© Micheline Weinstein   ψ  [Psi] • LE TEMPS DU NON / 6 sept. 2010

« Au-delà du principe de plaisir... »

• La qualité, le niveau culturel de France-Inter, station que nous avions délaissée à la suite de slogans bruyamment assenés, d'interviews orientées et de mauvaise foi délibérée, dans la tranche matinale 6/9, ont nettement grimpé depuis l'été. Après 9 heures, quand bien même nous en aurions le loisir, nous fermerions les écoutilles - nous le faisions déjà auparavant - pour ne pas entendre les entretiens indélicats - cf. celui, particulièrement, réservé à Arlette Chabot par exemple - de Pascale Clark, laquelle ne peut se retenir de surfer quasi quotidiennement sur les termes “fantasmes” et “parano” dont elle ne connaît manifestement pas le sens. Nous avions déjà écrit à la station à ce sujet, sans aucun résultat cela va de soi, après l'invitation par Pascale Clark d'un jeune auteur avocat fanfaron, ouvertement indiscret, auquel nous ne saurions que déconseiller de lui confier des affaires, qui déballait ce qu'il pensait de ses clientes, se prenant pour un superchampion de l'écoute d'où, déclarait-t-il, l'inutilité pour lui-même de la psychanalyse.

Apparemment, Pascale Clark, à être l'objet de ses boutades, elle non plus, n'a pas compris que l'humour, dont les auteurs de références reconnaissent qu'il témoigne de l'élégance d'une forme de désespoir, n'est jamais méchant, au contraire de l'ironie, la dérision, le sarcasme, le persiflage vulgaire... , bref, selon les aptitudes des locuteurs, de la cruauté infantile, inutile...

• Annulation, pour la 2 ou 3e fois, de notre abonnement à l'hebdomadaire Marianne.

Mais, d'abord, pourquoi étions-nous abonnés ?

C'est une longue histoire qui nous intéresse en ce qu'elle croise la psychanalyse depuis une quarantaine d'années - Le Nouvel Observateur aussi d'ailleurs, mais nous ne sommes pas abonnés -, avec l'avènement des 30 soixantuiteuses, qui succédèrent aux 30 glorieuses...

Du temps déjà de L'événement du jeudi, puis de Marianne, nous nous étions abonnés, désabonnés, réabonnés, re-désabonnés, cette fois définitivement. Quelles que soient les volte-face ultérieures en forme de pitreries, le langage n'y est pas suffisamment de la première fraîcheur.

 La résiliation flottait pourtant dans l'air du temps. Trois numéros en ont sonné le glas, non pas celui de l'hebdomadaire qui se félicite d'une excellente santé financière et populaire et n'a donc pas besoin de notre financière sympathie.

En vrac et en 3 points.

1 • Marilyn Monroe.

Après l'annonce pour cet automne de la parution des Fragments, poèmes, écrits intimes posthumes, de Marilyn Monroe, Marianne nous offrait un encart signé Alexis Lacroix, intitulé « L'autre Marilyn existe-t-elle ? ».

C'est l'article d'un homme aussi trivial que le fut le signataire dont j'ai oublié le nom de celui paru dans le Canard Enchaîné à la mort de MM en août 1962. Jamais une femme ne se serait exprimée de la sorte. Lacroix, pourtant chroniqueur au Magazine Littéraire, s'est contenté, semblerait-il, pour le meilleur, de piocher l'essentiel de ses informations dans la presse ou sur Internet, négligeant de se référer aux ouvrages, essais, études, récits romanesques, le plus souvent tendres et documentés, tels ceux de Michel Schneider, Joyce Carol Oates, Tony Curtis, Barbara Leaming... et combien d'autres, essentiellement américains - cf. également sur notre site en 2006, où j'essaie de donner un aperçu de ce qu'est devenue, via l'analyste de MM, la psychanalyse en tant que produit Hollywoodien,

http://www.psychanalyse.et.ideologie.fr/courrier/maryldernsean.html

et pour le pire, un Lacroix faisant montre de son viril mépris sexiste émaillé d'un illettrisme délibéré, qu'illustrent ces mots de fin d'article : “Est-ce [que ce livre est ] une construction de toutes pièces ?”

2 • Dans une lettre à la direction de France-Culture,

http://www.ipetitions.com/petition/nonaonfraysurfranceculture

- à ce jour 1447 signataires -, psychanalystes, apprentis et professionnels, psychologues, universitaires, auteurs, artistes, médecins, et sympathisants de toutes conditions, s'étonnaient de la place privilégiée accordée à Michel Onfray sur ses ondes, à la suite de la publication de sa fiction plutôt rance sur Freud.

De mon côté, dans cette affaire, j'avais témoigné à mon modeste niveau qu'Onfray n'avait pas davantage lu sérieusement, attentivement, Freud que Nietzsche. Cf. sur notre site mon journal de bord, suite à l'entretien de Jacques-Alain Miller avec Onfray, dans Philosophie Magazine,

http://www.psychanalyse.et.ideologie.fr/livres/2opa.j.debord.html

Je ne prendrai qu'un exemple de son inculture délibérée, priant les lecteurs et lectrices éventuels d'excuser la crudité de l'argument. Onfray étale, matamore, combien sa masturbation mécanique accompagnait sa lecture de Freud. Si Onfray avait la moindre connaissance des bases de la psychanalyse, il saurait que la masturbation intensive, prenant ou non la lecture comme support, étayée ou non de fantasmes érotiques (non, chez les schizophrènes), est une activité absolument incompatible avec l'exercice de penser, en ce qu'elle disperse l'attention, vidant radicalement l'esprit de toute potentialité de réflexion. C'est le b-a-ba ou encore l'a-b-c de l'influence de l'autoérotisme non-contrôlé sur les limites des facultés de l'intellect. Par contre, pour ce qu'il en est de rédiger, en philosophie, les images érotiques, le virtuel, qui accompagnent l'exercice masturbatoire réitéré entraînent le plus souvent l'auteur du côté d'une écriture à caractère, sinon directement obscène, du moins exhibitionniste, toujours menacée de xénophobie, de sexisme, d'inspirations cancanières, puisque suscités par des fantasmes qui, faut-il le rappeler, pour la psychanalyse, sont toujours sexuels. Se reporter pour exemple, hélas, à certains écrits de Voltaire, Céline, Hegel [cf.De l'Allemagne]... , au Livre noir de la psychanalyse, dont Onfray, qui ne s'est jamais, ne serait-ce que prêté, à l'expérience psychanalytique individuelle, s'est, à ses dires, régalé. En tout état de cause, s'il s'était intéressé à la psychanalyse, il aurait appris l'un de ses principes fondamentaux : la vie et les pratiques intimes de l'analysant/e tout comme celles des psychanalystes ne s'exhibent pas, elles doivent rester une affaire privée, privative.

Freud notait, dans Totem et Tabou, qu'un discours philosophique non maîtrisé s'apparentait au discours du délirant...

J'avais déjà relevé les thèses d'Onfray en 2007, lors qu'il essayait de flirter avec Nicolas Sarkozy pendant la campagne électorale, et les avais qualifiés de révisionnistes. Ce texte figure sur notre site, je ne sais plus où, c'est un peu ancien, il n'a pas intéressé grand'monde comme d'habitude... excepté à l'époque, en réponse, la réception de quelques lettres indignées d'extrêmes-gauches au pluriel.

Et voilà qu'à la suite de notre interrogation auprès de France-Culture, Marianne, qui s'est médiatiquement repue pendant des semaines de la polémique, publie sur deux pages un entretien du même Alexis Lacroix à la gloire de Michel Onfray.

Las ! Michel Onfray est aujourd'hui rassuré, il a trouvé son tuteur philosophique en la personne de Jean-Luc Mélanchon, lequel prône haut et clair la liberté de penser et de s'exprimer tout en fustigeant qui ne pense pas comme lui au prétexte de voler dans les plumes d'Alain Minc, avec une mauvaise foi assez stalinienne issue d'une lecture approximative.

Nous ne concevons aucune velléité d'attentat à la liberté de penser, d'écrire, de s'exprimer. Par contre si certains auteurs avaient l'urbanité de bien vouloir ne pas emprunter, ni à la psychanalyse ni à sa terminologie, devant lesquelles ils manifestent une résistance aussi obscurantiste que l'âge de sa création par Freud, qu'ils décrient sans même chercher à savoir de quoi ils parlent, nous leur en saurions, modestement, gré.

3 • Simone Veil a-t-elle répondu à la “supplique” de Maurice Szafran, parue en éditorial dans Marianne, au sujet des Roms, afin qu'elle intercède amicalement auprès de Nicolas Sarkozy ?

En 1994, Maurice Szafran publiait Simone Veil - Destin, réédité récemment, que j'avais trouvé plus que médiocre, en ce que les informations qu'il avait collectées n'émanaient, exclusivement, que de propos oraux, échangés avec son égérie psychanalyste ainsi qu'avec l'intéressée, à l'époque où, depuis les années 68 / 70, l'auteur croisait avec un “Labo / psy” lacanien alors centré sur la déportation. L'ouvrage hagiographique de Szafran sur Simone Veil, émaillé d'erreurs aussi bien historiques que personnelles, notamment celles portant sur la vie dans les camps, plus précisément celui de Birkenau, aurait pu être qualifié de “transférentiel”. Toute recherche, toute documentation, toutes vérifications des dires, en étaient absentes.

Simone Veil a-t-elle répondu à la “supplique” de Maurice Szafran ou s'est-elle désistée, comme elle le fît, par écrit, en 1979, au prétexte que “Je n'ai plus aucune activité politique” lorsque je l'ai sollicitée pour nous aider à promouvoir Histoire de Louise ? C'était au temps où Papon était, une fois encore, co-Ministre ; plusieurs semaines auparavant, L'Express avait publié l'entretien avec Darquier de Pellepoix ; bientôt allait jaillir également de sa boîte l'affaire Bousquet...

Seulement voilà, l'Histoire de Louise était préfacée par Françoise Dolto.

En 1974, j'avais trouvé dommage que Simone Veil, lors de la première séance du 26 novembre devant l'Assemblée Nationale au sujet de la loi en faveur de l'avortement, qu'elle a superbement remporté de haute lutte, ait certes, salué “ceux d'entre vous - et ils sont nombreux et de tous horizons - qui, depuis plusieurs années, se sont efforcés de proposer une nouvelle législation, mieux adaptée au consensus social et à la situation de fait que connaît notre pays” - excepté Lucien Neuwirth et son entour politique favorable, à considérer la suite des débats, nous nous demandons encore s'ils étaient aussi nombreux qu'elle l'a bien voulu espérer -, n'ait pas témoigné au passage, justement à la tribune de l'Assemblée Nationale - c'était l'occasion ou jamais devant un aréopage quasiment exclusif d'hommes politiques responsables - d'un petit mot de reconnaissance envers celles qui, depuis des décennies, intellectuelles ou non, avaient, avec ténacité, sans concessions, patiemment, fait en sorte que ce terrain explosif soit amendé, au prix de railleries sexistes, voire d'humiliations verbales d'une grossièreté consternante, dont elle-même fut également la cible, parfois même de la part de psychanalystes éminents.

Ménie Grégoire, qui s'est “assujettie”, comme disait Freud, à une longue psychanalyse pour rester en mesure de faire face à la détresse humaine, l'a rappelé, lors de la diffusion sur France 5 du documentaire réalisé par Marie-Christine Gambart,

Je suis allée auprès de la Commission des Lois au Parlement pour dire ce qu'était l'avortement, comment ça se passait. Il n'y avait que des hommes. Je suis allée leur raconter les plus horribles histoires pour qu'ils sachent ce qui était vraiment vécu. J'ai vu changer leur regard, leur visage, brusquement, ils sentaient que l'avortement était leur affaire à eux, qu'ils étaient responsables, ils étaient dans le coup.

Les noms de ces femmes de tous les pays et générations figurent dans le n° double 75 / 76 de Femmes-info, printemps 1996, dont on peut se procurer le texte intégral via Internet.

Pour ce qui nous intéresse professionnellement, que Simone Veil ait conçu une antipathie envers Françoise Dolto et d'autres femmes catholiques, qu'elle ait ignoré leurs propositions, reposait, semblerait-t-il, sur un malentendu. S'il fut des personnalités  témoignant par leur engagement qu'elles n'étaient pas hostiles à l'interruption volontaire de grossesse, c'étaient elles. Mais d'une part, ce qu'elles préconisaient d'abord d'urgence, c'était la dépénalisation de ceux parmi les médecins favorables à l'IVG, par l'admission officielle de cette pratique médicale, de sorte de mettre fin aux sordides charcuteries clandestines, avec leurs nombreuses conséquences autant psychiques que physiques ; d'autre part, elles estimaient qu'une application sans nuances d'une loi n'aiderait pas les jeunes filles et les femmes à résoudre les effets sur leur psyché d'avortements qui demeureraient secrets dans la plupart des cas, qu'une approche terminologique, une préparation pédagogique, un accompagnement psychique, une parole, étaient nécessaires, ce que les centres de planning plus ou moins légaux et, individuellement, des psychanalystes, dont Françoise Dolto elle-même, protégés par la garantie du secret professionnel, avaient déjà mis en œuvre depuis quelques lunes sans attendre l'autorisation des instances juridiques.

Voici ce que répondait Françoise Dolto à l'interrogation de Jean-Jacques Moscovitz le 30 décembre 1987 dans l'entretien La psychanalyse nous enseigne qu’il n’y a ni bien ni mal pour l’inconscient, auquel il est possible de se référer à l'adresse suivante,

http://www.psychanalyse.et.ideologie.fr/livres/jjmdolto.html 

D’ailleurs le fait même [...] qu’on justifie, qu’on justicie, l’avortement, qu’on légalise l’avortement, on le dit, on dit ce mot-là, alors qu’on devrait dire qu’on dépénalise, on devrait dire dépénaliser l’aide à une mère qui veut avorter. Légaliser l’avortement, c’est incroyable qu’une société puisse dire ce mot-là. Avec ce mot-là, ça devient la loi, que la vie, c’est avec le conscient qu’on la régit. Alors que la vie est sourcée dans l’inconscient et n’est pas régissable par le conscient. Il ne faut pas la régir. Dans régir, il y a le mot roi. Le roi lui-même, s’il vit, s’il survit, c’est par son inconscient. Et tout ce qui peut jaspiner et ordonner et déclarer, c’est par le conscient, et encore par une partie tout à fait, enfin, obscène, obscène dans le sens très lourd du terme. Le conscient règle les questions des comportements d’apparence, les corps de mammifères debout que nous sommes et qui circulent les uns avec les autres. Pour qu’il y ait une relative harmonie, on établit des lois et, soi-disant, si on n’est pas dans ces lois, alors on est fautif.

 

Que l'on soit ou non en accord avec ce point de vue, il n'est pas à négliger pour autant et mérite pour le moins d'être pris en considération et discuté.

C'était une petite ballade dans l'histoire de l'utilisation des idées en forme d'adieu à Marianne...

ø

Je ne commenterai pas ce qui se passe aujourd'hui, les médias s'en chargent, à ceci près que les manifestations de bonne conscience au sujet des campements Roms semblerait servir de support à la mobilisation contre le projet de réforme des retraites, malencontreusement mené par un responsable politique englué dans le marigot du Règne / Argent, avec tous les commerces d'influence que cela implique auprès de nos zélites.

Du moment qu'il ne s'agit pas des Juifs, quel consensus !

Par ailleurs, je ne vois pas en quoi chanter Les petits papiers, excepté le mot “papiers”, a à faire avec le soutien aux sans-papiers et aux Roms.

Je ne reviendrai pas non plus sur l'obscénité qui consiste à emprunter la terminologie, les slogans, les insignes, de la déportation et de l'extermination des Juifs et des Tziganes pour flétrir les auteurs de la récente opération gouvernementale, ça se pratique depuis 60 ans, Israël, et pas seulement Israël, en savent quelque chose, ils ont l'habitude de ces retournements infantiles  idéologiques, terminologiques [cf. la notion de “sécuritaire” par ex.], et toutes les tentatives pédagogiques pour tâcher de faire appel à une analyse intelligence des situations réelles furent et restent vaines.

Il est vrai que les Roms sont ghettoïsés en Roumanie, en Bulgarie, en Transnitrie, dans des conditions assez proches de celles du Juif errant est arrivé, décrites par Albert Londres en 1929. Cependant s'ils sont négligés, ségrégués, laissés pour compte, ils ne sont, dans leurs pays, ni expulsés ni pourchassés en vue d'une “solution finale de la question Rom”.

Et en l'occurrence, d'après ce que j'ai lu, il n'a jamais été question d'expulser en bloc les Roms, les Tziganes, les Gitans, ni autres gens du voyage, mais de dissoudre les campements spontanés et de reconduire leurs résidents, avec l'aval ou le soulagement implicite de la plupart des Maires de France, quelle que soit leur “sensibilité” politique, ainsi que de leurs administrés, dont - j'en ai, avec surprise, entendu en Île de France, à Bordeaux, dans le Jura, le Luberon, dans les rues... -, pas mal d'intellectuels, anciens “maos” qui, exaspérés par des délits, les globalisent sous l'appellation de “voleurs gitans”.

Par contre en effet, le tapage médiatique organisé rendant compte de la façon de procéder aux expulsions à coups de tombereaux était pour le moins indélicat, malavisé, inutile, sauf pour le FN.

Et voilà que, exactement comme lors de la campagne présidentielle de 2006 / 2007, Nicolas Sarkozy, dont une partie juive de la branche grand-maternelle de Salonique fut exterminée, est de nouveau, publiquement ou plus sournoisement, via insignes, caricatures, slogans, basses allusions, désigné comme nazi...

Cela plonge dans l'embarras, car si les façons de faire et de dire de ses détracteurs sont irrecevables, il est difficile de ne pas penser que Nicolas Sarkozy, pourtant intelligent mais imprudent, s'il s'est démené pour être élu en étant de surcroît aimé, n'aime, lui, pas grand'monde, en tous cas n'aide pas grand'monde, et qu'il a bien cherché ce qu'il trouve aujourd'hui. L'indécence publique de ses éloges en faveur de l'argent, prôné comme une qualité morale de premier plan, l'énorme fossé qu'il a incité à creuser jusqu'à réduire la notion de “classes sociales” à une étanche bipolaire répartition entre les riches et les autres, des paroles à la limite de la déconsidération pour ceux de la plèbe aussi bien que ceux, de toutes conditions, qui ne figurent pas dans le Bottin Mondain ou n'appartiennent pas à des “lobbies”, l'exposition de ses déboires conjugaux aussi bien que de ses conquêtes, le nivellement de la pensée vers le bas, les attributions de postes et locaux de complaisance, bref toute cette quincaillerie publicitaire, ont contribué à supplanter, dans l'esprit des citoyennes et des citoyens, ses actions positives réelles.

Enfin ! Aussi longtemps que les Juifs, malgré eux et malgré la douleur que cela leur inflige, ne sont concernés qu'à travers les emprunts à la terminologie antisémite de tous les siècles, tout finit toujours par s'arranger, grâce notamment aux exhortations langagières qui contribue sérieusement à fleurir l'extrême-droite !

ø

Il y a donc toujours plus Juifs que les Juifs eux-mêmes, plus génocidés, en vrais coupables universels, on ne sait pas très bien de quoi, comme si d'autres analogies étaient, avant même la Chrétienté, impossibles, voire tabou.

Mais pourquoi ne flanque-t-on pas la paix aux Juifs et à la psychanalyse !

Que Freud n'ait cessé de démontrer que les Juifs sont simplement des êtres humains parlant dotés des qualités et turpitudes propres à tous les êtres humains parlant, n'a eu comme portée que le soulèvement de résistances d'airain - y compris par des Juifs - à cette évidence.

La pratique de la psychanalyse nous enseigne pourtant que pas plus les Juifs que les non-Juifs ne souffrent d'inconscient collectif et de mémoire collective, mais qu'il y a des représentations collectives qui soudent les identifications des  masses à la quête, dans chaque domaine public, d'un meneur idéologique - cf. Massenpsychologie und Ich-Analyse de Freud - capable de faire se dresser les humains les uns contre les autres et s'exterminer mutuellement, dans les familles, les groupes, les populations, étayés du narcissisme des petites différences... C'est, semble-t-il, en biologie seulement que la sauvagerie humaine, héritée de l'espèce animale, peut évoquer un patrimoine collectif, désigné par Freud comme “générique”.

La psychanalyse est, depuis un siècle, manipulée de telle sorte que, sans le plus souvent en avoir étudié les fondements, nombre parmi ceux qui s'en réclament, tout en établissant des théories personnelles qui la contestent, se déclarent plus psychanalystes que Freud lui-même ou, pour être modernes, s'en vont puiser des concepts empruntés aux sciences physiques et mathématiques qui instaureront de nouvelles phraséologies, de nouvelles pratiques, lesquelles rencontrent un beau succès.

Sur le plan clinique par exemple, Lacan, qui avait le culot de se comparer à Spinoza, ne s'est jamais préoccupé de l'analyse des rêves de ses analysants, cela demandait sans doute beaucoup trop de travail, alors que, selon Freud, l'analyse de l'hystérie, des rêves, la psychanalyse en soi, sont une seule et même chose, ils sont de même structure.

C'est ainsi - notamment - que Lacan a transmis à ses analysants et élèves sa propre consigne, celle de “dé-parler”. “Dé-parler” est une expression régionale de la Loire qui m'a été passée par Thierry Peyrard, elle s'applique aux personnes auxquelles l'usure du temps fait “perdre la tête”, soit à “La maladie d'Alzheimer”, dont Freud cite déjà les travaux.

Sur le plan des concepts, la mode est à celui de “résilience”, qui rendrait compte de la faculté de rebondir qu'auraient, après y avoir résisté, les sujets marqués par un trauma - pour Cyrulnik, les enfants, comme lui, de déportés non-revenus.

Résilience est un terme anglais des débuts du XIXe siècle, qui signifie, d'après le Grand Usuel Larousse, je souligne en italiques, « ...la caractéristique mécanique définissant la résistance [et le rebondissement] aux chocs d'un matériau. (La résilience des métaux qui varie avec la température est déterminée en provoquant la rupture par choc d'une éprouvette normalisée). »

Étant moi-même directement concernée au double titre de la déportation et de la psychanalyse, et n'appréciant pas énormément que l'on se serve de la déportation et de la psychanalyse sans être dûment documenté sur ce qu'il en est du trauma, j'ai repris attentivement mes classiques, et me suis interrogée sur la nécessité de remplacer par résilience qui consisterait en, je cite, “la capacité à bien vivre et à se reconstruire après un traumatisme”, la résistance de la psyché à surmonter un trauma, grâce aux forces de l'instinct de vie, et à pondérer ses effets potentiels dépressifs, à l'aide cette fois de ce qui fut nommé, plus ou moins pertinemment, car absolument réducteur, encore que cela conviendrait ici, un “Moi fort”.

Les choses ne sont pas si élémentaires.

Avant de parler de résilience, il serait peut-être utile de reprendre sérieusement les concepts de refoulement, de réminiscences, d'angoisse comme mécanisme de défense.

Le trauma est un choc brut par effraction, imprévisible, lors duquel se produit un évanouissement de l'inconscient qui barrera à sa suite l'accès rétroactif aussi bien aux réminiscences qu'à ce qui est refoulé. Seule l'analyse du rêve [Traumdeutung] traumatique répétitif permet de faire se convertir progressivement l'effroi en angoisse, c'est-à-dire en processus de défense. C'est ensuite seulement que la psychanalyse pourra procéder à l'étude des mécanismes de défense, qui pourra permettre d'ouvrir à une possibilité d'accès au refoulement, par déblocage de la parole, et à l'espérance, dans l'avenir, de ce que l'on désigne par “retour du refoulé”. Mais ce, à condition que le “principe de plaisir” de la pulsionnon pas du sujet, s'il maintient le sujet sous son emprise dans une profonde passivité, allant quelquefois jusqu'à la schizophrénie, puisse être maîtrisé. À cette étape du travail seulement, pourra commencer, non pas “mécaniquement” ni par la “rupture d'une éprouvette”, l'œuvre de reconstruction par l'analyse.

Ce n'est pas toujours possible quand le “principe de plaisir” de la pulsion, non pas du sujet, persiste à tirer le sujet vers le bas, vers une dépense d'énergie minimale afin que ce processus retarde l'échéance de la mort. La fonction sublimatoire [équivalent approximatif pour les philosophes, car délesté de la charge pulsionnelle, de “transcendantale”] s'en trouve mise en échec. La psyché, si elle est restée fixée à la phase infantile perverse-polymorphe, peut alors recourir, comme “rebondissement” non morbide, aux perversions, mais en ce cas nous sortons des compétences de la psychanalyse.

Laissons plutôt à Freud le soin de recadrer ce qu'il en est du trauma,

Quand les rêves des patients affectés de névrose traumatique [causée par un accident] les renvoient avec une régularité quasi systématique à l'occurrence de leur trauma [réel], ils ne sont alors assurément pas au service d'une réalisation [hallucinatoire] de désir, même si ce qui cause le phénomène hallucinatoire occupe cette fonction [d'accomplissement de désir] sous l'autorité du principe de plaisir. Nous pouvons donc admettre que ces rêves répétitifs s'acquittent d'une autre mission, dont les conditions doivent être d'abord remplies avant que puisse commencer à agir la domination du principe de plaisir. Ces rêves cherchent à maîtriser rétroactivement les stimuli, en développant l'angoisse dont le manque fut la cause de la névrose traumatique.

Freud • Au-delà du principe de plaisir


Assez souvent, lorsqu'un état d'angoisse fait pressentir [au névrosé] que quelque chose d'horrible va se produire, il est simplement sous l'influence d'un souvenir refoulé qui voudrait accéder à la conscience mais ne parvient pas à devenir conscient, celui d'un effroi qui eut lieu réellement.

Freud • Constructions dans l'analyse

M. W.
6 septembre 2010

ø

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cela ne va pas sans dire
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