Petits commentaires sur le film de Philippe Garrel : L’Amant d’un Jour

Par Maria Landau

Cinéma de distraction oublié à peine sortie de la salle, et cinéma de réflexion, comme celui de Philippe Garrel, l’Amant d’un Jour où les plans noirs et blancs énoncent pas à pas, l’un après l’autre, le chemin de pensée et l’histoire de vie , de trois personnes, un homme de 50 ans professeur de philosophie dans une fac parisienne et deux très jeunes femmes qui se retrouvent un matin sous le même toit; l’une , Jeanne est « ma fille » comme la nomme chaque fois  qu’il s’adresse à elle, Gille son père, et l’autre, Ariane l’amie et élève de Gille qui vit avec lui depuis trois mois dans cet appartement pleins de livres.

Une voix off mélancolique dit comme le chœur antique dans la tragédie grecque l’avancée du destin.

Jeanne vit son premier chagrin d’amour, il est violent, elle n’a jamais ressenti une telle détresse, alors c’est cela l’amour, une telle souffrance… elle se réfugie et est accueillie par l’homme dont elle sait qu’il ne la trahira jamais, son père.

Ariane la découvre le lendemain de son arrivée en pleine nuit et immédiatement ces deux jeunes femmes se parlent, l’une veut consoler et aider l’autre. C’est pour l’une et l’autre le discours sur l’amour et la perte de l’amour, discours du féminin qui est troublant et bouleversant mais qui est fort et auquel elles se sentent soumises. Il les détermine. Jeanne regarde et écoute son père, celui qui s’adresse à elle en disant « ma fille ». Lui aussi est un homme mais avec elle ce masculin-là est tendre et secourable. Ariane est dans son nouvel amour pour cet homme, à la fois séductrice et heureuse d’être aimée et choisie par lui. Alors pourquoi aller céder au désir sexuel d’un autre homme pour elle, un de ses jeunes camarades dans une passade d’un instant… C’est le mystère du féminin, grand mystère pour l’homme qui toujours soupçonne le féminin de ces conduites inconséquentes. Mystère aussi pour la femme, pour Ariane qui se fait gifler et chasser par son amant furieux, qui ne comprend pas cet affront fait à la toute-puissance phallique qu’il incarne. Jeanne elle, va retrouver son amoureux et leur idylle va reprendre magnifiée pour elle par l’instant passé auprès du père qui l’aime tant.

Quel beau film, qui donne à lire à livre ouvert le féminin toujours blessé et complexe s’affrontant à la force et à la dureté phallique.

Maria Landau

Cycle Le Féminin au Regard Qui Bat