LES ARCHIVES DU REGARD QUI BAT


Décembre 2019
Cinéma Beau Regard
Dimanche 22 décembre 2019
PROJECTION SUIVIE D'UN DÉBAT Archives 2020 à 2024  -
MARTIN EDEN
réalisé par Pietro Marcello - Italie / France 2019
La projection suivie d'un débat animé par : 
Jean-Jacques Moscovitz, Fred Siksou, Vannina Micheli-Rechtman, Simone Wiener, Laura Koffler...
synopsis : À Naples, au cours du 20ème siècle, le parcours initiatique de Martin Eden, un jeune marin prolétaire, individualiste dans une époque traversée par la montée des grands mouvements politiques. Alors qu’il conquiert l’amour et le monde d’une jeune et belle bourgeoise grâce à la philosophie, la littérature et la culture, il est rongé par le sentiment d’avoir trahi ses origines.
l’avant-propos de Jean-Jacques Moscovitz : « Enfant vorace Martin Eden avale et resuce la sauce de son assiette goulûment. Lui le roturier invité enfin dans la famille bourgeoise d’Elena sa fiancée, où sans aucune gêne, il prend son plaisir à pleines dents et, souriant, il le chante à qui veut l’entendre.  Elena et Martin sont intensément amoureux. Sauront-ils s’aimer jusqu’au bout ? toute la vie comme le savant si bien les amours débutantes ? Lui l’inculte sachant à peine lire et qui désire dire le monde, l’amour, le désir, la jouissance des puissants mais aussi des miséreux d’où il vient. Être écrivain est son ancre dans sa vie. La chance est enfin son lot, il a vaincu le destin funeste qui le serrait vers le néant. Le succès advenu, rien d’un addicte au temps des vaches grasses obtenu après tant de retours à l’envoyeur de ses manuscrits si choyés pourtant par sa « famille d’accueil » avec une Maria si maternelle avec lui. L’amour pour Elena si belle et si belle sa culture aussi, lui révèlent la puissance sans limites de l’écrit et du poème pour jeter à travers les mers et le ciel, des mots qui vont changer la Terre entière. Il s’inspire de la nature…Tel Mencius, dirai-je, ce grand lettré chinois du 4ème siècle avant notre ère qui avait déjà dit que la nature de l’homme est d’être parlant et écrivant . Jack London, auteur du roman Martin Eden le proclame par sa vie même et sa mort aussi. Ni dieu ni maître ni étiquette, le peu de fois où Martin sera dépassé par son succès, c'est sur les femmes qu’il se vengera, toutes ces femmes si belles que le metteur en scène sait mettre en valeur et qui rendent ce film d'une très grande beauté avec leur visage et les paysages qui les accueillent. Point important aussi, la mise en scène de Pietro Marcello place la littérature en d’objet acteur, où le discours-image mène le spectateur dans des séquences poignantes de la vérité de vivre , de survivre à la misère à Naples où des enfants estropiés, des gens en guenilles sont mis en images très rapides témoignant en surbrillance d’un passé politique toujours actuel.  Celui d’avant la guerre de 1914-18 et le socialisme soviétique en voie de révolution. Le film évoque ce conflit de notre héros, artiste pour qui l’individualisme doit persister pour que l’art ne sombre pas dans un collectivisme harassant. Selon Martin Eden, Il faut préserver la littérature avec violence s’il le faut car son ampleur peut secouer les forces des classes dominantes… André Malraux, rappelons-le,  ne s'est pas privé de l’annoncer à sa façon en disant en 1975 combien juste avant sa mort, le vacarme du monde commençait enfin à ressembler à ses livres et Sa condition humaine. La réalité est sous-tendue par un réel dont le code doit être percé pour faire acte d’émanciper le temps qui passe de ses entraves compactes. L’art littéraire, le cinéma, la psychanalyse ne sont pas de trop pour soutenir mutuellement une telle contre violence nécessaire pour la continuation de notre civilisation. Marin toujours marin jusqu’à la fin, tel un Œdipe repentant, Martin disparaît vers l’Ouest au soleil couchant, dans les vagues de son désespoir d’avoir tant vécu, tant reçu, tant aimé… »