Différence entre critique et délation

 

Par Nabile Farès

 

Le journal Libération a publié un article de Chantal Talagrand et René Major sur  « la folie raisonnante de Michel Onfray », ce 26 Avril 2010, où figure une très judicieuse interprétation - rapide, mais très opportune - pertinente et actuelle, du texte de Freud « L’homme Moïse et la religion monothéiste » ainsi que des extraits de la correspondance de Freud à propos de la situation en Allemagne au moment de la conquête du pouvoir national-socialiste nazi par Hitler, fasciste, en Italie, par Mussolini.

         

On pourrait, aujourd’hui, poser cette question à Michel Onfray : «  Auriez-vous, vous aussi, brûlé, jeté aux flammes, les livres, les œuvres de Freud ? »

          

Où bien cette autre question : «  Aimeriez-vous, à votre tour, interdire la psychanalyse ? Ou, plus simplement, et, seulement, les œuvres de Freud ? Et, comme il ya tant de livres écrits par Freud, et, si vous ajoutez la correspondance, tant de pages, lesquels, s’il s’agit des livres ? Lesquelles, s’il s’agit des pages ?

 

Lesquels ?

 

Lesquelles ?

           

Question de langue, de grammaire, de culture, d’intelligence, d’ouverture d’esprit, d’honnêteté et vivacité intellectuelles, au pluriel, eh oui !

           

Certes, on peut critiquer Freud, tout comme tout œuvre de psychanalyste, de philosophe, d’anthropologue, de mathématicien, de physicien, de grammairien, de linguiste, d’archéologue, de préhistorien, de moraliste, d’artiste, de romancier, de chroniqueur, de sociologue, de paléontologue,  d’astrophysicien, de journaliste, de toute personne, dans le fond, qui participerait ou prétendrait participer  au débat nécessaire, vital, sur les biens culturels, ceux qui nous importent, à nous, citoyennes et citoyens de la civilisation, de la culture, pour autant que c’est bien par la culture vive, quelle soit allemande, autrichienne, juive, française, amérindienne, chinoise, arabe, tamoul, tibétaine, africaine, slave, russe, anglaise, américaine… que se transforme, s’émancipe, s’aventure, s’invente, vit l’esprit humain ; l’esprit critique, si vital pour le jeu libre, vif, et contraint, en même temps, de l’humanité.

          

Disons, pour ne pas s’embrouiller trop l’esprit, l’intelligence,  disons, qu’à ce titre, la critique est salvatrice et libératrice de toute dogmatique.

          

Mais, alors, que penser de ce type d’écriture qui se voudrait si malheureusement souffrante,  au sens du malheur qui poursuit «  la belle âme », telle qu’elle apparaît dans l’œuvre de ce philosophe nommé Hegel, dont parla, aussi, Jacques Lacan ?

          

Comment présenter ce type de critique qui se voudrait si opportunément, malheureusement, a-théologique, aussi éloigné de Nietzsche et Georges Bataille que de la grenouille de la fable ?

         

Certes,  ce type de critique malheureuse écrite à propos de Freud ne serait d’aucune importance pour la pensée, en ce moment d’aujourd’hui, s’il ne mettait (ce type de pensée) le désir et la nécessité de penser en péril, à partir de ce qui ne peut plus être nommé du beau nom de critique, mais, cette fois, si désastreusement, de la pure et simple délation.                                         

 

Nabile Farès

Psychanalyste et écrivain

27 04 2010