LES ARCHIVES DU REGARD QUI BAT


Février 2021
VISIONNAGE D'UN FILM SUIVI D'UN DÉBAT 
Dimanche 7 février 2021 à 19H
En visioconférence Zoom
La Théorie du Fantôme - France 2001
un film de Pascal Kané
présentation par Pascal Kané : En retrouvant une correspondance de Pologne adressée à mon père, à Paris, et datée de 1939, j’ai compris que sa mère et ses sœurs, disparues en 1942, étaient devenues des fantômes. Par fantômes, il faut entendre des morts sans sépulture dont la plainte, inextinguible, s’est perpétuée jusqu’à aujourd’hui. Ces fantômes, je l’ai découvert, eurent aussi une existence matérielle : ils habitèrent avec nous l'appartement familial. Étant parvenu à comprendre les tourments ainsi causés à mon père, il m'appartenait de ramener ces femmes sur le lieu de leur disparition et de les y enterrer, délivrant mon père et moi d'un terrible fardeau et me réconciliant, vingt ans après sa mort, avec lui.   
l’avant-propos de Jean-Jacques Moscovitz : "... Les lèvres d’Eva, traductrice depuis le polonais, tissent les mots, et la voix off pleine de déférence filiale du narrateur-réalisateur nous emmènent dans un « film-voyage » à travers des lettres de femmes qui sont en grand danger au ghetto de Lodz. Elles subiront l’extermination à Chelmno/Ner par le gaz nazi. Le récit est le film dont les images nous conduisent dans la mise au jour de l’histoire d’une famille judéo-polonaise. Les lettres, si poignantes,  font œuvre. Elles s’adressent à un homme, étudiant en médecine en France. C’est Léon, ces femmes sont sa mère et ses sœurs. Elles sont liées, emmêlées par leurs phrases qui implorent ce fils, ce frère, de leur envoyer nourriture et vêtements. Nous sommes dans ces années terribles des exterminations nazis des juifs de la Pologne nazifiée. 1939-1940-1941-1942-1943… C’est lui Léon qui sera le père du narrateur, notre ami Pascal Kané, membre assidu du « Regard Qui Bat… ».  Pascal est décédé ce 31.8.20. La théorie du fantôme, c’est son histoire paternelle, faite d’énigmes, de secrets, de silenciations qui se nouent, se dévoilent, se cachent à nouveau. Un détail que l’intelligence psychanalytique de Pascal K. révèle.  Il concerne le fantôme qui hantait Léon, du fait de la disparition de sa mère et de ses sœurs. Le détail c’est l’étonnante présence dans son bureau médical de la reproduction de La Sainte Anne de Léonard de Vinci . La mère de la Vierge Marie. Qui dans La Vierge Marie et l’enfant Jésus soit toutes deux l’une sur l’autre, jambes emmêlées dans la draperie bleue qui les enserrent, Jésus sur leurs genoux. Avec l’agneau Pascal , oui Pascal, juste à côté . Oui, les femmes de la famille de Léon emmêlent leurs appels au secours et leurs corps encore vivants  dans leurs lettres lues par Eva…. Tout comme Léonard peint son monde maternel habité de plusieurs femmes, Léon garde ainsi secret son fantôme selon son fils Pascal. Mais le fils perçoit ainsi la « théorie », le fantasme  de son père. Sa perception  structure, apaise et produit la levée de l’énigme du silence de son père et la façon dont celui-ci aura protégé son fils . Le film-voyage a lieu en 2000, sortie du film la théorie du fantôme . Voilà un deuil réussi par cette mise à jour grâce à la littérature, l’art du cinéma et la peinture. Dès lors jaillit en 2010 « Je ne vous oublierai jamais » filmant la vie de son Père et ses immenses espoirs de sauver toutes ses femmes de son enfance .  … "   lire ici la présentation du film "Je ne vous oublierai jamais" et écouter l'enregistrement du débat avec Pascal Kané 

Mars 2020
Cinéma Beau Regard
Dimanche 8 mars 2020
En Avant-Première
PROJECTION SUIVIE D'UN DÉBAT
L'Automne à Pyongyang - France 2000
un film de François Margolin - 
Projection suivie d'une rencontre-débat avec François Margolin
débat animé par : Jean-Jacques Moscovitz, Fred Siksou, Simone Wiener, Françoise Moscovitz...
synopsis : Le dernier grand voyage de Claude Lanzmann, le célèbre réalisateur de "Shoah". En Corée du Nord. Il parle de la vie, de Simone de Beauvoir, de Jean-Paul Sartre, du communisme, de la mort... 
l’avant-propos de Jean-Jacques Moscovitz : "... La caméra de François Margolin filme Claude Lanzmann, son visage, ses mots, son style, ses silences, sa capacité d'étonnement, l'incarnation d'un souvenir "écran" d'une merveilleuse histoire d'amour de la vie, d'amour du désir , de l'élan infini entre lui et une femme au sourire toujours présent, intact et magnifique, déjà mis en scène dans Napalm par Lanzmann lui-même . Et que L'Automne à Pyongyang par sa beauté, nous fait revivre . Un tel amour embellit les gens, les images, les mots, les films, les corps, le temps, les âges, la vie. L'Automne à Pyongyang et Napalm sont des films d'amour contre la violence des guerres. Acte formidable de la victoire sans faille de l'intime sur le politique, du désir d'amour dans sa singularité la plus mystérieuse contre les organisations collectives quelles qu'elles soient. Shoah et son auteur, sont en lutte ici contre tout ce qui taire toute parole, et qui avec un humour mille fois en acte - comment faire une omelette avec des baguettes ! - donne vie, futur, avenir. Exemple de lutte contre un conformisme lâche et enténébrant si fréquent de nos jours. François Margolin montre l'artiste qui par son acte crée le sujet, le monde du sujet où l'amour enrichit le sentiment de la permanence de soi-même. Et rappelle à chacun son désir d'enfance, d'être enfant qui vit un présent qui, ayant déjà eu lieu avant , sans cesse s'innove au cinéma. Qui fait exister ce qui n'existe pas "avant d'être mis en images". Il dit l'amour actuel des lieux d'avant. Acte de dire le maintenant d'un Là était Le Lieu ... Toujours vécu dans l'instant éphémère du présent ... " 
à propos du film par Fred Siksou : Ce "dernier" automne de Claude Lanzmann, ce dernier voyage encore plus lointain que la Patagonie... au bout du monde et de nulle part. Cette fiction d'une fiction avec des Juifs, des communistes, Israël et avec Sartre, Beauvoir et Shoah… Le sourire de Claude Lanzmann faisant face à l'effigie sourire de Kim Il-sung le « grand dirigeant immortel » en tous lieux reproduite, sa souffrance de se savoir au bout de son voyage et de le laisser porter à l'écran par François Margolin. François Margolin compagnon de cet ultime voyage en Exopotamie, signe avec L’Automne à Pyongyang un portrait de Claude Lanzmann d’une grande justesse, et un si singulier testament…

Février 2020
Cinéma Beau Regard
Dimanche 2 février 2020
PROJECTION SUIVIE D'UN DÉBAT
La Dernière d'Entre Elles
réalisé par Pierre Goetschel - France 2019
Projection suivie d'un débat avec Pierre Goetschel et sera animé par : Jean-Jacques Moscovitz, Simone Wiener, Fred Siksou, Michel Gad Wolkowicz...
En présence d'Elie Buzyn, auteur de "J'avais 15 ans, vivre, survivre, revivre " éditions Alisio
synopsis : Pierre Goetschel a rencontré miraculeusement Rosette, la dernière survivante d’un petit groupe de femmes rescapées d’Auschwitz-Birkenau, dont sa grand-mère Fernande a fait partie. À partir des fragments exhumés de leurs récits écrits dès leur retour, il retisse la destinée tragique de ces femmes indéfectiblement liées par le destin. Mais Rosette, elle, n’a pas écrit et a préféré se taire pendant plus de soixante ans. Arrivera-t-elle à lire le texte de son amie Fernande ? Entre les premiers témoignages et la présence singulière de Rosette, le film interroge au plus intime ce qu’il s'est passé "là-bas" pour ces femmes à Auschwitz.
l’avant-propos de Jean-Jacques Moscovitz, Simone Wiener, Fred Siksou :  « La dernière d'entre elles, c'est d'abord et aussi, "...entre elles", le lien entre ces femmes. Et les images de Pierre Goetschel nous les présentent; et nous sommes avec elles dans l'enfer qu'elles ont vécu, sans que jamais l'intolérable nous oblige à fermer yeux et oreilles. Ainsi ce film fait, permet une écriture, et ce n'est pas son moindre mérite. L'une, est-il dit par une des lectrices, évoque le vol d'une mouche, pour dire l'appel de la liberté..., la lutte contre la solitude. Rosette Lévy est parmi nous, et par son silence qu'elle nous transmet, elle se protège, nous protège de cette laideur immense sur ce qu’il s'est passé "là-bas". Douleurs. Désarroi sans nom et pourtant nommés avec l'élégance de sa présence vis-à-vis d'elle-même comme pour ses amies. Suzanne, Fernande, Hélène et d'autres revivent; elles sont magnifiques de vérité. "Là-bas" est le mot qu'elles utilisent pour désigner le camp. Anne-Lise Stern déportée nous l'enseignait dans ses si nombreuses et inoubliables paroles de témoin sur "Histoire, Camps. Psychanalyse". Impossible de constituer un savoir fini, un objet d'archive sans vie. Ainsi avec ce film, "Là-bas" est actuel. Il se continue, aujourd'hui avec ces images qui nous montre la Marche de la mort où des dizaines de milliers d'internés sont traînés sur les routes, abattus, gardés comme butin, de camp en camp, jusqu'à l'arrivée de l'Armée Rouge à Auschwitz, fin janvier 1945. Peut-on dire fermeture du camp, libération... ? Aucun mot ne convient, sinon sans doute, lieu de sépulture pour tant de disparus, de leur corps, de leur nom, de leur histoire intime. Ce film nous dit l'intime de ces femmes entre elles, "là-bas". Elles apparaissent comme des matriarches. Elles ne peuvent être effacées. Elles sont toutes aussi premières que dernières... Sans fin est la vie, la vie de chacune, sans fin est la force de vivre, malgré tout ... par leurs écrits, par les images de ce film qui, à notre tour, nous font témoins. C'est la force de ce film de constituer une écriture. Ainsi et aussi. Pour nos enfants, les enfants de nos enfants...