COTE D’ADAM, SEXUATION ET DÉSIR DU PSYCHANALYSTE

Jean-Jacques Moscovitz

Mars 2007


Depuis l’enseignement de Lacan, un des abords de la différence des sexes se fait sous l’angle du féminin avec ce qu’il a nommé « le pas-tout ».
Or, une lecture clinique 2 de la Genèse soulève de façon pertinente, nous le verrons, la question de la différence sexuelle advenant à partir de la femme issue d’une côte prélevée à Adam. De là, dans ces quelques lignes nous percevrons ensuite comment s’inscrit la différence des sexes dans la cure côté analysant, et côté analyste, et dés lors le lien du désir du psychanalyste au féminin.
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Dans Genèse II, 18-24 3, la lecture du texte biblique et de son commentaire par Rachi 4 évoque -osons ce rapprochement- ce qui s’est nommé discours, mouvement, théorie queer 5, cette question actuelle par rapport à la psychanalyse 6, du fait qu’une telle mouvance, toujours en quête de se définir plus fortement, opérerait une liaison/dé-liaison entre genre et sexe, un décollement radical de l’anatomie  par rapport au sexuel. De telle sorte qu’il y aurait un côté homme, un côté femme indépendant de la biologie, comme le montre le tableau de la sexuation de Lacan dans les séminaires des années 70, homme du côté de l’objet, la femme du côté du pas-tout (la femme pas toute ‘symbolisable’)
Mais alors pourquoi la Genèse dans tout cela ?
C’est que précisément il y apparaît un décollement de l’anatomique quant à la différence des sexes, du genre homme ou du genre femme comme nous allons le voir.
« Ils étaient nus et n’avaient point honte », est-il dit d’Adam et Eve dans la Bible. Plus exactement, « ils virent qu’ils étaient nus », à savoir qu’il existe déjà une connaissance avant d’avoir mangé du fruit défendu, ce figuier dont les feuilles leur serviront de cache-sexe bientôt, mais pas encore à ce moment-là. Connaissance de quoi donc sinon de la jouissance présente dans une structure, celle du lien à l’inconscient inhérent au langage.
Or seul Dieu, ayant mangé de l’arbre défendu aurait accès à une telle jouissance. D’où l’interdit : une fois mangé de l’arbre défendu, le risque est que l’homme soit comme Dieu, à savoir de créer des mondes, des mondes psychiques pour donner cadre à de telles jouissances.
Nous sommes là entre le sixième et le septième jour juste avant le grand repos de fin de semaine que s’instaure pour la première fois la différence des sexes, à la limite même que cela ne s’effectue pas.
La création de la différence des sexes a lieu, peut-être comme le mouvement queer nous le propose à nouveau quand il ouvre un débat sur l’actualité de la sexualité aujourd’hui, en fonction de cette homosexualité axée sur l’excès, sur la transsexualité et sur le sadomasochisme, formant par là même, paraît-il, un modèle de jouissance pour notre jeunesse, en tout cas nord-atlantique. Dieu crée le sexuel entre le sixième et le septième jour… Les queers voudraient-ils refaire la même chose dans notre actuel?
En tout cas, semble-t-il, le mouvement queer très proche de l’enseignement de Lacan dans ses avancées sur la sexuation qu’il questionne dans les années 72-73 avec les séminaires Encore, Ou Pire, Le savoir du psychanalyste.
Dans Genèse II, 18-24, apparaît une contradiction avec un verset de Genèse I, où il est dit que « Dieu créa homme et femme à son image », dans une sorte d’être biface, purement imaginaire, sans dissymétrie. Or les versets 18-24 Genèse II en indique une , savoir que le mot côté apparaît… que Rachi lui même associe à côte, à compagnon, compagne, être à coté de …
Bref c’est le coup de la côte enlevée à Adam qui a lieu… Et qui nous questionne maintenant.
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Notons ici la méthode de lecture de la Bible suivie ici : il s’agit d’associer le texte et son commentaire de Rachi. Cela est proche d’une clinique du texte, voire d’un texte clinique, centré essentiellement sur la grammaire et la logique, comme par exemple l’indique la phrase:« Le présent est un instant qui a eu de la chance ». C’est une assertion propre à la conjugaison du verbe être en hébreu, puisque le verbe être n’existe pas au présent sinon pour Dieu. C’est ce qu’avance Rav Haïm de Volozine dans son livre L’âme de la vie 7 au 19è siècle.
Cet épisode de la côté enlevée où « Ish », homme en hébreu, donne vie à « Isha », la femme, indique combien pour lui, l’homme, ne sait pas dire son propre nom générique, sinon après avoir nommé Isha, la femme, car il a dés lors un autre à qui s’adresser.
C’est que « Dieu vit que ce n’était pas bon qu’Adam soit seul »… Là, deux remarques :
1) Tous les animaux des champs sont nommés par Adam pour toujours. Ils sont tous en couple, et Adam les fornique tous pour s’apercevoir qu’aucun d’entre eux ne lui convient quant à la jouissance qu’il y trouve.
C’est un peu comme le nounours chez les enfants, où à un moment donné ils ne peuvent plus faire joujou, joujou autoérotique…
2) Etre seul c’est être comme Dieu.
Là aussi, nous pourrions associer, par un freudisme quelque peu caricatural, pour dire qu’en fait chacun arrive au monde seul, soit célibataire où la toute-puissance n’est alors pas loin de s’emparer de soi.
Dés lors la Bible va nous dire combien il n’est pas possible qu’il existe deux maîtres, l’homme et Dieu, et que le maître, le Très-Haut, le seul qui puisse compter, Dieu, Elohim, est le maître d’autorité. Qui dit donc à Adam : « Il n’est pas bon que tu sois seul », et il le plonge dans un profond sommeil –un coma ?- pour lui extraire une côte. D’où quelque être va surgir. Ce coma est en rapport avec le fait que l’homme ne soit pas face à l’horreur, au réel, qui advient ! ne pas savoir d’où l’être nouveau advient, en l’occurrence la femme, « Isha » dont la provenance ne peut être en aucune façon vécue consciemment par Adam. Elle lui sera apprise qu’après coup, après le coup de la côte. Il ne s’agit pas tellement d’ailleurs de la femme comme telle mais d’une instance psychique que nous pourrions nommer le féminin. Et par là même, il peut se nommer, ayant appelé cet être nouveau qui vient d’advenir « Isha », il se nomme alors « Ish ».
Mais nous voyons bien qu’il nomme là en fait un écart, celui du sexuel, aussi énigmatique qu’il soit et qui advient enfin à l’existence. C’est que l’homme est différent des animaux, dit Rachi, du fait qu’il a le langage et la parole et qu’il se pose des questions sur le fait qu’il parle (sic dans le texte). A savoir qu’Adam ayant nommé tous les animaux, peut les différencier des uns des autres, certes, mais s’il les nomme pour toujours, c’est qu’il lui est dévolu le fait de parler, ce qui signifie également qu’il a donc quelques connaissances avant même d’avoir mangé de l’arbre défendu. Tout cela en quelque sorte interprète le biface imaginaire homme-femme, mais le coup de la côte extraite montre combien Adam vient nommer un écart, qui jusqu’alors n’avait pas de nom, et qui interprète ce biface en nommant Isha, au point de pouvoir se nommer lui-même Ish. Car ce biface était muet à l’infini.
Freud, suivant Platon, dans son texte « Au-delà du principe de plaisir », évoque un tel biface avec un être-homme et un être-femme qui sont un seul être qui, coupé en ses deux éléments, se chercherait indéfiniment pour se retrouver réuni à nouveau. La côte une fois enlevée participe de cette incorporation, de la naissance de l’intériorité psychique, d’un lieu psychique séparé de l’apparence du semblable. Ecart qui vient donc laisser supposer l’existence d’une différence autre que l’anatomie, au point que l’homme et la femme tiennent à se différencier par l’existence d’un grand Autre qui saurait un tel écart, puisqu’il est supposé l’avoir fondé. De telle sorte qu’advient la notion du semblable et du différent.
Cette création de la différence par la nomination de l’écart sexuel, est proprement ce qui fonde l’humain comme être parlant et le lance dans l’humanité qui va advenir désormais.
Dernier point enfin à souligner : tous les êtres vivants, que ce soient les bêtes des champs, l’humain ou les végétaux, ont été créés par Dieu à partir de la terre et de la poussière qu’il a ramenées de-ci de-là depuis quelques régions du monde. Pour les oiseaux, l’eau se mêlerait à leur création, rappelant par là même que les eaux d’en bas et les eaux d’en haut ne peuvent pas se mêler et que les oiseaux qui vont aussi bien en bas et en haut participeraient de cette origine plus complexe que celle des autres êtres humains à part le féminin.
Ainsi, la côte une fois enlevée va définir un côté homme, un côté femme, dans le texte de Rachi il est même dit qu’il s’agit, nous l’avons dit, de compagne et de compagnon, de côté, d’être à côté, c’est un hasard linguistique entre côte et côté, mais dans le texte hébraïque, l’analogie linguistique n’est pas présente. Mais le mot écart évoque un coté, un pas de coté…
Cela se rapproche bien de ce que Lacan nous enseigne avec les formules de la sexuation . C’est que le féminin qui vient d’avoir lieu est le seul être vivant, Isha, la femme, à n’être faite ni de poussière ni de terre, ni d’eau, mais bien chair de la chair de l’humain déjà là, elle n’est pas façonnée par Dieu en quelque sorte, c’est l’hétéros radical. Non soumise à l’existence d’un savoir collectif, d’un savoir collectivisable. Mais singularité radicale qui se rapproche beaucoup de ce que dit Lacan en soulignant combien cet Autre ne s’incarne pas dans notre monde sensible, au point que, hétéros radical, il ne peut être que supposé de façon nécessaire. Ce nécessaire est lié à l’existence de la parole fondée sur cet écart crée par l’extraction de la côte d’Adam. Au point qu’il est exact d’avancer, avec Lacan, que La femme n’existe que dans la mesure où, hétéros pour homme et pour femme, La femme n’est pas représentable ni inscriptible dans notre monde psychique. Comme Dieu… ?
Cela expliciterait mieux la phrase entendue dans le film Kadosh de Amos Gitaï, phrase de l’homme religieux qui dit combien chaque matin il loue Dieu, et le remercie de ne pas l’avoir fait femme, car alors, trop proche de Dieu, il n’aurait pas la joie d’étudier la Torah, puisqu’il la saurait pas-toute, pas loin du tout impossible…
Ainsi est montré que la place de ce féminin introduit un écart radical entre homme et femme, qui n’appartient ni à l’un ni à l’autre comme tel, et participe de ce point de réel qui advient à l’existence et à sa limite.
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Au registre du politique dans son lien à l’intime, le féminin, cet écart de structure irréductible est attaqué, de règle pourrait-on dire, dés que le totalitarisme advient sous quelle que forme que ce soit . Dans La vie des autres (2006), le film de Florian Henckel Von Donnersmarck, metteur en scène allemand ce rapport collectif/sujet se recoupe avec masculin/féminin tel que ce dernier s’abîme dans le collectif, celui de se retrouver participer à la Stasi, la police politique de la RDA qui par ses écoutes systématiques mènent les gens au suicide ; alors que l’homme, dramaturge, poète, se maintient hors du danger ; et redoublant cette sauvegarde du masculin acceptant à nouveau l’amour de la vie, le policier exemplaire, à force d’observer un couple, retrouve la dimension du désir en tant que sujet. C’est ce qui d’ailleurs choque le public allemand 8 qui refuse avec force cette vision lénifiante valorisant le bourreau, un policier, héros du film, alors que les détenus de la Stasi, aujourd’hui, affirment « Pas question, eu égard à ce qu’ils ont vécu, de soutenir un film, dont le bourreau devient quasiment un héros sympathique au public ».
La caméra de Von Donnersmarck pourtant choisit par cette fiction que la vie et l’amour renaissent chez ce policier pour afficher au mieux la haine collective de la vie quoitidienne produite par une société totalitaire post nazie à quoi on participé bon nombre d’intellectuels.
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Abordons le lien du désir de l’analyste et du féminin chez Freud. Où il s’agit de retrouver ce qui vient d’être dit sur le coup de la côte du côté de la pratique analytique et de la différence des sexes. C’est que dans la pratique, la différence des sexes ne surgit pas avant la cure mais dans une cure, une fois que le transfert s’est établi. Cela a été posé en particulier au colloque de Rabat en novembre 2006, où il a été question de ‘La différence des sexes en Islam’, ce qui n’est pas une mince affaire vu l’état culturel des choses dans ces pays. Pour ma part, j’ai avancé que la différence sexuelle c’est bien l’analysant qui en quelque sorte nous la fait redécouvrir, la redécouvrant lui-même au même moment, une fois que le transfert est donc établi. C’est là percevoir qu’une telle différence s’inscrit dans le discours analytique par le biais du désir de l’analyste, soit du désir de praticien de pratiquer la psychanalyse du fait de ce désir.
Il s’agit ici de montrer combien la différence des sexes dans le rapport à la psychanalyse est différent de son approche par la phénoménologie, par la psychologie, par la religion, et par l’anatomie. Mais bien par ce désir de l’analyste et du féminin chez Freud que je mets en équivalence. C’est ce que je vais essayer de montrer.
Comment la différence des sexes s’inscrit-elle dans la cure ? Quatre temps ici sont à décrire. Le premier est celui où le patient fait une demande par le biais de son symptôme à quelqu’un qui se trouve être un analyste.
Alors s’instaure entre eux la dimension du transfert que l’analyste sait discerner et même protéger, voire même instaurer, donc il s’agit du premier temps, celui du symptôme. Deuxième temps : le transfert.
Le troisième temps sera le fait que l’analyste, devant l’existence de ce transfert, ne peut pas ne pas se poser la question de l’existence d’un lieu autre que le conscient, à savoir l’inconscient comme Autre scène.
Et 4ème point, c’est là que Freud place un lest au cœur même de l’inconscient qui lui donne poids, c’est le sexuel infantile, le noyau sexuel infantile, où siège la différence des sexes, et c’est sur quoi Freud ne lâchera pas.
Ainsi dans son lien au complexe d’Œdipe, l’existence de sexuel infantile aboutit dans la cure, à ce que la différence des sexes soit représentée par une autre différence, un autre écart, celui centre deux énigmes : qu’est-ce qu’un père ? Et que veut la femme ?
Chacune de ces énigmes ne pouvant interpréter l’autre, se font bord, de telle sorte qu’il y a là une logique de l’Œdipe. Savoir que la fonction père viendrait tenir ensemble et non dispersé phallus, mère et enfant, mais dans ce schéma là le féminin n’apparaît pas. Le féminin aussi aurait cette fonction, pourrait-on dire, mais en un circuit mœbien. Soit que le féminin est de l’autre côté du ruban de papier où une fois fait un triangle avec le père au centre et autour phallus, mère et enfant, le féminin en est absent. Tel que le père et le féminin se font bords, sont en équivalence sans se jouxter, chacun à travers le ruban moebien sans jamais ni se remplacer, ni faire rapport. Comme si le féminin était un au-delà de la fonction paternelle. C’est bien là où le père, du fait même de l’incorporation de sa fonction comme telle, marque bien l’incorporation d’un manque, de cet écart qui est la différence sexuelle comme telle. Et cela participe de quelque chose d’autre : à savoir la jouissance-mère qui suppose en quelque sorte que le féminin est ce qui échappe à la jouissance du père, du père primordial, celui de la horde primitive, comme le père que Freud décrit dans son Moïse de 1938, L’homme Moïse et la religion monothéiste, celle du père symbolique.
C’est qu’une jouissance lui échappe, c’est celle du féminin cachée en quelque sorte derrière la mère par la métaphore paternelle. C’est ce qui laisse la mère face au risque d’être très dangereuse et dévastatrice si cette fonction paternelle n’est pas présente, car se déploient ses jouissances destructrices qu’elle peut avoir si elle n’est pas barrée par la fonction paternelle.
C’est cela la logique de l’Œdipe et de ses avatars.
Alors comment articuler désir de l’analyste et du féminin chez Freud ? Pour Freud le féminin est pré-œdipien, à savoir que le pénis et le vulve sont des organes prégénitaux, des objets partiels, sources de plaisir avant même l’Œdipe, avant le primat du phallus. Mais le féminin reste hors représentation, il n’est pas présent comme objet de jouissance ou de repérage à ce moment-là.
C’est comme dans ce coup de cette côte arrachée à Adam en plein coma, quelque chose se produit qui soit hors représentation que je propose de nommer féminin.
Freud dans son texte de 1929 Malaise dans la civilisation, montre combien existe un manque radical dans le sexuel, à un point tel que le bonheur ne peut être assurée aux humains par la jouissance sexuelle. Ce malaise là ne peut être suppléé/annulé/interprété par la sexualité. C’est dire que le sexuel ne peut pas y suppléer non plus, dit lacan dans le Savoir du psychanalyste (1ère leçon).
C’est qu’il s’agit là de cette jouissance-mère qui, articulée à la loi du désir inhérente à la fonction paternelle laisse apparaître dans cette articulation-là un manque radical entre eux, à savoir le signifiant du manque dans l’Autre (S de A barré). C’est ce manque radical dans l’Autre qui définit également le manque radical de l’Autre. Autre qui n’existe pas sinon pour le névrosé. Névrosé qui comme chacun d’entre nous est le lieu d’un refus, le refus du féminin. C’est ce féminin qui échappe au père, cette part dans cette jouissance-mère qui pourtant viendrait de lui.
Dans ce coma, dans ce silence sans rêve ni représentation, dans ce coût de la côte, écrivons le ainsi pour en indiquer le manque de savoir, dette par quoi le pas-tout féminin adviendrait à l’existence. Ce féminin, ce pas-tout « sachable » par le père en ce qui concerne la jouissance-mère, me fait ici avancer l’hypothèse que le désir de l’analyste est équivalent au féminin tel que, hors représentation, ce serait le point à rebours que chaque analysant devenant analyste vient retrouver chez son propre analyste, ce dernier l’ayant rencontré lors de sa propre analyse et ainsi de suite jusqu’à Freud.
Jusque là où Freud a commencé à désirer, a commencé à vouloir être analyste. C’est ce que Lacan relie dans ses Ecrits sous le titre DuTrieb de Freud et du désir du psychanalyste. Montrant par là même qu’entre jouissance primordiale et désir de l’analyste, un lien est à établir. Freud lui-même en quelque sorte serait dans ce moment de retour, de rebours vers lui-même après avoir installé sa découverte après les années 20. Un rebours que fait Freud par exemple en 1923 dans ses notes dans Dora où il aborde la question du féminin tout autrement, en particulier en disant qu’il était dans un désarroi profond tant qu’il n’avait pas découvert chez l’hystérique une certaine identification homosexuelle féminine.
A savoir que chaque analyste est affilié au discours analytique par son propre désir de l’analyste. Là où Freud a commencé à désirer. Une sorte de communauté temporelle remontant à Freud.
Que veut alors le féminin sinon du silence, sinon un analyste ? Voilà qui articule encore le désir de l’analyste au féminin au sein du discours analytique. Dans Souvenirs d’enfance de Léonard de Vinci, Freud montre combien trois femmes sont enlacées dans La Santa Anna Metterzza. De là surgit un doute de structure : de qui Léonard est-il l’enfant ? De quelle mère est-il dans cet entrelacement de ventres et de genoux, où ces trois femmes montrées dans la draperie bleue qui les enlacent de la Sainte Anne et l’enfant Jésus ?
Chaque psychanalyste de par son désir d’analyste serait alors séductrice de cette fonction-père, celle qui donne jouissance à la mère amputée de cette dimension proprement du féminin, du pas-tout.
C’est dire par là que ce manque de jouissance propre au désir de l’analyste, est un (X), une énigme, dit Lacan.
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En conclusion, signalons combien l’attaque de ce féminin, l’annulation de son refus, participe d’un certain totalitarisme et provoque au niveau politique des violences, celles qui ne veulent rien entendre du renoncement des pulsions, et annule toute filiation.. Ainsi dans le culturel où nous sommes l’enfant doit être parfait venu de la pulsion et non d’une filiation qui puisse être la sienne ; au point de n’être plus qu’un déchet. Signe même de ce refus du féminin, en tant qu’il n’est pas reconnu comme tel. Ce refus structural au manque dans l’Autre.
Les violences peuvent surgir dés lors que le féminin n’étant pas collectivisable, n’étant pas totalisable, il est en quelque sorte encore plus annulé par le totalitarisme quel qu’il soit. Son aspect énigmatique, en prise sur la problématique même de l’énigme du père participe d’une béance radicale, celle que tout totalitarisme veut annuler, pour ne pas reconnaître le refus de l’existence de cette béance, qui s’appelle le féminin.

Et que s’y mette un être suprême, concrètement, un Führer, sera-t-il possible comme se le fut dans le nazisme mais également dans tous les fascismes depuis lors.

Jean-Jacques Moscovitz