MARIAGE POUR TOUS ET QUESTION PERE

("Qu’est ce qu’un père" et ses aléas parfois si cruels…)

Par Jean-Jacques Moscovitz

« Qu’est ce qu’un père ? » est la toile de fond de  ce qui nous convoque devant l’actualité de l’homoparentalité et le projet de loi qui sous-tend l’adoption d’un enfant par un couple d’homosexuels. Ce  devant quoi nous sommes  à nous poser cette question : « qu’est ce qu’un père… » . Pris dans la question du « mariage pour tous », chacun à sa façon retrouve à nouveau qu’il est partie prenante de cette question  dans le déroulement  de sa vie, vers sa mort, dans  sa filiation, avec la mise à jour de traces de douleurs passées et à venir.

Un père  avant le mien et avant celui du père de mon père, déjà  mort le plus souvent, est celui qui aussi a hérité de la question ‘qu’est ce qu’un père’ de son propre père. Là apparaît du Père mort remontant les générations, ce qui oblige les vivants à percevoir cette dimension du Père déjà mort avant et donc lourd de la « question Père ». Star Wars, Retour vers le futur, Hamlet, Œdipe en sont parmi de multiples autres des exemples de nos mythes actuels depuis toujours. Ils restent nécessaires pour notre rapport au temps et au sens des générations entre vivants et morts. Quand  des garçons  jouent à se tuer entre eux, se perçoit cette dimension du père mort parce que tué symboliquement et qui fait prendre conscience que la mort existe, et c ‘est de là que  naît le désir envers ce père mort depuis toujours. En rêve, en fantasme, dans des films, dans nos jeux d’enfants, dans nos lectures apparaissent ce père  mort porteur de la représentation de ce père idéalisé car « mort depuis toujours »  et donc porteur de  la loi de la différence entre les générations.  Oui, la dimension de l’ancêtre est à considérer dans toute filiation.

Tout mort dans une famille, enfant mort en bas âge tout particulièrement, s’inscrit dans la série de nos ancêtres  où  nos descendants  nous inscrirons le jour de notre mort. Cela se perçoit au moment d’un héritage, où se comptabilise l’amour échangé avec ses parents en termes de  biens reçus ou non reçus alors qu’ils sont attendus. La dimension de la filiation réclame son dû.

Et  cela n’est pas sans un immense travail psychique, un aller vers des zones de soi qui ne sont pas  faciles à atteindre. D’où souvent la nécessité d’un tiers, que ce soit un homme de loi au registre du réel, et/ou un psychanalyste  au  registre du symbolique,   quand reviennent à la conscience des traces de nos émois d’enfants les plus traumatiques. Au point d’évoquer les aléas du choix d’être orienté fille ou garçon, mais aussi de se savoir vivant ou mort, chose ou être humain, tous moments qui viennent nous rendre souvent visites dans  nos rêves et nos fantasmes.   Moments d’angoisse et de désarroi sans recours auprès d’un autre. Moments où s’est originée ma naissance inscrite dans la parole, dans mon prénom et mon nom . Origine où se joue l’absence/présence dans son mouvement fondateur de ma parole désirante, si manquante soit  elle.

Mais en même temps que ce Père primordial m’habite, le maternel exige  que cette dimension du manque à être m’implique envers elle corporellement, son sourire et ses guililis me mettent en appétit pour boire son lait et nourrir mes chères petites cellules biologiques à condition que de l’amour ait lieu. Et c ‘est elle, comme femme du père, qui fait de la place au désir de l’enfant du fait de son propre parcours de séparation d’avec son propre père. Tel que le désir de la mère, inhérent à son lien d’amour à son père, fasse place à la fonction paternelle envers ses enfants.

Certes le  « papa » peut aussi tout cela, et aujourd’hui c’est  banal, l’égalité entre  parents nourriciers et éducatifs est acquise…

Mais un papa n’est qu’une face de la fonction du père mort dont chacun hhérite,  car ce papa est  celui porteur de la Loi dans les lois. Qu’il le sache ou non, il l’est…

C‘est contre ce Père enfoui dans nos lois que la destruction de l’humanité a porté, dans les faits et dans les mots. La destruction des noms, donc du père, a porté sur cela dans l’Europe nazifiée dans  la guerre de 1939-45 contre les juifs, comme dans les autres génocides que le Procès de Nuremberg n’a pu empêchés, ni la Déclaration Universelle des Droits de l’Homme de 1948 où est rajouté à la Déclaration  des droits de l’Homme de 1789,  le mot dignité dans son préambule : « tous les hommes naissent égaux en droit et en dignité ».

Cette atteinte au Père primordial  ne cesse de nous faire requestionner sa fonction et sa portée dans  notre quotidien, dans notre culture, dans nos lois, nos liens d’amour d’union maritale, nos filiations depuis nos ascendants  et vers nos descendants. Bref dans l’acte de parole et de sa transmission entre les vivants.

Car la transmission ne se fait pas parce que c‘est mieux pour l’enfant, l’enfant n’est pas une preuve ni le lieu de la filiation  y est partie prenante, de façon active  et cela très tôt dans sa vie. Les souffrances que les enfants nous font percevoir en témoignent.  En particulier, bonjour les dégâts genre toxicomanie grave ou délinquance pour ne pas savoir qu’est ce qu’un Père dés lors que son papa a rompu le pacte avec la Loi primordiale pour des raisons dont il hérite  sans pouvoir les nommer avant longtemps. Et aussi bien si  un papa ne se veut que papa et ses entours de semblant. « Papa » est bien différent d’être un Père porteur de la loi transmise entre générations. Voilà pourquoi souvent un échange apaisant entre générations  ne peut avoir lieu pour le bien fondé d’une filiation éclairée. Et apaisante face à la dette et au don en acte dés lors qu’un couple avec enfant s’instaure devant la société et dans le temps.

Cette question du père primordial  est ce par où nous devrions interroger aujourd’hui le mariage pour tous, pour les homo comme pour les hétérosexuels. 

Face à ce simple fait de société pour certains, de bienvenue à la religion ou au club de l’Oedipe parmi les hétéro et tous les autres, voire une fête de la vie pour les futurs couples, est-ce aussi une attaque ou non de la Loi fondatrice de nos cultures ?

Disons le ainsi : si le débat (national) sur le mariage pour tous secoue nos certitudes sur la nécessité que l’hétérosexualité serait garante de la différence des sexes dans la filiation entre les générations, cette secousse  durera un temps puis s’estompera.  Les mariages homosexuels n’empêcheront pas, le nombre de témoignages  est probant,  que les enfants issus de telles unions ne rencontrent pas la différence des sexes également . Mais cela n’empêchera pas les symptômes propres au refus de cette différence, et cela dans toutes le unions hétéro ou pas…

Mais il nous faut rappeler, car le débat à l’échelon national  le veut, que le mariage est une institution bien ancienne qui n’a pas pour fonction de garantir notre bonheur ni de l’empêcher, mais une fois le contrat signé devant témoins et Mr ou Mme le/la Maire/sse, à chacun/chacune d’accepter la non satisfaction que le mariage promeut où souvent savoir comment s’y prendre au jour à jour est difficile.

Le mariage, en effet, procède d’un don et d’une dette qui s’inscrivent dans la loi depuis l’intime de chacun/chacune des deux époux mais aussi envers la société et la culture où nous vivons tous ensemble sous la loi commune, que nous soyons mariés, pacsés ou concubins. Mais le mariage est un lien créé et approuvé devant les lois de la Cité d’un oui « pour le meilleur et pour le pire ».

Cette loi commune est l’index visible de la Loi, qui est peu perceptible car inhérente à sa propre transmission. Et le mariage y convoque plus que tout autre le mode de vivre sous le même toit. Car celte Loi veut que son autorité, si intégrée qu’elle soit, est imagée depuis toujours par le geste du Père primordial qui de son bras, de son sceptre, incarne l’interdit au registre du collectif : « si tu franchis ce bras, ce sera au prix de me tuer, c‘est cela même qui te fait être de désir, contente toi donc de désirer me tuer dans tes rêves et tes fantasmes. Dans des films, tes jeux, tes lectures.  Mais  aussi dans des souffrances sans limites, celles  de la folie ».

Et cela afin qu’un enfant dans l’adulte restant  présent dans chacun d ‘entre nous, puisse s’inscrire dans sa filiation à sa famille certes ; mais aussi à notre culture où séjourne la question propre à l’être parlant, à sa langue, et à l’alliance par où très tôt nous prenons acte de notre affiliation au langage des hommes.

Jean-Jacques Moscovitz

A propos du film de Sandrine Bonnaire "J’enrage de son absence"
[ou qu'est-ce qu'un père ? voilà une question que nous pose le « mariage pour tous »]

Par Jean-Jacques Moscovitz

Controversé ou pas le mariage pour tous voit des religieux et des non-religieux, des psychanalystes, anthropologues,  historiens, sociologues….entrecroiser leurs textes. En fait, pour nous, psychanalystes, la question est de savoir comment sortir de la religion de l’Œdipe, c'est à dire comment se pose la question du père aujourd'hui. Ce serait peut-être la meilleure des choses à faire concernant ce débat sur l'homoparentalité, l'adoption de l'enfant et la distribution entre parents de la responsabilité vis à vis de l’enfant. ,

Je vais partir d'un film, qui, comme la plupart,  éclaire la clinique psychanalytique. « J’entage de son absence » de Sandrine Bonnaire pose, selon moi, la question de la mort du père par le meurtre symbolique au sens de Freud.

La première scène : Paul un enfant de 7 ans et ses copains jouent à se tuer les uns les autres, revolver, mitraillette, style soldat moderne d'Irak, d'Afghanistan, se rouler par terre, tomber mort, dire qu'il est mort...

Deuxième moment : on apprend qu'il y a eu la mort d'un enfant, dans un accident de circulation, Mathieu, à l'âge de 4 ans, il y a une dizaine d'années.

Troisièmement. La mort du père de Jacques. Jacques, c'est un américain, qui revient retrouver Mado avec qui il a eu cet enfant Mathieu, mort alors qu'il conduisait lui-même la voiture. La mort  du père de Jacques,  c'est la mise en place d'un héritage qu'il doit gérer, d'un père richissime.

Quatrième point. Il revoit Mado qui accepte de le rencontrer, en secret. Il n'y a plus rien entre-eux. Ils se parlent, gentiment.

Cinquième point, l'apparition des mensonges. La mère ne dira rien à Stéphane son actuel mari, et elle présente son fils Paul à Jacques qui n'en revient pas, qui reste muet d'admiration et d'amour. Et quelque chose se noue là qui est le centre du film. La mère dit au fils « Paul, tu ne dis pas à ton papa qu'on a vu Jacques ». Et Jacques voit beaucoup Paul,  et de lui dire aussi « tu ne diras pas à tes parents que tu me voies ». Parce qu'il le suit à l'école, il le suit à droite, à gauche.

Sixième point. Voilà qu'il se retrouve dans la cave de l'immeuble où habite la famille de Paul. Sont là les jouets de Mathieu, dans une malle transparente où on devine tous les jouets de l'enfant, une malle immense. Jacques, le père, reste là.

Point sept. C'est l'histoire qui est cachée à Paul. Il ne savait pas toute l'histoire, allant jusqu'à dire à Jacques « Si Mathieu était vivant, je ne serais pas né ». Ce qui est vrai au niveau logique.

Le titre du film « J'enrage de son absence » signe l'impossibilité d'un deuil. Comme quelqu'un qui ne veut pas faire d'analyse pour s'en sortir. C'est une sorte de désir passion, plein de haine et d'amertume par rapport à l'existence, à la mort de son enfant. Il n'a plus rien aux Etats-Unis, alors qu'il habite Boston, est un architecte brillant. Tout se joue au niveau de cet enfant mort. Ainsi le père réel de Paul va-t-il piquer une colère terrible, et être très maladroit lorsqu'il apprend le mensonge de sa femme et de son fils. Il ne comprend rien de ce qu'il se passe. Il va donc casser la fenêtre de la cave.

8e point. La fenêtre de la cave joue un rôle très important. Comme un écran dans l'écran. On voit tantôt du dehors, tantôt du dedans ce qui se passe. Il casse la fenêtre à coups de pieds un soir pour en extraire Jacques et par là-même, il va, par cette brisure de vitre, de fenêtre, du cadre de la fenêtre, il va fracturer la transmission d'une partie de la vie de Paul à qui il va interdire bien sûr de voir Jacques désormais puisque Jacques est vidé littéralement de l’écran. C'est la fin du film. Dans certains commentaires, il est qualifié de fou.

En fait, c'est simplement l'inconscient métaphorisé dans cette histoire de cave, cette lucarne, tout à fait centrale dans le film, une cave d'un immeuble moderne, bien rectangulaire – tout est propre. Et l'enfant Paul et son NON-père communiquent parce que Jacques a très bien vu qu'en tapant sur un tuyau, çà fait du bruit dans le vide-ordure de l'appartement. Paul et Jacques communiquent par ce bruit, entre cave et appartement. Paul la nuit descend donner à manger à Jacques alors que ce dernier  peut très bien acheter de la nourriture...

J'ai par exemple pensé au cours du film : si Paul s'appelait Pauline, si c'était une fille, est-ce que çà se passerait de la même façon ? Probablement que la question de la filiation paternelle pour une fille est beaucoup plus dans la tendresse et le charme et la séduction que pour un garçon. Qui est complètement séduit certes, mais qui a un rôle à jouer dans la transmission de la fonction paternelle qui est drôlement nouée là. .

9e point. En même temps, Jacques va léguer l'héritage de son propre père à Paul quand il aura 18 ans. C'est une sorte de cadeau de réparation, fonction paternelle transmise dans le réel.  On ne voit pas dans le film si  Paul et ses parents soient au courant. Il est viré avant d'avoir pu le dire..

10e point. Le centre du film, pour moi, c'est l'enfant. Que l'histoire de l'enfant soit celle de Sandrine Bonnaire ou pas n ‘est pas l’important ici. Je me suis posé la question suivante : qu'est-ce qu'il va devenir en étant privé de la moitié de son histoire, celle de son demi-frère, sinon qu’il court le risque de toxico, d’être un gangster ou pire... Ou alors il a fait une analyse et le film transmet l'analyse de cet enfant devenu grand, peut-être l'analyse de Jacques lui-même après tout. En tout cas, il y a quelque chose qui fait écho à une démarche intérieure forte sans qu'il y ait des scansions de type analytique présentes.

Point 11. L’Œdipe aujourd'hui. Freud nous  transmet bien un certain virage qui s'est effectué dans l'histoire de l'humanité, depuis Œdipe jusqu'à Shakespeare. Freud met Hamlet comme centre/moment de ce virage, où il y a une intériorisation de la question de la mort du père et une possibilité d’Œdipe féminin, où on peut s'identifier au féminin pour pouvoir aussi vivre son Œdipe. Donc la question se pose bien aujourd'hui : qu'est-ce qu'un père ? Cà sert à se poser la question qu'est-ce qu'un père ? Par l'opération de la transmission, qu'elle soit faite de silences ou de paroles, de métaphores, se produit quelque chose où, à travers les trauma, du symbolique peut se déplier.

***

Le mariage a trait à la loi, puisqu'on va à la mairie, qu'il y a un livret de famille, un acte juridique, utile d'ailleurs au moment du divorce. Ce n'est pas la même chose que le PACS. Et c'est bien là où la question de s'unir à quelqu'un par le mariage va opérer selon un frayage de la loi, de légitimité de la loi elle-même, et pour les partenaires et pour la société – car la loi fonde l'origine de la société, l'origine même du fondement du lien. C'est pourquoi le mariage des homosexuels (me) pose cette question là : qu'est-ce qu'un père pour eux ? Est-ce qu'ils se posent la question ? Est-ce qu'elle est posable ? Bien sûr, au niveau immédiat, sûrement pas, puisque personne ne se la pose, ni chez les hétéros, ni chez les homos. Mais aujourd’hui , cette question surgit.

(Vouloir ) se marier, c'est  se savoir en paix avec son complexe  d’Œdipe  , dont on peut sortir donc. En quelque sorte, vouloir se marier, c'est/ce serait  sortir d ‘un Œdipe réussi, enfin réussi… structuré. La structure œdipienne dans le mariage est présente mais il faut le préciser. Car le risque d’un bonjour les dégâts guette. Peut-on dire bienvenus au club messieurs/mesdames les homosexuels, vous nous montrerez comment vous faites ! Et comme le dit Lacan, le mariage c'est quand même l'organisation de l’insatisfaction sexuelle.

C'est dire qu'on ne peut pas confondre la question du père - être un bon papa tranquille qui fait la tambouile, qui va chercher les enfants à l'école, qui est gentil, qui joue au train et qui joue à tout ce qu'on veut- avec la question d'être porteur du sens des générations, du sens de la Loi. Cela  c'est le père réel qui se réfère à la question même du père symbolique, fondateur de la Loi comme telle pour la transmission. Ce père là, c'est celui qui dirait :  « si tu franchis cette limite que je t'indique de mon bras, alors tu me tues. Et c'est en intégrant cette idée du meurtre du père que de la Loi a surgi pour le sujet enfant. S'il n'a pas cela, alors arrive ce qui se produit dans le film : la colère d'un père totalement dépassé par ce qu'il se passe, qui ne comprend pas que la parole existe pour son fils. On aurait pu l'imaginer, qu'à un moment donné, il aurait pu dire « oui, après tout, mettons les choses à plat. Tu veux voir ton non-père parce qu'il a été le père de ton demi-frère mort, oui, bien sûr, il n'est pas question de ne pas le faire, au contraire, çà te donnera de la force dans la vie. Et moi, je ne me sens ni déphasé, ni déplacé à cause de cette effraction d’un tiers réel dans le couple parental de Paul ». Et si cela s’était produit, la transmission aurait  repris son cours. Là, il y a une rupture de la transmission,  voilà ce que ce film nous permet de questionner concernant le mariage aujourd'hui, hétéro ou homo.

Par rapport à cette question de l'origine de la Loi dans la transmission, l'enfant n'est pas une preuve ni lieu ou enjeu de la transmission. Il y est acteur avec tous les autres partenaires de la famille. Il en est acteur. il prend des risques. Car, pour qu'il soit acteur de la transmission et de la filiation à une culture, il y a des risques à prendre, il y a des alliés, il y a des ennemis et il y a des moments d'apaisement. L'enfant est acteur, actif,  il a besoin d'en sortir, d'être apaisé, comme tout le monde.

Rappel :  les gender studies sont bien des études et non une théorie. En fait, c'est l'attaque du sexuel, pour essayer d'aller jusqu'au bout de la sexualité, la mort y compris. Le mot queer vient d'Amérique autour duquel des personnes se sont regroupées, où ils voulaient anéantir le cadre œdipien du lien sexuel à l'autre et questionner la sexualité jusqu’à la mort d’autrui... Ils se sont mis à la limite des choses du sexuel jusqu'à ce que mort s'en suive, poussant jusqu'à son terme la perversion de la jouissance en mettant à mal la question de la différence anatomique des sexes par rapport à l'orientation sexuelle. Ce n'est pas pour autant satisfaisant car le bonheur n'arrivera pas par la sexualité, bien évidemment, puisqu'il y a la pulsion de mort...

Notons que queer vient de cela :  Stonewall Inn, est un bar de Manhattan où éclatent en 1969 les émeutes de Stonewall... depuis le bar a été déclaré monument national, la Gay Pride célèbre ce premier pas dans la conquête de droits civiques pour les homosexuels, transexuels... et autres regroupés dans l'appelation queer....  

Ce qui va en surgir, c'est une certaine forme d'apaisement entre l'anatomie du sexe et à l'orientation sexuelle. Mais où la question de la mort réalisée a bousculé la donne au départ,  repousser le sexuel comme étant la seule définition de l'humain. Ce qui n'est pas possible...

Question désir, bonjour les silences à ce moment-là. Par rapport à la Loi, on n'y trouve plus du tout son effet. C'est une certaine forme de criminalisation du sexuel. La question de toute limite a été mise à mal pour voir jusqu'où çà peut aller. Évidemment, çà ne va pas très loin. Qu'est-ce que çà peut faire une petite crampe orgasmique par-ci par-là.

Le danger c'est d'être homophobe soi-disant  et on peut l'être à chaque instant. Hétérophobe aussi. Mais la problématique c'est de donner cadre à nos jouissances - c'est ce qu'a fait Freud - jouissances du symptôme- pour sa mise  en  discours. Et peut-être que le mariage homosexuel est une forme de 'vouloir rentrer dans l’œdipe',  c'est à dire donner cadre à des jouissances non acceptables jusqu’alors, qui  non légitimes de les légitimer. Pourquoi pas.

La question, c'est l'adoption, comme tout le monde le dit, mais qu'est-ce que çà veut dire ? Là se pose  la question de la filiation, de la fonction même de l'origine d'un lien social, par lequel le mariage opère, parce que le mariage est relié à la loi, à moins de rendre totalement caduc toute idée du mariage ou presque, afin que çà ne compte plus... puisque qu'il y a une intégration psychique des valeurs du lien.

Mais aujourd'hui avec l'augmentation du désir de jouissance, chez la femme notamment, et de la réussite sexuelle dans la jouissance, il y a probablement quelque chose qui chez les homosexuels en est l'écho pour surtout ne pas donner place à cette question du féminin. Il y a là un refus du féminin qui continue à travers le mariage homo, comme souvent dans le mariage hétéro aussi.

Ce refus du féminin que Freud décrit et qu'il a mis très longtemps à reconnaître, se fonde sur un manque radical, qui n'est pas un rapport homme-femme uniquement, où certes, la femme serait comme l'envers de l'homme pour l'homme,  mais l'inverse n'est pas juste, l'homme n'est pas l'envers de la femme pour la femme, parce qu'il y a quelque chose d'hétéro, radicalement autre, qui met en scène dans notre culture des éléments que le cinéma transmet bien mais où justement chacun est en quelque sorte livré à se « remparder » contre çà.

 En même temps, dans ce moment où l’Etat se pose en arbitre entre intime et politique, la structure œdipienne est secouée, et sans doute cela demandera du temps  pour qu’elle se rééquilibre, en particulier au niveau de la scène originaire qui fonde le sujet dans son fantasme : l’hétéro vient d’un lien entre parents de sexe différent, et  voilà que se légitime une toute autre scène  faite de papa/papa, et maman/maman. Cela secoue les certitudes si difficilement acquises coté hétéro, car le un de la structure doit faire place à  deux possibles … Cela nécessite pour chacun un travail psychique inévitable, et témoigne d’une implication en cours entre les positions sexuelles des deux partenaires,  en vue d’une union légitime, afin que le Un de la structure retrouve son allure de croisière.

Jean-Jacques Moscovitz