Lien politique entre analystes face aux violences d’État

Ou comment rester analyste face à de telles violences


« Nous, les Psychanalystes unis pour la démocratie,  condamnons les déclarations inhumaines, infâmes et indignes de Jair Bolsonaro… » 

In Manifeste de condamnation et rejet par les associations Appoa, Laço Analítico, Maiêutica Florianópolis, Praxis Lacaniana, envoyé à Convergencia le 1er aoùt 2019 [1]

Bonjour,

Psychanalyse actuelle s’associe pleinement à la prise de position des associations membres de Convergencia pour soutenir nos collègues du Brésil.  Le texte établi par les associations de Rio-Janeiro offre à tous une plateforme excellente pour faire savoir combien le lien entre politique et psychanalyse est de plus en plus inévitable pour nous unir contre ce qui met en danger la parole et donc notre pratique. Les pouvoirs politiques de Etats où nous vivons ont à le savoir et ce texte doit leur être transmis avec les signatures des associations de Convergencia et celles d’autres associations de psychanalyse ainsi que des individualités intéressées, et ce par le biais des  ambassades du Brésil, aux ministères des affaires étrangères  des pays où nous résidons.

Les réunions de Convergencia du 26 au 29 septembre 2019 à Paris sont l’occasion d’articuler plus avant un lien des associations entre elles en cas de danger voire  de destruction de l’éthique de la parole, de la justice, du politique. Et ce pour réagir au plus vite et en grand nombre pour soutenir nos collègues du Brésil, mais aussi contre d’autres attaques qui nous mettraient en danger .

Les conséquences des violences d’État, mais aussi des refus politiques avérés de la psychanalyse, comme en Italie,  sont maintenant un enjeu reconnu au niveau de la psychanalyse en extension mais aussi dans le quotidien de la psychanalyse en intention.

Aux quatre concepts fondamentaux que Lacan désigne ( inconscient, répétition, transfert, pulsion) nous avons à ajouter Malaise dans la civilisation.

ll s’agit désormais que les pouvoirs publics et politiques de chaque pays, là où il y a des psychanalystes, sachent que nous sommes des témoins, certes, mais des témoins actifs des violences des États . Il nous faut dès lors faire des avancées discursives pertinentes sur les effets de la violence politique, notamment pour rester analystes malgré la violence. On sait que l’exil fut nécessaire en 1933-45 pour la plupart des analystes de langue allemande.

Psychanalyse Actuelle s’est fondée en grande partie sur le effets des camps nazis, la Shoah, pour inscrire dans le corpus psychanalytique, autant que faire se peut, la destructivité humaine suractivée , où le collectif entame le sujet au point de l’effacer concrètement.

Pour cela nous avons avancer des notions nouvelles (forclusion construite, silenciation)  pour définir les avatars du refoulement d’une telle destructivité. Injustice, haine politique d’Etat, nous devons les combattre comme chaque citoyen, et comme analystes pour défendre notre pratique de la parole qui, par de telles violences, risque d’être entravée gravement et pour l’analysant qui parle, et pour l’analyste dans son écoute.

Le Malaise dans la civilisation a atteint un niveau tout autre au point de dire aujourd’hui qu’il s’agit de détresse dans la civilisation.  Freud définit ce malaise  là  où la fonction de meurtre du père est ressentie consciemment, soit chez l’obsessionnel. Eh bien aujourd’hui il y a une levée généralisée d’un tel désir de meurtre d’où son affadissement, au point que la destructivité n’est plus barrée par la fonction père. Cela entraîne des dérives barbares et des soumissions à des violences jamais égalées. 

Rappelons que pour permettre une possible réplique à de tels risques aussi nuisibles, Psychanalyse Actuelle a déjà proposé un projet au Congrès de Tucuman de Convergencia en septembre 2018 : le fil rouge. Ce texte est en travail, nous souhaitons qu’il soit repris avec d’autres et en grand nombre afin d être mieux élaboré .

L’essentiel de cette proposition de « fil rouge[2] pour les psychanalystes » est de mettre en place, par exemple, un article dans les statuts ou les règlements intérieurs des associations de façon à ce que lors d’un danger risquant d’atteindre la psychanalyse gravement, des associations en grand nombre puissent s’unir dans un envoi en masse aux pouvoirs publics et politiques des pays où la psychanalyse s’exerce. Et répliquer ainsi au plus vite. Ce qui montrera à tous, analystes compris, notre capacité à réagir à travers le monde. 

Car l’exercice de la psychanalyse exige une position citoyenne et démocratique : l’acte freudien est politique. Il participe des Lumières[3]. Il nous faut le faire entendre par nos dirigeants et leurs gestionnaires du pouvoir politique . Ainsi la  proposition de la Fondation Européenne de Psychanalyse de manifester à 17h 29 septembre après le colloque de Convergencia va dans ce sens[4].

Les textes et positions de Convergencia,  et si possibles associés à d’autres groupes d'analystes, vont nous permettre de mettre en place un lien actif pour  soutenir nos collègues brésiliens, et ainsi prévoir des contre-attaques discursives publiques adaptées devant de telles violences étatiques.

Pour Psychanalyse Actuelle ce 15 septembre 2019

Jean Jacques Moscovitz, et  Benjamin Levy, Marie Noelle Godet, Maria Landau, Valérie Marchand, Catherine Guillaume …


PS : comme complément nous joignons deux liens ; l’un est la conférence débat  à l’ENS  d’Eunice Santos[5], correspondante de Psychanalyse actuelle à Salvador de Bahya, sur « Actuel de la Psychanalyse au Brésil » ; l’autre est un ensemble de témoignages  de psychanalystes brésiliens «La psychanalyse dans la tourmente ».[6]  Psychologie Clinique N°47 - Brésil


[1]MANIFESTE  1ER AOÛT 2019 RIO DE JANEIRO CF DOC JOINT 

[2] LE FIL ROUGE  CF DOC JOINT

[3] LES LUMIÈRES DE LA PSYCHANALYSE PAR BENJAMIN LEVY CF DOC JOINT

[4] POUR CONVERGENCIA DE LA PART DE LA FEP PAR GERARD POMMIER ET HÉLÈNE GODEFROY CF DOC JOINT 

[5] CONFÉRENCE DÉBAT D’EUNICE SANTOS DU 29 MAI 2019 A L’ECOLE NORMALE SUPÉRIEURE A PARIS