…PAS DE PARCE QUE…

Jean -Jacques Moscovitz  - Psychanalyse Actuelle


Paris (amphi Charcot Hôpital de la Salpêtrière) 16 Juin 2007 IIIe Congrès de Convergencia


« L’amour, parlons en » est le titre proposé par Psychanalyse Actuelle au 3e Congrès « Témoigner de l’expérience de l’inconscient ». L’inconscient est une hypothèse, celle de Freud, reprise par Lacan, où s’évoquent aussi bien la cure, le pouvoir du psychanalyste, le lien social entre praticiens, la passe, l’institution analytique, bref le rapport entre désir du psychanalyste et désir d’institution.
Parler, est-ce demander de l’amour, écouter, est-ce en donner… Ici pas de parce que, il s’agit du signifiant, de sa logique et aussi de sa bêtise, de son automaticité. Soit ce qui pour l’analysant comme pour l’analyste nous laisse face à un réel qui est le propre de la discipline freudienne et qui ne supporte pas de parce que, alors que dans l’institution les parce que, signe de le prévalence du Moi sur le sujet, fusent de toutes parts.
Lacan, me semble-t-il, n’employait pas ‘parce que’ dans les séances, du genre vous me dites ça parce que vous voulez que je vous aime… Il en savait long sur la haine qui n’est pas l’envers de l’amour. L’envers de la haine c’est le pacte, l’envers de l’amour c’est le des-amour.
Les parce que sont du registre explicatif propre au Moi et à la méconnaissance du sujet, alors que le signifiant est du registre de l’implicite, soit du sujet qui se produit du fait de la coupure dans la jouissance.
Une telle coupure veut que sans cesse se répète la trouvaille freudienne, en 4 moments :
1° par la demande du patient (non encore analysant) se dégage ce sur quoi il appuie sa venue, soit son symptôme, d’où le repérage :
2° du transfert, que l’analyste discerne de plus en plus dans le discours analysant, où se pose une question « mais que veut-il de moi celui qui vient me trouver, pourquoi moi » se dirait-il. De là surgit :
3° l’hypothèse de l’inconscient, ce lieu Autre où un savoir sait le symptôme. Freud alors pose son axiomatique radicale :
4° le noyau sexuel infantile, qui leste l’inconscient structuré en un agencement logique de forces psychiques.
L’enseignement de Lacan pose que l’ICS est structuré comme un langage, et de rencontrer Freud au niveau du registre de l’objet, perdu pour Freud, petit a pour Lacan.
Ainsi pour nous, au un par un, nous sommes affiliés à l’articulation toujours renouvelée entre sexuel infantile et inconscient langagier…
Freud, Lacan et nous est un des aspects du lien proposé par le thème de notre Congrès de Convergencia entre sujet et collectif, entre désir de l’analyste et désir d’institution.
C’est que cure et institution sont marquées par l’existence d’un lieu insoumis, insoumis à tout parce que.
Dans la cure l’hypothèse de l’ICS se borde d’un réel qui s’écrirait énonciation barrée indice de l’énigme, soit de l’écart entre énonciation et énoncé. Ce point de réel insoumis est une façon de nommer le désir du psychanalyste, c’est lui qui reste insoumis au groupement d’analystes. Au point que la passe met en élaboration le réel du désir de l’analyste, de l’énonciation barrée, impossible à saisir, propre à l’écart entre énonciation et énoncé.
L’institutionnel masque le plus souvent cela et refuse la passe, dont l’échec n’est pas celui de la passe elle-même, mais bien celui de l’EFP comme celui d’autres institutions depuis.
Freud, Lacan et Nous c’est notre histoire dans l’actuel qui est filée par un tel lieu insoumis.
L’Actuel procède du sujet de l’inconscient forclos par le sujet de la science. C’est là le lieu d’une forclusion construite dans le social, retrouvée dans la conduite d’une cure.
Attaque de l’humain dans la rupture de l’histoire pour détruire ce lieu insoumis, soit la moyennitude de chacun, l’infinitude du sujet. Le politique est toujours prêt à dé-citoyenner ceux porteurs soi-disant plus que d’autres de ce lieu insoumis inhérent à la coupure freudienne. Voilà l’action des ennemis du genre humain et lutter contre participe d’une lecture 78 ans après du Malaise dans la civilisation.
C’est qu’il y a des jouissances en errance de signifiants, c’est ce que les associations de psychanalystes ne veulent pas trop savoir, et la passe y est liée pour suppléer à une rupture du poinçon qui fait que les jouissances déferlent, non référées à l’impératif de la parole, à S2 .
Là deux remarques conclusives
1° vous l’aurez remarqué, ici se pose le lien du dedans et du dehors de la cure, le lien du sujet au collectif. Cela a trait au nouage entre pratique, éthique et clinique, préférable à la bipolarité simple pratique/théorie. C’est que la pratique analytique tient du fait de ce lieu insoumis à un savoir institué, la clinique tenterait de dire cet impossible, au point que la clinique serait un savoir énoncé entre au moins deux analystes, l’éthique en est de tenir non confondu un tel écart, celui du réel, qui veut que la pratique est celle du réel. Ce qui veut dire aussi que le bord où se tient cette pratique est entre le dedans et le dehors de la cure, de la séance, là où Lacan excellait dans sa ponctuation , là où le parce que ne peut éteindre le sujet. C’est là où la pratique est politique. Soit de se poser à la limite du signifiant et du réel insoumis.
2° remarque. Associations et réseaux, comment les définir aujourd’hui… ?
Le groupisme, le groupe, l’associatif, , et l’institution sont les quelques formes de lien entre praticiens.
Ainsi : si le groupisme est fait de la nécessité molle de ne pas se quitter pour les membres qui le composent, le groupe, lui, est déjà plus strict car il procède de ce « tous pour un, un pour tous », tels qu’aucune tête ne dépasse. L’associatif quant à lui est déjà plus enclin à faire lien avec d’autres associations, d’où une mise en question de l’homogénéité propre à telle ou telle au point de créer de l’hétérogène.
Au point que l’institution psychanalytique est ce lieu qui se questionne en son sein sur ce qui la fonde, et tout particulièrement la question de la formation. De telle sorte que ce lieu formalise ce qui le fonde. Chacun sait que la question de l’admission de candidats est ce qu‘une association refuse de questionner. A élaborer ce refus, elle se situera à une place de mieux en mieux définie en tant qu’institution…
Ainsi les réseaux type Inter-Associatif Européen de psychanalyse (IAEP) et Convergencia (mouvement pour la psychanalyse freudienne) conduit à une prise de plus en plus institutionnelle de telle ou telle association encore en panne vers un statut d’institution se questionnant d’elle-même.


C’est que les réseaux IAEP et Convergencia sont là maintenant pour être des paratonnerres à la haine grandissante de la psychanalyse, place que Freud et Lacan ont sue occuper. Aujourd’hui c’est à nous de le faire. Peut-être par un contrat à établir entre les différents réseaux d’associations psychanalytiques existant*.

Jean -Jacques Moscovitz