Février 2006

à propos de : « VIENNE 1913 »

D’Alain Didier-Weill - Editions Les carnets de psychanalyse, 2004.

Par Jean-Jacques Moscovitz

C’est sans doute avec toute son  âme, son goût des belles choses, son art pour le dire en un mot,  qu’Alain Didier-Weill, psychanalyste et collègue, a écrit  sa dernière pièce « Vienne 1913 » pour que soit mise en scène sa fiction. Au théâtre monter la rencontre entre Adolf Hitler âgé de 20 ans  et Sigmund Freud, dans une symétrie de deux héros telle que le texte veut radicalement nous placer avant  les camps, en 1913, pour nous donner   accès à ce que chacun souhaite en vain, soit une explication des crimes qui vont se  commettre. La générosité de l’auteur le pousse vers une démonstration où le psychique individuel expliquerait l’Histoire, la rupture de civilisation, la Shoah. Comme si mesurer le possible de motions monstrueuses pouvait s’équivaloir à sa réalisation dans le réel de ce qui va avoir lieu 20 à 30 ans plus tard. Car ce serait déjà à l’état embryonnaire dans le mode de pensée et du dire d’Adolf Hitler ?  Alors que la mise en acte des crimes dans la chambre à gaz implique un saut, une anfractuosité ineffaçable, une rupture du fil de l‘Histoire, celle du monde et  des faits. Dés lors  le crime commis annulent le rôle et l’impact dont A. Didier-Weill voudrait nous convaincre, qu’auraient  l’histoire intime ou l’histoire familiale du criminel Hitler. 
Voilà ce qui me heurte profondément, car quelle que soit l’art de la  mise en scène  et la qualité du texte, il m’est difficile d’accepter une telle prise de position, non seulement parce que cela brouille notre rapport à ce qui s’est produit, après 1913, mais surtout parce que la rupture de civilisation nous oblige à ne pas se situer avant qu’elle ne se soit  produite. C’est là tout le procès intellectuel et éthique de toute fiction sur les meurtres des juifs, des malades mentaux, des tziganes, des  homosexuels. Car  dialogues, personnages, acteurs, intentions de l’auteur nous  rendent la monstruosité  acceptable, voire divertissante…
En effet, malgré une vraie complexité des personnages allant de Jung à Klimt, aux tenants d’Ostara, la revue antisémite d’alors aux membres d’une famille bourgeoise de Vienne, etc.…un point majeur est à soulever bien malgré moi car ce texte me maltraite, tout comme la pièce car elle masque quelque peu le poids que je ressens en lisant le texte.
Oui, « Vienne 1913 » me maltraite, car concernant les effets du nazisme sur la psychanalyse, point majeur sur la transmission de la Shoah, l’auteur  pose son questionnement exactement dans le sens inverse, soit  des effets de la psychanalyse sur le nazisme, sur sa connaissance, en allant fouiller dans la tête d’un Adolf Hitler, en y mettant ce qu’il veut y trouver. Et la pièce fait tournées, elle est jouée, le tout  sur fonds de poser enfin l’énigme de l’antisémitisme au regard de Freud, d’un Freud visité par l’auteur pour le meubler aussi de ce qu’il y met. Sans nous faire entendre que l’antisémitisme est surtout une pathologie collective qui interroge chacun d’entre nous d’une façon singulière certes, mais qui ne doit pas nous faire oublier Freud qui, lui, soulève cette question, mais aussi une autre et bien plus vivante et productive en fin de  son Homme Moïse  et la religion  monothéiste de 1938, je veux dire celle de savoir pourquoi être juif  s’est-il transmis malgré tant d’obstacles  depuis des millénaires.
Qu’est-ce qu’être juif  pour chacun d’entre nous, point si souvent entendu dans la clinique quotidienne.
Maltraité aussi je le ressens  parce qu’il est bien admis aujourd’hui que la rupture de la civilisation du fait de la Shoah a un impact sur la psychanalyse. Au point qu’il est juste de soutenir que  l’antisémitisme, certes toujours là, est aussi passé à l’a-sémitisme, aux destructions des peuples juifs d’Europe de l’Ouest et de l’Est. Au point d’avoir à repérer comme psychanalyste, les effets en retour sur la pensée et donc sur l’impensable au  niveau de chacun en son intime.  Et je pose donc que rien de tel n’apparaît dans la pièce d’Alain Didier-Weill ni dans aucune autre de ses productions textuelles. Son texte évoque, semble-t-il, une impérieuse nécessité de donner raison à sa position, rien ne peut lui faire douter que quelque chose choque dans sa façon d’aller se promener « in caput Adolfi », si ce latinisme m’est permis, à l’instar de Victor Klemperer et son LTI, Linguae Tertii Imperii…
Ainsi dans  »Vienne 1913 », la catastrophe de la Shoah  s’expliquera par ce qui se passe dans la tête du personnage d’Adolf  perçu par l’auteur, psychanalyste,  qui laisserait supposer qu’il saurait tout de la cause psy de l’horreur à venir. Confusion voulue ? Entre la faille du sujet individuel et la rupture de l’Histoire, elle au niveau collectif ?
Dés lors plusieurs points à rappeler  ici :
- rien ne permet de dire que  la Shoah  était nécessaire, d’aucune façon, aucune et à jamais. 
- se poser avant est une attaque contre cette non nécessité, et aussi contre les victimes, contre les témoins et donc « humanise » les bourreaux, fait que le crime contre l’humanité devient crime de l’humanité. Ce texte, comme toute fiction montrerait ainsi le crime pris dans  une logique qui laisse la pensée intacte de ce qui est arrivé entre l’avant et l’après la catastrophe, que rien dans la pensée ne se serait inscrit depuis les camps nazis.
Aucun effet.
Bref, il faut le rappeler sans cesse : il n’y a pas de raccord des consciences, de la pensée, de la logique entre l’avant et l’après la Shoah. Mais rupture.
Tel que se poser avant c’est comme la logiciser  malgré soi, comme considérer possible la nécessité qu’elle ait eu lieu. D’où le mouvement dans ce texte d’une explication « psychanalytique » qui plaque la notion de castration dans ce qu’il nous fait  vivre par le personnage « d’Adolf ». Et pour ce, il  use du prénom1 d’un tel criminel  dans une proximité pour le moins choquante, ce qui laisse supposer combien notre auteur, se voulant en lieu et place de Freud, désire rencontrer … Hitler. Rien que ça ! Et il le fait via le personnage d’Hugo, ami d’Adolf, nobliau à l’antisémitisme plus acceptable pour le spectateur…
***
Applaudir le mot Hitler…
La Shoah n’était pas nécessaire, et puisqu’elle a eu lieu, il faut (éthique et logique ici se rejoignent) se garder de la justifier, de la rendre nécessaire. Car un tel texte nous place alors comme si le spectateur se retrouvait co-auteur du crime, en une sorte d’acquiescement  passif de ce qui aura lieu. D’où un risque genre applaudir le mot Hitler sur scène, faire jouir le signifiant Adolf… Quel que soit le coté farce (et attrape ta pensée et mets là, toi le spectateur, dans le jouir l’horreur)…Tout cela est de l’ordre de la maladresse… Et nous en faisons tous face à la rupture de l’Histoire/civilisation.
Maladresse dans tous les sens du mot. Mais qui renvoie à ceci :
- il y a urgence de la reconnaître, sinon,
- elle devient symptôme, soit satisfait à la toute puissance de la pensée, à un soi-disant tout savoir de l’horreur, et
- si ce symptôme est non reconnu, alors on file vers la perversion/mensonge/rupture éthique, et qui si elle n’est pas reconnue, alors
- le politique risque de s’emparer de nos maladresses non élaborées et c’est le danger d’alimenter, sans le vouloir ni le savoir, les  tenants de l’atténuation des crimes, dits alors de l’humanité…
Point encore à dire ici, essentiel pour les psychanalystes : pourquoi un tel texte/pièce ? Pourquoi la perspicacité d’A. Didier-Weill lui a fait choisir Hitler, et non un autre criminel, en  retrouvant ses antécédents dans les dossiers du Procès de Nuremberg. Un autre criminel  nazi comme celui surnommé La Hollandaise qui ne pouvait pas s’endormir sans avoir chaque jour tué à la hache et jeté d’une falaise une quarantaine de juifs à Mauthausen ? Ou d’Amon Goeth, le chef du camp de Platzow,  tout aussi criminel, que met en scène Steven Spielberg en 1994 dans son film «The Schindler’ List » ?   Cela nous enseignerait beaucoup sur la fureur antisémite qui semble être un des enjeux de ce texte : l’étude, la mise en scène de ces deux meurtriers n’étant pas des chefs d’un Etat criminel  permettraient  de nous faire percevoir au mieux leur psychologie individuelle, leur rapport à la parole des hommes ? Ou encore le film de Jérôme Boivin de 1988 « Baxter », le chien qui pense son maître, surtout si c’est un nazillon parmi d’autres.
Alors  pourquoi Hitler ? Serait-ce parce qu’il a, quoi qu’il en soit,  un nom aussi souvent proféré que celui de Freud ? C’est très possible, car c’est là juste ce qu’il faut pour mettre en symétrie les deux héros…. Et à ce moment  pour le spectateur que je suis : ou tout se brouille, ou tout se gobe… Voilà le piège que j’essaie de dire ici.
Notamment est ainsi masqué que c’est le politique qui mènera « Adolf » au pouvoir et non sa psychopathologie si teintée de freudisme qu’elle soit, Lacan inclus.
***
Rappelons-le : si s’explicite logiquement la montée du nazisme jusqu’au Totalstadt, la mise en acte de la solution finale reste une suite d’« improvisations », comme le souligne Raul Hilberg 2. Ce qui signifie la  limite de toute explication, qu’il y là un saut, une rupture de la rationalité, dés l’entrée dans la chambre à gaz. Rupture de la rationalité, la rupture de l’histoire convoque le psychanalyste, c’est même lui qui y est en premier convoqué car si l’humain a été attaqué, l’inconscient l’est aussi, car une telle attaque a eu lieu non seulement au niveau de sa vie, il l’a été au niveau de sa mort, de ce qu’elle est devenue depuis. Et du coup la limite de l’inconscient  est à réinterroger, dans notre actuel. Voilà pourquoi se placer à un tel niveau actuel  tel que je le soutiens, implique de se  situer dans l’après et de percevoir les effets de l’attaque de l’humain... Et  se placer au niveau de la cause du crime nous laisse en dehors d’une telle prise en compte de la rupture produite.
Oui, pourquoi, dans « Vienne 1913 » 3 se placer  volontairement avant le crime pour l’expliciter ?
Du criminel avant le crime… ?
Question actuelle pour le coup : y a-t-il du criminel avant le crime ? Adolf Eichmann, comme il semble le dire à son procès à Jérusalem,  avait t-il en son for intérieur une abolition, une forclusion de l’existence du meurtre au point que tuer lui serait devenu nécessaire pour accéder à l’existence de la mort ? Celle  de l’autre ? Ici du juif, plus autre que tous les autres ?
Lui le juif avec son monothéisme éthique, a inventé la différence entre la vie et la mort, faisant sortir l’humanité de l’idolâtrie. Et l’attaque des juifs s’est faite  autant sur un bébé juif, un banquier juif, un savetier juif… Nous percevons là une dimension très abstraite du crime : comment le mot juif, le signifiant juif est-il devenu si équivalent au corps, à la personne, à la vie, à la mort des juifs ?  ‘Du criminel avant  le crime’ nécessite alors la forclusion de l’acte meurtrier non pas après, non pas pendant, mais avant le crime, comme le souligne Gunther Anders quand il cite Freud ?4 mais il le dit avec la précaution que ne prend pas A. Didier-Weill, celle de poser qu’une telle approche ne peut se faire que « de nos jours ». Après le crime. La  bonne logique d’un temps linéaire que notre auteur comme quelques autres souhaitent si ardemment, ne peut tenir que si un tel  « de nos jours » est pris en compte.  Et alors , mais alors seulement, il est possible de dire qu’un retour de l’idolâtrie a eu lieu sous la forme d’une amplification jamais atteinte de l’antisémitisme nazi, qui, par la solution finale, a pris une forme d’a-sémitisme, de Destruction des juifs et de son effacement. Effacement de l’effacement au point que le crime devait être nié, que le négationnisme est inhérent au nazisme, il le constitue au départ même du projet des meurtres de masse.  Il ne lui est pas postérieur, ni ne lui succède. Voilà ce que la prise en compte de la rupture de l’Histoire nous permet d’avancer ici. 
Et poser d’emblée comme accessible un savoir sur l’horreur à venir, et surtout en allant se promener dans la tête de Freud pour aller par une fiction sur ce qui se passe dans la tête d’Adolf Hitler, le risque est patent : rien n’empêche, au contraire, d’aller y trouver dans un coin, vers 1913… !, quoi donc  et dés lors de la justifier?  la chambre à gaz. Voire de dire qu’Hitler aurait  été prophète, du fait que l’on riait de ce qu’il disait alors que cela allait avoir lieu (cela fut dit  lors d’un débat après la pièce au centre Rachi récemment). Au point de voir dans Mein Kampf autre chose qu’un programme politique, mais un texte prédictif sur fonds philosophique. Certes, prédictif,  il l’est devenu …du fait que la Shoah a eu lieu. Après donc. C’était  un programme et rien d’autre. Qui a réussi car illisible alors…
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Oui, nous sommes après, après la rupture de l’Histoire : comment alors s’en débarrasser ? En sauvant la pensée qui elle aussi et surtout elle, est marquée de cette rupture 
Sauver la pensée
Pour sauver la pensée (la bonne logique et sa toute puissance), pourtant entamée par la rupture de la civilisation, pour sauver le narcissisme de notre pensée, il faut la vivre comme intacte alors qu’elle est atteinte, tout précisément la pensée psychanalytique… D’où l’exigence de se le dire entre artistes et psychanalystes. Nous sommes après la Destruction, et il n’y a pas à lâcher sur cette brisure ni la vouloir réparée ou réparable…
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D’où pour sauver sa pensée, l’auteur « rencontrant » Hitler su scène, avant la solution finale, fait appel à Freud et au thème de la castration à travers quoi il démontre qu’Adolf passe au travers…D’où la faille du sujet individuel venant alors à se confondre avec la rupture de l’Histoire, ce qui n’est pas le cas. A vouloir cela, plus de rupture de l’histoire ni surtout ses effets sur chacun d’ente nous, sinon un air compassé devant le souffrance du monde.
L’art ici, quel que soit son pouvoir de séduction propre, ne justifie aucun atermoiement. Au contraire.
L’abord de la Shoah a rendez-vous avec une approche psychanalytique, celle de tenter un repérage de l’inconscient qui tienne compte de ce qui est arrivé. Et non pas que ce soit de l’ordre d’une expertise psy opérée sur scène comme dans « Vienne 1913 » par l’auteur via Freud sur un Adolf genre ado douloureux et somme toute sympathique, et à l’avenir prometteur…
Voilà les résistances auxquelles chacun participe si facilement  où « Vienne 1913»… veut nous  situer comme avant la Shoah pour l’expliquer en une maîtrise du savoir inconscient. Sans compter sur l’erreur de dates et de lieu  à la fin : l’Anschluss c‘est 1938, et la mort des sœurs de Freud après 1941, c’est à Treblinka venant de Tiresin, au moins pour Rosa, pour les autres les lieux sont incertains,  et les mises à mort dans les chambres à gaz à Auschwitz Birkenau commencent en 1942. Précisions essentielles pour au moins laisser aux victimes le lieu de leur disparition, leur mise en un immense silence sans nom.
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Or en fin du jeu, dans le texte et dans la pièce, une symétrie des cartons se veut métaphore de mal et du bien, indiquant respectivement un Hitler triomphant entrant à Vienne, un Freud fuyant à Londres, ses sœurs exterminées dans les camps. Une telle symétrie aussi simple entre nos deux héros est très spécieuse. Pourquoi une telle métaphore du mal (Hitler, la haine) et du bien (Freud, la parole), sinon pour que le spectateur soit amené à  se retrouver face à du religieux, c’est là ma crainte, face à des certitudes quasi religieuses, celles du mal et du bien, pour nous persuader qu’il y a une continuité de l’Histoire alors qu’il y a rupture. Tout est fait pour ne pas le  dire, ni le savoir. Le montrent  ces propos inscrits sur ces cartons si naïvement utilisés, puisque de telles inscriptions datées de 1913 sont exprès déjà là avant  que l’horreur des années 1940 ne se soit produite.
                        Freud………………………………………..………………………………………………....Hitler 
aussi loin, par des points dits de suspension, que je puisse les éloigner l’un de l’autre,  l’association des ces deux noms me blesse profondément, car elle ré-enchaine juif à ses ennemis : l’antisémite, le nazi. Et  ici quel accouplage ! Avec ces noms-là en cette terrible symétrie séductrice jouée/jouie sur scène, n’est ce pas nous faire accepter la continuité et de la pensée et de l’histoire sans même faire signe que cela est une vraie question. Il manque là, à l’évidence, la scène qui dans « Vienne 1913 » dise un tel impossible à dire…
Ici ré - inscrivons  au plus profond de notre pensée  la nécessité absolue de ne pas réinstaurer de couplage nazi/juif.5

Ma critique indique ainsi un certain refus que l’on se serve de Freud pour cacher la rupture de la pensée, alors qu’il y a là une entame à définir. Chacun est ici seul avec lui-même. Cela n’a rien de mondain. C’est une très puissante exigence qui, pour le spectateur, l’artiste ou le psychanalyste, isole quelque peu celui qui s’y soumet. 

J-J. Moscovitz 

 
1  Cela rappelle l’ouvrage d’un auteur de théâtre Eric Emmanuel Schmitt « La part de l’autre » éd. Albin Michel 2001 où le personnage d’Adolf Hitler,  par l’action de Freud nous laisse imaginer que le pire  deviendrait le mieux, mais au prix d’un ‘trouble’ infini de la part de l’auteur…
2  La Destruction des juifs d’Europe, éd. Fayard Paris 1986.
3  1913 ? Serait-ce, par exemple, et   pour rejoindre quelque peu le discours psychanalytique, la date de naissance du père de l’auteur, je pose la question…. ? Que l’on me pardonne mon outrecuidance ici  mais  du père et ses signifiants sont  pour le moins présents dans toute approche des grands hommes, et des héros, quels que soient leurs rapports à l’histoire et à la pensée. 
4  Günther Anders, « Nous, fils d’Eichmann » p.116, Bibliothèque Rivages. Paris 1999

5  Plus près de nous la manif’ pour  Ilan Halimi torturé à mort, comme évènement collectif de ce 26 février 2006, a  disjoint le lien à ses  assassins pour un temps, en donnant place au singulier de chacun d’entre nous. Un  psychanalyste le sait.


 

mars 2006

à propos de : CARICATURES - L’envers de la caricature

Par Nabile Farès


Dans le flot de  paroles, écritures, manifestations, présentations visibles, audio-visuelles des caricatures dites «  de Mahomet », pourrions-nous distinguer quelques ilots de pensées, lucidités qui nous permettraient de résister, ne pas faire naufrage, comme ce terrible ferry-boat au retour d’émigration du travail et du pèlerinage dans les terres saoudiennes de l’islam ?
Pour ne pas rester fixer au poncif très exploité, rabâché, amplement répété comme un acquis de connaissance explicative «  les musulmans et les juifs ne supportent pas la représentation du dieu ou du prophète », nous proposerions une autre explication à l’envolée dramatique, mondialement étalé, des manifestations qui se sont emparées du monde musulman.            
Et, curieusement, une interrogation de l’ancien président des Etats-Unis, Bill Clinton, rapportée par le journal libération du 4 Février pourrait bien nous mettre sur la voie de cette explication.               
Qu’est ce que Bill Clinton a su dire ce jour-là, lors d’un forum économique :   «  Alors que va-t-on faire ? Remplacer les préjugés antisémites par des préjugés antimusulmans ? », faisant remarquer ainsi que de nombreuses et nombreux musulmans sont aussi  des sémites ; et, ce que ces caricatures dites «  de Mahomet » auraient porté serait une double condamnation, que l’on pourrait  comprendre comme un double refus : celui de la laideur, d’une part, car qui supporterait d’être identifié à la laideur extrême, seule, et, absolue ? et, d’autre part, en un paradoxe saisissant, être identifié à un chef, à un saint, à un tout et rien-du-tout, déchet humain désigné, porteur de la violence, de la haine, de l’agressivité, de l’antisémitisme et de la discrimination ambiante ?                
Dire : «  nous, les Occidentaux, nous sommes les garants de la liberté et de la démocratie » pourrait bien ressembler à une confiscation de ces biens culturels, universels, défendus par bien d’autres personnes que les «  purs et simples Occidentaux », exclusifs, qui oublieraient que l’histoire récente du fascisme– et, restons dans notre histoire contemporaine commune – nous apprend que celui-ci se distingue par le détournement à son profit de la nécessité démocratique, et a précipité l’Europe, et le monde, dans des guerres économiques, politiques, civiles,  génocidaires, discriminantes et natio - nalitaires.          
Que sont ces «  autres », non «  occidentaux », même s’ils résident «  chez nous » : «  les Occidentaux  » ; des « Blacks ? », des «  musulmanes ? », des «  musulmans ? », « des Juifs ? », des «  Indigènes ? », des « colonisés ? »
Que seraient alors ces « Occidentaux ? » des « anti - musulmans ? » des «  anti-juifs ? » des «  anti-blacks ? », à leur tour devenus, ainsi, des représenta-  tions et des représentants identifiés à un apartheid démocratique ? Nul n’est à l’abri d’un tel retournement de l’exclusion – «  nous, les Occidentaux, et, les autres ? » - qui se présente sous une forme identitaire oublieuse d’un totalita - risme, indice d’un mauvais gout qui caractérisa, précisément, l’anti -sémitisme.
Serions-nous au bord d’un «  double anti- sémitisme », comme semble l’indiquer Bill Clinton,  et d’une laideur génocidaire actuelle qui l’emporterait, l’a déjà emporté, tout récemment en Bosnie, risque de l’emporter au Darfour, en Côte d’Ivoire, l’a emporté au Rwanda, pour un temps, comme elle faillit l’em- porter en Europe sur la civilisation » et ses  progrès ?                 
Les caricatures dites de Mahomet ne seraient plus des caricatures d’artistes inventant ou réinventant le domaine, l’art de la caricature, comme ce fut le cas de Daumier, comme l’interpréta Baudelaire en son temps, témoignages d’artiste et de vrai libre penseur, mais des  caricatures de notre temps, à propos de la laideur, de l’horreur, du meurtre, de l’impunité, l’ignominie, et, tout aussi bien, l’indignation.               
Leurs mérites seraient de nous prévenir que les progrès dans la civilité et la civilisation, le droit, les arts, les découvertes, les représentations, se jouent, se lisent, s’entendent, se voient dans les productions d’images et leurs commen - taires, précisément là où les extrêmes se mêlent.                 

Ce que produit l’image est un rapport à l’altérité en un triple mouve - ment de reconnaissance, d’altération, de négation : présence de la mort, du cy - nisme, de l’indifférence, ou altération de la beauté, du corps, de l’amour, de la pensée et de la vie. Ce que les musulmanes et les musulmans refusent, et, ils ne sont pas les seuls, c’est non pas l’irreprésentable – l’homme Mahomet ayant toujours été représenté, bien sûr, d’une certaine façon -  c’est d’être identifiés, mis à cette place de mort, d’horreur, de bêtise et de massacre de la vie ; et, l’insupportable de ces caricatures seraient, en somme, une représentation actuelle de laideur.

Nabile Farès

Psychanalyste et écrivain, cosignataire du manifeste des libertés.



à propos de : CARICATURES
Du droit au blasphème (à propos des caricatures)

Par Anne-Marie Houdebine

Toute cette affaire des caricatures me laisse perplexe et furieuse. Tout se passant comme si le travail de lutte (entre religions différentes catholiques, protestants, entre positions politiques différentes, acceptation ou non de la République comme non chrétienne; etc. qui aboutit à 1905 en France, allant jusqu’à la réconciliation des Vendéens à la république française), était encore et toujours à recommencer. Comme la lutte en faveur du droit des femmes ? Comme la lutte de nouveau pour l’humain, toujours à recommencer, ici, ailleurs aussi, ici aussi, ailleurs aussi.

Et combien d’arguments vains sont sans relâche présentés

Car enfin

1 la figure de dieu est irreprésentable chez les iconoclastes mais non celle de ses prophètes ; comme beaucoup l’on dit ceci est adjonction tardive

2 ne tue-t-on pas au nom de ce prophète et de ce dieu – est-il rien que de se faire suicider dans un marché, un bus en ces noms et pour gagner un paradis – bien entendu jamais les enfants des commanditaires ne sont ceux des attentats-suicides ?

Alors cette caricature tant incriminée (celle avec la bombe) que disait-elle d’autre que cela ?

Et alors à qui s’adressait-elle ? je soutiens que ces caricatures s’adressent à ceux qui posent des bombes, qui tuent - c’est de droit humain, de politique et de meurtre qu’il est question et pourquoi se prendre pour adressé – tous les musulmans seraient ici interpellés ? Mais non certains ne se sont pas sentis adressés et agressés ; problème d’identification à une masse ou à soi-même ?

Et quand on parle de meurtre, l’argument esthétique n’a pas lieu d’être sauf à faire écran (prétexte, faux semblant)

3 ne pas voir l’instrumentalisation tardive, politique de ces caricatures (victoire du Hamas) participe d’une étrange cécité politique dans le cadre de la mondialisation

4 Protéger l'autre au nom du respect qu'on doit à chaque humain n’est-ce pas le traiter comme un enfant irresponsable ? Un criminel est responsable, même si il a été manipulé jusqu’à vouloir jouir sa mort

Certes, devant les crimes de la modernité ici, (là, làbas), on ne peut que s’écrier : en quoi l'époque est-elle respectueuse ; en quoi le monde l’est-il ? Des enfants au travail ? des femmes mutilées, des enfants égorgés ou mourant de faim, des SDF ? des femmes voilées, des filles assassinées dans les banlieues, physiquement et psychiquement au nom d’identitarismes (ou communautarismes) rigides, fixistes ?

L’époque, la nôtre, et même nos politiques, certains parmi nous, le sont plutôt, respectueux, de conforts, même soudains moraux ; et voilà les bonnes âmes émues : on blasphème, on manque de respect à nombre de pauvres musulmans qui se sentent blessés !! Mais non pas tous ; ah cette psychologisation des foules quand ça sert !!! Quand elle vient à la rescousse du marché on se demande si c’est triste ou drôle !!! ça suffoque de néo-libéralisme !

Quant à l’identification (pour parler encore un peu psy) je vais y revenir

Le respect d’autrui est une considération morale acceptable quand cet autrui n’est pas un meurtrier en puissance ; or c’est au nom de cette religion (qui effectivement n’a pas encore fait le travail que les autres monothéismes ont fait) que cela se produit dans ce siècle – est-ce que les protestants en France après la révocation de l’Edit de Nantes, ou, plus aisément comparatif, les Juifs après la shoah ont commis des attentats auto-suicidants en Allemagne ? Plus éthiquement les bonzes protestants, contre l’invasion américaine, ou Ian Palac contre l’invasion russe, se sont suicidés sans massacrer jusqu’à des enfants (mais aux yeux des imams intégristes même les enfants sont coupables et tuables)

5 Enfin et surtout comment allons-nous soutenir – car c’est de notre devoir éthique et politique je pense – soutenir les luttes de ces arabes laïques et de ces musulmans modérés, comme on les appelle, qui veulent acquérir droit de paroles, sur le modèle de nos libertés bien qu’elles aient été souvent mises en défaut, et qui ne nous considèrent pas comme des « mécréants à éliminer », y compris nos « enfants » - paroles d’imam (BBC) – ces arabes ou musulmans qui luttent dans leurs pays avec grand danger (cf. nombre d’assassinés et d’emprisonnés) ; certains d’entre eux ayant publié ces caricatures – et même la plus incriminée, ce que certains chez nous n’ont pas osé faire alors que c’était avec bien moins de risques - pour lutter contre cette instrumentalisation de l’islam, pour lutter pour leur droit d’homme libre, en Jordanie, au Pakistan, en Tunisie, en Egypte….Ces arabes qui pensent que nos modèles démocratiques bien qu’imparfaits restent une conquête des droits de l’Humain, des droits de la personne. A ceux-là je veux bien m’identifier. Avec respect, je m’incline devant leur courage ; je ne peux pas faire moins que « comme » leur cri, même si le mien n’est que de rage.

De rage ? de rage et de honte !

J’ai honte en effet ; honte de voir nos politiques nationaux ou européens, voire Onuesque, se prosterner devant des gouvernements arabes (ah la manne pétrolière !) alors que des foules non moins instrumentalisées – dont le nombre est grossi par les modalités filmiques comme le disent les blogs de musulmans modérés ou d’arabes laïques - brûlent ou piétinent nos drapeaux (non moins symboliques que le prophète non ?), détruisent nos ambassades, assassinent des prêtres, assimilant occident et christianisme cette fois ; un peu moins d’anti-sémitisme tout à coup et pourtant il est plutôt en progression, sous forme de cette nouvelle judéophobie (Taguieff) qui progresse même (surtout ?) à gauche – haine de l’Histoire même si s’agite le culte (sic) de la mémoire.

J’ai honte,

J’ai honte de notre lâcheté occidentale et de notre culpabilité, toujours à fondement chrétien (eh oui on tend l’autre joue – pour qui connaît le texte évangélique !).

Voilà mon interprétation, ma compréhension de cette « affaire ». Peut être maladroite, d’aucuns diront fausse, blessée et assurée de devoir crier…écrire !

J’accuse notre lâcheté et notre asservissement. Et quant à moi, je ne veux ni me laisser convaincre, au nom du respect d’autrui, ni me laisser asservir alors que je pense qu’il s’agit du lâche asservissement du néolibéralisme qui veut garder ses marchés – le gouvernement danois en donne l’exemple.

Du respect d’autrui ? Mais il commence où quand au nom de cette religion il est autorisé de voiler les femmes, de les lapider, de les empêcher de vivre comme elles le désirent, voire de leur autoriser de se cultiver d’être enseignées, comme on l’a vu chez les talibans, et bien sûr y compris d’être agnostique ; et cela est aussi refusé aux hommes et à tous les autres humains non musulmans dits « mécréants ».

Je me range par amitié et respect et admiration pour leur lutte que je crois juste, aux cotés de ceux et celles qui luttent pour lever l’embrigadement dans ces pays là.

Je m’identifie à ceux et celles-là plus volontiers qu’à ceux et celles qui crient au blasphème car je sais que j’ai acquis le droit de blasphémer y compris de façon complexe, à la fois maladroitement presque faussement (a) et pourtant justement (b) : rappel ici de la croix gammée du film Amen, utilisant la croix chrétienne alors qu’on sait combien Hitler haïssait les Eglises (a), mais rappel par Costa Gavras de la compromission papale (b).

Et je me range ainsi, aussi du côté de nos ascendants qui ont lutté pour cette liberté, durement acquise, qu’on voudrait m’enlever et qui m’ont permis ce droit au blasphème.

J’ajouterai que je ne peux même pas dire à certains « désolée d’être en désaccord », désolée non, mais déprimée oui, car l’époque est déprimante qui envahit de ses projections identitaires et de ses communautarismes fixistes les esprits…Heureusement quelques uns..résistent aussi.

M’insupporte en ce moment particulièrement le délitement de la langue ; et certains termes plus que d’autres qui reviennent sans cesse : le terme communauté, le terme identité quand on sait que celle-ci est en process, en construction du devenir humain, jamais achevé, non fixé comme un arbre par ses racines – les humains ne sont pas des arbres : ils se tissent de paroles, de livres, de rumeurs d’enfance, d’adolescence, de pays antiques ou modernes, bref de ce qui civilise l’animal humain même sans religion mais non sans sacré ; c’est pourquoi je soutiens, je défends … une « spiritualité laïque » (dit Luc Ferry qui fait un beau lapsus « ma liberté commence où s’arrête celle d’autrui » … révélateur des tensions actuelles).

Je préfére dire : je défends une transcendance laïque (comme disait Ali Magoudi) ou une « sacralisation de l’humain non lié à un dieu ou un prophète, en place de leader, conducatore, führer…».

Le sacré de l’humanité, si on y travaillait ? Et ça commencerait sans doute par le « tu ne tueras point » qui mit beaucoup de siècles à s’élaborer si l’on en croit les préhistoriens et autres anthropologues des premiers âges travaillant sur les « meurtres de la Préhistoire » à moins que nous y soyons retombés dans ces temps obscurs ?

Il est plus que jamais fécond le ventre d’où sortent les bêtes immondes (d’après Brecht).

 

Anne-Marie Houdebine

Professeure de linguistique et sémiologie - Psychanalyste

10/11-3-2006



août 2006

à propos de:

Israël / Liban - LA PAIX, UN PACTE CONTRE LA HAINE

Par Jean-Jacques Moscovitz

Voilà qu’une nouvelle guerre contre Israël vient d’avoir lieu entre le 12 juillet et le 14 août au Moyen Orient, déclenchée par la milice chiite libanaise, le Hezbollah, le « Parti de dieu ».
Ce dieu doit être bien faible pour avoir tant besoin d’un « Parti » qui, en son nom, envoie obus et missiles sur une terre, celle de l’Etat d’Israël, afin de tuer des civils qui s’y trouvent et aussi pour frapper ce « lieu » qui, selon eux,  ferait partie de leur Oumma, leur Terre-Mère de toute éternité…. Ce dieu idolâtré à ce point a besoin que ses adeptes bâtissent une paranoïa en acte : occuper  par un armement monstrueux presque tout  le (sous-)sol des terres du Liban du Sud et aussi du Nord, islamique ou chrétien, aux mépris des libanais eux-mêmes, pour détruire leur voisin, Israël. Qui avec Tsahal, son armée de défense  répond et très fort comme on sait. Et ce sont les libanais civils qui paient le prix lourd, civils avec qui un jour proche une reconnaissance mutuelle devenait vraisemblable…Mais ils ont, disons-le, des chefs politiques qui ont laissé militariser leur (sous)sol par la folie guerrière du Hezbollah, sans jamais prévenir la communauté internationale malgré les résolutions de l’ONU.  Cela signe le maintien encore et encore sur les terres arabes d’une représentation impossible  des gouvernés auprès des gouvernants,  et dés lors  rien de plus « naturel » que les civils soient utilisés comme bouclier par la milice chiite libanaise, commettant dés lors deux crimes, l’un est cet usage des civils et l’autre l’usage de leur mort  -irrécusablement injuste en Occident- livrée aux médias comme à Cana…  Et ce pour atteindre à l’éthique de la vie de son ennemi, le « démoniser ».  Là percevons que les Israéliens ne font pas usage de leurs morts sous les Katiouchas, montrant ainsi un niveau symbolique et historique tout autre, mais surtout, bien que fragile, un esprit démocratique profond qui oblige, surtout dans la guerre, à distinguer entre les usages et collectif  et singulier de la vie et de la mort d’un être humain. Les juristes sauront nous dire si un tel bouclier civil est ou non un crime contre l’humanité. 
Sera-t-il possible un jour, une immense partie de la planète l’accepte, que soit enfin reconnu par le monde islamo-musulman en son entier que le peuple juif est à nouveau dans l’Histoire : 1°) par une terrible attaque contre eux en Europe du fait de « la solution finale », crimes de masse commis par les nazis condamnés aux Procès de Nuremberg ; et 2°) par l’établissement  de l’Etat d’Israël en 1948, décidé politiquement par un vote de l’ONU de la très grande majorité des nations.
Et, entre ces deux faits majeurs, l’un irréparablement grave, et l’autre enfin libérateur après des siècles d’espoir, n’existe aucun lien de cause à effet.  Car, avec la victoire des Alliés la  fin de la Deuxième guerre mondiale a accéléré l’Histoire, non seulement en une nouvelle distribution géopolitique entre Est et Ouest,  et en une mise en acte des décolonisations par les grandes puissances elles-mêmes (France, Angleterre  et autres), mais aussi à la création de l’Etat d’Israël, à partir, parmi les faits les plus connus d’avant la 2è Guerre mondiale, du  « foyer national juif » en Palestine promu à une telle création. Puisque tous les mots – les signifiants-  fondateurs du sionisme se référent à cet endroit-là du Monde.
Oui, comment cela pourra-t-il être enfin mis sur une table de négociations, avec tous les autres points si cruels aujourd’hui avec cette nième guerre israélo-arabe provoquée par le Hezbollah, ce Parti au dieu si faible au point de faire trembler la planète par ses menaces de destruction massive venues de l’Iran d’Ahmadinejad, ce tyran au crâne rempli de têtes nucléaires1. Et d’antisémitisme nazi au point qu’en mots aujourd’hui sont maintenant fusionnées, destruction des juifs – et de l’Occident- et attaque atomique. 
Comment les démocraties s’y prennent-elles pour éviter cette éventuelle catastrophe ? Ne leur faut-il pas revenir sur leurs modes d’implication au Proche-Orient, la France notamment?
Rappelons-nous entre autres, que, récemment,  rien, apparemment, n’empêchait Israël de faire partie, à Beyrouth il y a  3 ans, de rencontres sur la francophonie, sinon qu’avec le silence complice de la France, le Hezbollah s’y opposa avec succès…
Rappelons cette évidence que tout comme la France, Israël a une vocation méditerranéenne (et africaine). Juin1967, la « Guerre des Six Jours »,  De Gaulle et son gouvernement commettent une erreur d’une gravité aux conséquences toujours actuelles. Au cœur du conflit qui oppose Israël à l’alliance entre  Egypte, Jordanie et Syrie, la France cesse ses livraisons d’armes, de munitions, de pièces détachées à Tsahal totalement construit alors par l’armement français … Rien n’obligeait une telle trahison de ce peuple qui, « comme tous les autres, [serait] devenu fier et dominateur ». 
1967, les USA prennent –heureusement- le relais : Israël, décroché politiquement de l’ère méditerranéenne, leur est désormais  noué en une alliance très serrée…
Rien d’étonnant alors qu’EU et France s’affrontent  à l’ONU sur un plan de paix « définitif » au Moyen-Orient. La France se recentrera-t-elle sur ses vraies valeurs de justice et d’égalité entre les peuples ? Et ne pas laisser agir ses démons en sous-France ? Ceux que l’Histoire nous montre avec les anti-lumières de 1789, les anti-communards de 1871, les antidreyfusards du début du 20è siècle, la milice collaborationniste des années 40, l’OAS des années 60,  et de nos jours ce propalestinisme exacerbé au point de tenter, par exemple, un boycott des universités israéliennes, ce que personne n’avait même imaginé avec celles, nazifiées par Heidegger et Carl Schmitt en Autriche et en Allemagne. Ni même avec celles de l’URSS des purges staliniennes...
Comment le monde islamo-musulman peut-il entrer à son tour dans l’Histoire commune, et donc en un vrai partenariat avec l’Occident, s’il n’accepte pas que le peuple juif actuel y est revenu activement ? Voilà le soutien véritable qu’européens et les français en particulier ont à lui proposer. 
Il y va là aussi pour chacun des fantasmes inconscients de destructions des autres, et de faire entendre aux politiques et aux chefs de guerre que le réel du monde n’est pas uniquement ce qu’ils ont dans leur tête fumante… Aussi bien dans cette 2ème Guerre Liban-Israël, que dans celle entre Palestiniens et Israéliens. Celle qui dure depuis si longtemps et qui fait penser à un lien très étrange où deux peuples sont noués tel que chacun d’eux a un  pied dans la même chaussure que l’autre, et qu’un caillou s’y serait logé, au point que ce caillou serait l’autre et à vouloir le détruire, chacun se détruira lui-même… Au point que ce caillou vers la paix se soit transformé d’un côté en jets de pierres et attaques kamikazes, et du coup de l’autre côté en mur de séparation devenu nécessaire malgré tout… Mais ne l’oublions pas la paix, le pacte,  sont faits contre leur contraire soit la haine, ils ne s’obtiennent pas, comme cela est avancé souvent, seulement par des bons sentiments de part et d’autre, et qui seront d’autant mieux appréciés que les négociations auront abouti à un statut final par un traité contre la guerre signé par toutes les parties.

 

Jean-Jacques Moscovitz

1 Au niveau des faits, le rôle de l’entreprise franco-iranienne Eurodif de retraitement de l’uranium (Framatome) mériterait d’être vérifié à ce titre. Cf. "La République atomique" ou les secrets du pacte nucléaire France-Iran, film de David Carr-Brown et Dominique Lorentz, 1997.

 


Pourquoi la guerre !

Par Nabile Farès

Décidément, les années 40, leur « avant » et leur « après » coûtent cher aux générations actuelles, héritières des guerres, affrontements qui eurent lieu, déjà, dans le siècle dernier ; ce dont nous sommes toutes et tous tributaires, autant, par cette persistance de l’antisémitisme et « anti-juif » - pour faire plus court et direct que la dénomination « anti - judaïsme » qui est bien présent, aussi – très actif et renaissant ; un anti-arabe et musulman lui aussi renaissant à mesure que le monde dit arabe et le monde dit musulman devient plus visible et lisible dans le monde ; et, nous sommes, en plus d’être tributaires, responsables de l’anti-immigration qui risque de mettre en cause le « droit du sol » puisque cette négation nouvelle de droits qui est adressée aux enfants qui naissent, ici, en France, ou y viennent, fait d’eux, par une distorsion peu soutenable de l’esprit, des « enfants-de-sans-papiers », presque des « enfants-sans-papiers », comme s’ils n’étaient pas, déjà, inscrits à l’état-civil du quartier, de la mairie du village, d’une ville, d’un arrondissement, où ils sont nés ; comme si l’on déniait, déjà, à ces enfants nés dans les immigrations successives, le droit, non seulement de naître « au futur », mais d’être nés.

Assisterions-nous à un droit de « non-être » décidé par une politique qui deviendrait celle d’un état, sans rien dire, sans attirer l’attention sur cette pesanteur d’un non-droit qui eut lieu dans cet « avant » « après » des années 40 , en un comble de l’après-45, aujourd’hui, qui voit un défenseur plus qu’honorable du droit de vie des enfants nés en France ou ailleurs, évidemment, devenir « médiateur » - Monsieur Choix – d’un « tri « qui n’a pas lieu d’être, à moins de prendre prétexte d’un moment de grande confusion de pensée, de violences et d’histoire ?

Serions-nous devenus des « chevaux masqués », aveuglés par les « progrès « de l’histoire, la technologie, la puissance financière, militaire, un droit de jouir en paix de la vie, contre la vie des « autres. » ; ces « autres » dont nous sommes responsables et envers lesquels nous sommes redevables, de la même manière que ces « autres » le sont pour nous ?
Oui, c’est au prix de ce savoir responsable de la vie des autres, de leurs états, situations, misères ou bien être, que nous pourrions sortir de cette tragédie de la non-reconnaissance qui fait suite à un 20° siècle qui ne fut pas du tout avare de haine, indiffé-rence, peurs, exterminations, ni de cette culture où nous sommes, si bien dite par Gunther Anders : « la culture du nucléaire. »
Hantise et désir, à la fois, d’une destruction commune, comme si ce qui avait eu lieu le siècle dernier, et, les siècles antécédents, ne pouvait être vécu, aujourd’hui, autrement – devenu si insupportable – que dans la guerre, en une guerre locale, et, au fur et à mesure, généralisée. 

Nabile Farès



mai 2006

à propos de : Cerveau… Et si la science donnait raison à Freud ?

Cet article paru dans l’Express du 11 mai 2006, nous a été transmis par Le Cercle Freudien

Lien vers l’article: Et si la science donnait raison à Freud?