Droit de réponse à M. Onfray et au « Livre noir de la psychanalyse », pour un enjeu de civilisation

 

Par Frédéric Nathan-Murat

 

Les œuvres de Freud et de Lacan ne sont pas à lire, car elles exigent d'être travaillées.

 

La psychanalyse s'intéresse avant tout aux problèmes de traductions. Celles de la division intrinsèque à toute langue, entre la langue parlée et la langue écrite.

 

Les langues sont comme la libido, deux en une, libido d'objet, libido narcissique, soulevant l'intolérable aux sociétés paranoïaques comme la nôtre, qui ne supportent pas que tout ne soit pas écrit.

Si l'immigré sans papier peut se chasser au faciès, amenant la persécution jusque dans les rangs de ceux qui se sont intégrés, il n'en va pas de même des juifs, des homosexuels ou encore des gauchistes, puisque, ça n'est pas écrit sur leurs figures. Les nazis résolvaient le problème en les obligeant à porter sur leurs vestes le sigle de leurs marques. Étoiles jaunes, étoiles roses, étoiles rouges, étoiles noires.

Les populations doivent-elle être tatouées au fer rouge ?

 

L'enjeu est politique, civilisationnel.

 

En ces temps ou la démagogie acoquinée à la technocratie, fait le lit des totalitarismes, la psychanalyse, loin de l'ontologie réactionnaire, s'intéresse à la parole et aux effets des discours. Car quand les parents se déchirent en vociférant et que les sociétés humaines hurlent aux loups et à la mort, le traumatisme pour l'enfant est qu'il ne sait précisément plus ce que parler peut bien vouloir dire.

C'est qu'avant même d'être né, l'humain est plongé dans une structure de langage, où déjà on cause de lui et où ces dires le causent.

 

La psychanalyse est la seule discipline qui invite à lire, ce qui de n'être écrit mais parlé, s'est lu à l'insu et qui de cette ignorance s'écrit symptomatiquement avec le corps, afin que l'ayant enfin lu correctement, cela puisse s'écrire autrement.

 

Cette lecture est au fondement de l'œuvre de Freud, qui voyait dans les rêves et les lapsus, échappant à la censure de la conscience, les textes propices à lire les enjeux des désirs inconscients. Et si ces théorisations s'appuyaient sur la science de son temps, il n'en sut pas moins produire une révolution copernicienne dans les modes de pensée. Le génie de Freud est son esprit scientifique, tel que le défini Bachelard, un esprit qui se trompe, mais se veut toujours capable de se mettre en question et de corriger ses erreurs, assurant ainsi pas à pas ses avancées. Il abandonna très vite l'usage de la cocaïne pour résoudre la dépendance aux morphiniques, tout comme l'hypnose de ses débuts pour approcher les contenus inconscients et finit par délaisser séduction et suggestion, au profit de la seule règle de ses cures de paroles, la libre association et s'il joue du transfert, c'est pour mieux le défaire.

 

Lacan, son meilleur lecteur, en trouvant appui des avancées de la logique mathématique, de l'algèbre de Boole et de la théorie des ensembles, pour mieux les subvertir, put dés lors fonder la psychanalyse en une topologie du sujet.

Mais bien sûr, là dessus, vous préférez faire l'impasse. Un jour, peut-être !

Si des effets d'église, voire de religiosité s'en suivirent pour l'un comme pour l'autre, il ne faut voir là, que la facilité au psittacisme des suiveurs.

 

Votre discours, plein de diatribes à l'encontre de la psychanalyse,  vous fait suppôt du cognitivisme neuroscientifique, qui voudrait tant pouvoir réduire les hommes à l'état de machine, pour les livrer clefs en main aux laboratoires pharmaceutiques.

Renoncez donc à faire de votre servitude une volonté et ne soyez pas inquiet d'aller vous allonger sur un divan, car vous pourriez enfin y lire l'importance de la sexualité aux aléas de l'âme humaine, comme y trouver orientation dans les méandres de la sexuation. Mais pour cela encore faut-il se vouloir analysant, prêt à enseigner à un autre dont on se sert comme d'un ouvre boite, ce qui cause nos souffrances et nos symptômes, car ça n'est pas l'œdipe qui est universel, c'est l'universel qui est œdipien.

Soit vous êtes conscient de ce que vous dites et écrivez, auquel cas vous n'êtes qu'une canaille démagogue, puisque vous faites le lit de cette idéologie inhumaine qu'est le néolibéralisme tout en vous revendiquant de gauche, voire même d'extrême gauche. Soit vous n'êtes pas conscient de ce que vous dites et écrivez, auquel cas vous n'êtes qu'une belle âme, qui ne se nourrit que de méconnaissance et joue les esprits forts en dégoisant à tort et à travers, avec le ton du magister, sur les sujets qu'elle prétend savoir, sans se donner la peine de les avoir compris. Je vous laisse le choix.

 

Frédéric Nathan-Murat

Médecin Psychiatre,

Psychanalyste pour ceux qui le disent tel.