Approche de la violence et la captation d’adolescents et de jeunes adultes se radicalisant vers le meurtre et l'action kamikaze : quelle prévention possible ?[1]

Par Jean-Jacques Moscovitz - Psychanalyste, (psychiatre) Paris


CHOC MORTEL

Un choc mortel a lieu, où Daesh et ses débris prennent le pouvoir par la violence et une fois le pouvoir obtenu il l'exerce en  vue de son  but : la cruauté. Actes de cruauté  au Mali, en Syrie, en Irak, à Gao, à Tombouctou, à Sousse en Tunisie, à Nouakchott en Mauritanie…  En France et ailleurs encore. Tout le monde  a vu ces images monstrueuses trop souvenethique.radicale@gmail.com>t exhibées sans état d'âme par nos médias  face à ce réel, celui de la haine, la haine totale, celle de l’Etat islamique . Avec une fascination voulue pour une propagande pour l’Islam radical en s’appuyant sur une culture dévoyée de l’image. Cela nous  est un index des enjeux cliniques que nous rencontrons dans une pratique quotidienne. 

CULTURE DE L’IMAGE

C’est que la culture de l’image a changé depuis 20 ans et plus, et  son enjeu  se soutient  d’une transmission de ce qui se passe dans notre monde exigeant d’affirmer sans ambages  et très ouvertement, les violences dont la presse papier et télévisuelle nous abreuvent. Nous en  sommes très avertis, nul besoin de se poser en vierges innocentes et ignorantes. Cette situation est due à un usage  intensif  et débridé de la vidéo, du filmique, du « smartphonique »,  des réseaux sociaux. Le cinéma, celui qui intéresse la jeunesse se doit dés lors d’inventer des plans séquences, surtout d’actualité, qui montrent au  spectateur de façon prompte et sans détours  le sujet du film. Sans pour autant laisser pour compte le jeu, le vide, la surprise entre les images.

SALAFISTES

Le quotidien des membres de Daesh ( cf le documentaire « Salafistes » de François  Margolin  et Amine Ould Salem 2015) se déroule par exemple en suivant un «magazine du salafiste moderne» détaillant les 18 objets indispensables pour partir en Syrie, comment ne plus du tout regarder les filles dans la rue, comment acquérir le tout dernier smartphone, les derniers Nike… Voilà une religion de l’extrême  dont la mort  donnée, et la mort reçue sont leurs armes, leur «sabre» qui évoque le non encore humain, l’avant de l’homme,  le retour à l’avant vie où un tel Dieu, celui des jihadistes  se pose en origine de ce qu’ils  sont ou qu’ils possèdent. Un échange  est-il possible dés lors que nous sommes plaqués devant de tels hommes dans des mots s'érigeant en certitude si compacte que l'on ne perçoit aucun recul, aucune faille, aucune question ni miroir à ce trop plein qui signe le style de l’actuel changement dans le statut de l’image allant s’accentuant dans la production de violence. Le film Salafistes a fait l’objet de polémique, voire d’une censure très sévère qui le prive de sa diffusion auprès des ado en France  et ailleurs. Or Salafistes montre une critique serrée de  Daesh, dans des séquences comme celle  après le générique, où un blue’s de Ali Farka Touré choisi par François  Margolin  et Amine Ould Salem accompagne la tournée de la police islamique dans un village. Cette musique strictement interdite  situe d’emblée de quel coté réalisateurs et nous-mêmes nous nous trouvons.  Cela  n’a rien d’une propagande pour l’Islam radical comme certains veulent nous le faire entendre. Au contraire. De même en fin du film,  un Touareg dans sa magnifique robe bleue s’oppose verbalement au groupe de moudjahidines qui lui prennent sa pipe, lui interdisant de fumer en le menacent. Il sait leur répondre et ils lui rendent sa pipe, c‘est le dernier plan du film, c’est l’affiche dans l’annonce qui est trait d’une ouverture vers la vie « normale », à nouveau possible un temps.  De même, le plan de cette  veille dame édentée (ancienne  danseuse du Crazy Horse à Paris, retournée au Mali) qui dit, face caméra, combien ici il n’y a plus rien, où la mort est partout , le vie est partie….

ETRE TÉMOINS

Savoir cela dés lors nous pose comme témoins des immenses cruautés de cette guerre. Jean Amery dans son très grand ouvrage « Par delà le crime et le châtiment, comment  surmonter l’insurmontable »  (ED Acte Sud 1987), affirme que le nazisme n’utilisait pas la torture comme simple moyen de faire avouer ses victimes, il était lui-meme  la torture, la cruauté comme telles, le pouvoir en usait pour établir une haine, une cruauté à l’échelon de l’Etat… Ainsi de même dans  les documents de propagande de l’EI, se montre  cette cruauté comme seul but de l’action politique dominée par la destruction en tant que punition. Par exemple toujours dans Salafistes un homme, homosexuel - parce qu’homosexuel-, est jeté du haut d’un immeuble. La caméra nous montre dans un premier temps la scène depuis la rue, elle place le spectateur en tant que témoin, mais il est capté pour se radicaliser car dans le plan suivant c‘est lui qui participe à pousser l’homme attaché, cagoulé, dans le vide… Le voila complice capté des meurtriers et bientôt lui-même assassin . Le pouvoir des jihadistes type Daesh est dans ce mouvement. Ne faudrait-il pas le juger lors d'un Procès à l'instar de celui instauré à Nuremberg après la 2e guerre mondiale...comme étant un crime contre l’humanité très proche de celui commis par les  nazis , devant ces carnages d’État .

ETRE CAPTE

Aucun écart, aucune énonciation ne sont permis au spectateur celui qui est un futur capté . Voilà la  parole prise dans le désarroi, un sans recours face à cette cruauté d’Etat.  La représentation de l’acte de meurtre se confond avec les effets du meurtre lui-même..  Ainsi à Lunel, « quinze jeunes gens sont partis en Syrie rejoindre l’EI en 2014. Huit y ont péri. Un drame qui hante le quotidien de cette bourgade de l’Hérault. (5in la Matinale du Monde 25 JANVIER 2016 http://www.lemonde.fr/police-justice/article/2016/01/27/les-enfants-perdus-de-lunel_4854729_1653578.html) . La parole, les mots des «  captés » seraient lestés par l’imminence de l’acte moteur, qui colle leur corps à leur arme… Où détruire et punir sont équivalents… Cela s’entend au grand jour en affirmant, sans rien cacher, une violence où le dedans de leur psychisme se confond avec  la « motricité » de leurs proférations.  La violence originaire au-dedans du psychique, la voilà également au dehors non en pensée mais tout en acte moteur. Dans une sorte d’« affirmationnisme» d’une parole «motricisée», ordonnatrice du social..  

PSYCHANALYSE ?

En tant qu’analyste, avons-nous à nous porter témoins du vacarme et des turbulences du monde ? Qu'est-ce qui nous y engage…   Oui nous y sommes engagés car cela fait écho à la fameuse « prophétie » des années 1950 attribuée à André Malraux : « Le XXIe siècle sera religieux (ou spirituel) ou ne sera pas » ( ce serait la Bombe ?). Nous  savons combien il prévoyait que l’Occident allait en découdre avec l’Islam et le monde arabo-musulman, au point qu’il dise vers la fin de sa vie (1975) que le monde « commençait à ressembler à mes livres ».
Et en 1953 il avait soutenu: « Depuis cinquante ans la psychologie réintègre les démons dans l’homme. Tel est le bilan sérieux de la psychanalyse. Je pense que la tâche du prochain siècle, en face de la plus terrible menace qu’ait connu l’humanité, va être d’y réintroduire les dieux. ».  
Nous sommes engagés du fait de  la perte de repères et la  mise en place d’autres repères très dangereux pour certains, qui deviennent alors des avant-jihadistes en partance pour l’extrême.   Y a t-il d'autres repères plus accessibles - espérons-le -  où l’entrée dans la violence prend quelque temps et marque le pas devant l’histoire actuelle, pour moins l'abolir. Pour que l'infantile en chacun de nous ne disparaisse pas tout entier dans des actes dont notre époque nous fait témoins ? Tout se passe comme si le devenir adulte se fait très vite, trop vite, et dés lors va brusquement régler les comptes avec cet adulte qu’il est devenu, et le suicider en tuant ? par l'acte kamikaze sans même que l’on puisse reconnaître l'existence d'un trauma fondateur de l’actuel d’avant l’acte ?

KAMIKAZE ACTUEL

Rappelons le départ du kamikaze. Il ne s’agit pas de délinquance ou pas, de psychopathologie ou pas, mais le kamikaze, s’il peut être issu d’un milieu défavorisé, peut aussi très bien venir d’un milieu qui ne l’est pas. Les kamikazes actuels  proviennent des actions de l’Armée rouge japonaise dans les années suivant la révolution culturelle chinoise (Cf le film Les Années rouges de Michael Prazan de 2002). En février 1968 dans l’université de Todaï à Tokyo, après une gigantesque grève extrêmement dure contre l’usage des exfoliants par les USA au Vietnam, ce groupa s’organise en section paramilitaire pour attaquer la police. Le public lui donne ses faveurs.... Mais rapidement la police japonaise les pourchasse. ils vont se retrouver dans les zones soi-disant inatteignable des montagnes autour de Tokyo, pour finalement être obligés de fuir. Et, notons le bien, ils vont fuir vers la plaine de la Bekka au Liban. Là ils forment les premiers kamikazes dans le groupe du FPLP de  Georges Habache, groupe chrétien agissant  contre des civils Israéliens. Notamment en 1972 à l’aéroport de Lod où  ils vont à quatre attaquer au sol les passagers sortant d’un avion. Il y aura de très nombreux blessés. Parmi les 4, 3 se sont dévisagés pour ne pas être reconnus et se suicident. Le quatrième sera fait prisonnier et lors de son procès il  réclamera uniquement les moyens de se tuer.    Ce terme signe en partie certes une rébellion contre le pouvoir occidental. Mais une fois la mort/meurtre prise comme modèle de combat par Daesh , vont  se produire les kamikazes à travers le monde . Nous percevons combien dés lors quelque chose a changé. Accuser l’Occident  judéo-chrétien ne suffit pas à expliquer les actes de radicalisation. Ce qui a changé  est le fait que le modèle occidental de jouissance de la vie est délogé par le modèle de jouissance de la mort/meurtre prôné par Daesh. Cela éclaire les voies d’une déradicalisation envisageable.

CHANGEMENT DE MODÈLE DE JOUISSANCE

Car vouloir continuer à prétendre  que c’est le domination occidentale qui serait la cause des kamikazes en exercice ou à venir, c’est les déposséder de leur actions si terribles soient elles. C’est continuer à les dominer et exclure leurs actions provenant de leurs nouveaux chefs.  Là  s’ évoquerait trop aisément un rejet  du passé parental, un rejet de l'histoire de l’Islam,  pour valoriser une unique autoréférence à leur Islam ? Aucune anfractuosité dans le discours où un registre individuel ferait conflit psychique partageable, datable. Le traumatisme n’est que collectif : la charia ne peut que s’appliquer toute entière et nécessite « le sabre » de la loi  pour triompher de tout sur tous et toutes. C’est repérable, c'est ce qui se produit sans cesse dans le collectif qui noie toute subjectivité dans des actions violentes sur les corps à anéantir. Tout devient embrouillé entre les temps originaires et celui de l'histoire présente, de l'actuel où nous sommes. Où l’origine se retrouve équivalente à la fin des temps.  La mort équivalente à la vie. L’une vaut l’autre.  Dans une violence sans fantasme. Où le corps du jihadiste devient un objet moteur qui doit agir sans cesse,  identique à son arme.

LA VIE VAUT LA MORT QUI NE VALENT PLUS RIEN

Tout se passerait ici comme si le moment où le Moi d’un humain enfant va naître, il va  peut-être ne pas advenir, retourner au néant où l’origine et la fin de la vie se jouxtent pour se détruire. Comme si dans la montée de ce jihadisme, la fin de l’humanité parlante et son origine, l’avant-vie (Violence et  Islam, d’Adonis et Houria Abdelouhaed, Le Seuil novembre 2015 ), prennent le pas sur toute vie sociale. Seule la non-vie règne, (Cf Lacan dans D’un discours quine serait pas dû semblant, Le Seul pp 20/21 du 13.1.1971).
Déperdition de la métaphore qui ne nous donne plus un recul ouvrant sur une pensée. Ici il n'y a plus la possibilité de dire le mot comme, signifiant de toute métaphore humanisante… Aragon qualifiait ce mot d’être le plus beau mot de la langue française, et il l’est dans toutes les langues probablement.

UNE GRANDE BRUTALITÉ

Zineb El Rhazoui, journaliste de Charlie Hebdo, énonce dans son interview sur RTL du 1er aoùt 2016 combien « la plus grande brutalité » doit être opposée » aux tueurs adeptes de la cruauté du Salafisme.  La pulsion, l’énergie à tuer sont présentes dans les attentats jihadistes débordant de leurs jouissances destructrices. Pulsion et jouissance à tuer s’incarnent dans la ceinture explosive du kamikaze. Elle fait corps avec le tueur, ça devient son corps tout autant que sa kalachnikov. Ou son couteau, ou son camion-bélier de 19 tonnes. Au cours de sa jouissance inhérente à la tuerie, il s’assassine dans la foule de ses victimes en s’y mêlant, dans une fusion incestueuse entre les morts et les vivants. En fusionnant mort et vie, meurtre et inceste avec la mort, il reviendrait au stade le plus archaïque d’indivision entre naissance de la vie et non vie, retournant, rembobinant le temps où allaient se discerner la mort de la vie, d’une vie à peine survenue.  Dans ces attentats les criminels font fusionner bourreaux et victimes en s’y mêlant eux-mêmes.  Ce n’est pas sans évoquer les propos des survivants des camps nazis. Mais où une telle fusion bourreau/victime n’avait pas lieu. Daesh et Nazisme se rejoignent cependant par un lien à la cruauté. Le pouvoir de l’État qui organise la haine, ici n’est pas obtenu par la cruauté, mais pour l’exercer et le plus loin possible. C‘est ce qui capte les assassins et les capte de façon définitive. La jouissance du retour à la non-vie se propulse par le retour vers ces temps de cruauté primordiale où c‘est la motricité inhérente  aux pulsions de meurtres qui s’exercent sans cesse de plus en plus. La jouissance des meurtriers  produit la jouissance des kamikazes qui vont l’être ensuite.  Les effets collectifs dans le temps s’accomplissent dans des modèles de jouir s’auto-entretenant à l’infini.  Pour le redire encore, existe certes que c’est notre civilisation occidentale et la laïcité française qui produiraient de telles horreurs commises par des jeunes hommes franco-musulmans issus des banlieues défavorisées. Je tiens cependant à dire que cela est vrai parfois, mais dès lors que le jihadisme s’empare des idéaux de ces hommes, la référence qui  y apparaît  est cette captation vers le retour à  la non vie  que j’essaie de définir.  Dés lors qu’un jihadiste va user de son arme, il y a un changement radical de la causalité habituelle, genre c’est la social occidental qui l’aura bien cherché. Mais il y un saut, un changement du monde jour à jour dés lors que le modèle collectif jihadiste s’instaure. Et évidemment c’est la guerre confondue avec la cruauté.

Disons que deux possibilités s’en dégagent : 

- soit la prise en charge socio-psychique de ceux qui sont repérés comme jihadistes non encore en voie d’être des criminels, avant d’exercer la cruauté contre la vie d’autrui et d’eux-mêmes. 

- sinon exercer la « brutalité la plus grande » comme le dit Zined  El Karhoui pour les exclure de nos sociétés, voire plus, sans hésiter comme cela a lieu de plus en plus lors de leurs tueries . 

Comment espérer une identification humanisante, un recul devant la certitude des propos des (futurs) assassins.

ADOLESCENTS  ET JEUNES ADULTES….OU VIE ET MORT S’EQUIVALENT

La référence à leur nouvelle « religion » s'avère seule à avoir quelque valeur. Dans la mesure où toute religion réclame d'être propriétaire  de l'origine de l'humain et de l'humanité, celle à laquelle nous avons à faire réclamerait d’être la seule parmi toutes les religions, y compris celles en Islam.  D’être le seul mouvement qui puisse avoir cette propriété, cette appropriation de l'origine . Et du coup le corps apparaît comme le lieu d’un règlement de comptes permanent s'effectuant à ce niveau-là. Où victimes et bourreaux sont confondus. Nous sommes dans l’a-humain comme le qualifiait Vladimir Jankélévitch après la Shoah.

QUE VOUS A T-ON FAIT VOUS SI JEUNES ENCORE POUR SORTIR AINSI DE L’HUMAIN

Serait-ce que vos pères auront fauté, à l’instar des États totalitaires des  pays de l’axe nazi, rappelons-nous,  où pour réparer les fautes de leurs pères, Bande à Bader, en Allemagne, Armée rouge japonaise, Brigades rouges en Italie, Action Directe en, France, et d’autres encore, répétèrent les fautes de leurs pères sans le savoir. Vos pères n’auront pas renouveler leur Islam, trop soumis et trop corrompu ? au point que pour  les réparer vous l’ exacerbez à l’extrême aujourd’hui ?
Comment  repérer cet actuel au niveau individuel, où des ado et jeunes adultes risquent de succomber. Comment dés lors essayer de les comprendre pour arrêter la marche vers l’abîme ?  où ils se laissent fasciner par l’horreur où vie et mort se valent et ne valent plus rien. La parole là n’a plus cours. Ces jeunes lancés dans leur monologue terrorisant, imberbes ou barbus, entourés de livres, de fait ne parlent pas, ils affirment sans recul leur certitude où le hors monde a vidé leur monde intérieur. Plus d’intériorité psychique. D’où la fascination dés lors de ne plus avoir à faire de la place aux excitations sexuelles ou agressives, à la condition de se mettre au diapason imposé dans la violence masculine et la jouissance du meurtre de masse mis en scène collective reprise dans leur propagande . Salafistes le film le montre très précisément.

QUEL LIEU POUR LA PAROLE à la hauteur de la défendre et  qui court le risque de sa disparition ? …

« Habituellement », pour que   le monde de la parole ait lieu, il lui faut un monde,  une scène, un lieu. Mais il faut que l’immonde reste en dehors de la scène,  pour qu’il n’ait pas lieu… Et un jour l’immonde re-monte sur le scène et oblige la parole à faire un petit tour bien spécial, dans les meurtres… L’immonde est ce sur quoi de la parole trouve se cause… à condition d’être séparé du Monde… La haine d’État brouille à mort une telle séparation.  Tout le dedans de l’humain est passé au dehors et instaure l’immonde en agent des échanges moteurs, tueurs. Ce qui est en cause au plus profond de soi, chez chacun, ce qui nous fait nous penser comme sujet, le voilà chez certains adolescents se faire engloutir dans le collectif meurtrier. Où la  pratique de soi, de soi-même,  court le risque de massification de la subjectivité de certains jeunes dés lors en terrible danger de succomber au pire. Avec l’horreur des meurtres l’acte de parler, de dire un Je fait retour à la compacité du réel, du collectif.  Cela se perçoit dans une scène planétaire qui, usant de l’immonde, envahit nos pensées, c’est celle du couplage bourreau victime lesté par la mort/meurtre, couplage sans cesse jeté à notre regard.  Et les médias sont toujours trop là pour nous fixer un rendez-vous. Regard qui pour nous au jour à jour, n’a pas à s’absenter mais prendre la mesure du réel pour préserver  quelque chance pour un moi parlant et vivant. Et tenter de le désembourber des actions de génocides…  Lors d’échanges avec des collègues psychanalystes ( des femmes oui notons le) ce qui ressort est ceci : « l’image brute de la cruauté haineuse fait violence, à déchirer le voile du semblant qui humanise le regard. Sans récit et sans sujet, l'emprise de la fascination du mal est sans appel ». Echo au livre de Christiane Taubira, Murmures à la jeunesse ( chez Philippe Rey).

LA CLINIQUE EST POLITIQUE

Séduites, captées, capturées puis « mariées » par Skype, une fois en Syrie, ces adolescentes ne voient pas leur prince , leur soit-disant « mari »  (in commentaire du film Le ciel Attendra de Marie-Castille Meantion-Schaar, 2016). Elles ne le verront jamais, car il est probablement hors de Syrie… A leur arrivée, énonce dans le film Dounia Bouzar, elles reçoivent en cadeau de noce un chat et …une kalachnikov ! Le chat comme symbole du lion et de sa force et la AK47 pour tuer et être tuées. Cruauté et pouvoir sur l’intime ici sont d’une intensité sans nom.
Évidemment l’éducation parentale et spécialisée tant invoquée devrait nous soutenir dans nos efforts pour sauver nos adolescents et jeunes adultes. Mais nous restons là au niveau intime, certes nécessaire mais non suffisant. Car c’est par une action politique, collective, juridique, que de tels enjeux éducatifs seront sans doute beaucoup plus efficaces. Un grand Procès pour instruire le monde des horreurs de Daesh devrait avoir lieu sous l'égide d’un Tribunal militaire international où les assassins diront leurs méfaits, les victimes décriront leurs douleurs. Nous apprendrons alors à parler de ces crimes et ils cesseront d’offrir à la jeunesse une fausse utopie aussi désastreuse.

Jean-Jacques Moscovitz


Nous nous appuyons pour l’écriture de ce texte, notre ouvrage,VIOLENCES EN COURS édition ÈRES, Toulouse, 2017 PAR LE DR J J MOSCOVITZ PARIS PSYCHANALYSTE PSYCHIATRE

Non   Les films cités et leurs commentaires sont issus de l’ouvrage de décembre  2017 VIOLENCES EN COURS (psychanalyse cinéma politique) : ils sont un éclairage clinique  et politique) Chez ERES. Le cinéma sait nous transmettre ce qui nous renvoie  à des débats, des observations  cliniques, et  des rencontres avec le politique ,et cela dans des moments d’échanges ( controlé psychanalytique collectif avec des éducateurs de terrain)