LES ARCHIVES DU REGARD QUI BAT


Décembre 2015
Cinéma Etoile Saint-Germain-des Près
Dimanche 1décembre 2015 à 10H30
PROJECTION DU FILM
LA SAPIENZA
D'Eugène Green - France 2015
Projection suivie d'un débat avec nos invités de l'équipe du film :
Christelle Prot interprète du rôle principal et Raphaël O´Byrne directeur de la photographie 
Débat animé par : Jean-Jacques Moscovitz, Barbara HazanAnne-Marie Houdebine ...
Synopsis : À 50 ans, Alexandre a derrière lui une brillante carrière d’architecte. En proie à des doutes sur le sens de son travail et sur son mariage, il part en Italie accompagné de sa femme, avec le projet d’écrire un texte qu’il médite depuis longtemps sur l’architecte baroque Francesco Borromini. En arrivant à Stresa, sur les rives du Lac Majeur, ils font la rencontre de jeunes frère et soeur, qui donneront un tout autre tour à cette échappée italienne.
Avant propos : "...la LUMIÈRE en ces jours de novembre 2015 a failli perdre son LIEU face la détestation de l'humanité parlante. La revoilà revenue quelque peu parmi nous par les chemins de la raison et de l'art. Par la Sapienza , nom du film mais aussi nom auquel sont rattachés celui de l'Université de Latran à Rome et celui de génies comme Bernini et surtout Borromini, ces sculpteurs de la lumière dans la vie. Le cinéma est ici en plein élan de ce qu'il est. La vie des désirs petit à petit reprend grâce à ce film qui nous met dans l'ambiance du quotidien ni plus ni moins, celui d'un couple qui se renouvelle , ou celui d'un lien fraternel qui s'affranchit. L'INSPIRATION - la Sapienza- y joue un rôle d'acteur, elle a le premier rôle . Elle est reflet de l'éternité, celle présente dans l'art et que l'art de l'architecture nous laisse espérer. Claudio Monteverdi et son Magnificat nous y conduisent, les photos de Raphael O´Byrne, la belle présence de Chrystelle Prot nous redonnent les voies de la poétique qu'il nous faut retrouver aujourd'hui . Dans ces décors de l'Italie baroque, celle qui nous regarde et nous accueille. Les yeux de lumière appellent à voir ce qui ne cesse d'être de plus en plus généreux envers l'autre malgré tout. Rabelais avait-il raison - ô combien- de nous mettre en garde contre la "ruine de l'âme", celle du sujet. De l'inconscient face à la terreur. Le psychanalyste y trouve ici son dû... " J-J Moscovitz - Dernier ouvrage paru Rêver de réparer l’histoire - psychanalyse, cinéma, histoire Ed Erès 2015

Novembre 2015
Cinéma Etoile Saint-Germain-des Près
Jeudi 12 novembre 2015 à 20H30
PROJECTION DU FILM
LE FILS DE SAUL
De László Nemes - Hongrie 2015
Projection suivie d'un débat animé par Jean-Jacques Moscovitz
Avec Fred Siksou, Vannina Micheli-Rechtman, Anne-Marie Houdebine...
Synopsis : Octobre 1944, Auschwitz-Birkenau.Saul Ausländer est membre du Sonderkommando, ce groupe de prisonniers juifs isolé du reste du camp et forcé d’assister les nazis dans leur plan d’extermination. Il travaille dans l’un des crématoriums quand il découvre le cadavre d’un garçon dans les traits duquel il reconnaît son fils. Alors que le Sonderkommando prépare une révolte, il décide d’accomplir l’impossible : sauver le corps de l’enfant des flammes et lui offrir une véritable sépulture. Interdit aux moins de 12 ans 
Avant propos : De la solution finale à la Shoah, Le Fils de Saul Lde Lazslo Nemes.
 « Vaste monde libre, verras-tu un jour cette haute flamme ? (…) sache, homme libre, que c’est le feu de l’enfer, qui brûle sans cesse, consume sans cesse des êtres humains ;(…) cet enfer, qu’il brûle ici à jamais, et que soient dévorés dans les flammes ceux qui l’ont allumé.» Manuscrit de 1944 de Zalmen Gradowski in Les voix sous la cendre[1]
Le fils de Saûl de Lâszlo Nemes sorti  fin 2015 est acte de  création de cinéma, la mise en scène de la Solution Finale à Auschwitz-Birkenau. Mais pas seulement.  Le déroulé des séquences mis en fiction nous fait vivre le parcours d’un membre d’un Sonderkommando, ces groupes de « juifs du travail » qui étaient en charge de mener dans la chambre à gaz, dénudés et trompés sur leur destin imminent, les femmes, les hommes, les enfants à tuer. Un enfant en réchappe, mais il est achevé d’une piqûre de poison par un médecin nazi.
Notre héros a un nom, Saül Ausländer. Il ne peut que savoir l’existence de ce mort. Dés lors il décide coûte que coûte de  le poser sur son épaule, de ne pas l’abandonner. Littéralement. il  met sur son propre corps la charge non plus meurtrière de ce fils, de ce fils de la médiation de la vie, mais la charge du symbolique, celle de lui donner une sépulture . C’est dire que de la Solution Finale, ce film nous fait, dans un même mouvement, (re)découvrir le mot Shoah. C ’est absolument magnifique et grandiose. Car il nous donne à faire de pas avec lui. La Shoah c’est etl’effectuaton des crimes de masse et c’est aussi la sépulture de chaque victime. C’est en quoi ce film vient à notre rencontre, il y a exigence de le recevoir. De le voir. Ce fils est médiation symbolique de chacune de nos filiations de vivant aujourd’hui.  Saül, un Mensch au cœur de la fournaise, contre tous les dangers immenses qu’il encoure, donne à une vie anéantie une sépulture en dehors du camp. En dehors du monde des tueurs. C’est son acte de révolte, d’homme du combat de la vie contre la meurtre, et l’extinction de la loi comme le voulaient les nazis.
Une telle prise du symbolique, de la loi des humains, une telle accroche, est celle  du réel de notre temps. Il  s’incarne ici . Irreprésentable comme tel. L’image de cinéma, si élaborée depuis Shoah de Claude Lanzmann, donne ici sa vérité, sa limite. L’image acoustique dans le noir de l’écran, celle entendue depuis les suppliciés qui cognent contre la porte de la chambre à gaz en action, témoigne, elle aussi, tout autant que les images visuelles, de l’impossible radical de la représentation de l’horreur qui reste hors d’atteinte par nos sens. Chacun est ici responsable de ce qu’il veut savoir ou ignorer encore. Dans Shoah est filmée la Maquette du Musée d’Auschwitz-Birkenau. Nous sommes au cœur  du film : «Un lent et silencieux panoramique, sur la maquette (…) , on perçoit des femmes, des enfants, des hommes, comme des santons, comme des figurines, qui s’entassent », dévêtues, celles des suppliciés dans une hyper-représentation qui, de façon presque dérisoire, traduit notre désarroi sans fin face à la réalité de ce qui est irreprésentable. Le crime contre la vie,  la parentalité et la mort dénaturée dan la mise à mort de masse., c’est la Solution finale.  L’effet  est de plus en plus aujourd’hui de créer ces grands rêves que seul le cinéma nous offre, celui représentable  et ainsi de nous apaiser quelque peu en hissant le propre de l’humain à sa dimension de dire ce qu’il est avec et malgré ce qui a eu lieu. Nous gens de la parole, artistes, psychanalystes, penseurs, historiens, il nous faut savoir le dire aux politiques pour participer et  sortir quelque peu de notre monde de violence et de destruction.Pour cela, Laszllo Nemes  fait oeuvre de pudeur,  Ainsi, nous dit-il, il s’en tient au point de vue de Saül, ne montrant « que ce qu’il regarde, ce à quoi il fait attention ». Et Laszlo Nemes « adopte une sorte de dogme :  le film ne peut pas être beau », « le film ne peut pas être séduisant », « ne pas faire un film d’horreur », « rester avec Saül, ne pas dépasser ses capacités de vision, d’écoute, de présence », lui donner la « caméra comme compagne ». JJ Moscovitz  - Dernier ouvrage paru Rêver de réparer l’histoire -  psychanalyse, cinéma, histoire Ed Erès 2015

[1] Cest une réfrérence de Lazslo Nemes, insérée dans le dossier de presse du film,  les auteurs y sont  très présents.Sources http://www.librairie-memorialdelashoah.org/ Trad Batia Baum. Le 5 mars 1945, lors des fouilles effectuées près du crématoire III de Birkenau, on découvrit à l'intérieur d'une gourde allemande en aluminium fermée par un bouchon en métal, un carnet de 14,5 X 9,5 et portant la signature de Zalmen Gradowski.

lire ici le texte : Marceline Loridan Ivens par J-J Moscovitz


Octobre 2015
Cinéma Etoile Saint-Germain-des Près
Vendredi 16 octobre 2015 à 20H30
PROJECTION DU FILM
NI LE CIEL NI LA TERRE
De Clément Cogitore - France 2015
Projection suivie d'un débat avec Clément Cogitore
débat animé par : Jean-Jacques Moscovitz, Fred Siksou, Vannina Micheli-Rechtman, Anne-Marie Houdebine ...
Synopsis : Afghanistan 2014. A l’approche du retrait des troupes, le capitaine Antarès Bonassieu et sa section sont affectés à une mission de contrôle et de surveillance dans une vallée reculée du Wakhan, frontalière du Pakistan. Malgré la détermination d’Antarès et de ses hommes, le contrôle de ce secteur supposé calme va progressivement leur échapper. Une nuit, des soldats se mettent à disparaître mystérieusement dans la vallée.
Avant propos : « …Soudain, il manque du monde, la disparition est ici acteur, elle est mise en scène d’images, où l’invisible –très belle  invention de cinéma- est le héros de l’action. Non visible passionnément cherché,  que les outils numériques qui voient tout, la nuit, le jour, sur et sous la Terre et au Ciel , sont caduques.
Le sacré ici est hors religion, il reprend tout ce qu’il a protégé au départ,  la vie, et la mort dans leurs apparences visibles, mais aussi toute vie, tout animé. Chèvre , enfant, femme, homme sont repris dans un retour à la compacité du réel, du réel non perceptible, à l’inanimé déjà là avant toute vie animée. Freud dés 1929, le dit dans son texte Le Malaise dans le civilisation/culture en avançant Éros et Thanatos qui, imbriqués, sont  d’un fragile équilibre en faveur de la vie contre la mort.
Évoquons la disparition, la Shoah, avec  l’effacement des traces de la disparition elle-même des victimes juives. Oui  les disparus manquent, ils nous manquent.  Bien qu’ils soient inscrits das nos pensées, nos paroles, nos créations, nos corps. La mort et la vie sont depuis presque sans sacralité, mais plutôt objets distribuables, consommables…
Dans le film la sacralité fait signe, les soldats munis d’outils hyper-sophistiqués lâchant leurs armes, car les faits que ces outils leur permettaient d’appréhender ne sont plus de l'ordre d’une perception logique, centré sur un manque de savoir à combler, lesté par la loi phallique. Celle qui promeut la primauté sans nuance de la vérité sur l’indicible, de l’avoir sur l’être, sur le fait d’exister. La croyance change de but, ici . Ni le Ciel ni la Terre, nous ouvre à une perception plus intense de notre intime, prenant le pas sur le collectif, ici l'armée, en proie aux avatars des guerres du Moyen-Orient marquées d’une idéologie de fin du monde. L’intime se  sait alors proche de sa limite extrême, de son extinction irrémédiablement possible….
Une autre loi apparaît, non pas une nouvelle religion, mais bien ce qui intéresse les poètes, les artistes, les psychanalystes, non pas Rencontre du 3ème Type à la Spielberg, mais une laïcité  du sujet, non prise dans les ressorts identitaires tant meurtriers de nos jours. Qui aujourd’hui ne sont plus niés, mais bien visibles, non pas usant d’un négationnisme genre nazi, mais d’un affirmationnisme encore plus effrayant et qui laissent nos pensées et nos actes en plein désarroi. Face à quoi Ni le Ciel ni la Terre nous fait grandir ». JJ Moscovitz 

Septembre 2015
Cinéma Le Balzac
Jeudi 24 septembre 2015 à 20H30
PROJECTION DU FILM
amnesia
De Barbet Schroeder - France 2015
Projection suivie d'un débat débat avec Barbet Schroeder
Débat animé par : Jean-Jacques Moscovitz, Fred Siksou, Vannina Micheli-Rechtman, Anne-Marie Houdebine ...
Avant propos : "…Le violoncelle de Martha, l’héroïne du film, revit. Apres des années de torpeur il est à nouveau aimé. Une mélodie de Schubert rejaillit au cœur d’Amnesia, une boite techno où les corps qui dansent sont d’abord surpris, puis reprennent en intensité au rythme de ces deux genres de musique que tellement de temps sépare. Le son de l’instrument s’est inscrit dans la mémoire de la machine de Jo, le voisin de Martha. Si chargé de temps et de silence, le violoncelle revient enfin, tel un acteur dans l’actuel de la vie, de la jeunesse. Deux époques d'une même langue devenues si différentes enfin se reconnaissent. C’est de la langue allemande dont il s’agit, l’une terrible s’est fracassée en son dedans par le nazisme, l’autre tente de la réparer, de la faire renaître au grand jour et sortir de cette douleur qui attente à cette langue qui se réchauffe au soleil d’Ibiza.
Des propos s’entrecroisent où l’anglais, planétaire, langue de tous nos mondes, n’engage ici que la surface des échanges. L’espagnol joue un peu sa partie, mais c’est pour mieux préparer le retour de l’allemand. Vociféré par les ordres nazis, ici il redevient doux, il se libère de son carcan de haine et de crimes… Barbet Schroeder la met en scène dans la bouche de Martha.
Nous sommes à Ibiza, lieu du monde où elle s’est volontairement exilée après la catastrophe européenne. Peut-être pour protéger sa langue d’enfance. 
Ibiza est ce petit bout de notre Terre en pleine lumière de la Méditerranée, avec une maison puis une autre dont la blancheur séduit le spectateur. Les images par la lenteur des lieux nous charment. La suite s’appuie sur ce calme lumineux, alternant avec le sombre de l’intime du dedans des maisons. Intime qui passe si difficilement au dehors. Une rencontre se fait jour entre Jo pétillant de ses 20 ans et Martha en âge d’être sa grand-mère. Schroeder met en scène cette langue , sa « presque » langue. Il en fait un acteur qu’il dirige dans ce qui le lie à ce qu’il nous montre, nous fait parvenir à nos oreilles, la langue allemande, cet en-dessous qui chemine dans l’attrait réciproque entre Jo et Martha. 
Acteur la langue ? en effet, citons B.Schroeder (dossier de presse) : « Une phrase de Jacques Lacan dans son Discours de Tokyo en 1971 m’est restée à l’esprit : ‘’Quelle est la nature du savoir qu’il y a à parler sa langue ? rien qu’à poser cette question, cela ouvre toutes les questions. qu’est-ce que c’est savoir le japonais ? c’est quelque chose qui contient en soi un monde de choses dont on ne peut pas dire qu’on les sait tant qu’on ne peut pas arriver à l’articuler.’’ Pour cela il faut d’abord un lieu, une ile, Ibiza où mettre les pieds, son corps, son silence. Bien plus difficile est de s’inscrire dans une langue si refusée, tant abîmée du fait qu’elle a été l’instrument de La Destruction des Juifs d’Europe. L’action se passe en 1990, au moment de l’arrivée de la musique électronique qui, venue de l’Ouest a pénétré dans la vie, dans la jeunesse des pays de l’Est, et a sans doute participé à la chute du Mur de Berlin, à la réunification de l’Allemagne, la dissolution des groupes para-militaires meurtriers, issus de mai 1968, genre bande à Bader. L’émotion si forte ressentie chez le spectateur provient de la mise en scène de l’atteinte d’une langue, là où le spectateur est renvoyé à l’apparentement à sa propre langue quand il s’y est inscrit. Ici c’est l’allemand, le film tente de le re-légitimer, il le dé-confisque, il le redonne à celles et ceux qui la parlent aujourd’hui." ... J-J Moscovitz

Juin 2015
Cinéma Etoile Pagode
Lundi 9 juin 2015 à 20H30
PROJECTION DU FILM
Trois souvenirs de ma jeunesse
De Arnaud Desplechin - France 2015
Projection suivie d'une rencontre débat avec Arnaud Desplechin
Débat animé par : Jean-Jacques Moscovitz, Fred Siksou, Vannina Micheli-Rechtman...
Avant propos : « …L'amour a lieu, il a eu lieu, il aura lieu au delà du cut final. Avant, d’’où vient-il ? il était une fois Dédalus et …Dédalia qui se conjuguaient , elle au présent plus que présent, lui dans le passé, et ausii le futur… Le temporel, serait il si différent entre la fille et le garçon ? l’amour questionne lui-même sa propre auto-certitude, où l’un est pour l’autre son double, en face, son autre sexe. Le déroulé des images magnifiques du corps d’Esther, qui un jour parlera au cœur de son désarroi. 
L'amour s'écrit, se dit, se filme, s’écoute, se suppose, se fait. « il « n'est jamais ça. Il échappe aux partenaires se croyant auteurs de ce qu’il leur arrive. Que se passe-t-il dans la tête, au fond du dedans, et de s’en rapprocher de trop près, c’est dejà dehors. L’amour est en exil de lui-même, c ‘est incarné dans le film. 
Amour du corps, amour du nom s’enchevêtrent, ils incarnent l’’exil… dont le signifiant est « passeport ». Dans le film ce sont les frontières de l’URSS avant sa chute. « Passeport » ici devient objet, un objet acteur, il sauve une famille juive, il est dédié aux souvenirs, il scande la jeunesse, la vie toujours commençante. Film sur l’amour toujours au bord de sa perte pour reprendre aussitôt… infini, malgré les trahisons. « Trois souvenirs de ma jeunesse » est un miroir en lutte avec Aragon et sa complainte sur « la vie est un étrange et douloureux divorce, il n'y a pas d'amour heureux ». La vie roule à l’amour, c’est son essence pure, explosive. Une Esther, nom d’étoile, notre héroïne, vient de là. Les femmes seraient-elles (presque) chacune une Esther ?…Dans le film sa vie s’insére dans un long….dédale tranquille, celui d’un Paul, ce Dibbouk porteur des joyaux de l’attachement éternel… il y découvre sa féminité d’homme, grâce à son Esther qu’il savoure dans leurs corps à corps et aussi par l’écrit, la lettre d’amour, si proche de l’âme des amants .  Vive le cinéma qui nous montre des gens pas comme soi, même s’ils sont tout près…et qui nous font aimer notre histoire, notre jeunesse, et mieux être dans notre actuel »… J-J Moscovitz - 
"Hypothèse Amour" de J-J Moscovitz à lire également ici

Mai 2015
Cinéma Etoile Pagode
Lundi 18 mai 2015 à 20H15
PROJECTION DU FILM
Le Labyrinthe du silence
De Giulio Ricciarelli - Allemagne 2015
Projection suivie d'un débat animé par : Jean-Jacques Moscovitz, Fred Siksou, Vannina Micheli-Rechtman, Anne-Marie Houdebine ...
Synopsis : Allemagne 1958 : un jeune procureur découvre des pièces essentielles permettant l’ouverture d’un procès contre d’anciens SS ayant servi à Auschwitz. Mais il doit faire face à de nombreuses hostilités dans cette Allemagne d’après-guerre. Déterminé, il fera tout pour que les allemands ne fuient pas leur passé.
Avant propos : " …." Quand le grand Procès d'Auschwitz débuta à Francfort en 1964, je rompis un silence de 20 ans… ". Voilà la toute première phrase de Par delà le Crime et du Châtiment, essai pour surmonter l’insurmontable de Jean Améry[1], « premier essai, dit il , relatant mes expériences vécues pendant le troisième Reich » . Il fut torturé avant d'être envoyé à Auschwitz. Le film Le Labyrinthe du silence est le lieu et la date (1959-64) où se passe l’action : enquêter et juger des exécuteurs dans leurs actions de tortures et de meurtres de juifs. Face au seul titre de cet immense ouvrage la justice d’aujourd’hui est ici convoquée à la barre de la parole des hommes. Voilà son « Par delà…». il est index de notre actuel d’êtres parlants, de spectateurs. Après les crimes. Même si c’est en vain, nous sommes face aux silenciations qui encombrent nos esprits, notre goût de vivre et d’aimer. 
Ce film et d’autres aussi, quelles que soient leurs qualités filmiques, nous placent de nos jours et depuis les Procès de Nuremberg devant la rencontre du Droit, avec Béate et Serge Klarsfeld, de l’Histoire avec Raûl Hilberg, avec Annette Wieviorka, de l’Art avec Shoah de Lanzmann (1985), de The Memory of justice de Marcel Ophuls (1976), de la Littérature avec Kertesz, Améry, Primo Levi, et aussi de la Psychanalyse avec les travaux d’Anne-Lise Stern : Le savoir-déporté, Camps, Histoire, Psychanalyse Poche –2007 
Cette rencontre est, pour le dire avec Freud , Gestigkeit, un progrès de la vie de esprit face au vacarme du monde. 
Ainsi Améry avance-t-il : « Comment, au fond, suis-je arrivé à ne parler de la torture que dans le contexte du Troisième Reich ? Sans doute parce que je l'ai endurée moi-même à l'ombre des ailes pleinement déployées de ce grand oiseau de proie. Mais ce n'est pas seulement pour cela : c'est aussi parce qu'en dehors de toute expérience personnelle, je suis convaincu que pour le Troisième Reich la torture n'était pas un accident : elle en était l'essence même ». Depuis son expérience singulière, le propos oriente vers la dimension du collectif, qui rendrait les exécuteurs irresponsables … D'où la difficulté de juger des assassins qui ont agi sur ordre. ils étaient des soldats, c’est dit dans le film. 70 ans après, mensonge et vérité sont toujours au coude à coude . 
Serait ce aujourd’hui une levée des ignorances construites et de leurs tortueuses impasses ? Les allemands par leur cinéma, ici de fiction, avec des héros bien Hollywoodiens, invitent les spectateurs à se regarder en face de plus en plus face aux générations qui arrivent. Le labyrinthe évoque Phoenix, film de 2014, de Christian Pesold, où il s’agit du retour imprévu d’Auschwitz d’une femme dont le mari non juif veut hériter de sa fortune, "estimant" qu’elle ne reviendra pas du camp. Au moment de sa sortie, elle a été torturée par un gardien nazi, et son beau visage d’actrice a été ravagé et l’empêche quelque temps d’être reconnaissable. L’action incarne la cicatrice irréparable entre juifs et allemands, métaphore de l’anéantissement de la culture judéo-allemande dans les camps de la mort . Dans Le Labyrinthe, un père de deux jumelles et sa femme sont sur la rampe d’arrivée à Auschwitz, il décrit la présence du fameux bourreau médecin Mengele qui "apprécie" longuement ces enfants pour les utiliser dans de cruelles expériences pseudo scientifiques. 
Un documentaire de cinéma, plus que la fiction permettrait un dépliage de la parole du témoin plus décisive encore pour que le spectateur soit face aux actes jamais égalés d’enlaidissement de la vie à ce point. De la vie et de la mort aussi, celle donnée par les SS qui manient le Zyklon B pour tuer des juifs dans la chambre à gaz . Oui, les tortionnaires "par essence", par nature sont le nazisme même. Le labyrinthe montre cet enténèbrement où voudraient nous enfermer de tels bourreaux, par un masquage après les faits. Fin des années 50 en RFA, le voile si épais sur leur crimes au point d’effacer le voile lui-même, aurait il commencé à se lever. 
De tels films indiquent combien les Allemands veulent voir la justice triompher, Le labyrinthe du silence met en scène les enquêtes en vue du Procès de Francfort afin qu’une satisfaction morale ait lieu enfin. Et ce malgré l'aspect cinématographique quelque peu maladroit puisque les héros sont plutôt hollywoodiens et positifs, happy end included. En fait, le Procureur Fritz Bauer[2], initiateur principal du Procès, énonce que "la trop grande publicité" accordée au procès fut responsable de l'échec de celui-ci. Selon lui, les médias dépeignaient, a priori, l'ensemble des prévenus comme étant des monstres effrayants, ce qui permit au peuple allemand de prendre ses distances face à ses responsabilité et culpabilité morale vis-à-vis de ce qui s'était déroulé à Auschwitz et qui n'était plus présenté que comme le fait d'un très petit nombre d'individus qui n'étaient pas des allemands "normaux". Plus encore, le fait que la loi allemande ne permette pas de poursuivre pour meurtre les crimes commis en application des ordres reçus semblait, pour Bauer, venir légitimer la politique génocidaire des Nazis. Il écrivit plus tard que cette situation a nourri le fantasme d'un très petit nombre d'individus [ayant agi selon leur propre chef ndlr] réellement coupables face à l'immense majorité de ceux qui ont agit sous la contrainte et contrairement à leur vraie nature, comme si l'Allemagne, durant ces années, avait été sous domination nazie et n'ayant d'autre choix que d'appliquer ces ordres. Or, conclut-il, "ceci n'a pas grand chose à voir avec la réalité historique. Il y avait de virulents nationalistes, impérialistes, antisémites et haineux à l'égard des Juifs . Sans ceux-ci, Hitler aurait été impensable". Bien que nous ne soyons pas amenés à considérer que la sanction soit l'essentiel mais que l'essentiel est que des mots soient enfin mis sur des crimes qui restaient cachés : ceux de la Solution Finale. Les cicatrices peuvent-elles se refermer ? guérir ? d’en rêver[3]…. peut-être….Rien n'est moins sûr. Avec Le Labyrinthe du silence les protagonistes sont entraînés dans la tourmente entre vérité et savoir, entre dire ou taire, entre protéger les criminels, entre ne pas savoir, et les dévoiler au risque de ne pas même le supporter. En tout cas il s'agit de ne pas laisser aux criminels toute leur part de jouissance insoumise à la représentation mentale, à l'intelligence juridique. À la justice. Il nous faut à travers ses films en accepter l'enjeu : sortir la victime, tuée dans les camps sous la torture, pour les sortir du monde du bourreau et du criminel. Afin que leur mort, ce qu'ils ont subi, leur appartiennent en propre. Pour chacun de nous , il nous faut sortir du silence, malgré l’insupportable." JJM
[1] Ed originale 1966/77 et depuis l’allemand par F.Wuilmart, chez Actes Sud/Babel (1995) 
[2]http://fr.wikipedia.org/wiki/Proc%C3%A8s_de_Francfort autres sources 
http://alencontre.org/europe/allemagne/il-y-a-50-ans-le-proces-de-francfort-auschwitz.html 
[3] Rêver de réparer l’histoire, de Jean-Jacques Moscovitz, éd. Eres, janvier 2015

Avril 2015
Cinéma Etoile Pagode
Dimanche 12 avril 2015 à 10H30
PROJECTION DU FILM
COMING HOME
De Zhang Yimou- Chine 2014
Projection suivie d'un débat animé par : 
Daniel Friedman, Michel Guibal, Jean-Jacques Moscovitz, Fred Siksou, Vannina Micheli-Rechtman, Anne-Marie Houdebine ...
Synopsis : Lu Yanshi, prisonnier politique, est libéré à la fin de la Révolution Culturelle. Lorsqu’il rentre chez lui, il découvre que sa femme souffre d’amnésie. Elle ne le reconnait pas et chaque jour, elle attend le retour de son mari, sans comprendre qu’il est à ses cotés
Avant propos : « …Feng Wanuy !, Feng Wanuy !, un nom de multiples fois se fait entendre de la voix puissante de Lu Yanshi, c’est celui de sa femme…   Hurlé aux yeux du monde…dans une immense scène de cinéma où le collectif résonne à L'INFINI. Ce nom appelle, appelle encore en pleine gare, devant le peuple , tout le peuple. Elle l’a vu, elle va le retrouver, il s‘est évadé pour la revoir. Le couple va exister à nouveau.  L’amour, le grand, ne leur est pas étranger. Et pourtant il est interdit par la Révolution Culturelle de Mao -Tsé -Tung. Qui a exterminé les moineaux qui gênaient les agriculteurs…. Les vermisseaux ont alors fait disparaître les abeilles, entravant gravement la pollinisation, ce signifiant de l’Amour dans la Nature…. Les gardes rouges s’extirpent du peuple si abondant , s’emparent de l’homme, magnifié par ses sentiments que filme intensément la caméra  de Zhang Yimou . …Dés lors FENG VANUY subit un retranchement brutal de la réalité à laquelle elle vient de participer…Une forclusion se construit en elle, QUI efface le visage de son mari…  SEUL subsiste l’infini de son amour pour lui…Toute son existence de femme lui est consacrée, éperdument, à fonds perdu ….Sa propre vie devient attendre, l’attente est son objet, elle l’a hissée au  niveau du sublime, contre la trahison de  l’humain…Un tel retrait actif de la réalité protège son amour et aussi son mari. Le temps s’est arrêté au moment de la fuite de son  homme. Une fois libéré, son Coming Home reste  impossible malgré les nombreuses et magnifiques lettres qu’il lui a envoyées de son lieu d’internement. Aucune reconnaissance ne s’évoque, et en appelle –oui- dans le film à la psychanalyse française : un refus acharné d’accéder à « un déjà vu »  (sic), s’instaure…. Elle ne sait pas voir Lu Yanshi.  Le collectif a brisé  chez cette femme toute possibilité de vivre la présence physique de l’être aimé.. Seule son absence intime forte comme la vie persiste…. Attendre pour toujours, inlassable…. ». JJM

Mars 2015
Cinéma Etoile Pagode
Mardi 10 mars 2015 à 20H15
PROJECTION DU FILM
BIRDMAN
De Alejandro González Iñárritu - USA 2015
Projection suivie d'un débat animé par : Jean-Jacques Moscovitz, Fred Siksou, Vannina Micheli-Rechtman, Anne-Marie Houdebine ...
Synopsis : À l’époque où il incarnait un célèbre super-héros, Riggan Thomson était mondialement connu. Mais de cette célébrité il ne reste plus grand-chose, et il tente aujourd’hui de monter une pièce de théâtre à Broadway dans l’espoir de renouer avec sa gloire perdue. Durant les quelques jours qui précèdent la première, il va devoir tout affronter : sa famille et ses proches, son passé, ses rêves et son ego…S’il s’en sort, le rideau a une chance de s’ouvrir...
Avant propos : Rencontre des désirs du père et de sa fille. Voler, dans les airs, voler dans la ville… « Les ailes du désir ». Arrêt du temps…où onirisme et amour se déguisent en une gestuelle violente entre « Vérité ou Action ». Désir d’acteur, mais l’héroïne, elle, dans la vraie vie, elle aime l'homme qui aime son père. Le social de la Cité se meut dans le microcosme des coulisses où le succès se fait et se défait a volo. Voguer pas sans du corps, du slip…. ! Ça sent le slip dit le héros au cours de séances de méditation….
Film à l'américaine où le semblant, celui qui dit la vie, est mis en scène entre théâtre et cinéma. Chacun veut rester grand enfant content… L'histoire suit l'amour, cet oiseau qui, comme dans Black Swan de Darren Aronofsky inscrit ses plumes humaines dans le dos, dans le passé…. Et rendre le rêve léger. C’est aussi l’Oiseau en Croix, nos Superman, Batman, Spiderman, ces crucifix des temps modernes qui bénissent nos villes en images de blockbuster movie… Et où les objets se font acteurs, le revolver comme dans Babel, et dans Birdman c’est le slip… « Dans » lequel et pour rêver le monde, et  le jouer sur scène, l'acteur principal se retrouve coincé « dans » la rue. Dans les coulisses, la cuisine, objet en place d’acteur avec son frigidaire, signe de la victoire de la civilisation en pays chauds, le Mexique d’IñárrituQui n'a pas dans sa vie désiré la certitude d'être aimé pour ce qu’il est ? ou alors de ne pas exister ? En homme oiseau ? Héros moderne égaré survolant pas tant l'argent et les femmes, mais le succès comme tel, celui qui hurle les limites de notre angélisme actuel dans la violence et la solitude de notre intime noyé dans un collectif qui ne sait plus nous protéger…. » JJM

Février 2015
Cinéma Etoile Pagode
Mardi 3 février 2015 A 20H30
EN AVANT PREMIÈRE
PROJECTION DU FILM
L'ANTIQUAIRE
De François Margolin
Projection suivie d'un débat avec François Margolin et Anna Sigalevitch
Débat animé par : Jean-Jacques Moscovitz, Fred Siksou, Vannina Micheli-Rechtman, Maria Landau ...
Synopsis : Esther, jeune femme de 30 ans, part à la recherche de la collection de tableaux volés à sa famille, juive, pendant la Guerre. En cours de route, tout en mettant à jour des secrets de famille profondément enfouis, elle redécouvre son père.
Avant propos : " ... la si darem la mano... Mozart, sa musique nous annoncent l'amour et sa beauté. Amour et beauté de ce qui a pour nom vérité. Les images de Paris, des visages, des objets hors du temps et de la mémoire. Qui pourtant nous enchantent. On veut qu'ils s'orientent vers le présent. Ce sont des objets de valeur , des tableaux mis en scène comme des acteurs vivants aujourd'hui. Vérité en recherche, à dire, la trouver, la cerner dans ses méandres et dans la pire de la laideur. Et du mensonge qui est le signe même de ce qui s'est passé. Où a lieu la spoliation de biens par l'occupant mais aussi ...par des proches , sur fond de nazisme, de haine et de destruction. Laideur du monde qui côtoie des belles amours d'antan entre de magnifiques amants. Mémoire individuelle conflictuelle et histoire collective rompue se nouent si fortement qu'elles se retrouvent confondues entre passé et présent, tous deux quasi déjà archivées de nos jours, rendus presque identiques dans l'actuel. Négation de la transmission entre générations. Une femme veut savoir la vérité brisée , elle la répare . Il lui faut, complexe d'Oedipe oblige, faire de son père un père qui en soit un. C'est son désir le plus cher. Réparer la filiation en voie de se dissoudre. C'est comme un rêve, c'est un film. Index de ne pas lâcher contre l'adversité, la destruction, celle qui a eu lieu début janvier 2015. ..." .JJM

Janvier 2015
Cinéma Etoile Pagode
Dimanche 11 janvier 2015 A 10H30
PROJECTION DU FILM
Sils Maria
De Olivier Assayas
Projection suivie d'un débat animé par : Vannina Micheli-Rechtman, Jean-Jacques Moscovitz, Fred Siksou, Anne-Marie Houdebine
synopsis : À dix-huit ans, Maria Enders a connu le succès au théâtre en incarnant Sigrid, jeune fille ambitieuse et au charme trouble qui conduit au suicide une femme plus mûre, Helena. Vingt ans plus tard on lui propose de reprendre cette pièce, mais cette fois de l'autre côté du miroir, dans le rôle d'Helena...
avant-propos : Le dernier film d’Olivier Assayas, Sils Maria, est un grand film tout en élégance avec une mise en scène riche et fluide, qui a obtenu le prix Louis Delluc cette année. Ce film est construit autour de questionnements profonds, de sensations riches, de comédie acerbe et de souffrance intime.
Inspiré de All about Eve de Joseph L. Mankiewicz, Sils Maria confronte une star du cinéma arrivée au sommet de sa carrière (Juliette Binoche) à deux personnages féminins beaucoup plus jeunes, qui ont l’avenir devant elles : son assistante, interprétée par Kirsten Stewart, armée constamment de deux téléphones cellulaires gérant avec une brutalité indifférente son emploi du temps, et une jeune comédienne provocatrice, jouée par Chloë Grace Moretz, une étoile montante hollywoodienne, aussi célèbre pour ses rôles dans des films de super-héros que pour ses frasques mises en scène dans les médias. La partie centrale du film est occupée par un duo de femmes, deux actrices remarquables, Juliette Binoche et Kirsten Stewart, une actrice réticente et une assistante ambivalente, qui nous donne à penser sur le féminin et fait écho à notre questionnement à l’origine de notre ouvrage collectif « Du cinéma à la psychanalyse, le féminin interrogé » collection Cinéma, Image et psychanalyse, ed. Erès, 2014. Comment une actrice peut appréhender ce passage à l’age mûr ? Comment son assistante, une femme plus jeune, peut pousser cette actrice dans ses retranchements pour ensuite en retour recevoir les humeurs massacrantes qu’elle a suscitées ? Comment l’illusion et la réalité se retrouvent dans les coulisses du spectacle?... Vannina Micheli-Rechtman

Décembre 2014

Cinéma Saint-André des Arts
Dimanche 14 décembre 2014 A 11H30
PROJECTION DU FILM
Nymphomaniac - Volume 2
De Lars von Trier
Interdit aux moins de 18 ans

Débat animé par : Jean-Louis Poitevin, Jean-Jacques Moscovitz, Fred Siksou, Vannina Micheli-Rechtman, Maria Landau, Anne-Marie Houdebine,...

avant-propos : Après une enfance et une adolescence axée sur la recherche non tant du plaisir pour le plaisir que sur la tentative de vivre ce que son corps lui « demande », étant entendu qu’elle a découvert l’orgasme comme puissance de dissociation et qu’elle pratique le sexe comme une chasse, elle se trouve prise entre compulsion du nombre et unité de la perception générale en ce sens je n’ai qu’un seul amant). Après avoir connu une sexualité liée enfin à l’amour, un jour elle découvre atterrée qu’elle ne sent plus rien. l’absence d’orgasme ouvre une brèche dans laquelle elle se lance à corps perdu. C’est là que s’ouvre N II.
La situation du film est la même que dans la première partie. Ayant été recueillie par un homme après s’être fait tabasser, à la demande de celui-ci, elle continue donc de lui raconter sa vie. Assise dans un lit en pyjama, elle fait défiler pour lui les éléments les aspects et les moments clé de sa vie relatifs à cette quête obsédante d’une compréhension de ce qui lui arrive ou lui incombe. Car cette nymphomanie, elle la vit comme une question, la question, celle qui est au cœur de toute s les pratiques humaines. Nymphomaniac est un film proposant une lecture de notre monde à partir du prisme de cette question centrale portant sur le rôle de la sexualité dans notre manière d’avoir agencé vérité et mensonges, déni et aveux, souffrance et joie, soumission et liberté. Ce film pose la question du mal et cherche à comprendre comment au moyen de la dimension incontrôlable de cette « pulsion sexuelle » qui meut chacun, on peut à la fois repérer les figures de l’hypocrisie, de la soumission, comprendre ce qui fait la force d’un dictateur, cerner les mensonges de la religion, bref c’est un « crible » parfait pour établir un diagnostic de la situation morale mentale de la société qui est la nôtre. En ce sens c’est un film politique. Mais c’est aussi un film sur notre rapport à notre corps, sur cette « dissociation » dans laquelle nous vivons et que nous ne parvenons pas à appréhender et qui est en quelque sorte la source de l’entrelacement des figures du mal au fondement de notre culture, comme par exemple le sadisme de la via dolorosa et l’impossibilité où nous sommes de penser, ou du moins de vivre la joie. Jean-Louis Poitevin

"Mal" 
s'écrit ici avec des guillemets car le mal comme le bien ne sont pas dans la nature ( Spinoza, Kant). Ils sont des effets de discours. La sexualité clivée du social où elle s'accomplit devient le mal car non cadrée par les signifiants . L'absence de " social" chez héroïne du film, de ce qui met des limites et rend la jouissance interdite parfois , et bien chez elle cette absence de limites la rend frigide . Elle se socialise alors à l'excès. ••• 
Les images impromptues du léopard ou du chat ou de la grenouille, comme la corde entre les jambes sont issus de la Nature du fait que l'homme est un être parlant, qui nomme tous les animaux et un par un , en ayant forniqué avec chacun comme Adam. L'héroïne voudrait ainsi être de cette nature nommée femme en observance du code masculin. Elle fait l'amour avec tous un par un à l'instar d'Adam qui, lui, agit son désir par l'acte de nommer chacune des créatures en jouissant d'elles . Et un jour la femme est nommée par lui. Et ça le nomme alors Homme. Arrêt de faire série des vivants puisque chacun a reçu son nom. Et elle, en miroir , elle, elle s'arrête de baiser tous les hommes . La frigidité un temps l'humanise d'autant qu'elle est devenue de plus en plus un être parlant avec cet homme sage qui l'écoute vraiment. Rien de plus grave qu'il tente son coup avec elle.. Elle ne peut que le tuer vraiment. J-J M.

Décembre 2014

Cinéma Saint-André des Arts
Dimanche 7 décembre 2014 A 11H30
PROJECTION DU FILM
MOMMY
De Xavier Dolan
Projection suivie d'un débat avec notre invité Patrick Landman
Débat animé par : Jean-Jacques Moscovitz, Maria Landau, Fred Siksou, Anne-Marie Houdebine...
synopsis : Une veuve mono-parentale hérite de la garde de son fils, un adolescent TDAH impulsif et violent. Au coeur de leurs emportements et difficultés, ils tentent de joindre les deux bouts, notamment grâce à l’aide inattendue de l’énigmatique voisine d’en face, Kyla. Tous les trois, ils retrouvent une forme d’équilibre et, bientôt, d’espoir.
avant-propos : "...un enfant hyperactif** /hyper doué. Le jeu de la caméra en témoigne, lui-même hyperactif et hyper doué. L'écran se rétrécit à un carré. Il n'est plus rectangle pendant de longs moments du film, il s'agrandit puis reste cfait arré à nouveau. Il pointe le sujet de l'inconscient qui habite le héros du film. A l'enfant hyper actif, il faut lui rétrécir son monde, l'enfermer. Lui, il veut s'en extraire. A un moment donné, il écarte l'écran de cinéma, il se fait de la place, l’écran est rectangle...un temps. Le spectateur pris jusqu'alors dans un vécu d'étouffement, respire mieux des lors que l'écran s'agrandit. Le héros est en place d'organe d'activité de sa mère folle. Pleine de botox et souriante sans cesse, parlant à son enfant jeune ado comme s'il avait six mois, dans un langage bébé. Il se met à hurler sur elle. il bouscule les limites d'être l'organe, l'objet hyperactif de sa mère . Et elle ne peut faire autrement que de le partager avec sa voisine. Une chance pour lui ?
Dans une fort belle ambiance d’amitié homosexuelle féminine, l'enfant est pris dans l'étau d'amour des deux femmes. Elles veulent faire son bonheur. Elles tolèrent toutes ses frasques. En skateboard, il occupe la route, empêchant dangereusement les automobilistes de le dépasser. Du père est là invoqué. En vain. Face a un délit grave de son fils sa mère use de la loi à sa façon, elle le fait interner en asile psychiatrique. Il est interdit d'elle. Elle, elle éteint alors toute la lumière de son visage. Formidable geste cinématographique du metteur en scène où s'instaure l'urgence "hyper active"en effet d'un compte à réguler entre enfants et parents. Là où toute dimension du père est rendue caduque, absente, anéantie. Un instant "du père" surgit, mais la mère gifle cet homme parce qu'il venait de gifler (un peu) son fils, qu'il allait peut être adopter. Dès lors cette mére-là réoccupe toutes les places pour jouir à mort du phallus-fils, y compris du manque et de ce qui le masque.. Immense bravo pour ce film de cinéma , et ses images très vivantes de conflits familiaux si fréquents dans notre actuel...". Cf. l'ouvrage de Patrick Landman :  « TDAH : Invention d’une maladie », à paraître en févirer 2015, Ed. Albin-Michel. Cf ici le lien d’un des ses articles « Les biais incontournables … » . Le courant pédo-psychiâtrique qui se veut scientifique en prônant le TDAH et les thérapeutiques qui en découlent, ne fait que nous mener à un risque d’entènébrement progressif dans l’approche singulière du malade face à sa maladie. Ne serait-ce qu’à employer des acronymes et sigles genre TDAH, DSM, MHD, AVE… ; la siglaison ainsi utilisée indique assez combien dans un telle abord médical des troubles psychiques, il est accordé beaucoup plus d’importance à la maîtrise des symptômes qu’à leur écoute. Le collectif, la politique de santé doivent garder la main sur le sujet et l’inconscient individuel."   JJM
 ** Hyperactif est un terme qui fait partie des Troubles déficitaires de l’attention avec ou sans hyperactivité. L’acronyme en est TDAH . 

Octobre 2014

Cinéma Etoile Pagode
DIMANCHE 26 OCTOBRE 2014 A 10H30
PROJECTION DU FILM
La Vénus à la fourrure
De Roman Polanski
PROJECTION SUIVIE D'UN DÉBAT AVEC MATHIEU AMALRIC
Débat animé par : Jean-Jacques Moscovitz, Fred Siksou, Vannina Micheli-Rechtman, Anne-Marie Houdebine, Barbara Didier-Hazan,...
synopsis : Seul dans un théâtre parisien après une journée passée à auditionner des comédiennes pour la pièce qu’il s’apprête à mettre en scène, Thomas se lamente au téléphone sur la piètre performance des candidates. Pas une n’a l’envergure requise pour tenir le rôle principal et il se prépare à partir lorsque Vanda surgit, véritable tourbillon d’énergie aussi débridée que délurée. Vanda incarne tout ce que Thomas déteste. Elle est vulgaire, écervelée, et ne reculerait devant rien pour obtenir le rôle. Mais un peu contraint et forcé, Thomas la laisse tenter sa chance et c’est avec stupéfaction qu’il voit Vanda se métamorphoser. Non seulement elle s’est procuré des accessoires et des costumes, mais elle comprend parfaitement le personnage (dont elle porte par ailleurs le prénom) et connaît toutes les répliques par cœur. Alors que l’« audition » se prolonge et redouble d’intensité, l’attraction de Thomas se mue en obsession…
avant-propos « … La force du désir dans ce film bouscule très intensément le Moi qui le porte au point d’en appeler à un Antre qui tienne. C’est dit/écrit dans le film : «… Et le tout puissant le frappa et le livra aux mains d’une femme ». 
C’est le comble d’une situation où les désirs s'inter-changent entre l'homme devenu esclave et celle qui, jouée par l'homme, le soumet à son désir de femme. En fin de partie, elle le rend ainsi plus esclave encore une fois qu’elle est elle-même jouée par l'homme. La femme pour lui incarne beaucoup mieux combien l'homme incarnerait la femme. Et ainsi de suite… Fémininmasculin s’emboîte en des images où ce sont les acteurs qui font le film. C’est eux qui jouent pour nous montrer le poids de nos désirs. ils sont dirigés vers nous. Les acteurs jouant nos désirs sont créés dans des personnages qui eux sauraient ce qu’ils veulent. Ce savoir qui est le leur s’incarne dans le manuscrit du scénario. Tout comme dans The Ghost Writter(2011), où un scribe suit le fil du récit filmique qui s’écrit devant nous, avec nous, ici le texte de The Venus in Fur, est acteur, il est un objet joué tout comme la Fourrure dans le livre de Masoch emmitouflant Severin le héros quand il avait 12 ans et le fige pour toujours dans son fantasme en place d’épitaphe. 
C’est le talent immense de Polanski qui laisse à la femme juste le temps d'un éclair, celui du semblant de désir, pour se défaire d'être soi-disant à la hauteur de son âme de femme. Le mystère de l’âme féminine garde ici toute sa fraîcheur, sa violence, sa séduction . S’ouvre ici le chemin d’une relecture actuelle du livre de Sacher Léopold Masoch …. » J-J M

Septembre 2014

Cinéma Etoile Pagode
DIMANCHE 14 SEPTEMBRE 2014 A 10H30
PROJECTION DU FILM
LE PROCÈS DE VIVIANE AMSALEM
dShlomi & Ronit Elkabetz
PROJECTION SUIVIE D'UN DÉBAT AVEC MADAME LE RABBIN DELPHINE HORVILLEUR
Débat animé par : Jean-Jacques Moscovitz, Fred Siksou, Anne-Marie Houdebine, Barbara Didier-Hazan, Jeanne-Claire Adida...
avant-propos : « …Le Procès… montre un excès de loi en vigueur dans un usage à la lettre des règles rabbiniques concernant la politique du mariage. Surtout cet excès atteint un seuil exorbitant lorsque chez l’épouse survient le désir de divorcer. Le droit religieux dépasse ici la religion dont il a la charge. Il  exerce légalement son pouvoir en s’appropriant  tout ou presque de l’intime d’un sujet. Sa naissance, sa mort, son origine, son nom reconnu par son alliance à la communauté sont prescrits par son lien identitaire. C‘est évidemment par l’acceptation individuelle mue par le collectif parental et rabbinique que le communautaire se constitue. Ce film en est un exemple caricatural. Il n’est en rien généralisable en Israël . Nombre de couples vivant religieusement  divorcent selon leurs lois sans que cela prenne la teneur des images que l’on voit dans Le Procès. L’excès de loi reste possible encore aujourd’hui mais son application est devenue  le plus souvent« moderne », acceptable. La tenue magnifique des acteurs dans cette salle de tribunal des plus austères se fait par la parole et par l’intensité du respect entre les personnages. La parole, ses silences sont le décor du film. Les propos échangés sont en place d’acteurs qui illuminent tout spectateur.. Ce n’est pas en effet seulement de loi juive et de  condition de vie conjugale en Israël dont il s’agit. C’est le statut du tiers social qui ici  par son abus hors limites est maltraitant dés lors qu’il se retourne contre l’intérêt du couple et de la famille. Commençons par balayer devant notre porte pour ne pas oublier top vite le nombre de femmes battues et tuées sous notre climat d’un conjugo soi-disant plus « tempéré » et laïque. N’allons pas non plus fermer les yeux sur la place de la femme sous le joug plus que cruel de pas mal de pays arabo-musulmans, ou encore en Inde … Pourtant  le tiers, la loi , le social indiquent comment  tenir une  place de citoyen  responsable. Ils permettent souvent d’alléger le jour à jour de la vie de famille. A la lumière de ce film on se demande si ce couple est uni ou désuni pour et par lui-même ou plutôt pour et par un exercice  religieux trop investi au delà de toutes limites. Il provoque une impossibilité de s’aimer, de se parler, de vivre ensemble . Le mur de silence entre mari et femme n’a d’égal que celui de la justice d'un tribunal rabbinique officiel qui ne fait qu’empirer le trouble qu’il ne cesse d’engendrer dans le social. La révolte insensée de l’héroïne redonnera-t-elle  du désir à ces hommes barbus bardés de leur superbe ? C’est cette révolte même contre le refus acharné  et dérisoire du féminin que met en scène  Le Procès de Viviane Amsallem… » . C’est un écho brûlant de celle phrase de Simone de Beauvoir dans« Le Deuxième Sexe » en 1949 : « On ne naît pas femme, on le devient ».On ne nait pas juif, on le devient sans cesse, ajouterons-nous…. Nous sommes avec ce film en plein accord avec les données de Freud et de Lacan. La femme n'est pas l'incarnation d'une essence féminine, il n’y a pas d’universel féminin contrairement à ce que fait entendre le discours masculin. Le masculin voudrait que Viviane, une femme parmi d’autres, soit (comme) toutes les femmes, un non sujet, un être invariant de toute éternité, bref, sans inconscient…» J-J.M

Juin 2014

Cinéma Etoile Pagode
DIMANCHE 22 JUIN 2014 A 10H30
PROJECTION DU FILM
MÉDÉE
de PIER PAOLO PASOLINI
Projection suivie d’un débat animé par : Jean-Jacques Moscovitz, Fred Siksou, Anne-Marie Houdebine, Barbara Didier-Hazan, Vannina Micheli-Rechtman...
synopsis : Médée la magicienne, fille du roi de Colchide, voit arriver sur sa terre le prince Jason venu enlever la Toison d’Or, l’idole de son peuple. Tombée folle amoureuse du jeune Grec, elle trahit sa famille et son pays en dérobant pour lui la Toison d’Or et s’exile à ses côtés. Des années plus tard, alors qu’elle lui a donné deux enfants, l’homme pour qui elle a tout abandonné se détourne d’elle pour une femme plus jeune…
avant-propos : « …le Bélier à la toison d’or, divin, sacré, du lointain pays de Colchide, en évoque un autre, biblique, celui qui sera brûlé sur l’autel à la place d’Isaac et signe l’arrêt du sacrifice de l’enfant. Lié aussi à l’Œdipe à l’évidence. Où le spectateur, l’analyste ou non, tend l’oreille aux silences des « choses » que Pasolini filme, ceux que la magie sait, mais que le discours des religions, déjà en Grèce antique à Corinthe, ne sauront plus comprendre sinon à les décrire et ce sera la science. 
Le monde de Médée va sans les mots, ou si rares au point que la terre, celle des pierres, la lumière, celle du vent sont entendues, invoquées. Oui les choses d’abord, puis de la parole. …Pasolini avec sa Medea, ici Maria Callas , convoque la mère ancestrale, archaïque celle qui sourd, incandescente en chacun de nous. Celle qui, voulant garder son enfant pour toujours en elle, en appelle à sa mort, elle la crie jusqu’aux cieux,si proches, à son dieu, le soleil. Immenses envolées d’images dans ce film, où Médée crie combien la femme en elle n’en ressortira pas vaincue pour l’éternité. Voilà la femme fatale, la jalouse, la vengeresse où la loi devient crime par le feu et la chair si quelque père n’en proclame pas l’arrêt. Jazon ? Le centaure qui est « ni père ni mère » récite le monde entre pensées en devenir et les choses qui nous gouvernent. La femme fatale plie Jazon à sa « barbarie », à son avant la parole, là où les sépultures n’ont pas lieu, où l’imploration à la filiation chez les fils sera celle d’Eole, le vent, le hasard, le plus rien. Qui ici sont mis en images pleines de l’écho lointain de bruits qui, refoulés, nous hantent au quotidien. Peut-être que le musicien nous les renvoie. Ce film habite , parce que c’est un film, effleure le fond de l’âme de l’être des hommes…. » JJM

Mars 2014

Le cinéma MK2 Hautefeuille 
Invite Le Regard Qui Bat
DIMANCHE 16 MARS 2014 A 10H30
PROJECTION DU FILM
LINCOLN
De Steven Spielberg - USA 2013
Projection suivie d’un débat avec notre invité Jean-Philippe Domecq
Débat animé par : Anne-Marie Houdebine, Barbara Didier-Hazan, Vannina Micheli-Rechtman, Jean-Jacques Moscovitz, Fred Siksou 
synopsis : Les derniers mois tumultueux du mandat du 16ème Président des États-Unis. Dans une nation déchirée par la guerre civile et secouée par le vent du changement, Abraham Lincoln met tout en œuvre pour résoudre le conflit, unifier le pays et abolir l'esclavage. Cet homme doté d'une détermination et d'un courage moral exceptionnels va devoir faire des choix qui bouleverseront le destin des générations à venir.
avant-propos : «… Le 13ème amendement, l’abolition de l’esclavage, suturer Union, les a-t-il voulus, décidés, construits. Et pour qui ? les Blancs, le Noirs, les républicains, les démocrates, le peuple, l’Histoire…. Acte politique, législatif, éthique, administratif…. Acte intime, transférentiel envers son destin, où l’objet de désir circule entre les protagonistes du film dont Spielberg fait partie comme chaque spectateur. Où s’insinue la singularité des personnages, eux-mêmes toujours plus présents car enchâssés toujours plus dans le langage. Et où regard, immense corps voûté, voix de Lincoln/ Daniel Day-Lewis lancent leur appel à la vérité, à la vouloir authentique malgré la mise en oeuvre du mensonge, celui qui a changé la face du monde. A.Lincoln sauve-t-il l’Union pour y sceller sa division subjective…. Là où le jeu des partenaires de l’histoire accomplit un cut inouï quand un certain 14 avril 1865… la Cité USA lui jette sa cigue… ». JJM
à propos de notre invité: Jean-Philippe Domecq, romancier et essayiste. D'abord connu pour son Robespierre, derniers temps, réédité en Folio-Gallimard, où la littérature sert d'éclairage complémentaire aux travaux des historiens, il est avant tout romancier. Un premier cycle de romans ("le Cycle des ruses de la vie") est suivi d'un deuxième ("La Vis et le Sablier", éditions Fayard, dont Le Jour où le ciel s'en va), où il explore un nouveau genre romanesque, la "métaphysique-fiction". Ses essais ont déclenché des polémiques, notamment son approche contestataire de ce qu'il a nommé "l'Art du Contemporain", dont il fait la critique de la critique, une "Comédie de la critique" qui campe à vif les milieux d'art et l'époque (voir sa trilogie sur le sujet, dont Une nouvelle introduction à l'art du XXème siècle, rééditée chez Pocket, et le L'intervention de J-P. Domecq sera centrée sur trois axes: Un film qui marque une étape dans la maturation politique de l'opinion - Lincoln interprété par Daniel Day Lewis: "L'énergie de la dépression". (sur cette "énergie", voir l'entretien qui porte ce titre et qu'a donné J-P. Domecq sur le site littéraire www.ardemment.com) - La mort comme signature politique


Mars 2014

Cinéma Etoile Pagode
DIMANCHE 2 MARS 2014 A 11
PROJECTION DU FILM
Les Garçons et Guillaume, à table !
De Guillaume Gallienne France 2013

Projection suivie d’un débat animé par : Maria Landau, Anne-Marie Houdebine, Barbara Didier-Hazan, Vannina Micheli-Rechtman, Jean-Jacques Moscovitz, Fred Siksou

synopsis : Le premier souvenir que j’ai de ma mère c’est quand j’avais quatre ou cinq ans. Elle nous appelle, mes deux frères et moi, pour le dîner en disant : "Les garçons et Guillaume, à table !" et la dernière fois que je lui ai parlé au téléphone, elle raccroche en me disant : "Je t’embrasse ma chérie" ; eh bien disons qu’entre ces deux phrases, il y a quelques malentendus.

avant-propos :… « La voix ici est en place d’acteur, elle qui entre deux personnes se crée depuis les lèvres de l’un jusqu’à l’oreille de l’autre, la voilà déduite de deux personnages ….mais d’un seul interprète : le fils qui « parle » sa mère, sa langue comme telle, qui elle de la même voix « dit » le fils! Régal pour psychanalystes en pleine surprise de ce lien d’amour fusionnel mère-fils et de leur désir d’être enfin l’autre… Voilà du possible… et pas qu’au cinéma. 
Guillaume Gallienne singularise les plateaux de la balance des sexes du temps où nous sommes … celui de l’effraction du privé par le politique[1]. Où le mariage pour tous envahit nos rues et nos têtes pour dire avec qui se marier, avec qui jouir, qui aimer, qui rejeter….où le sexuel n’est qu’organe teinté de sentiments se référant au modèle parental , dit de la nature, alors que le culturel a changé la donne sans pour autant l’anéantir. Où la révolution émancipatrice (freudo lacanienne entre autres ) de la sexualité et du rapport à l’autre met en scène ici la voix du désir maternel adopté par un de ses fils sans pour autant l’aliéner sans recours à la loi d’une figure de père qui vaille. Où la libération de la femme laisse entrevoir un moindre refus du féminin, et qui se poursuit , non sans vacarme, dans une approche du genre ( gender studies) qui nous questionne nos idéaux d’amour sexué, sans pour autant en distordre le mystère. D’autres films à leur façon en témoignent comme La vie d’Adèle de A. Kechiche, ou L’Inconnu du lac d’A. Guiraudie. Une relecture de Freud et de ses questions sur la fonction paternelle et ses carences, révèle[2] que l’Œdipe s’origine d’un vide et sa fonction n’est qu’habillage d’une telle structure de manque que nul Dieu, fut-il inconscient, n’ supplée. Sauf pour la croyant, mais nenni pour le laïque, et a fortiori pour un psychanalyste ou un créateur de film. Nous sommes là dans un actuel où l’intime et le politique et les réseaux aussi chauds soient-ils, se regardent, se déduisent en respectant l’écart qui les distinguent sans le détruire. et non sans faire place à la raison, celle qui apaise. Joie et poésie entre images et paroles que nous en ressentons nous enchantent. Et nous protègent de la violence qui nous guette jour à jour…. » JJM
[1] Cf texte d’ElisabethRoudinesco - [2] Cf texte sur la question père de JJ Moscovitz Le Moise de Freud ou l’épopée du refoulement de l’origne ; in blog de psyact « Actuel et novations » où sont acueilliisdes textes d’auteurs psychanalystes, artistes, anthropoloques, psychiatres. Politologues, philosophes….

Janvier 2014

Cinéma Etoile Pagode
LE DIMANCHE 26 JANVIER 2014 A 10H30
PROJECTION DU FILM
A CIEL OUVERT
De Mariana Otero- Belgique/France 2014
Projection suivie d’un débat, en présence de Nelly Quettier monteuse du film
Débat animé par : Maria Landau, Michel Guibal, Viviane Dahan, Anne-Marie Houdebine, Jean-Jacques Moscovitz, Fred Siksou 

synopsis : Alysson observe son corps avec méfiance.Evanne s’étourdit jusqu’à la chute.Amina ne parvient pas à faire sortir les mots de sa bouche. À la frontière franco-belge, existe un lieu hors du commun qui prend en charge ces enfants psychiquement et socialement en difficulté. Jour après jour, les adultes essaient de comprendre l’énigme que représente chacun d’eux et inventent, au cas par cas, sans jamais rien leur imposer, des solutions qui les aideront à vivre apaisés. Au fil de leurs histoires, A ciel ouvert nous ouvre à leur vision singulière du monde.

avant-propos 1: "Mariana Otero est une cinéaste qui travaille sur le désir, le sien, celui de rencontrer ceux qu'elle va filmer; le film dit-elle, n'est que le compte -rendu de ses rencontres avec les gens; un documentaire "qui creuse un sillon à la limite de l'intime et du social"(Isabelle Régnier, Le Monde, 18/1/2014), le récit cinématographique de ses découvertes. Après avoir fait (depuis une quinzaine d'années) un film sur les collégiens et l'école, sur la (sa) famille et le lourd secret qui y était enclos, sur les ouvrières en lingerie, qui sauvent leur entreprise en créant une scope, elle a voulu" comprendre la folie". Après bien des recherches, elle est arrivée au "Courtil", établissement belge tout près de la France, qui reçoit des enfants et des adolescents psychotiques, autistes, des enfants qui ne s'intègrent pas, à cause de leurs différences, de leur étrangeté dans l'école ordinaire. Le titre du film "A Ciel Ouvert " renvoie aux beaux paysages qui entourent l'institution, aux champs et aux jardins où les enfants passent beaucoup de temps pour jardiner ou flâner avec les intervenants. Dans cette société particulière où les intervenants sont très nombreux, de toutes formations avec beaucoup de stagiaires qui, bien encadrés par des supervisions participent au tissage collectif, jour et nuit autour des enfants. On ne peut s'empêcher de penser à l'École orthogénique de Bettelheim à Chicago. La théorie psychanalytique, celle de J. Lacan, sert de guide et de grille de lecture pour comprendre "l'énigme "que représente chaque enfant. Il s'agit de "l'inconscient à ciel ouvert" formule lacanienne, qui rend compte des symptômes et de la créativité des enfants. Un jeune garçon qui n'arrive pas à dormir dit "mon sommeil est cassé...". Mariana Otero a passé un an au Courtil, parlant avec les intervenants, assistant à leur réunion et écoutant les enfants. Elle a filmé ensuite pendant trois mois, en se transformant en "robocop" avec une caméra fixée au-dessus de la tête et prenant les sons elle-même en même temps. Elle crée une situation à trois avec l'enfant, la camera et elle. Le film est bouleversant, de finesse, d'empathie avec chacun des trois ou quatre enfants qui lui expriment leur souffrance et leur désir de vivre quand même. Mariana Otero est devenue une "intervenante" filmant le regard au-delà du regard, établissant avec l'enfant une relation qu'un certain nombre de spectateurs vont ressentir à leur tour. Elle donne à voir l'incroyable perspicacité du cinéma, la souffrance des enfants et le désir des soignants. Maria Landau - psychanalyste, membre du Regard qui bat...

avant-propos 2: ["Regardez, Mariana, regardez, une vague, une belle vague " dit un enfant à celle qui tient la caméra. Mêlée à la vague du sempiternel roulis dont les enfants tentent de se libérer avec l'aide de leurs éducateurs, il y a une vague aux reflets multiples, aux mouvements uniques, fragiles, s'allongeant vers un rivage encore incertain. Pour percevoir cette vague en chaque enfant, il faut les regarder longtemps, vivre longtemps près d'eux, les encroûter avec patience et longueur de temps. Ce film nous l'avons reçu comme une belle vague, vivante, humaine". Jean-Pierre et Luc Dardenne]

"Une caméra dans une institution...Caméra à faire corps, collée à Marianna Otero. Éveil des regards. Pour le spectateur, psy ou pas, le cinéma est toujours comme une fête, même si de folie il s’agit, de son réel à conquérir chez des enfants "fous". Le regard du cinéaste révèle celui de chaque enfant : " le regard est une pratique du monde, il n'est pas détaché de cette pratique" écrit M. Otero dans son livre d'entretiens " À ciel ouvert, le Courtil, l'invention au quotidien".

"Regard qui bat.. " disons-nous sur la rencontre cinéma/psychanalyse... Ici pratique psychiatrique et psychanalytique et pratique du cinéma, discours-textes et discours en plans-séquences donnent vie à cette rencontre, celle de l'actuel de notre temps où comme spectateurs nous percevons le monde pour mieux en faire partie. Don de l'art du cinéma d'aujourd'hui.Il nous apprend à nous laisser faire par l'apparence du semblant pour atteindre le réel. Pas d'éthique sans esthétique pour la parole comme pour l'image. C'est là une clinique, celle de ces enfants en grave danger, clinique à dire pour aller plus vers la vie et non la mort.. Clinique des intervenants, de l'institution, et de chacun d'entre nous. De nos jours, nous sommes invités face à un invisible à dire où l'énigme de la folie, de l'enfance, de l'être nous invite à cette fête..." J-J Moscovitz

avant-propos 3: Le film de Mariana Otero «A ciel ouvert» cherche à comprendre la folie dans l’application de son art à une institution prenant en charge des enfants et en considérant la singularité des cas dans une optique psychanalytique. Cependant en arrière plan on entend f’autres catégories, collective cette fois : « Psychose, autisme, handicap». Autour de ces catégories s’organise un interdit de la psychanalyse. Il faudrait mettre ce film en rapport le documentaire d’Eglantine Eméyé «Mon fils un si long combat» qui part de la position de la mère d’un enfant, c’est-à-dire la position des parents d’enfant dont on sait que la position n’est pas toujours favorable à la psychanalyse. Enfin cette institution «Le Courtil» pose le problème d’un double scandale : la carence en France d’institution pour enfants qui ne s’intègrent pas dans les structures éducatives, et les institutions belges dont on connait les dérives par des récents reportages montrés à la télévision. Mon enseignement c’est le langage disait J. Lacan, effectivement le psychanalyste se positionne là où çà parle. Michel Guibal


Décembre 2013

Cinéma MK2 Hautefeuille
LE DIMANCHE 15 DÉCEMBRE 2013 A 11H
PROJECTION DU FILM
LE DERNIER DES INJUSTES
De Claude Lanzmann Durée 3h38- France 2013
 
Projection suivie d’un débat en présence de Claude Lanzmann, et de Laura Koeppel assistante à la réalisation du film
Débat animé par : Jean-Jacques Moscovitz, Maria Landau, Anne-Marie Houdebine, Daniel Friedmann, Fred Siksou
synopsis : 1975. A Rome, Claude Lanzmann filme Benjamin Murmelstein, le dernier Président du Conseil Juif du ghetto de Theresienstadt, seul "doyen des Juifs*"(* selon la terminologie nazie) à n’avoir pas été tué durant la guerre. Rabbin à Vienne, Murmelstein, après l’annexion de l’Autriche par l’Allemagne en 1938, lutta pied à pied avec Eichmann, semaine après semaine, durant sept années, réussissant à faire émigrer 121.000 juifs et à éviter la liquidation du ghetto. 2012. Claude Lanzmann à 87 ans, sans rien masquer du passage du temps sur les hommes, mais montrant la permanence incroyable des lieux, exhume et met en scène ces entretiens de Rome, en revenant à Theresienstadt, la ville « donnée aux juifs par Hitler », « ghetto modèle », ghetto mensonge élu par Adolf Eichmann pour leurrer le monde. On découvre la personnalité extraordinaire de Benjamin Murmelstein : doué d’une intelligence fascinante et d’un courage certain, d’une mémoire sans pareille, formidable conteur ironique, sardonique et vrai. A travers ces 3 époques, de Nisko à Theresienstadt et de Vienne à Rome, le film éclaire comme jamais auparavant la genèse de la solution finale, démasque le vrai visage d’Eichmann et dévoile sans fard les contradictions sauvages des Conseils Juifs.
avant-propos : « …Visage à visage, deux hommes côte à côte : Le dernier des injustes montre comment à Theresinstadt, face au pire de la haine, a été sauvée l’étincelle de toute parole, ici l’étincelle juive de la vie. Témoin actif, le réalisateur filme le dernier des présidents/doyens des Conseils Juifs. Nous voilà chacun à témoigner d’un impartageable qui, jour après jour dans ce Ghetto/camp de mort, s’inscrit aujourd’hui dans notre esprit et la singularité de chacun. Et ce dont aucun expert en Judentat ne saurait le fin mot. Après le tournage de l’interview à Rome en 1975, et depuis la mort de Benjamin Murmelstein en 1989, la geste cinématographique de Lanzmann vient donner cadre à ce qu’il nous dit, à ce qu’il nous lit, en ouvrant le chemin de ce qu’il montre aujourd’hui : il monte les escaliers raides par où sont passés vers leur épouvantable chambrée, ces internés, ces déportés juifs de Vienne maltraités, trompés, brutalisés, pour la plupart des vieilles personnes en danger de mort ne recevant aucun soin. Regard, voix, corps de Claude Lanzmann font le raccord entre passé et présent. Où parole et écoute ici se marquent de cet impartageable, de ce suspens d’un savoir ‘incomblable’ sur l’horreur qui a eu lieu, où chaque spectateur est aussi visage à visage avec les deux acteurs du film de cinéma, bouleversant documentaire, incarnant au plus vif leur rencontre.
Ici pas de couplage nazi-juif tant prôné par les tenants d’une « zone grise » généralisable à souhait entre les bourreaux et des victimes qui, celles-là, auraient de ce fait survécu. Pas non plus ici de notion érigée en concept, genre « banalité du mal » d’Hannah Arendt, et de certains penseurs qui la suivent dans ce registre. S’agirait-il encore pour eux de suppléer au suspens de la pensée devant l’ampleur des crimes commis, de garder leur acte de penser intact, réparable par un savoir construit sur ce que pense un Eichmann ? Lui qui dés 1938 au tout début de l’Anschluss à Vienne puis à Theresinstadt « sequestre » B.Murmelstein qui ainsi en sait long sur ce « haut dignitaire nazi », qu’il qualifie de « démon » et qui est condamné à mort au Procès de Jérusalem en 1963.  La Shoah ne nous enseigne rien sur le mal en l’homme, où il séjourne depuis toujours. Freud nous le dit dans toute son œuvre, par exemple en 1916 in Actuelles sur la Guerre et la Mort : « finalement les hommes dans l’Inconscient ne sont qu’une bande d’assassins ». 
Murmelstein déjoue le piège nazi , piège du mal absolu se donnant pour négociable, zone grise, d’un couplage possible entre nazis et juifs dans les Judenrat. Voilà l’immense mensonge européen que Le Dernier des Injustes fait saisir. C’est le leurre tendu par Theresinstadt, « Ghetto modèle », faux respect de la vie, leurre aussi dans le projet Madagascar. Leurres pour tuer/faire mourir les juifs dans la Solution finale. Leurre que Murmelstein, pragmatique face au réel, mais aussi malgré tout poète de la vie, dévoile de par sa position de doyen , leurre où les protagonistes sont comme les marionnettes d’un théâtre où la vie vaut la mort, où chacun joue inexorablement son rôle. Il déjoue ce piège pour le leurrer, mais en y étant comme la marionnette… de lui-même, risquant d’être tué à chaque instant. Et de voir s’éteindre cette étincelle de vie, mais qui aujourd’hui jaillit de ses mots et s’entend, se voit dans cette oeuvre filmique. Où de la parole d’hommes sait combattre le mensonge… » JJM

Octobre 2013

Cinéma Etoile Pagode
DIMANCHE 20 OCTOBRE 2013 A 10H15
PROJECTION DU FILM
HUIT ET DEMI
De Federico FELLINI -  Italie/France 1963
Projection suivie d’un débat animé par: Jean-Jacques Moscovitz, Fred Siksou, Vannina Micheli-RechtmanMaria Landau, Barbara Hazan-Didier

synopsis : Guido Anselmi est un réalisateur célèbre à la recherche de repos et d’un peu d’évasion dans une ville thermale renommée. Réalité et imagination se mêlent dans sa tête et l’endroit qui est censé lui apporter des soins et de la détente se peuple de personnages qui appartiennent à sa vie. L’arrivée de sa maîtresse Carla, puis de Luisa, sa femme et de l’actrice Claudia, symbole mythique des sentiments purs, mais en même temps, les entretiens avec le producteur, les techniciens, les habitués des thermes augmentent la confusion de Guido et ses souvenirs les plus éloignés resurgissent : le pensionnat, ses parents qu’il rencontrera ensuite dans un cimetière, alors qu’ils désormais morts depuis longtemps. Guido est en crise, peut-être qu’il devra renoncer au film auquel il est en train de travailler. Alors qu’il est sur le point d’abandonner définitivement son projet de nouveau film, apparaissent à nouveau sur le plateau de tournage les personnages qui ont marqué sa vie. Guido est au milieu d’eux tous avec le mégaphone donne des ordres et tout le monde obéit en paix et se tient par la main formant ainsi une chaîne qui défile avec beaucoup de joie sur les notes de la marche des gladiateurs.

1/2 vu par Alberto Moravia : Le personnage de Fellini est un érotomane, un sadique, un masochiste, un mythomane, en proie à la peur existentielle, un nostalgique du sein maternel, un bouffon, un mystificateur et un escroc. Pour certains aspects, il ressemble un peu à Leopold Bloom, le héros du livre de Ulysse de Joyce que Fellini montre qu’il l’a lu et qu’il y a cogité. Le film est une introspection, voir un monologue intérieur ponctué de rares aperçus de la réalité. La névrose de l’impuissance est illustrée par Fellini avec une précision clinique impressionnante qui, parfois, est peut-être même involontaire. […] Les rêves de Fellini sont toujours surprenants et originaux sur le plan figuratif, il n’est pas envisageable de trouver un sentiment plus délicat et plus profond dans ses souvenirs. Pour cette raison, les deux épisodes qui remontent à son enfance dans la rustique maison de sa terre de Romagne et à son adolescence avec sa première rencontre avec une femme sur une plage de Rimini, sont parmi les plus beaux du film et même parmi les plus beaux de toute l’œuvre de Fellini. Alberto Moravia "L'Espresso", 17 février 1963 (Fondation Federico Fellini)

avant-propos : ..."Les démons secrets en nous deviennent images, images de rêve, celles de Fellini,  il nous dit de parler les images. Lui Fellini il se met, comme  dans une échographie psychique, à l'intérieur...des femmes pour savoir ce qu'il  s'y passe et une fois dehors il est seul.. Avec son film..  Huit et demi c'est l'âge, le moment, où son père, l'a amené au cinéma pour la première fois... Aujourd´hui l'image, le trait , sur l'affiche est celle d'une caméra féminine en silhouette qui évoque  le féminin lui-même. S'il y avait un film qui dirait le féminin ce ne pourrait être celui-là, ce ne pourrait sans doute plus même être un film sauf ceux de Fellini  et de quelques autres.Le cinéma par le féminin devient un art avec lequel la psychanalyse est en un voisinage très proche. Voilà pourquoi "Le Regard qui bat..." a choisi de projeter8 1/2   pour la sortie du premier ouvrage aux Editions ERES : "Du cinéma à la psychanalyse, le féminin interrogé"... JJM

Septembre 2013

Cinéma La Pagode

Mercredi 18 septembre 2013 à 20h30
PROJECTION DU FILM
JIMMY P.
De Arnaud Desplechin -  France 2013
Projection suivie d’un débat en présence d'Arnaud Desplechin
Débat animé par: Jean-Jacques Moscovitz, Fred Siksou, Olivier Douville, Maria Landau, Barbara Hazan-Didier

synopsis : Au lendemain de la Seconde Guerre Mondiale, Jimmy Picard, un Indien Blackfoot ayant combattu en France, est admis à l’hôpital militaire de Topeka, au Kansas, un établissement spécialisé dans les maladies du cerveau. Jimmy Picard souffre de nombreux troubles : vertiges, cécité temporaire, perte d’audition... En l’absence de causes physiologiques, le diagnostic qui s’impose est la schizophrénie. La direction de l’hôpital décide toutefois de prendre l’avis d’un ethnologue et psychanalyste français, spécialiste des cultures amérindiennes, Georges Devereux. JIMMY P. (Psychothérapie d'un Indien des Plaines) est le récit de la rencontre et de l’amitié entre ces deux hommes qui n’auraient jamais dû se rencontrer, et qui n’ont apparemment rien en commun. L’exploration des souvenirs et des rêves de Jimmy est une expérience qu’ils mènent ensemble, avec une complicité grandissante, à la manière d’un couple d’enquêteurs.

avant-propos : « ….Tel un rêve fait pour être adressé à celui qui l’écoute, ce film évoque qu’il est réalisé, dit, montré à tout un chacun qui tient compte de l’inconscient.  Mise en scène de la psychanalyse en place d’acteur qu’inventent entre eux Jimmy P et Devereux, comme si c’était la toute première fois, le tout début de l’expérience de l’inconscient, celle qui se renouvelle à chaque fois. Comme les Cinq Psychanalyses de Freud.  Ici visuel et voix entre images et mots en plans serrés donnent vie à ce lieu de la parole qui prend corps entre les visages.  Ce qui apaise le conflit entre freudisme et biomédical, en écho ici à la bienveillance en 1947 des neurologues de Topeka, qui, désarmés devant la « souffrance » de ce malade ayant failli se briser le crâne, confient Jimmy Picard pour l’écoute de son propre psychisme, à un psychanalyste. Oui la tête.  Qui  n’est pas celle qui se voit dans les radiographies de  l’impérialisme du visuel en noir et blanc, elle est celle qu’on entend… le privé, le sujet,  et les effets  collectifs du vacarme du monde. Déjà, belle invention d’Arnaud Desplechin,  dans La Sentinelle en 1992, comme dans un rêve se reflétant en fantasmes multiformes, la tête est  mise en scène, en place « d’objet acteur »: momifiée, surprenante de vérités secrètes à découvrir, cachée… dans un globe terrestre, violemment apparue dans un train venu d’un pays où se sont commis d’indicibles crimes, renvoyant Mathias le héros du film à des tourments en quête de mots qui, nommant, situent l’écart entre intime et politique. Pauvre tête des hommes  prévenus sans retour désormais, de leurs démons en eux qui, une fois parlés, nous disent qui nous sommes, chacun. Et cela aussi bien pour Jimmy P l’analysant, que pour Devereux l’analyste qui, par les fulgurances qu’ils vivent chacun, découvrent avant de se séparer, combien leur rencontre singulière de la chose freudienne, de l'inconscient  les rend présents l’un à l’autre… ».  JJM

Juillet 2013

Cinéma La Pagode

Jeudi 4 juillet 2013 à 20h15
PROJECTION DU FILM
Le Passé
De Asghar Farhadi - France 2013
Débat animé par: Jean-Jacques Moscovitz, Fred Siksou, Vannina Micheli-Rechtman, Maria Landau, Barbara Hazan-Didier
synopsis : Après quatre années de séparation, Ahmad arrive à Paris depuis Téhéran, à la demande de Marie, son épouse française, pour procéder aux formalités de leur divorce. Lors de son bref séjour, Ahmad découvre la relation conflictuelle que Marie entretient avec sa fille, Lucie. Les efforts d'Ahmad pour tenter d'améliorer cette relation lèveront le voile sur un secret du passé. 

avant-propos : …’’ELLE(s) a le droit de savoir’’ est-il dit par un père parlant de sa fille à sa mère… ce qu’il est arrivé, Le Passé. Qui passe de bouche(s) à oreille(s) et en continu au fil du temps qui passe… Et un seul clic et ses mails, voire peut-être plus ou pas du tout, un clic, cette magie dominant nos paroles et nos vies, nos lèvres et nos ouïes, changent la donne de la réalité et celle de la vérité. Qui, elle, ne se passe qu’entre femmes et de générations successives. Et où pères, maris, amants sont comme exclus, porteurs pourtant de la charge de faire respecter la transmission de savoirs dont ils ignorent le contenu… Images de cinéma qui, convoquant un psychanalyste, marquent ici l’incertitude de tout désir, jamais cerné sinon confusément. Tant la certitude de nos sentiments n’est qu’un leurre souverain où se heurtent violemment amour, haine, mensonge et vérité… nos pensées qui, voulant traquer la subjectivité des personnages, restent insuffisantes des lors que la parole du sujet entre en scène. Les images du cinéma de Asghar Farhadi sont très voisines du discours et du style psychanalytiques..." J-J M.

Mai 2013

Cinéma La Pagode

Dimanche 26 mai 2013 à 10h30
PROJECTION DU FILM
Vous n'avez encore rien vu
De Alain Resnais -  France 2012
Projection suivie d’un débat avec notre invité Hervé de Luze, monteur du film
Débat animé par: Barbara Hazan-Didier, Jeanne-Claire Adida, Jean-Jacques Moscovitz, Fred Siksou, Vannina Micheli-Rechtman, Anne-Marie Houdebine, Maria Landau, Claude-Noëlle Pickmann

synopsis : Antoine d’Anthac, célèbre auteur dramatique, convoque par-delà sa mort, tous les amis qui ont interprété sa pièce "Eurydice". Ces comédiens ont pour mission de visionner une captation de cette œuvre par une jeune troupe, la compagnie de la Colombe. L’amour, la vie, la mort, l’amour après la mort ont-ils encore leur place sur une scène de théâtre ? C’est à eux d’en décider. Ils ne sont pas au bout de leurs surprises…

avant-propos 1 : Jouer encore une fois cette pièce, c'est prendre place dans la succession des générations d'hommes et de femmes qui s'aventurent dans des histoires d'amour depuis la nuit des temps. Il s'agit d'actualiser encore une fois ce mythe d'Orphée et d'Euridyce dans une réécriture cinématographique de la pièce Eurydice de Jean Anouilh écrite en 1942 en pleine guerre. Contemporain et admirateur de l'homme et de son théâtre,
Alain Resnais reprend le flambeau comme on se le passe aux jeux olympiques pour conserver la flamme et cela comme il aime à le faire, guidé par le hasard dans le choix du scénario comme du titre du film. Il relance les dés en compagnie de sa troupe de  fidèles acteurs pour nous faire partager  un moment de plaisir. "Vous n'avez encore rien vu" galéjade qu'il avait l'habitude de dire sur ses tournages et situe si bien notre héros Orphée, lui qui ne saura pas se laisser surprendre par son désir et l'élaborer pour déjouer le destin. Orphée descend chercher son Eurydice aux Enfers. Il a vu la mort lui la ravir mais cela ne lui a pas ouvert les yeux. Il ne veut rien savoir de la mort...la vie ne lui apprend rien et il ne saura pas aimer Eurydice au-delà de sa première satisfaction pour la  laisser vivre comme elle le lui demande.  Cédant  dans ce moment d'enjeu capital  à ses pulsions, il laisse passer la chance que lui donne ce  témoin attachant joué par Mathieu Amalric, d'accéder en lui à un désir capable d'innover dans son lien à la femme qu'il aime pour vivre avec elle autrement que dans l'ambivalence et assumer sa solitude de mortel. - Fermer les yeux n'est-ce pas une façon d'adhérer silencieusement, de rester fasciné? - Ouvrir les yeux, d'entendre, de nommer ; en s'ouvrant aux effets de cet acte, couper la dépendance répétitive.Tel le poète se faisant voyant, celui qui ouvre les yeux s'affronte au mystère des choses qui questionne en quête d'une réponse nouvelle à l'amour, et trouve "ce rien qui fait sonner la vie au coin du lit". B.H-D
avant-propos 2 : …la musique de fin de Frank Sinatra « It was a mess of good years » s’entend  en multiples miroirs entre théâtre et cinéma, et renvoie à l’infinitude latente en soi, celle du désir de mort présent dans la vie pour la border tel  Narcisse, tel l’engourdissement du héros qui se noie pour donmer un terme à l’excès d’images, c‘est la fin du film. Mais la vie des mots se joue dans le désir de paroles  des acteurs qui montent un par un à l’autel de leur dire sur fonds d’amours mythiques barrés par les enfers. En une Résurrection  qui toujours invoque la prière au un par un,  que ce soit  par la vidéo d’Orphée, la lecture de la pièce, le cadrage des amants interdits. Ici la transmission en trois générations d’acteurs est  honorée par Alain Resnais car c’est bien chacun d’eux qui fait le spectacle et nous offre de la joie. Ce film rend le spectateur intélligent sur l’actuel de nos souhaits au jour à jour…Celui du temps qui passe en un mélange subtil des époques de vie que la voix de Sinatra incarne à jamais… Un psychanalyste, un psychanalysant sont là concernés… JJM

Avril 2013

Cinéma Etoile Lilas
DIMANCHE 14 AVRIL 2013 A 17h30
EVÈNEMENT EXCEPTIONNEL MARCEL OPHULS
PROJECTION DU FILM
THE MEMORY OF JUSTICE
De Marcel Ophuls - 4h15 - France/USA 1976
Projection suivie d’un débat avec Marcel Ophuls
Et son invité : Fred Wiseman

Modérateurs du débat : Fred Siksou, Jean-Jacques Moscovitz 
Intervenants sollicités : Réalisateurs : Marceline Loridan-Ivens, Arnaud Desplechin, Guillaume Moscovitz, Pascal Kané, Hervé Icovic, … - Psychanalystes : Vannina Micheli-Rechtman, Max Kohn, Bernard Toboul, Anne-Marie Houdebine, Maria Landau, Pierre Marie,  Claude Noëlle Pickman, Barbara Hazan-Didier, Judith Cohen-Solal…
avant-propos : "The Memory of Justice" de Marcel Ophuls (1976) n’a été vu que très récemment, ce qui nous invite à le voir/revoir ensemble lors de ces journées dans une rétroaction d’autant plus constructive, semble-t-il, qu’elle nous renvoie « Au chagrin et à la pitié ». Ce qui nous montre combien le cinéma venu d’auteurs français est notre héritage et ô combien précieux pour nous. Ce dont nous voulons faire part avant de nous laisser surprendre par de tels enseignements dont la force et l’insistance ne viennent pas du cinéma par hasard. Comment filmer les mots qui font l’actuel de notre temps, comment le cinéma nous invite à le faire, le dire, le voir avec lui, avec le regard de Marcel Ophuls dans The Memory of Justice. 
Il s’agit de ce qu’il s’est passé en 1939-45 dans l’Europe nazifiée, la Shoah, d’Est en Ouest. Nuremberg en 1935 : d’où sont parties les lois du meurtre des juifs, des malades mentaux. Comment les Allemands, de qui sont venus les ordres, les méthodes, les actes de tuer, ont-il su, voulu savoir, ne pas savoir, effacer les traces, et aussi pour d’autres comment les formuler en paroles. Comment la parole et le Droit sont dans ce film mis en images, celle du Procès de Nuremberg en 1946-48 organisé par les Alliés. 
Acte d’humanité pour dire l’a-humanité, les Images de cinéma du Procès mettent ici en paroles la justice face à notre mémoire, non pas maîtrise de l’Histoire, mais bien une mise au présent, en un présent qui nous tient par défaut en un mouvement qui nous invite sans atermoiement à l’accueillir sans cesse, sans conclure, sans le constituer en un objet de science. 
L’art du cinéma, art majeur et amplifié depuis Shoah de Lanzmann et The Memory of justice de Marcel Ophuls, dit notre existence dans le monde d’aujourd’hui. La caméra de Marcel Ophuls ici déploie notre actuel en filmant comment les allemands en parlent entre eux, et surtout en récurrences qui scandent le film, des séquences des paroles du Procès, des accusés, des présidents du TMI, des témoins, séquences des gens vivant en Allemagne après les crimes, admirateurs du nazisme, ou au contraire des jeunes qui disent comment ils le pensent, accusent, en reçoivent l’écho de leurs parents ; séquences où le danger de suicide guette… séquences des familles qui se racontent l’ évènement… séquences aussi sur le Vietnam, l’Algérie. Acte de cinéma, de parole, d’engagement à dire sans cesse, acte politique pour nous, pour l’Europe.Le film comporte deux parties : une 1ere intitulée « Nuremberg et les Allemands » où des visages et des paroles de personnes singulières nous transmettent leur témoignage sur la Destruction des juifs d’Europe, silences, acceptation ou esquives, et aussi des positions courageuses, décisives pour l’actuel de notre temps. Et une 2e partie intitulée « Nuremberg et les autres » centrée plutôt sur les effets et les échecs des principes des Procès. Mais ces deux parties sont inextricablement nouées ensemble par les enjeux entre subjectivité et collectif.

Février 2013

Cinéma le Saint-Germain-des Près
JEUDI 28 FÉVRIER 2013
PROJECTION DU FILM
SUGAR MAN
De Malik Bendjelloul - Royaume Uni / Suède 2012
Projection suivie d’un débat animé par notre invité Olivier Douville
Avec : J-J Moscovitz, F. Siksou, V. Micheli-Rechtman, A-M. Houdebine, M. Landau, F. Moscovitz, B. Didier-Hazan...
synopsis : Au début des années 70, Sixto Rodriguez enregistre deux albums sur un label de Motown. C'est un échec, à tel point qu’on raconte qu’il se serait suicidé sur scène. Plus personne n’entendit parler de Rodriguez. Sauf en Afrique du Sud où, sans qu’il le sache, son disquedevint un symbole de la lutte contre l’Apartheid. Des années plus tard, deux fans du Cap partent à la recherche de “Sugar Man”. Ce qu’ils découvrent est une histoire faite de surprises, d’émotions et d’inspiration.

avant-propos : "...Sugar Man ou portrait d'un public insoupçonné Comment l'intime, le cœur, le désir d'un artiste ne s'éteignent pas quand la rumeur l'ignore, le tait, lui vole sa vie en jouant avec le feu, la flamme jusqu'à l'immolation prophétique. Là où la marchandisation de l'art et de l'existence force aux limites le désir de créer, la rumeur collective vient inverser le destin et rend la lumière à celui qui jeté dans l'ombre renaît. Plus rien, comme un cri dans le vide, une disparition par effacement. Puis la naissance d'un nouage entre traces, lieux, poésie et politique, l'accueil imprévu de L'Afrique du Sud, là où elle résiste et lutte contre l'Apartheid. Une situation et un moment qui accueillent le chant de Sixto Rodriguez, lui donne son urgence et sa vérité, ce chant que personne n'écoutait plus. Son art lui revient d'autant qu'il appartient à d'autres, que son nouveau public lui donne corps, vie et direction destinale. L'art échappe à sa mercantilisation, il n'est plus un produit jetable, il est et fait acte. Un public surgit, oui, mais qui bien plus qu'en consommant l'objet esthétique tresse le souffle de l'art à l'intime de sa propre chair, aux souffles urgents de sa colère, aux lueurs tranchées de son espoir. Ce film est un road movie, qui parle d'oubli, de destruction, de mémoire résistance, d'adresse insoupçonnée et de public de secours. Histoire qui célèbre les puissances du déplacement, du transfert, du désir. En effet, des années plus tard, deux fans du Cap partent à la recherche de “Sugar Man" ; ils découvrent une histoire faite de surprises, d’émotions et d’inspiration. Comment le quotidien de l'autre et du Je de chacun s'émeut et écoute ? Non pas tant que la musique adoucisse les mœurs ou les opinions fourchues , ou encore la lutte a mort des narcisses de tous bords. Mais encore, la musique chantée rend-elle présent notre petit coin de vie et notre désir d'être chaque jour un peu plus, chacun, artiste de sa vie. La voix qui s'entend, la voix qui invoque le ciel c est surtout celle qui dit oui au temps qui passe, fait acte et scansion en soi-même,.... Et revient le matin Et revient la nuit..."  Olivier Douville, Fred Siksou, J.J. Moscovitz

Février 2013

ECOLE NORMALE SUPÉRIEURE
SAMEDI 9 FÉVRIER 2013 
PROJECTION DU FILM
The Memory of Justice 
De Marcel Ophuls - France 1976
Projection suivie d’une rencontre avec Marcel Ophuls
avant-propos : "The Memory of Justice" de Marcel Ophuls (1976) n’a été vu que très récemment, ce qui nous invite à le voir/revoir ensemble lors de ces journées dans une rétroaction d’autant plus constructive, semble-t-il, qu’elle nous renvoie « Au chagrin et à la pitié ». Ce qui nous montre combien le cinéma venu d’auteurs français est notre héritage et ô combien précieux pour nous. Ce dont nous voulons faire part avant de nous laisser surprendre par de tels enseignements dont la force et l’insistance ne viennent pas du cinéma par hasard. Comment filmer les mots qui font l’actuel de notre temps, comment le cinéma nous invite à le faire, le dire, le voir avec lui, avec le regard de Marcel Ophuls dans The Memory of Justice.Il s’agit de ce qu’il s’est passé en 1939-45 dans l’Europe nazifiée, la Shoah, d’Est en Ouest. Nuremberg en 1935 : d’où sont parties les lois du meurtre des juifs, des malades mentaux. Comment les Allemands, de qui sont venus les ordres, les méthodes, les actes de tuer, ont-il su, voulu savoir, ne pas savoir, effacer les traces, et aussi pour d’autres comment les formuler en paroles. Comment la parole et le Droit sont dans ce film mis en images, celle du Procès de Nuremberg en 1946-48 organisé par les Alliés. Acte d’humanité pour dire l’a-humanité, les Images de cinéma du Procès mettent ici en paroles la justice face à notre mémoire, non pas maîtrise de l’Histoire, mais bien une mise au présent, en un présent qui nous tient par défaut en un mouvement qui nous invite sans atermoiement à l’accueillir sans cesse, sans conclure, sans le constituer en un objet de science. L’art du cinéma, art majeur et amplifié depuis Shoah de Lanzmann et The Memory of justice de Marcel Ophuls, dit notre existence dans le monde d’aujourd’hui. La caméra de Marcel Ophuls ici déploie notre actuel en filmant comment les allemands en parlent entre eux, et surtout en récurrences qui scandent le film, des séquences des paroles du Procès, des accusés, des présidents du TMI, des témoins, séquences des gens vivant en Allemagne après les crimes, admirateurs du nazisme, ou au contraire des jeunes qui disent comment ils le pensent, accusent, en reçoivent l’écho de leurs parents ; séquences où le danger de suicide guette… séquences des familles qui se racontent l’ évènement… séquences aussi sur le Vietnam, l’Algérie. Acte de cinéma, de parole, d’engagement à dire sans cesse, acte politique pour nous, pour l’Europe…(suite..)

Janvier 2011

Cinéma La Pagode

Dimanche 16 janvier 2011 à 10h30
PROJECTION DU FILM
LE NOM DES GENS
De Michel Leclerc - France 2010
Projection suivie d'un débat avec Michel Leclerc & Baya Kasmi
Débat animé par : J-J Moscovitz, F. Siksou, V. Micheli-Rechtman, A-M. Houdebine,  N. Farès, D. Friedman, M. Landau, F. Moscovitz, B. Didier-Hazan...

Lire le document : MÉMOIRE FREUDIENNE MÉMOIRE CITOYENNE

synopsis : Bahia Benmahmoud, jeune femme extravertie, se fait une haute idée de l'engagement politique puisqu'elle n'hésite pas à coucher avec ses ennemis pour les convertir à sa cause - ce qui peut faire beaucoup de monde vu qu'en gros, tous les gens de droite sont ses ennemis. En règle générale, elle obtient de bons résultats. Jusqu'au jour où elle rencontre Arthur Martin - comme celui des cuisines - quadragénaire discret, adepte du risque zéro. Elle se dit qu'avec un nom pareil, il est forcément un peu facho. Mais les noms sont fourbes et les apparences trompeuses...

avant propos au débat : « D’où vient mon nom, d’où viennent les parents, d’où suis-je ? Pris dans notre génération, au un par un nous venons et allons aussi vers et depuis l’autre, des autres, de la Cité, du collectif, du registre politique qui se laisse si facilement corrompre et dériver vers le rejet de l’étranger. Qui lui, comme tel, le voilà dés lors à soutenir un ‘c‘est d’ici que je suis puisque je suis ici ‘… Toutes questions qui renvoient chacun à ce moment d’exil, non pas seulement celui de l’émigré venu d’un autre pays, mais bien de cet exil oublié et très enfoui au dedans du plus profond de soi-même, celui qui m’a fait désirer qui je suis moi-même pour le meilleur et pour le pire. Exil qui vient là se rejouer quand quelqu’un, du fait d’être porteur de son nom est soumis à ce collectif pour dire qui il est , d’où il vient, se soumettre à un « vos papiers !», à la haine sourde voire à la violence. Nom singulièrement marqué, caché, attaqué, détruit, par l’histoire toujours récente de la France, Vichy, Drancy, la déportation de juifs et de toute l’Europe, et aussi les crimes pendant la guerre d’Algérie, avec la présence depuis des décennies, d’arabes émigrés, français parmi d’autres français. Voilà un face à face devenu nécessaire entre une mémoire intime, « freudienne » et une autre mémoire, celle-là citoyenne : elles ont à se faire de la place mutuellement, sans cesse. Là un film de cinéma , « Le Nom des gens », œuvre à nouveau pour cet enjeu, pour tenter de cicatriser encore et encore un passé douloureux et encore actuel, pour les plus anciens d’entre nous, avec des blocs-de-mots figés par Auschwitz "silenciant" la bouche qui allait dire et qui souvent se tait pour toujours ; et pour les plus jeunes qui ont à vivre leurs amours et qui pour faire le deuil du propre deuil infaisable de leurs parents se mettent en un sur-vivre la vie, l’amour, la jouissance dans le plus profond respect de notre temps qui passe, pour construire leur époque, leur avenir de désirants. Ce sont eux, des gens de tous âges, qui dans la lumière de cette comédie enchanteresse nous font espérer le meilleur pour chacune, chacun d’entre nous, contre la massification rampante de notre sensibilité, de notre subjectivité, de notre poésie ». J-J M


Février 2011

Cinéma La Pagode

Lundi 28 février 2011 à 20 h 30
PROJECTION DU FILM
LE DISCOURS D'UN ROI
- Angleterre, Australie, USA 2010
Projection suivie d'un débat 
Avec nos invités : 
A-M. Houdebine (linguiste sémiologue), Isi Beller (rééducation audio-phonatoire dite sémiophonique), Hervé Icovic (directeur artistique de la v.f. du film)
Débat animé par : J-J Moscovitz, F. Siksou, 
V. Micheli-Rechtman, 
 N. Farès, 
Olivier Douville,
 D. Friedman, 
M. Landau, F. Moscovitz, B. Didier-Hazan...
synopsis : D’après l’histoire vraie et méconnue du père de l’actuelle Reine Elisabeth, qui va devenir, contraint et forcé, le Roi George VI (Colin Firth), suite à l’abdication de son frère Edouard VIII (Guy Pearce). D’apparence fragile, incapable de s’exprimer en public, considéré par certains comme inapte à la fonction, George VI tentera de surmonter son handicap grâce au soutien indéfectible de sa femme (Helena Bonham Carter) et d’affronter ses peurs avec l’aide d’un thérapeute du langage (Geoffrey Rush) aux méthodes peu conventionnelles. Il devra vaincre son bégaiement pour assumer pleinement son rôle, et faire de son empire le premier rempart contre l’Allemagne nazie.
avant propos au débat : « …L’autorité du pouvoir passe par celle de la parole sous toutes ses formes, y compris le corps  en tant que lieu de l’acte de parler, et surtout s’il fait signe  de la difficulté dans l’expression verbale elle-même.  Parole du roi George VI, celui de l’Empire britannique pendant la deuxième guerre mondiale, elle a guidé bon nombre de nations vers la paix.
Pour celui qui va parler, comme pour son entourage, c’est aussi une parole en lutte contre la part de symptôme qui atteint l’usage de dire au point que le risque  de son suspens  guette  et tourmente à chaque instant. Et néanmoins la vérité de l’énonciation porte juste et loin l’autorité éminente du roi habité par sa souveraineté et la responsabilité de l’actuel où il se trouvait.   Bon nombre de gouvernants  de par le monde devraient l’entendre aujourd’hui : ce n’est pas seulement la situation exceptionnelle des années 1939-45 qui a exigé une telle exactitude  dans l’acte de gouverner, mais  bien  aussi que gouverner est de fait une exception en soi.  Il s’agit ici de la rencontre profonde entre l’intime d’un homme, et rien moins que la politique mondiale.  Rencontre entre l’usage du pouvoir et celui de la parole -dévoilée ici dans sa nature même d’être vraie dans la voix et ses silences. N’est-ce pas  ici montrer que dés lors que pouvoir et parole sont dans une éthique protectrice du genre humain, les gouvernés que nous sommes savent se conduire pour aller à la victoire quel qu’en soit le prix ?… » J-JM.

Cinéma La Pagode

Mars 2011

Dimanche 3 avril 2011 à 10h30
PROJECTION DU FILM
MARY et MAX
De Adam Elliot - Australie 2009
Projection suivie d'un débat avec notre invité : 
Jean-Claude Grumberg - 
voix de Max de la version française du film - 
"l'Auteur tragique le plus drôle de sa génération" (Claude Roy)
Ouverture du débat par Pierre Smet (membre de Psymage et de l’association L’Acte Analytique de Bruxelles), Fabienne Ankaoua, Barbara Didier-Hazan, Fred Siksou, J.-J. Moscovitz…
synopsis : 
Sur plus de vingt ans et d'un continent à l'autre, Mary et Max raconte l'histoire d'une relation épistolaire entre deux personnes très différentes : Mary Dinkle, une fillette de 8 ans joufflue et solitaire, vivant dans la banlieue de Melbourne, en Australie, et Max Horowitz, un juif obèse de 44 ans, atteint du syndrome d'Asperger et habitant dans la jungle urbaine de New York. 
Note du réalisateur : "Avec Mary et Max., j'espère avoir conservé mon style visuel, mais en racontant l'histoire de façon plus dynamique pour alimenter l'intérêt des spectateurs sur la durée. Ce film explore lui aussi notre désir d'acceptation et d'amour, par-delà toutes nos différences ! 
J'ai toujours évité de m'auto-analyser, par peur de rendre mon travail trop prévisible et trop construit. J'écris avec le coeur, animé du désir d'une compassion partagé avec le spectateur. Je n'écris pas en visant une niche de public spécifique, j'essaye plutôt de raconter des histoires universelles." 
avant propos au débat : 1)
Sur plus de vingt ans et d'un continent à l'autre, Mary et Max raconte l'histoire d'une relation épistolaire entre deux personnes très différentes : Mary Dinkle, une fillette de 8 ans joufflue et solitaire, vivant dans la banlieue de Melbourne, en Australie, et Max Horowitz, un juif obèse de 44 ans, atteint du syndrome d'Asperger et habitant dans la jungle urbaine de New York. Ce film d’animation nous fait découvrir non seulement un autre visage de la souffrance psychique mais également un autre regard ,un autre cinéma de ce qui est difficile à montrer. Tout au long de ce film se dessine peu à peu un parcours qui n’est pas sans lien avec celui d’une analyse. Pierre Smet
2)« …Film …d’animation, oui, de la vie psychique de celle et de celui qui ont une existence psychotique, telle que tout échange notamment lors d’une évocation de l’amour, ne peut pas s’instaurer en conflit de désirs soutenables pour accepter la réalité. S’organise alors de loin, de très loin, aussi loin que le sont le Nord et le Sud de notre planète, une mise à distance protectrice contre une souffrance immense, irreprésentable. Ce que pourtant une telle création d’images et de voix propres à l’art du cinéma rend transmissible pour nous émouvoir mais aussi nous enseigner, que l’on soit praticien ou non, jusqu’où peut aller parfois la douleur morale d’une femme, d’un enfant, d’un homme.. » J-J. Moscovitz

Mai 2011

Cinéma La Pagode
Dimanche 1 mai 2011 à 10h45
PROJECTION DU FILM
BLACK SWAN
De 

Darren Aronofsky

 
- USA 2010
Projection suivie d'un débat animé par :
 
J-J Moscovitz, F. Siksou, V. Micheli-Rechtman, A-M. Houdebine,  N. Farès,  D. Friedman, M. Landau, F. Moscovitz, B. Didier-Hazan...
synopsis : 
Rivalités dans la troupe du New York City Ballet. Nina est prête à tout pour obtenir le rôle principal du Lac des cygnes que dirige l’ambigu Thomas. Mais elle se trouve bientôt confrontée à la belle et sensuelle nouvelle recrue, Lily...
avant propos au débat : 
 «… Danseuse étoile  aux mille feux  du désir qui se cherche avec ferveur, une  Nina, celle  de Natalie Portman,  nous enchante  de « sa » musique celle  de Tchaïkovski… La prise de risques est ici aux limites du cinéma, de l’art, de la danse, du féminin… Rêve, Folie, Images accomplissent sa majesté le  Désir dans le réel, au point pour le spectateur de rester longtemps rêvant après avoir vu/entendu et elle et  la musique et le film.  Les miroirs, ceux de la salle de danse du New York City Ballet, s’agencent silencieux pour dire que les doubles ici guettent  en dedans et en dehors du sujet mis au vif de son corps naissant  à la jouissance, peut-être aussi à l’amour et au sexe à l’aune d’un homme qui saurait le féminin. Jusqu’à ce que le miroir-surface à deux dimensions de l’image réclame de passer aux trois, au trois du corps. De surfaces planes et courbes, tout en beauté -et en mutilations - Nina découvre la dimension Autre, celle de la profondeur et du vide, et du vivre à l’excès l’extrême de son double démultiplié qui pulvérise la durée du temps. De plan -de cinéma-  le miroir/mourir se fait coupure, et troue à mort le corps voué à un ineffable sacrifice vers la vie du désir en un présent sans fin…. » J-J. Moscovitz

Juin 2011

Cinéma Le Saint Germain des Près
Mercredi 29 juin 2011 à 20h30
PROJECTION DU FILM
PATER
De Alain Cavalier
 France 2011
Projection suivie d'un débat avec alain cavalier
débat animé par :
 
J-J Moscovitz, F. Siksou, V. Micheli-Rechtman, A-M. Houdebine, N. Farès,  D. Friedman, M. Landau, F. Moscovitz, B. Didier-Hazan...
synopsis : 
Pendant un an ils se sont vus et ils se sont filmés. Le cinéaste et le comédien, le président et son 1er ministre, Alain Cavalier et Vincent Lindon. Dans "Pater", vous les verrez à la fois dans la vie et dans une fiction qu’ils ont inventée ensemble.
avant propos au débat : 
… « Mise en scène d’un visage… un autre arrive, nécessaire, sur fonds d’une fiction , elle contingente, où du père-fils se faufile puis se pose en une rencontre entre deux hommes qui parlent de politique, de salaires, de l’autorité suprême des chefs d’Etat, où le « double corps du roi » dans ses fonctions invisible et visible, tout autant fondatrice de la parole d’un Pater et savourant une délicieuse cuisine de France, se distribue et apparaît mené par une caméra qui, «objet jouant», a les rênes de  l’autorité de direction d’acteurs…. Où les images et l’illusion nous enchantent pendant plus de cent minutes».  
J-J. Moscovitz

Septembre 2011

Cinéma La Pagode
Lundi 26 septembre 2011 à 20h15
PROJECTION DU FILM
HABEMUS PAPAM
De Nanni Moretti
 Italie 2011
projection suivie d'un débat 
débat animé par :
 J-J Moscovitz, F. Siksou, V. Micheli-Rechtman, A-M. Houdebine, N. Farès,  D. Friedman, M. Landau, F. Moscovitz, B. Didier-Hazan...
synopsis : 
Après la mort du Pape, le Conclave se réunit afin d’élire son successeur. Plusieurs votes sont nécessaires avant que ne s’élève la fumée blanche. Enfin, un cardinal est élu ! Mais les fidèles massés sur la place Saint-Pierre attendent en vain l’apparition au balcon du nouveau souverain pontife. Ce dernier ne semble pas prêt à supporter le poids d’une telle responsabilité. Angoisse ? Dépression ? Peur de ne pas se sentir à la hauteur ? Le monde entier est bientôt en proie à l’inquiétude tandis qu’au Vatican, on cherche des solutions pour surmonter la crise…
avant propos au débat :
«…le Pape, à peine nommé, vient d’entrer en psychanalyse trois fois par semaine pour des années…. Il désire ! Il désire dire « non… !» Il ne pense plus qu’à ça. L’humour atteint ici le sérieux où nous sommes, au delà du moment politique italien, européen, ou encore les commémorations du trentenaire de la mort de J. Lacan qui, lui, en connaissait un bout sur la compatibilité entre psychanalyse et religion. 
Malraux dans les années 1950 avance : « Depuis cinquante ans la psychologie réintègre les démons dans l’homme. Tel est le bilan sérieux de la psychanalyse. Je pense que la tâche du prochain siècle, en face de la plus terrible menace qu’ait connu l’humanité, va être d’y réintroduire les dieux. » Allons-y d’un des fils de ce film bien plus profond qu’il y paraît : si « le XXI siècle sera religieux ou ne sera pas » lance ‘ou alors la bombe’ ? Ou plutôt ou alors la psychanalyse ?…soit que le Ça de l’Homme soit frappé d’un manque qui le rend humain, « l’infaillibilité » des grands de ce monde est à revisiter calmement, et Nanni Moretti nous y invite. A bon entendeur…» JJM

Octobre 2011

Cinéma La Pagode
Lundi 16 octobre 2011 à 10h45
PROJECTION DU FILM
EN VILLE
De Valérie Mréjen et Bertrand Schefer 
- France 2011
Projection suivie d’un débat avec Valérie Mréjen et Bertrand Schefer
débat animé par :
 
J-J Moscovitz, F. Siksou, V. Micheli-Rechtman, A-M. Houdebine, N. Farès,  D. Friedman, M. Landau, F. Moscovitz, B. Didier-Hazan...
synopsis : 
Iris, seize ans, vit la fin de son adolescence dans une petite ville de province lorsqu'elle rencontre par hasard Jean, un photographe parisien d'une quarantaine d'années. Au fil des rendez-vous, leur relation se transforme en une amitié amoureuse qui bouleverse leurs vies.
avant propos au débat : 
« …En Ville, les paysages sont visages où se  rencontre l’hypothèse amour toujours présente et toujours attendue là même où se perçoit  que  «l’Amour c’est donner ce qu’on n’a pas à quelqu’un qui n’en veut pas parce que ce n’est pas ça » (J. Lacan) , coté homme ou coté femme, là où l’amour est un manque qui fait loi et se faufile à faire croire à sa maîtrise lors de sa survenue comme de sa fin, en quelque lieu que ce soit, route ou campagne, ville ou banlieue. L’actuel de la nostalgie serait-il le seul temps qui nous échoit ?… » JJM.

Novembre 2011

Cinéma La Pagode
Dimanche 20 novembre 2011 à 10h15
PROJECTION DU FILM
MELANCHOLIA
De Lars von Trier 
- 
France, Danemark, Suède, Allemagne 2011
Projection suivie d’un débat
débat animé par :
 
J-J Moscovitz, F. Siksou, V. Micheli-Rechtman, A-M. Houdebine, N. Farès,  D. Friedman, M. Landau, F. Moscovitz, B. Didier-Hazan...
synopsis : 
À l'occasion de leur mariage, Justine et Michael donnent une somptueuse réception dans la maison de la sœur de Justine et de son beau-frère. Pendant ce temps, la planète Melancholia se dirige vers la Terre...
avant propos au débat : 
« …l’enfant ferme les yeux et le monde disparaît, au dedans de lui, celui des parents et leurs froides histoires de mariage, de golf à 19 trous ; et au dehors, celui de la Terre avalée par une planète immense. Et plus tard alors ? Plus grand, s’il rencontre dans la douleur la chute du sol, la « des-solation », il ne saura même plus où mettre ses pieds, il entendra les mots de bile noire, de mélancolie, d’autodestruction jusqu’à vouloir ‘tuer la mort’ comme le dit Freud dans ‘’Deuil et mélancolie’’… Et s’il rencontre la folie de l’Histoire, là où elle se transmet, au cinéma, il sera LVT,  avec la Destruction qu’il veut nous montrer en montrant sa fascination pour ça au point de se broyer sa Palme d’Or à Cannes.  Est-il comme Benigni, Spielberg, Tarentino, Costa Gavras à vouloir prendre son rendez-vous de réalisateur  depuis l’attaque de l’humain accomplie dans la Shoah, rendez-vous depuis Shoah de Lanzmann ? en évoque-t-il les effets qui le traversent comme artiste ?  Non pas démontrer  tel le philosophe mais montrer des images qui font  de l’effet sur le spectateur qu’il devient lui-même au point de se dire convaincu d’en accepter la fascination ?  Bref symptôme ou création ? Désir ou folie ? Coalescence filmée entre le créateur et sa création ? Là où  le désir de fin du monde le tient : fin du  couple, féminin inatteignable, planète où  le rien doit tout fracasser : désamour au moment de l’amour, le dedans de la cabane fait de quelques branchages sans séparation d’avec le dehors, bile noire de la haine du monde où dedans et dehors sont en fusion. Où le pire du XX ème siècle n ‘est pas loin : horreur et jouissance des crimes sans nom par l’anéantissement des juifs en enlaidissant leur vie et leur mort. LVT se glisse dans le chaos où s’effacent  limite et appui face à l’Autre. Nous choque-t-il au cinéma ?…Melancholia c’est la baudruche du Dictateur de Chaplin qui se fait en dur et écroulement à l’échelle de l’univers...et qui chute à la fin du film. Pour qu’on lui dise ‘’non malgré toi tu n’es pas nazi. Eh  p’tit  Lars  Von Trier, ferme les yeux et écris ton film ! ‘’… » J-J.M.

Janvier 2012

Cinéma La Pagode
Dimanche 8 janvier 2012 à 10h30
PROJECTION DU FILM

Footnote
De Joseph Cedar Israël, France 2011
Projection suivie d’un débat avec nos invités Patrick Landman et Patrick Bantmann
débat animé par : J-J Moscovitz, F. Siksou, V. Micheli-Rechtman, A-M. Houdebine, N. Farès,  D. Friedman, M. Landau, F. Moscovitz, B. Didier-Hazan...
synopsis : 
..."Les Shkolnik sont chercheurs de père en fils. Alors qu’Eliezer Shkolnik, professeur puriste et misanthrope a toujours joué de malchance, son fils Uriel est reconnu par ses pairs. Jusqu’au jour où le père reçoit un appel : l’académie a décidé de lui remettre le prix le plus prestigieux de sa discipline. Son désir de reconnaissance éclate au grand jour..."
avant propos au débat : 
… "comment un texte, et quel texte, le Talmud, résiste à la pression des médias en tous genres, et aux institutions prestigieuses d’un pays moderne, Israël, et cela dans une dimension laïque, pour nous dire avec respect, ce qui lie/délie/relie le lien fils-père à travers trois générations ? Et qui aujourd’hui encore est ce sur quoi se fondent l’existence d’un peuple, son histoire, ses valeurs les plus chères. Voilà ce texte en place d’acteur principal comme le cinéma sait nous l’offrir parfois. Belle rencontre en perspective entre cinéma et psychanalyse puisque entre fils et père surgit un conflit œdipien de la plus belle eau, où un psychanalyste est convoqué, car ce conflit est source d’une transmission entre les âges jamais acquise une fois pour toute"...JJM

Février 2012

Cinéma La Pagode
Dimanche 12 février 2012 à 10h45
PROJECTION DU FILM

L'Arbre
De Julie Bertuccelli  
-  
France 2010
Projection suivie d’un débat avec Julie Bertuccelli
débat animé par :
 J-J Moscovitz, F. Siksou, V. Micheli-Rechtman, A-M. Houdebine, N. Farès, D. Friedman, M. Landau, F. Moscovitz, B. Didier-Hazan...
synopsis : 
En Australie, Dawn et Peter vivent heureux avec leurs quatre enfants à l'ombre de leur gigantesque figuier. Lorsque Peter meurt brutalement, chacun, pour continuer à vivre, réagit à sa manière. Simone, la petite fille de 8 ans, croit que son père vit à présent dans l'arbre. Un jour, elle initie Dawn à son secret... Peu à peu Dawn retrouve des forces, un travail. Peut-être un nouvel amour ? La vie reprend mais l'arbre devient envahissant : ses branches, ses racines, et même son peuple de grenouilles et de chauves-souris se lancent à l'assaut de la maison et menacent ses fondations ! Dawn n'a plus le choix : elle doit le faire abattre...
avant propos au débat : 
« …Comment se séparer d’un père s’il meurt tout à coup, et dés lors le revoir en fantôme qui vous appelle vers lui ?  comment choisir de décider d’aller vers la vie ? comment  la dame Nature peut-elle être empêchée d’envahir à nouveau ce que l’humanité parlante a si chèrement gagné  en instaurant les lois de la parentalité ? Ici nous sommes coté fille, femme , mère qui se nouent de trop près, et de trop loin coté garçon, homme, père. D’où le féminin laisse toute la place à l’ancêtre sous la forme d’un figuier géant qui avec ses branches, ses racines, et le monde qui l’habite, s’allie à un tohu-bohu de la nature pour que revienne la sérénité, que seules d es images de cinéma nous donnent à entendre et voir avec une rare beauté »... JJ.M

Mars 2012

Cinéma La Pagode
Dimanche 25 mars 2012 à 10h30

PROJECTION DU FILM
A Dangerous Method
De David Cronenberg - Canada, Royaume-Uni, Allemagne 2011
Projection suivie d’un débat avec nos invités : Michel Guibal et Marie-Laure Susini (Michel Guibal est avec Jacques Nobécourt l'adaptateur français de l'ouvrage  "Sabina Spielrein entre Freud et Jung")
débat animé par :
 J-J Moscovitz, F. Siksou, V. Micheli-Rechtman, A-M. Houdebine, N. Farès, D. Friedman, M. Landau, F. Moscovitz, B. Didier-Hazan...
synopsis : 
Sabina Spielrein, une jeune femme souffrant d'hystérie, est soignée par le psychanalyste Carl Jung. Elle devient bientôt sa maîtresse en même temps que sa patiente. Leur relation est révélée lorsque Sabina rentre en contact avec Sigmund Freud...
avant propos au débat : 
« …A Dangerous Method est un des noms du scandale freudien : la sexualité infantile existe en nous, elle est source de forces gigantesques et donc de conflits et d’inventions innombrables. Mais des adversaires sans merci usent de forces tout aussi puissantes pour s’opposer à la psychanalyse au point de vouloir la voir disparaître.  David Cronenberg  filme le jaillissement de la découverte de l’inconscient où sexualité, amour, désir,  vie, rapport à la mort sont là mis en scène et en tissages qui nous disent  que la psychanalyse fait ici « progrès quant à l’esprit » : Geistigkeit. Une telle  conquête dans la compréhension du champ de l’hystérie et des psycho-névroses , le discours médical officiel ne peut l’admettre. il lui faut maintenir son empire par de  multiples attaques dés sa naissance à la fin du 19ème siècle.    un texte de Marie-Laure Susini à lire également ici


Mai 2012

Cinéma La Pagode
Dimanche 6 mai 2012 à 10h30
PROJECTION DU FILM
L'Exercice de l'Etat
De Pierre Schoeller - France 2011

Projection suivie d’un débat avec notre invité : Pierre Schoeller 
débat animé par :
 J-J Moscovitz, F. Siksou, V. Micheli-Rechtman, A-M. Houdebine, N. Farès, M. Landau, F. Moscovitz, B. Didier-Hazan...
synopsis : 
Le ministre des Transports Bertrand Saint-Jean est réveillé en pleine nuit par son directeur de cabinet. Un car a basculé dans un ravin. Il y va, il n’a pas le choix. Ainsi commence l’odyssée d’un homme d’Etat dans un monde toujours plus complexe et hostile. Vitesse, lutte de pouvoirs, chaos, crise économique… Tout s’enchaîne et se percute. Une urgence chasse l’autre. A quels sacrifices les hommes sont-ils prêts ? Jusqu’où tiendront-ils, dans un Etat qui dévore ceux qui le servent ?
avant-propos : 
…«Le désir humain a des lois qui, si elles conduisent à l’amour et au pouvoir, mènent aussi à la destruction…Amour/désamour et pouvoir/dé-pouvoir voisinent au cœur du collectif avec la destructivité individuelle, avec ce qui ravage….C’est mis admirablement en images dans L’Exercice de l’Etat. L’humour n’ y est pas absent, ni le rêve : jouissance d’un vrai crocodile tout entier tenté d’avaler joliment la vraie nudité d’une vraie femme en entier. Mais un réveil brutal indique le réel, celui de l’ accident meurtrier d’un transport d’enfants qui vient entamer vraiment tout ce global, en nous montrant l’impossible d’un désir total…de gouverner surtout sa libido sexuelle. 
Le couplage politique-médias est en surbrillance, voire acteur dans le film : la séduction que réclame le peuple cherche un maître mis en place d’idéal inatteignable… Au point que le héros du film, voire son entourage, se séduisent eux-mêmes… Et ce maître, ici un ministre des transports (de passions ? et au nom de Bertrand Saint-Jean, signe même d’une céleste souveraineté en héritage) joue et multiplie entours et contre tours de sa séduction. Mais un de ses raccourcis l’attendait au tournant. Est pris qui croyait prendre : un accident de voiture atteint son corps, son visage, son intime, qui enfin là lui disent sa limite : il n’y pas de sous ou de surcitoyen . 
Ça questionne le spectateur : ne s’agit-il pas de prendre acte que l’intime de chacune, chacun, ne veut ni rival, ni maître, mais garder, retrouver sa singularité en notre actuel… Ce sur quoi le film se termine ouvrant à la question de savoir ce qui se passe dans la "boule" d’un simple citoyen lorsque parvenu avec d’autres à l’exercice laïc et souverain de l’autorité qui suture la République, il en est possédé. Serait-ce que d’avoir le pouvoir, à se mettre à son service, c’est pour se séparer en son for intérieur de l’autorité du Père, et ainsi désirer si ardemment gouverner au delà de la raison pour s’autodétruire soi-même ? Cela porterait alors atteinte au Nom du père, souverain en sa fonction de donner la vie, fût-il celui qu’il porte : « Saint-Jean » en l’occasion, mais n’importe quel autre y serait là en posture d’être mis à mal, au su de cette religion laïque elle aussi, celle d’Œdipe-Roi comme nous le crie Sophocle, si bien audible malgré tout aujourd’hui puisque portée au « sein » des « seins » de l’exercice… de la psychanalyse ?»… J-J Moscovitz - Coauteur avec Yann de l’Ecotais de « ‘’Psychanalyse’’ d’un Président » Ed. de L’Archipel, Paris mai 2008
 

Juin 2012

Cinéma Le Saint Germain des Près
LUNDI 11 JUIN 2012 à 20H30

PROJECTION DU FILM
SUR LA ROUTE
De Walter Salles - France, USA, UK - 2012
Projection suivie d’un débat avec notre invité : Bertrand Leclair : Dans son dernier livre Les rouleaux du temps (Flammarion sept.2011) Bertrand  Leclair, notre invité, consacre un long chapitre d’une trentaine de pages à Sur la route et aux Souterrains, de Jack Kerouac, qui commence ainsi : «Peut-être bien qu’il me faut l’admettre, le reconnaître. A la croisée de toutes mes expériences, de toutes mes lectures, des mille et une vies que je bricole tant bien que mal pour en faire une seule qui « tienne la route », de vie, une vie que je dis mienne par commodité ; à la croisée de ces mille et une vies dont certaines sont d’une pauvreté de désert et d’autres exubérantes comme une jungle, mais dont la plupart sont tout bonnement tempérées, raisonnables, peut-être bien que l’œuvre de Kerouac est un cœur battant : le lieu particulier où va mon désir, où rôde mon fantasme, celui d’une radicale non-séparation de la littérature et de la vie, celui où enfin toucher terre, non pas contre, grâce, avec, mais dans la littérature.»  -  Lire, ici, la biographie de Bertrand Leclair
synopsis :  Au lendemain de la mort de son père, Sal Paradise, apprenti écrivain new-yorkais, rencontre Dean Moriarty, jeune ex-taulard au charme ravageur, marié à la très libre et très séduisante Marylou. Entre Sal et Dean, l’entente est immédiate et fusionnelle. Décidés à ne pas se laisser enfermer dans une vie trop étriquée, les deux amis rompent leurs attaches et prennent la route avec Marylou. Assoiffés de liberté, les trois jeunes gens partent à la rencontre du monde, des autres et d’eux-mêmes.
avant-propos : «… "La virée, dans sa bande originale : un long ruban de papier … sur lequel Jack Kerouac a crépité son texte sans s’arrêter (…).Telle est la route, fête mobile, traversées incessantes de la nuit américaine"  est-il écrit dans la présentation du livre "Sur la route, le rouleau original". Où de ses scansions, de son insistance, de son angoisse, le verbe, l’œuvre portés à l’écran questionnent en images cette vérité de Freud que ‘le Moi n’est plus maître en sa demeure’ : le reste-t-elle encore voire même plus affirmée dans l’écriture  filmique. Enjeux entre littérature, psychanalyse et cinéma. Se donne ici à vivre dieVergänlichkeit selon Freud, traduit par destin provisoire, nostalgie, fugitivité, soit l’éphémèrité. Celle du beau qui, regret incessant, crainte, disparition, vient ainsi ressourcer nos désirs de vivre au présent plus que présent… Est-ce pour cette jeunesse libertaire made in USA, d’attendre encore un peu pour s’inscrire dans l’Histoire, celle vécue par la génération d’avant, issue de ce qui vient de se passer pour leur parents en  1939-45 en Europe et au Japon d’Hiroshima. L’immense Amérique, acteur principal dans le film d’Est en Ouest, triomphante partout, 1ère à entrer en scène, dans nos yeux et nos oreilles.  Sont acteurs  aussi le Jazz, l’Underwood, la machine à écrire du héros Sal Paradise, l’image de Jack Kerouac. Où la vraie vie au cinéma double celle de l’écrivain.  Entre ces deux pans de notre actuel -le M.L.M. Musée des lettres et des Manuscrits l’expose en ce moment à Paris- ce rouleau, dont un bout a éé bouffé par un chien…, et  qui n’en finit pas de se dé-rouler : pieds du marcheur dans le film, encres et ratures de ce papier hors-temps, sans paragraphes. "…long comme une phrase de sax ténor dans le noir"… »  J-J. M.

Juillet 2012

Cinéma Le Saint Germain des Près
DIMANCHE 1 JUILLET 2012 à 10H40
PROJECTION DU FILM
La 
grammaire intérieure
De Nir Bergman - Israël - 2010
Projection suivie d’un débat - 
débat animé par :
 M. Landau, J-J Moscovitz, F. Siksou, V. Micheli-Rechtman, A-M. Houdebine, F. Moscovitz, B. Didier-Hazan.
synopsis :  Un quartier de Jérusalem au début des années 60. Aharon Kleinfeld, est un garçon de onze ans, à l’imagination débordante et dont l’esprit aspire au raffinement et à l’art. A l’aube de l’adolescence, par crainte peut-être de devenir comme ses parents, un couple sans affection ni amour, Aharon décide d’arrêter de grandir. Il entreprend alors un voyage intérieur qui l’éloigne chaque jour un peu plus du monde adulte.
avant-propos :"Le journal de la grammaire intérieure(1991) est l'un des trois très beaux romans que David Grossman a écrit sur l'enfance, l'adolescence ("voir ci dessous-amour"1986, "L'enfant zig zag" 1998). C'est le seul qui a été adapté pour le cinéma par un cinéaste israélien Nir Bergman. En Israël,  dans une petite banlieue, deux mondes s'opposent, celui de l'enfance, les amitiés absolues, les disputes, les jeux, les découvertes: répétition générales des amours et des drames de l'âge adulte et le monde des parents, adultes qui ont vécu la deuxième guerre mondiale et qui s'efforcent d'élever leurs enfants avec les bonnes et les mauvaises paroles,  sous le regard critique et implacable de leurs enfants. La vie, quoi ! Comment grandir quand on descend des rescapés de l'extermination. Maria Landau
"...Tandis que son père casse les murs de l'appartement de la jolie voisine pour qu'elle ait  plus d'espace, lui son fils s'enferme dans une valise, un vieux frigidaire en plein champ...pour s'éprouver face à sa solitude pré-adolescente de 1967 en Israël. À quoi doit-il donc renoncer pour être comme tout le monde et ainsi enfin grandir . Entrer ou pas dans le code social? Va t-il faire comme les autres et aller "déjà" vers la mort... Quelle mort? quels morts? ou? Comment? En  Pologne d'où ses parents sont natifs. Quel immense danger le tient en haleine, virginal d'un savoir en voie d'advenir? sexuel freudien et grande Histoire essaient dans sa "grammaire intérieure"- son histoire intime- de rejoindre -sans y arriver - l'histoire de sa famille, le vécu parental chargé comme un arbre de vers et de souvenirs qui rongent sans être jamais dits.. Écriture filmique lumineuse éclairée pat une œuvre littéraire sans pareille, celle de David Grossman se soumettant au charme d'un cinéaste poète, Nir Bergman qui nous invite à tous le possibles de la création écrite à celles de l'image de cinéma. Ou des psychanalystes d enfants et d'ado de nos  jours ne peuvent qu'être en quête d' en dire leur surprise..." JJM..

Octobre 2012

Cinéma La Pagode
Dimanche 7 octobre 2012 à 10h30
PROJECTION DU FILM
Holy Motors
De Leos Carax - France - 2012
Projection suivie d’un débat avec notre invité Denis Lavant
débat animé par :
 Hervé Icovic, J-J Moscovitz, F. Siksou, V. Micheli-Rechtman, M. Landau, A-M. Houdebine, F. Moscovitz, B. Didier-Hazan...
synopsis : De l'aube à la nuit, quelques heures dans l'existence de Monsieur Oscar, un être qui voyage de vie en vie. Tour à tour grand patron, meurtrier, mendiante, créature monstrueuse, père de famille... M. Oscar semble jouer des rôles, plongeant en chacun tout entier - mais où sont les caméras ? Il est seul, uniquement accompagné de Céline, longue dame blonde aux commandes de l'immense machine qui le transporte dans Paris et autour. Tel un tueur consciencieux allant de gage en gage. À la poursuite de la beauté du geste. Du moteur de l'action. Des femmes et des fantômes de sa vie. Mais où est sa maison, sa famille, son repos ?
avant-propos : « …réalité et rêve se font images l’une l’autre et mutuellement de la place, là s’y glisse le « semblant », le cœur de notre pratique d’analyste toujours trop (é)prise de parce que, de sens pour ne pas accéder à un réel que Holy Motors de Leos Carax nous fait entrevoir par des croisements d’images en clin d’œil, où se met en scène ce prince du semblant Denis Lavant… Images pleines d’une hantise illuminant un gouffre, index de notre temps… , semble-t-il, mais rien n’est sur, tout reste à réinventer sans cesse, espoir inclus…L’enfant en chacun de nous vit/voit quoi ? celui sur-présent dans chaque(s) image(s), appel à l’enfant poète en soi, poétique révélée au fil du film ? ici la matière-image est elle-même acteur, acteur d’artistes. Le cinéma met en théâtre ce qu’i est pour recréer le cinéma. Acteur est le cinéma qui surprend le spectateur à être filmé et acteur à son tour. Crédit immense et insensé à l’image, le regard, si proche de se faire muet de nos jours, s’y régénère. En un « transformisme grotesque », profond. Au un par un de chacun de nous, voilà une grimace au vacarme du monde, poétique d’une mémoire-cinéma au présent… » JJ.M

Novembre 2012

Novembre 2012

Cinéma La Pagode
Dimanche 25 novembre 2012 à 10h30
PROJECTION DU FILM
AUGUSTINE
De Alice Winocour France - 2012
Projection suivie d’un débat avec Alice Winocour
débat animé par :
 J-J Moscovitz, B. Toboul, F. Siksou, V. Micheli-Rechtman, A-M. Houdebine, M. Landau, F. Moscovitz, B. Didier-Hazan...
synopsis :  Paris, hiver 1885. A l’hôpital de la Pitié Salpêtrière, le professeur Charcot étudie une maladie mystérieuse : l’hystérie. Augustine, 19 ans, devient son cobaye favori, la vedette de ses démonstrations d’hypnose. D’objet d’étude, elle deviendra peu à peu objet de désir
avant-propos : « …le corps d’Augustine est ici filmé en lieu et place de sa parole en cours d’advenue malgré le regard docte de médecIns… Regard en attente de la parole, de la parole qui, elle, écoute, c’est celle de Freud . Regard qui capte aussi, celui de Charcot. Regard acteur tout autant que le corps de cette jeune femme qui représente d’autres corps au féminin. Regard de neuro-psychiatre pour happer un savoir, et parole de Freud pour entendre celle de ces personnes dites hystériques, de par leurs symptômes , qui jusqu’alors n’étaient qu’objets observés. D’autant que la fin du 19e siècle invente la photographie, qui, avec les esquisses dessinées par les médecins, sont des examens complémentaires, préludes de nos IRM d’aujourd’hui. 
Ici la médecine cherche à fêter sa victoire, mais elle s’avère être à la Pyrrhus car la psychanalyse s’invente sur cet échec du vouloir savoir par l’œil. Vive le cinéma qui pousse à son extrême ce désir de voir/regarder et révèle combien c’est un obstacle que la dite hystérique exhibe si méchamment depuis son corps. 
Quel corps ?- voilà le registre du politique, fort bien évoqué dans le film-, entre d’une part le corps observé et touché par le médical, à maîtriser par cette science montante centrée à l’époque sur la « fable neurologique » (Foucault), et, d’autre part, le corps sexué qui appelle à être reconnu chez des Augustine de partout de par le monde. Le coup de génie de Charcot de la psychiatrie académique à la française frôle ce que le génie de Freud recueille pour fonder un savoir sur l’inconscient. Et avec Lacan, le nom de symptôme attribué à ces personnes dites hystériques, devient aussi discours de l’hystérique, soit que chacun d’entre nous, dés qu’il parle est en position hystérique : chacun attend que sa parole soit entendue 5/5 par son interlocuteur mis en place de « maître » sachant entendre tout de la situation… « Maître » qui, ne pouvant pas tenir longtemps à cette exigence, est remplacé par un autre… (Lacan : « L’hystérique est une esclave qui cherche un maître sur qui régner »). 
Nous sommes très souvent dans ce mouvement d’attendre sans perte ce 5/5 dans notre lien à autrui. C’est qu’après avoir libéré l’hystérique de son statut de sorcière à envoyer au bûcher, après que Charcot l’ait nommée malade, la dimension hystérique du parler prévaut sur toute autre approche de ses symptômes névrotiques centrés sur le psycho-sexuel. Entre regard et parole, ce sexuel se fait de la place dans notre monde culturel et en particulier avec des images vues et entendues au cinéma comme celles que nous donne Alice Winocour. Qui laisse évoquer que le refus du féminin que ce soit pour les hommes et pour les femmes reste souvent insistant, notamment à l’heure où entre en scène le mariage pour tous. ….» JJM

Décembre 2012

Cinéma La Pagode

Dimanche 16 décembre 2012 à 18h

PROJECTION DU FILM

AMOUR

De Michael Haneke - France - 2012

Projection suivie d’un débat avec Philippe Rouyer - Auteur avec Michel Cieutat du livre Haneke par Haneke - Ed. Stock 2012 

débat animé par: H. Icovic, J-J Moscovitz, F. Siksou, V. Micheli-Rechtman, A-M. Houdebine, M. Landau, F. Moscovitz, B. Didier-Hazan...

synopsis : Georges et Anne sont octogénaires, ce sont des gens cultivés, professeurs de musique à la retraite. Leur fille, également musicienne, vit à l’étranger avec sa famille. Un jour, Anne est victime d’une petite attaque cérébrale. Lorsqu’elle sort de l’hôpital et revient chez elle, elle est paralysée d’un côté. L’amour qui unit ce vieux couple va être mis à rude épreuve.avant-propos : « ….Amour, mot ici trop court, à y rajouter aussitôt : de Haneke… Oui nous sommes au cinéma ; et pourtant dans ‘de la vie’,  tant le réel y fait trou, troué qu’il est par où s’inscrit le sujet du désir, quoiqu’il en soit, désir de sa mort , celle à soi, ce qui exige dés lors qu’il y ait de l’Autre plus que jamais. Toi,  Lui,  Moi. Un jour, une nuit, ça se met en place  en un trait  par  quoi lors de la disparition de l’aimé, le désir -un temps- n’est plus que du temps à vivre,  ce trait s’ajoutant aux autres traits qui peuplent le vivant. Universel est notre rapport à la mort, à la limite de l’intime où le « créateur » du film nous dit d’être spectateur initié. Ce que l’on est toujours trop : mais ce qu’il filme -qu’il filmerait-  c’est comme la propre mort de l’être que je suis.  Ce qui reste impossible à représenter : on pense celle de l’autre, mon semblable, mais pas la sienne. Là avec Haneke, ce réel pâtît de l’image de cinéma, il lâche du lest, se dit presque… le corps, la peau, la chair, les yeux, les douleurs, les excréments, le sang, les larmes se font déchets, cause de notre  désir de savoir l’amour. Oui l’amour exige d’être su. Et c’est sa limite qu’on a à se mettre sous la dent, vers l’œil du film Amour comme ce long fleuve d’Asie, et ses méandres immenses… ici la filiation  est comme sacrifiée, exclue du couple qui se maintient tel pour mourir ensemble… Et la seule transmission se fait de maître à élève. Amour de Haneke séjourne entre désarroi, colère  et dignité de l’être parlant pas tout seul, bien que l’ultime de l’intime sait que ce savoir-là est celui de l’existence de soi-même jusqu’à la fin, celle d’attendre, inhérente au réel du jour à jour de tous nos jours… ». JJM