler les responsabilités individuelles.

Enfin, la Loi, l’interrogation sur qu’est-ce que la Loi, est-elle individuelle ou collective, le poids de sa  rigueur, son observance, qui en est le détenteur traverse le livre pour distinguer entre la Loi, fondement du judaïsme et de l’Universel et la loi de la tyrannie du Chef.

En 1932, sous le titre « Pourquoi la guerre[14] » Freud écrit une lettre en réponse à Einstein qui lui demandait sous l’égide de la Société des Nations, pour quels motifs les hommes aiment la guerre.

Il évoque dans une longue description que l’on peut résumer ici par deux sortes de motifs selon lesquels d’après lui, les hommes aiment la guerre. Le premier d’ordre externe oppose les tenants du Droit aux tenants de la violence, dévorés ensuite entre eux par la volonté de puissance. Le second serait d’ordre interne au psychisme et résumé très schématiquement par l’intrication des pulsions de vie et de mort.

Freud conclut en substance qu’il pourrait adhérer lui aussi à tel ou tel de ces motifs, mais qu’une fois pour toutes, il a dit, non.

Or, mis devant toutes les évidences des erreurs commises, politiques, religieuses, morales, économiques, stratégiques, par les protagonistes mis en scène par Jonathan Litell et qui auraient permis au narrateur de se soustraire au crime organisé et à l’engrenage de l’horreur, celui-ci n’a qu’une seule réponse pervertissant la loi mosaïque : « La foi dans l’ordre du Fürher halluciné comme un rabbin portant le « Talit[15] » et l’intérêt de la chose bien faite. »

La conscience de ce nouvel organe « Mon œil pinéal, vagin béant au milieu de mon front qui projetait sur ce monde une lumière crue, morne, implacable », œil pinéal situé au tréfonds du cerveau n’a rien changé à l’affaire. 

Jonathan Litell livre toutes les clefs pour connaître les faits et comprendre les processus évolutifs de la pensée qui se sont accomplis tant chez les complices actifs que passifs dans la perpétration du crime.

Le héros, Max Aue ne tue pas lui-même la petite fille juive de 4 ans qui vient se mettre sous sa protection, il la « confie » au SS qui la jette dans la fosse et la fusille; il reçoit comme une massue l’ordre de tuer les femmes et les enfants, mais se dit comme tous les autres « Ca aussi il va falloir le faire » ; il dénonce la langue de bois utilisé, « les sprachregelungen », c'est-à-dire comme l’a décrit Victor Klemperer, la manière dont la langue non seulement portait en elle les théories raciales mais permettait le déni de l’acte. Personne ne tuait  les juifs, «  On les éclusait, ou bien On tuait les poux »

Enfin, et entre autres il expose la logique du système de commandement nazi expliqué par son alter ego, Thomas : «  Les ordres sont volontairement vagues et leur application doit être effectuée par le destinataire selon sa libre compréhension de la volonté du chef.  Il conclut, « Le zèle n’est pas réprimandé. »

Ainsi, Martin Heidegger, philosophe, recteur de l’Université de Fribourg  instaure un décret le 3 novembre 1933, privant de leurs allocations les boursiers juifs, sans ordre mais par analogie avec la loi sur la « restauration » du fonctionnariat qui prévoyait la révocation des fonctionnaires juifs.

Il dénonce aussi dans cette mise en scène façon thriller qui peut sembler superflue l’ersatz, la parodie de pouvoir d’un prétendu état de droit qui punit à juste titre le crime de droit commun par ces policiers acharnés à sa poursuite pour les pires crimes, le matricide,  le parricide de la fonction paternelle commis à Antibes pour venger un père réel idéalisé qui n’était « …Qu’une brute déchaînée, national-socialiste avant que le Parti existe », mais qui élève au nom de la morale et de l’intérêt supérieur de l’état le meurtre de masse..

On peut objecter que le narrateur, le héros du roman, Max Aue n’est pas vraisemblable, et il ne l’est pas, et ainsi arguer de ce fait pour nier la vérité inscrite dans le roman.

On peut plaindre ces victimes allemandes, les soldats gravement blessés en Russie qui étaient éliminés parce que devenus inutiles, les victimes civiles des bombardements qui faisaient dire à Himmler que quand même, « ces anglais étaient des monstres ».

On peut fermer le livre au bout de quelques pages écoeuré par cette succession de violence bête, se ruer sur tous les ouvrages dits autobiographiques des bourreaux et assassins comme Höss, ou sur les textes qui décrivent la résistance ténue mais opiniâtre de quelques allemands, comme dans « Seul dans Berlin » de Hans Fallada. [16]

On peut aussi penser que Max Aue a existé et que l’Histoire n’a pas existé, en tout cas pas comme ça, et puis se dire, vieille rengaine encore d’actualité aujourd’hui, que s’il leur arrive toujours quelque chose à ces juifs, c’est bien parce qu’ils ont fait quelque chose…

Et peut-être, mais c’est une pure supposition de ma part, peut-être que ces dernières pages complètement folles, où Max Aue tord le nez, (organe d’un symbole phallique mis en parallèle avec « le nez juif »), le nez donc de Hitler, « slave ou bohémien, presque mongolo-ostique » avant de recevoir avec quelques fidèles une médaille en or pour ses bons et loyaux services, n’est –il pas seulement une pitchenette à l’histoire, une manière de démontrer le dévoiement d’une idéologie basée sur un pseudo aryanisme[17] des peuples germaniques qui n’a jamais existé, mais aussi une façon d’empêcher un basculement, d’empêcher le lecteur de se défausser de la réalité en « croyant » que Aue a existé et pas l’Histoire. La farce finale fait exploser la notion de vraisemblance.

On peut donc comme toujours faire le choix du déni, ou le choix de regarder la vérité en face, mais on ne peut faire le reproche à l’auteur de risquer le choix de ce basculement.

Et d’une certaine façon, par cette opportunité du choix, par cette ouverture dialectique, il nous renvoie à notre vérité subjective. C'est-à-dire, de décider sans arrière pensée, sans arguties, qui est le bourreau, qui est la victime et au nom de quoi.

«  Les bourreaux n’ont pas d’autre raison que le raison d’Etat ».

Cette phrase de G. Bataille citée par J. Litell dans une de ses interviews, éclaire selon lui rétroactivement son livre écrit après qu’il ait exploré nombre des terrains de guerre de ces dernières années.

Dans l’ultime phrase du livre, Max Aue dit seul face à lui-même et au désastre de sa vie: « Les Bienveillantes avaient retrouvé ma trace ».

Eschyle nomme la dernière pièce de la trilogie de l’Orestie, « Les Euménides. » dont la traduction littérale est les bienveillantes.

Ce terme est le nom euphémique donné aux Erynies, déesses de la justice et du châtiment chargées de persécuter les hommes et les femmes qui avaient attenté aux droits de la nature en commettant un parricide, un matricide, un meurtre sur un parent ou un allié en les frappant de folie, (furoi).

Seul l’acte commis les intéressait. Il n’était question ni de le juger, ni de lui trouver des circonstances atténuantes.

Mais en fonction du verdict des dieux, Zeus et Athéna qui voulaient pacifier la cité, elles se sont pliées au jugement d’acquittement du Tribunal d’Athènes, l’Aéropage, concernant Oreste, matricide pour venger son père Agamemnon, auquel Max Aue s’identifie pour sa justification.

Elles furent alors accueillies à Athènes sous la forme plus clémente de bienveillantes ou vénérables déesses.[18]

Ces deux policiers, sorte de Dupont et Dupont, ne seraient ils que les métaphores ridicules de ces Euménides ?

Saül Friedlander concluait son interview au Monde en disant qu’il y avait à l’époque beaucoup de bois mort et de broussailles et qu’il suffisait d’un détonateur pour que le feu prenne.

Il reste à espérer que les Erynies contemporaines ne se tromperont pas encore de cible, en mettant la folie au cœur des bourreaux.

Régine MOSCOVITZ

Psychanalyste – Antibes

regine.moscovitz@wanadoo.fr

Notes:

[1] Gallimard

[2] Raul Hillberg.La destruction des Juifs d’Europe.Fayard

[3] Saul Friedlander 1er-2ème volet de l’Allemagne nazie et les juifs. Seuil

[4] Flammarion

[5] R.Hillberg. P.831 Notes 48-49 P.832-884

[6] Shoah-1985

[7] Cf/R.Hillberg P. 273 Paul Blobel était le chef de l’Einsatzkommando 4a, qui regroupait  les commandos de tuerie mobile, ici en Ukraine.

[8] Ibid P. 142

[9] Actes sud

[10] Actes Sud

[11] Vision, conception du monde. Idéologie nationale-socialiste promettant à chaque allemand de trouver sa place dans l’Etat, la Nation par l’exclusion de tout « corps étranger » racialement impur.

[12] Solution finale de la question juive

[13] R.Hillberg P.910 Les propos du théologien Asmunssen

[14] Sigmund Freud Œuvres Complètes Vol.XIX P.U.F

[15] Châle de prière

[16] Seuil

[17] Arya -aryen signifie Iranien en vieux perse. Philippe Huyse La Perse antique. Les Belles Lettres

[18] Dictionnaire de la Mythologie-Marabout