LES ARCHIVES DU REGARD QUI BAT


Mai 2018
Cinéma Étoile Saint-Germain-des-Près
Dimanche 27 mai 2018
PROJECTION DU FILM
FOXTROT
Réalisé par Samuel Maoz - France - Israël - Allemagne 2018
Débat a
vec notre invitée Hélène Schoumann présidente du festival du film israélien à Paris
Débat animé par : Jean-Jacques  Moscovitz, Fred Siksou, Vannina Micheli-Rechtman, Simone Wiener...
Le synopsis : Michael et Dafna, mariés depuis 30 ans, mènent une vie heureuse à Tel Aviv. Leur fils aîné Yonatan effectue son service militaire sur un poste frontière, en plein désert. Un matin, des soldats sonnent à la porte du foyer familial. Le choc de l’annonce va réveiller chez Michael une blessure profonde, enfouie depuis toujours. Le couple est bouleversé. Les masques tombent.
L'avant-propos de Jean-Jacques Moscovitz : Le dromadaire passe le barrage, il est le temps dans sa durée. il est...l’acteur principal, neutre et dérisoire devant l’intensité des séquences dramatiques où sont pris les personnages un par un dans le bain signifiant de leurs mots, leurs visages, leurs dessins, leurs enjeux de vie et de mort comme soldats de Tsahal, comme père, comme mère, femme, fils. Amis. Une gestuelle, celle des pas pour débutants du fox-trot réapparaît en fin de partie où se dénoue la vérité. Entre temps, la fausse annonce de la mort du fils nous montre comment un soldat tombé au combat met l’institution de l’armée dans sa forme la plus généreuse certes mais aussi la plus systématisée voire ridicule. Mais cette gestuelle révèle le sens terrible du refoulé du père dans son secret mis à jour lors de l’annonce de l’accident de voiture mortel cette fois causé par notre dromadaire toujours bien présent, où se trouve le fils. Mort reliée symboliquement à l’attitude malheureuse du père lorsqu'il était officier. Il a fait passer avant lui le convoi dont il avait la tête. Et une mine à tué à sa place ceux qu’il commandait. Répétition du temps scandé ici par la violence d’actes des guerres que doivent livrer sans cesse les israéliens depuis la naissance de leur Etat. La caméra de Samuel Maoz nous place dans ce temps qui passe, inéluctable. Où l’humour et le rires en sont les petits grains de vie en plus, il met le spectateur en face d’une réalité, celle du témoin actif des violences du monde... »

Avril 2018
Cinéma Étoile Saint-Germain-des-Près
Dimanche 8 avril 2018
PROJECTION DU FILM
LA DOULEUR
Réalisé par Emmanuel Finkiel - France 2017
rencontre - débat avec Emmanuel Finkiel
Débat animé par : Jean-Jacques Moscovitz, Fred Siksou, Vannina Micheli-Rechtman, Barbara Hazan-Didier, Laura Kofler, Lysiane Lamantowicz, Simone Wiener, Françoise Moscovitz…

Le synopsis : "La Douleur", adapté de l’œuvre de Marguerite Duras. En 1944, dans une France sous Occupation allemande, Robert Antelme, grand Résistant, est arrêté et déporté. Pour son épouse, la jeune écrivain Marguerite Duras, c’est le début d’une insoutenable attente.

L'avant-propos de Jean-Jacques Moscovitz : « …Un corps, absent, la douleur le rend présent à celle qui attend. Corps déporté, mis en mots, fantasmé, en images intimes, acceptées, repoussées. Est-il dans l’escalier, déjà là ? dans le restaurant quand, elle, Marguerite est avec l’inspecteur collabo, un amant (?) « nécessaire » pour savoir si son mari est vivant ? presque ? encore un peu ? Mises en scène de l’absence, du négatif de la présence. Comment ici le cinéma d’Emmanuel Finkiel sait la filmer : le spectateur saisit que le discours en images, du fait des images, représente ce qui, presque comme les mots, disent l’absence. L’actrice Mélanie Thierry sait la jouer. L’art du cinéma ici dit ce qu’il s’est passé avec l’Occupation, la déportation, le camp, le retour. Dès lors au fil des films depuis plus de 70 ans, des créations de plus en plus « cinégénes » sont nées, source d’images qui transmettent, nous font témoins actifs. Nous politisons contre le langage de l’ennemi du genre humain. 

...Robert Antelme : 1èrephrase de son livre : « je suis allé pisser. Il faisait encore nuit », des lieux du corps sont ceux d’une intériorité ressentie en images de mots qui sont déjà comme un film. La douleur de Duras est déjà un scénario : mots écrits, mots parlés, mots images. La douleur et L’espèce humaine sont… mariés. Un cinéaste les filme. 
Se nouent ici corps, mémoire, parole. La psychanalyse touche à ce corps de la présence psychique, intime qui sollicite chacun. Le psychanalyste est ici convié comme passeur entre littérature et cinéma. Mémoire : oui, puisque c’est après les faits que ces deux livres sont écrits, les auteurs en ont vécu la fin, alors que le spectateur du film de Finkiel est en 1944 dans le temps où l’action a lieu. 
Mémoire, la mienne, quand avec toute la famille nous sommes à la gare dans l’attente et la croyance que mon oncle revienne, vivant …. Corps, présence, absence de parole, un vague sourire sourd d’une maigreur sans nom dans des bottes bien trop grandes trouvées sur un cadavre d’un soldat allemand …. 
Marguerite (Duras) sait la fin, veut écrire l’absence, ce trait structurant son texte, et qui ici dans le film, devient un objet en place d’acteur dirigé par un cinéaste. L’absent, lui Robert (Antelme), est présent partout ; elle, elle vit dans l’actuel des mois d’attente invoquant l’autre qui va venir, toute trouée de blancs d’angoisse de mort… 
Disparition …. Mme Katz, dans le film attend, implore, sourit, pleure que sa fille raflée au Vel d’Hiv revienne… Elle a été gazée. Dans Voyages (1999), E. Finkiel filme Vera, celle qui rescapée d’Auschwitz attend à Tel-Aviv son bus sur un banc, elle y monte, elle part, la caméra fixe le banc vide…. Raflée ? … Effacement de l’absence elle-même. Le spectateur la sent en son intime… L’absence, depuis les camps, a changé de statut, de contours, de nature, de profondeur de champ... »


Février 2018
Cinéma Étoile Saint-Germain-des-Près
Dimanche 4 février 2018
PROJECTION DU FILM
AU REVOIR LÀ-HAUT
Réalisé par Albert Dupontel - France 2017
Le débat avec notre invité François Margolin* sera animée par :
Jean-Jacques Moscovitz, Fred Siksou,
 
Vannina Micheli-Rechtman, Simone Wiener, ...

Le synopsis : Novembre 1919. Deux rescapés des tranchées, l'un dessinateur de génie, l'autre modeste comptable, décident de monter une arnaque aux monuments aux morts. Dans la France des années folles, l'entreprise va se révéler aussi dangereuse que spectaculaire…

L'avant-propos de Jean-Jacques Moscovitz : « …liker la vie, liker la mort. L’image de cinéma ici dit oui, dit non. Dans ce geste d’Edouard le héros, une gueule cassée et depuis lors masqué à l’infini. Se cacher son vrai visage à lui-même et face au regard de ses semblables et surtout de son père ... De son doigt il lève ou rabaisse ce qui, dessiné, représente et image désormais sa bouche. D’où sort une voix d’outre-tombe que seule Louise, son double en fille, comprend et traduit dans l’adresse à autrui... Depuis ce visage malgré tout jaillit la parole et la négation grammaticale... que l’image de cinéma ici supporte. Film de fiction adapté du roman de Pierre Lemaitre et qui obéit magnifiquement au narratif du livre une fois mis en scène. L’extrême de la laideur des guerres, de l’atteinte de la vie, de l’attirance de la mort est soutenu par la levée de l’interdit au meurtre. Interdit si enfoui en nous au point de l’accepter sans même s’en apercevoir sinon toujours trop tard. L’ouvrage de Pierre Lemaître nous le montre avec cet épisode d’après-guerre. Auteur de roman policier son écriture s’incarne dans la mise en acte d’une arnaque de sépultures des soldats morts au combat. Au nom des fils tués à la guerre, et ceux meurtris à jamais, se répète la faute des pères comme dans toute l’Histoire qui suivra. Mai 68 le montrera. Avec les violences des luttes armées : Bande à Baader en Allemagne, L’armée rouge japonaise, Action directe en France, Brigades rouges en Italie, tous groupes violents issus des pays de l’axe nazi… Avec Au revoir là-haut, de la littérature passe au cinéma non sans l’Histoire et le politique en France, celle de sa victoire là mettant au tout 1er rang des grandes puissances d’alors. La Société des Nations siège à Paris... Freud et Einstein en 1938 sont appelés à poser la question : Warum Krieg, Pourquoi la guerre ?  Ils y répondront en disant que devant le danger le pacifisme des intellectuels. Des artistes, des psychanalystes, des savants, des citoyens, est à lever. Dépacifier le lien à l’autre ... La question se pose : après les guerres, après le pourquoi, alors surgit le comment la paix. On sait que leur pessimisme était justifié, Auschwitz n’est pas loin, après la mort donnée ou reçue des fils de 14-18, deux décennies après le temps de l’action du film d’Albert Dupontel. Le Cinéma c’est filmer les visages, il le sait, il nous les montre. Avec ces si beaux visages, ceux des femmes et leur sourire, leur joie de vivre. Mais surtout ici se voit l’horreur, celle des hommes. L’Actuel nous montre les violences d’État de Daesh, que le film Salafistes de François Margolin nous donne à connaître en images de ces hommes, ceux-là et leurs visages absents à eux-mêmes où se perçoivent les Violences en Cours. « 14-18 » d’Au revoir là-haut est la forme policière autant que guerrière accompagnée d’une forme de dérision et d’ironie nécessaires pour nous faire entendre qu’après les violences, d’autres ont toujours cours. Le gouffre dans lequel se trouve notre héros évoque celui du clown se jetant dans le vide de Paris tout illuminé, c’est la fin du film. Où le héros masqué continue ainsi à cacher les crimes des pères. Ceux de la Patrie triomphale, (quels mots !). Pour ignorer toujours plus le traumatisme présent entre les générations jusqu’à aujourd’hui, le transgénérationnel, où le psychanalyste se sait convoqué, témoin... assis sur un strapontin... »


Novembre 2017
Cinéma Étoile Saint-Germain-des-Près
Dimanche 26 novembre 2017 à 10H30
PROJECTION DU FILM
Demain et tous les autres jours 
De Noémie Lvovsky - France 2017
Projection suivie d'une rencontre débat avec Noémie Lvovsky 
Débat animé par :  Vannina Micheli-Rechtman, 
Jean-Jacques Moscovitz, Fred Siksou,
 
Simone Wiener, ...
Le synopsis : Mathilde a 9 ans. Ses parents sont séparés. Elle vit seule avec sa mère, une personne fragile à la frontière de la folie. C'est l'histoire d'un amour unique entre une fille et sa mère que le film nous raconte.
L'avant-propos de Jean-Jacques Moscovitz : « ...des voix que personne d’autres n’entend que l’héroïne, dans le hurlement du vent, la nuit, dans la forêt. Qui hantent celle qui les écoute, mère, femme, fille, ici Mathilde 9 ans. Héroïne du temps des origines, héroïne de toujours, celle des contes pour enfants qui unissent les humains et orientent leur destin. Et ici c’est une enfant se heurtant à une présence du matriciel du corps, celui de l’originaire. Cette présence d’un féminin maternel reste très aquatique, d’où un enfant naît mais aussi peut dé-naître, où la vie peut retourner à la non-vie. Tourbillons du début des corps se faisant mots, voix, images. Freud nomme cette poétique « bouillie des origines ». Poésie et film ici se jouxtent au fil de l’eau, aussi bien ...baignoire qu’étang de frayeur, que la mer où séjourne l’oubli des souvenirs d’enfance, et aussi danse de la pluie, orage de fusion et dé-fusion des corps en fin du conte. Car ce film est un conte entre fille et mère. Où vient quand même un peu de père, un peu d’abri auprès de lui, pour ne pas sombrer dans le néant. Et voilà un oiseau de légende qui sait où est le réel, qui dit la loi. Aux eaux de la gestation sans limites, une chouette telle un dieu grec, exige qu’Oscar, son squelette de père mort, ait sa sépulture dans la terre ferme. Cette conjonction donne aux dialogues un effet réaliste, s’opposant aux images qui restent d’autant plus dans l’ordre du fantastique. Au risque de placer le spectateur face à la folie et à l’entame grave de la personnalité à tout instant, mais l’humour, la tendresse, l’amour entre nos héroïnes évitent le pire... »

Octobre 2017
Cinéma Étoile Saint-Germain-des-Près
Jeudi 26 octobre 2017 à 20H15
PROJECTION DU FILM
Tous les rêves du monde
De Laurence Ferreira Barbosa - France 2017
Projection suivie d'une rencontre débat avec Laurence Ferreira Barbosa 
Débat animé par : Jean-Jacques Moscovitz, Fred Siksou, Vannina Micheli-Rechtman, Simone Wiener, ...
Le synopsis : Pamela est une jeune portugaise de la deuxième génération née ici, en France. Empêtrée dans ses contradictions, ses échecs et l’amour absolu pour sa famille, elle se sent perdue et paraît incapable d’imaginer comment elle pourrait vivre sa vie… Surtout qu’elle n’aime que jouer du piano et patiner sur la glace. Elle va pourtant trouver son propre chemin entre France et Portugal.
L'avant-propos de Jean-Jacques Moscovitz : « ...Pamela et Claudia se tournent autour entre intérieur et extérieur d’un refuge de montagne pour enfin se trouver et se parler. Très belle image de cinéma. Voilà mise en scène l’émancipation d’adolescentes vis-à-vis de leurs familles. Ici en un milieu portugais vivant en France et bien intégré à la société française. Il nous est montré combien l’identitaire une fois levé découvre ce qu’il faut cacher tout en les protégeant, les coutumes des liens enfants parents sous le coup d’interdits séculaires. Ici il s’agit du lien entre père et fille, où la fille affronte son père car il en va de sa féminité. L’obéissance à des lois jusque-là consenties se modifie comme chacun le sait aujourd’hui sans pour autant être détruite mais être rendue plus symbolique, plus maniable et donc plus adaptée à la libération sexuelle en cours dans notre monde occidental. Pamela et Claudia nous font revisiter la fonction père sans la mépriser ni la détruire. Les analystes appellent ça « le signifiant du nom du père » qui ici se nomme Lisbonne. En effet aucun des protagonistes d’un groupe de jeunes portugais n’y est allé jusqu’à maintenant comme pour protéger le rythme culturel. Ne pas y être allé permet le rêve certes, mais qui maintenant s’interprète et donc dévoile son refoulé : lepoint origine Lisbonne, pourtant attirant mais méconnu devient réel est donc moins actif pour nourrir l’interdit de libération au niveau psychique. La façon dont la réalisatrice nous montre ce qu’elle filme : comment le père accepte l’émancipation de sa fille nous fait entrevoir qu’il est en tant que père et en tant qu’homme sujet lui-même d’une féminité qui le civilise. Œuvre de transmission dans l’actuel entre les générations... ».

Juillet 2017
Cinéma Étoile Saint-Germain-des-Près
Dimanche 1 octobre 2017 à 11H
PROJECTION DU FILM
VILLEPERDUE
De Julien Gaspar-Oliveri - France 2016
PROJECTION SUIVIE D'UN DÉBAT AVEC LE RÉALISATEUR ET LES ACTEURS DU FILM
Débat animé par : 
Jean-Jacques Moscovitz, 
Vannina Micheli-Rechtman, Françoise 
Moscovitz, Simone Wiener, ...
Le synopsis : Sandrine et Vincent reviennent dans la ville qui les a vus grandir pour fêter l'anniversaire de leur mère. C'est la première fois que la famille se retrouve depuis la mort du père. Un week-end mouvementé qui démontre que la vie a repris ses droits et qu'il va falloir l'accepter.
L'avant-propos de Jean-Jacques Moscovitz : "...que tu es beau Vincent (Benjamin Siksou), que tu es belle Sandrine (Lucie Debay) dit l'immense sourire plein d'amour de leur mère Gaév (Carole Franck), ça ne lâche pas sur les mouvements de la vie.  Spectateur et cinéaste donnent naissance à des acteurs comme un Père donne la vie. Nous serions dans une banale histoire de famille si les images de cinéma ne le "disaient" pas aussi. Et la face image des paroles, le visage, l'expérience de cinéma en "disent" plus : la caméra de Julien Gaspar Oliveri filme un trait d'union absent. Car le titre du film s'écrit "Villeperdue". Pas d'espace entre ces deux mots pour faire Nom. Trait et espace manquent dans le Lieu où ça a lieu, où ça se passe. La caméra tourne, filme le trou incomblable d’un sans doute "plus-là". Un effacement du manque commence à faire deuil… Les images parlent, sourient, chantent, la grande musique, le font entendre, Le rendent visible, l'effacement devient trace de ce qui a eu lieu pour que la vie existe malgré tout..."

Juillet 2017
Cinéma Étoile Saint-Germain-des-Près
Dimanche 2 juillet 2017 à 10H30
PROJECTION DU FILM
LOU ANDREAS-SALOMÉ
De Cordula Kablitz-Post - Allemagne / Suisse 2016
Débat animé par : 
Jean-Jacques MoscovitzFred Siksou, 
Vannina Micheli-Rechtman, Maria Landau, Simone Wiener, Laura Kofler...
Le synopsis : Esprit rebelle, l'intellectuelle d'origine russe Lou Andreas-Salomé ne peut que déplaire au régime nazi. C'est dans ce contexte qu'elle entreprend de rédiger ses mémoires. Quand elle était plus jeune, elle rencontre Nietzsche qui tombe immédiatement sous le charme de cette femme avant-gardiste. Paul Rée, un riche philosophe allemand, demande en vain Lou en mariage. Il va s'organiser un étrange ménage à trois platonique. Rilke, de quatorze ans son cadet, se meurt d'amour pour elle. De son côté, la jeune femme refuse de renoncer à sa liberté en se mariant. Elle rencontre Freud : l'admiration est réciproque...
L'avant-propos de Jean-Jacques Moscovitz : Göttingen… Visage triste et désemparé, Ernst Piffer demande à Lou de faire une analyse avec elle, elle a 72 ans, toujours belle et souriante. Elle lui propose qu’il sot son scribe, de taper à la machine sa biographie et son œuvre sous l’œil avisé et bienveillant de notre héroïne... Nous voyons le scénario s’écrire devant nous. Nous sommes en 1933, les nazis la menacent, elle est en passe de détruire son œuvre, Ernst P. sauve les textes… et ce sera surtout son dernier compagnon. Ils se le disent, « si tu crois en la vie, lui dit-elle alors je suis d’accord ». St Pétersbourg, Lilya a 16 ans, elle est sur les genoux de Her Pastor, son précepteur fou amoureux d’elle, c’est Henryk Guillot, le premier homme de sa vie, son Dieu, il veut l'épouser, quitte à transgresser tous les codes de son temps, les visages des protagonistes en sont pantois de honte. Et c'est parti. Des hommes arrivent dans sa vie et non des moindres, Paul Rée, Nietzsche, Rilke. Arrêt sur image de la charrette où elle les mène au fouet. Elle crée autour d’elle passions, désirs de complétude, ils la voient en La femme fatale enfin arrivée bien qu’elle n’en soit pas dupe. (Cf. le texte de Robert Maggiori). Un orientaliste, Mr Andréas lui donne son nom qu’elle met avant celui de son père, Von Salomé, elle a 26ans, c’est un mariage blanc uniquement pour des raisons pratiques d'évidence. Pendant ce temps-là, des disputes sans fin surgissent dans l’union érotique avec Rilke. Son parcours beaucoup la connaissent et pourtant elle sait protéger son intime. C’est montré dans le film. Au niveau politique, elle ne reste pas muette face à la libération des femmes de la fin du 19e siècle. Freud lui ne succombe pas bien qu’amoureux. Il est sous le charme, dit-il, de cette « compreneuse », de la comprendre de façon heureuse…dirons-nous. Il s’est comme par hasard prévenu lui-même dès 1908 quand il écrit Création littéraire et rêve éveillé alors qu’il n’a pas encore vu Lou... La première rencontre a lieu en 1911. Elle va habiter deux mois chez les Freud fin 1921. Elle y rencontre Anna la fille du père. Un père qu'elle vénère et adore comme si c’était le sien, et Anna a 26 ans est comme sa sœur, Lou 60…Leurs échanges sont intenses sur le choix sexuel. Sur la question du féminin Lou récuse en séance chez Freud, la question du meurtre du père présent pour le garçon, pour la fille ce n’est pas ce qui est au centre du complexe d’Œdipe. Au contraire le Père est un abri, « un port » pour sortir de la tourmente du lien à la mère. (Cf. le texte de Claude Noële Pickmann). Les personnages défilent devant nous en images magnifiques, bien que connues, documentées elles sont novatrices. La mise en en scène des correspondances pose les lettres en place d’acteurs où les images prennent le relais des deux personnages qui nous donnent le sentiment très fort qu'ils savent de quoi il retourne, de ce virage qui est pris ici aussi bien au niveau politique qu’intime. L'émancipation des femmes les sort du dressage masculin pour arriver à une vie intime et libre où le désir féminin apparaît. La pratique de Lou ne cesse de nous montrer combien le désir de l’analyste et le féminin sont liés à l’existence de l’inconscient, quel que soit le sexe dans la vie fantasmatique ou réelle. Dans la vie sexuelle, pensées érotiques, passion et amour et paroles qui sont articulées en ce que ce n'est pas la différence des sexes qui domine les humains mais bien le féminin, Affaire à suivre pour les années qui viennent pour la civilisation de l’homme pour le singulier de l'intime contre le Un toujours trop Un….
Le Féminin au Regard Qui Bat - Projections - Rencontres - Débats - Lire ici l'argument du cycle sur Le Féminin

Juin 2017
Cinéma Étoile Saint-Germain-des-Près
Vendredi 16 juin 2017 à 20H30
PROJECTION DU FILM
L'AMANT D'UN JOUR
De Philippe Garrel - France 2017 - 1H16mn
Débat animé par : 
Jean-Jacques MoscovitzFred Siksou, 
Vannina Micheli-Rechtman, Maria Landau, Simone Wiener...
Le synopsis : C’est l’histoire d’un père et de sa fille de 23 ans qui rentre un jour à la maison parce qu’elle vient d’être quittée, et de la nouvelle femme de ce père qui a elle aussi 23 ans et vit avec lui.
L'avant-propos de Jean-Jacques Moscovitz : Les si jolies taches de rousseur d'Ariane colorent le noir et blanc du film, son visage comme celui de Jeanne sont les acteurs, ils "sont" le film. Est-ce le signe de l'intense séduction exercée envers l'homme telle Ariane et son fil, telle notre Lilith Biblique, celle qui en sait long sur la jouissance des hommes, Adam The first ! Alors que Jeanne est notre Eve bien aimante, celle qui accepte l'attente depuis l'autre. La perte. Les effets sur les gestes et les visages sont ceux des mille mots entendus, ceux d'une rencontre entre les corps et les chagrins immenses où l'homme, lui, ni ne se rompt ni se défait, mais tient bon sans plier. Sans lâcher prise sur la dimension phallique pour que le féminin dont les énigmes ici sont presque dévoilées, nous humanisent au un par un de chaque spectateur. Le grand Freud attend au checkpoint de l'Œdipe chez la fille ...
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Mai 2017
Cinéma Sept Parnassiens
Vendredi 12 mai 2017 à 20H15
PROJECTION DU FILM
JE DANSERAI SI JE VEUX
De Maysaloun Hamoud Israël France 2017 - 1H42mn
Débat animé par : 
Jean-Jacques MoscovitzFred Siksou, 
Vannina Micheli-Rechtman, Maria Landau, Simone Wiener...
Le synopsis : Layla, Salma et Nour, 3 jeunes femmes palestiniennes, partagent un appartement à Tel Aviv, loin du carcan de leurs villes d'origine et à l'abri des regards réprobateurs. Mais le chemin vers la liberté est jalonné d'épreuves…
L'avant-propos de Jean-Jacques Moscovitz : « …une belle lumière des visages remplit une ville, Tel Aviv qui à son tour inonde de mille feux de la nuit les gestes de vie des personnages de femmes. Boire, danser, rire, fumer, parler, regarder. Sur-brillance de l’Occident qui n’efface pas la culture musulmane et palestinienne des trois jeunes femmes israélo-arabes, parlant l’hébreu, et en quête de liberté, d’émancipation des excès de la religion de leurs familles et cela sans rien renier de leur identitaire. Elles veulent vivre leurs sentiments et leurs émotions sexuelles. À ces images et ces paroles magnifiques de la jeunesse s’ouvrant à une sexualité enfin possible qui dit je, qui dit non, qui dit je veux, s’oppose une intense exigence des mœurs et coutumes. Où la place du père, tout autant celle de la mère, nous font spectateurs témoins d’une police… des désirs. Violence tragique rejetant tout compromis entre l’avant et l’après de cette libération de femmes. Et des hommes aussi. Pour elles, les femmes, une telle liberté vaut très cher. Contre la soumission au masculin, elles ont à accepter leur choix intime à reconquérir au niveau social, professionnel. Le modèle israélien leur est appui. Mais un tel affranchissement est aussi combattu par des israéliens comme par des citoyens d’autres pays, ne serait-ce qu’en France avec « le mariage pour tous » tant décrié. Là le psychanalyste est invité. Si le choix socio-politique est ouvert, ce qui lui résiste c’est un certain refus souterrain, inconscient du féminin, chez l’homme comme chez la femme, chez la fille comme chez le garçon …. L’engagement socio-sexuel reste à reconquérir sans cesse, et l’accepter ouvre à la découverte d’une hétérogénéité entre ce qui se sait et ce qui ne se sait pas encore. C’est ce qui fonde notre subjectivité. D’où l’angoisse, d’où le rejet violent de tout changement socio-sexuel dans ce combat des femmes dans la culture musulmane où elles vivent. Mais là le film ouvre en même temps sur le fait que leur choix entre les sexes dépasse cet enjeu pour chacune des trois femmes, ce choix met à coté le risque hyper-identitaire qui effacerait tout de leur délivrance en cours. Le film laisse supposer que devient actif dans l’intime un conflit psychique entre leur féminité muselée en révolte contre le familial, et l’approche du féminin moins masqué, plus reconnu. Ce féminin ce n’est plus avoir tel ou tel avantage s’ajoutant à la présence d’une femme, mais c’est la reconnaissance d’une faille intime inhérente à l’être. Être femme et non pas en avoir le titre …. Les images de lumières dans le film nous font entrevoir cet intime s’affrontant à l’acceptation ou le rejet de ce conflit. C’est cela qui est cause des violences, et même d’un viol de Nour par son « fiancé ». Mais le père de Nour, au moment de la rupture avec son fiancé, reconnaît le féminin qui lui fait signe chez sa fille. Et par là même il nous fait signe de la sa propre féminité de père, d’homme. Ces trois femmes savent rencontrer leur intime. C’est le génie du discours filmique de Maysaloun Hamoud où l’angoisse est index de la présence de l’intime. Ainsi Leyla désire être trouvée par un homme qui sache y faire avec le féminin. Nour refuse la négation de son désir ; Salma fuit ses parents car elle est en avance sur leur émancipation à venir. Le féminin et son refus mettent en relation l’intime de chacun et le politique. Peut-être éviter les guerres propres aux décisions du masculin. Je danserai si je veux est index que le psychosexuel n’est pas une frontière… »
Le Féminin au Regard Qui Bat - Projections - Rencontres - Débats - Lire ici l'argument du cycle sur Le Féminin

Mars 2017
Cinéma Sept Parnassiens
Jeudi 23 mars 2017 à 20H15
PROJECTION DU FILM

PATERSON
De Jim Jarmusch USA 2017 - 1H58mn
Débat animé par : 
Jean-Jacques MoscovitzFred Siksou, 
Vannina Micheli-Rechtman, Maria Landau, Simone Wiener...
Le synopsis : Paterson vit à Paterson, New Jersey, cette ville des poètes, de William Carlos Williams à Allen Ginsberg, aujourd’hui en décrépitude. Chauffeur de bus d’une trentaine d’années, il mène une vie réglée aux côtés de Laura, qui multiplie projets et expériences avec enthousiasme et de Marvin, bouledogue anglais. Chaque jour, Paterson écrit des poèmes sur un carnet secret qui ne le quitte pas…
L'avant-propos de Jean-Jacques Moscovitz : " …Film pour enfants, presque... Les enfants revoient le même film jusqu’à plus soif, des dizaines de fois... ! Pourquoi ? C’est comme pour s'endormir quand les parents redisent à leurs enfants chaque soir la même histoire ? Pourquoi cette répétition à l'intonation près, strictement la même que la veille ? Pour instaurer le temps, la durée, la permanence de traces qui construisent son intériorité, qui tiennent l'enfant face à ce qui va être son inconscient. Et l'inconscient fait peur. Alors autant l'apprivoiser ... Lui parler. Créer peut-être. Comme Jim Jarmusch. Son Paterson lui Il a trouvé : Il produit, écrit, il poétise ses propres mots et les objets quotidiens. Poèmes ? Sans doute, en tous cas création sur fond de répétition pour cadrer ce lieu de soi en soi-même, qui est silence et ardoise sur quoi jaillira l'étincelle, d'où le départ du film : « Nous avons, écrit-il, plein d'allumettes à la maison/Nous les gardons à portée de main/Actuellement notre marque préférée est l'Ohio Blue Tip ». Paterson, c'est la ville et le nom du conducteur de bus... dont le nom d'acteur est ... Driver. C’est un hasard ! Pas autant qu'en français car chacun entendra dans pater-son " et père et fils…". De la filiation plein tubes : vvvououm vvvououm, tut-tut, le bus est l'objet phallique de papa envié par son fils... Pour chaque garçon et sans doute pour des filles cet objet est bien plus qu'un jouet.. Et rouge-rouge si possible. Qui s'arrête qui repart, ouvre ses portes... C'est l'objet filmique créé par le réalisateur, son objet-acteur quotidien, poétisé lui aussi. Vu, il est caméra qui nous regarde. .Et nous crée spectateur. . . En opposition au pas commode chien de la maison, ce moyen de transport traînant Paterson autour de chez lui. Loin de là Ville en bruits. Il ramène son maître sur le lieu des amours de tous les deux , la belle Laura qui les attend: . Elle les humanise ... en noir et blanc comme au ciné d'avant, mais c’est encore là le monde des objets quotidiens dont elle jouit. Ainsi le veut le réalisateur ..., Qui ici sollicite le psychanalyste et ses enjeux de faire surgit le désir ..."

Février 2017
Cinéma Sept Parnassiens
Mercredi 22 février 2017 à 20H15
PROJECTION DU FILM
NERUDA 
de Pablo Larraín Chili, France 2017 - 1H48mn
Débat animé par :  Jean-Jacques Moscovitz, Fred Siksou, Vannina Micheli-Rechtman, Maria Landau ...
Le synopsis : 1948, la Guerre Froide s’est propagée jusqu’au Chili. Au Congrès, le sénateur Pablo Neruda critique ouvertement le gouvernement. Le président Videla demande alors sa destitution et confie au redoutable inspecteur Óscar Peluchonneau le soin de procéder à l’arrestation du poète. Neruda et son épouse, la peintre Delia del Carril, échouent à quitter le pays et sont alors dans l’obligation de se cacher. Il joue avec l’inspecteur, laisse volontairement des indices pour rendre cette traque encore plus dangereuse et plus intime. Dans ce jeu du chat et de la souris, Neruda voit l’occasion de se réinventer et de devenir à la fois un symbole pour la liberté et une légende littéraire.
L'avant-propos de Jean-Jacques Moscovitz : « …fiction qui sait elle-même nous en extraire, nous sommes au bord de l'histoire singulière de Pablo Neruda et de l'histoire du Chili des années 1945-55 en proie à un communisme international à vocation subversive… C'était le bon temps…. Ici le temps n'est ni durée ni époque, c'est le temps subjectif, celui de l'acte poétique subversif à sa façon, éternel. La fiction filmique crée la fiction entre personnages où le personnage Neruda est créé lui-même par le créateur du film Pablo Larrain. Qui crée aussi un policier qui veut aussi créer le poète, être artiste, pourquoi pas ? Tous deux se cherchent sans cesse mais le sujet du récit c’est le Néruda du scénario, du fantasme: « Où la persécution manque de terreur » dit Neruda…. C'est bien une fiction à quoi nous avons à faire où l'écriture est l’acteur principal, celui qui écrit la fiction. C'est un film de cinéma où le Neruda du film est aussi le policier qui cherche un Néruda insaisissable puisqu'il en est le policier de Batista, le tyran. Mais le justicier de l'Etat chilien s'éteint, il meurt, il se fait réel par sa mort, « il se fait sang », qui de fiction devient corps et dépouille. Entre-temps c'est la lutte désir à désir, où le policier veut. Il veut vraiment trouver l'Autre concret qui serait en dehors de lui alors qu'il est dans son dedans, puisque c'est Neruda qui le crée. La trahison ainsi guette à tous moments comme dans tout bon film, où le réel peut prendre le dessus avant la fin du film. Et pendant ce temps-là les Images de Cinéma nous attendent, pour 

Janvier 2017
Cinéma Sept Parnassiens
Mercredi 25 janvier 2017 à 20H15
PROJECTION DU FILM
ET LES MISTRALS GAGNANTS
De Anne-Dauphine Julliand France 2017 - 1H19mn
à l'invitation de Jean-François Merle
Projection suivie d'une rencontre débat avec Anne-Dauphine Julliand
Débat animé par : 
Jean-Jacques MoscovitzFred Siksou, Maria Landau, Vannina Micheli-Rechtman
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Le synopsis :  Ambre, Camille, Charles, Imad et Tugdual ont entre six et neuf ans. Ils vivent dans l’instant. Avec humour et surtout l’énergie optimiste de l’enfance, ils nous prennent par la main, nous entraînent dans leur monde et nous font partager leurs jeux, leurs joies, leurs rires, leurs rêves, leur maladie. Avec beaucoup de sérénité et d’amour ces cinq petits bouts d’Homme nous montrent le chemin du bonheur. Un film à hauteur d’enfant, sur la vie tout simplement. 
L'avant-propos de Jean-Jacques Moscovitz : ... « Vivre assez longtemps dit l’un des enfants pour oublier ce moment de malheur quand un ami est mort… ». Le cinéma nous fait témoins des regards et des paroles, des visages de chacun de ces enfants-là : ils savent, ils nous enseignent comment chacun a à faire le chemin toujours à ouvrir pour être artiste de sa vie. Chaque enfant ici connaît le nom et de sa maladie, très grave, et du traitement, très douloureux, et du pronostic d’une fin de vie imminente, mais où la parole vive est bien là, en chair en os, en cours. Que la nature de l’humain soit d’être un parlant et un corps, c’est dit ici par les images, où l’enfant acteur à l’écran, est le metteur en scène, il tient la caméra, la réalisatrice tout comme les parents eux-mêmes « sont dans les pas de l’enfant ». Désir de filmer partager entre l’équipe du film et ces enfants, ces minots dit Renaud. De filmer ce film-là. Le spectateur l’entend et tout précisément le psychanalyste et son désir d’écoute. Chacun est enseigné sur le cadre, sur comment donner un cadre au réel, celui des corps en soins palliatifs, qui risque de nous faire lâcher sur la pudeur des mots, des visages ; obstacle qu’Anne-Dauphine Julliand dépasse pour s’y appuyer dans sa création. Oui une éthique de la vie est là au présent mise en images de cinéma … ».

Décembre 2016
Cinéma Sept Parnassiens
Jeudi 8 décembre 2016 à 20H15
PROJECTION DU FILM
LA FILLE INCONNUE
De Jean-Pierre et  Luc Dardenne - Belgique France 2016 - 1H46m
Projection suivie d'une rencontre débat avec 
Luc Dardenne
Débat animé par : Guillaume Moscovitz, 
Jean-Jacques MoscovitzFred Siksou, Vannina Micheli-Rechtman
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Le synopsis : Jenny, jeune médecin généraliste, se sent coupable de ne pas avoir ouvert la porte de son cabinet à une jeune fille retrouvée morte peu de temps après. Apprenant par la police que rien ne permet de l'identifier, Jenny n'a plus qu'un seul but : trouver le nom de la jeune fille pour qu'elle ne soit pas enterrée anonymement, qu'elle ne disparaisse pas comme si elle n'avait jamais existé.
L'avant propos de Jean-Jacques Moscovitz : "...film des frères Dardenne La fille inconnue : coup de sonnette à la porte, détournement de l’attention, silence. Remords. De ne pas avoir ouvert sa porte, la faute surgit, inlassable. Repli et dépliage de la parole se nouent dans un récit de l'acte, d'où découle la faute à mesurer, grandissante. Elle détermine la place de chacune de chacun. Éthique de l'acte, philosophie de l'action : comment chacun se situe en son âme et conscience. Revient en force le "tu ne tueras point ", si enfoui en nous que nous ne pouvons plus savoir même sa présence. Son retour convoque le Moi qui se nourrit de silences et d'aveux avec en son intérieur un point d'attraction irrépressible qui empêche le sommeil, "remplit la tête". Les visages des femmes, celui de l'héroïne, leur lumière offerte à la caméra illuminent, responsabilisent le spectateur, civilisent le drame. La mort donnée dans un meurtre presque involontaire réclame sans cesse sa filiation, plutôt que les faits que la police retrouve. Mise en scène de la filiation de cette fille inconnue pour que son nom signe son destin, que sa mort soit la sienne. De ce fait divers s'évoque le mensonge européen pendant la guerre et le nazisme. Et aussi le film Le labyrinthe du silence de Giulio Ricciarelli, de 2014 qui montre les chemins effrayants des meurtriers nazis pour nier le crime. Ici et là, de nos jours, il s'agit de la saloperie moyenne au quotidien de chacun : d'un père, d'un fils, d'une sœur, d'un ami... Comment chacun construit sI facilement une ignorance qui se voile elle-même, et qui, pourtant voulue, active, se heurte un beau matin à l'impossible de l'accepter plus loin. Car sinon se génère l'irréparable, relayé par le politique, et notre actuel n'en est pas épargné..." Lire ici, la 4ème de couverture du livre "Au dos de nos images II" de Luc Dardenne publié au Seuil

Novembre 2016
Cinéma Etoile Saint-Germain-des Près
Dimanche 27 novembre 2016 à 10H30
PROJECTION DU FILM
LE CIEL ATTENDRA
De 
Marie-Castille Mention-Schaar 
- France 2016 - 1H44mn
Projection suivie d'un débat avec Emilie Frèche coscénariste du film
Débat animé par : 
Jean-Jacques MoscovitzFred Siksou, Vannina Micheli-Rechtman, Lysiane Lamantowicz, 
Françoise Moscovitz....
Le synopsis : Sonia, 17 ans, a failli commettre l'irréparable pour "garantir" à sa famille une place au paradis. Mélanie, 16 ans, vit avec sa mère, aime l'école et ses copines, joue du violoncelle et veut changer le monde. Elle tombe amoureuse d'un "prince" sur internet. Elles pourraient s'appeler Anaïs, Manon, Leila ou Clara, et comme elles, croiser un jour la route de l'embrigadement… Pourraient-elles en revenir ?
L'avant propos de Lysiane Lamantowicz Ce film nous propose une clinique de l'adolescence et ce, en parcourant pas à pas le trajet de deux adolescentes qui va du mal être, de la révolte à l'endoctrinement et à la mort probable sinon certaine pour l'une d’elle. Loin des discours théoriques, nous plongeons au cœur du banal qui se transforme peu à peu en horreur. Banalité du mal, non pour atténuer, édulcorer le risque et l'horreur de la radicalisation. Mais plutôt pour nous rappeler que cette possibilité git en chacun si on n'y prend garde. Clinique de l’emprise, que certains ont appelé pulsion d'emprise mais que l'on pourrait rapprocher de la pulsion d’agrippement. Quand l’adolescent, faute de moyens psychiques de faire autrement, reste agrippé à la mère dans un mouvement où l'ambivalence ne peut se résoudre (faute de tiers opérant) et se transforme en haine. Haine qui mène au passage à l’acte, tuer les autres et se tuer est « au cœur de son projet » au-delà de toute considération religieuse. Il ne s'agit alors pas de poser la question de la responsabilité de la religion musulmane dans cette histoire complexe, ni de s'aveugler sur la capacité de nuire de Daech dont « le génie est d'offrir aux jeunes volontaires la construction narrative où ils peuvent se réaliser ». Et ce, en sachant utiliser tous les moyens modernes de communication dont la capacité de nuire est difficilement mesurable tellement elle est importante. Mais de s'intéresser aux « radicalisés » en élaborant une clinique du sujet confronté aux enjeux de la modernité. Il s'agit alors paradoxalement moins d'endoctrinement religieux que de rechercher pour ces jeunes à combler le manque de spiritualité et la déculturation. On voit d'ailleurs dans le film, Dounia Bouzar essayer de montrer aux jeunes « récupérés » in extrémis et qu'elle soumet à un processus dit de « déradicalisation » (quel vilain mot !) que ce qu’ils ont cru être l'Islam n'était pas l'Islam ! Elle tente par-là me semble -t-il de créer chez ces jeunes « une greffe » de Symbolique pour pallier une carence profonde et du Symbolique et de l'Imaginaire entièrement envahi par les narrations complotistes sur le web. Cette « greffe » suffit-elle à suturer l'hémorragie narcissique de ces jeunes ne pouvant ni s'identifier à des figures parentales ni se construire un Idéal du moi ? Le film contribue ainsi à poser beaucoup de questions et à revisiter notre clinique de l’adolescent.
L'avant propos de Jean-Jacques Moscovitz : « …LE CIEL ATTENDRA, la religion aussi…. Et le cinéma ?  Ici le cinéma de fiction produit du beau devant la laideur extrême des actes de tueries. Le débat se ranime entre documentaire et fiction. Entre respectivement le collectif au niveau politique, stratégique, et l’intime de chacun au niveau de son émotion et de son angoisse. Janvier 2016 en présence de François Margolin Salafistes est projeté au Regard Qui Bat…. La violence sanguinaire de la guerre de Daesh nous y est montrée et met le spectateur en position d’être responsable face à ce qu’il a à savoir et ce malgré le tout montrer et en excès effrayant des images de tueries. Daesch cherche cet effroi et il sait qu’il l’obtient.  Son cinéma comme le dit Comolli (in « Daesh, la Mort et le Cinéma ») obéit aux « techniques filmiques inspirées de l'Occident honni, et donc disent la dépendance à cet Occident là aussi, la différence est que le cinéma occidental, qui montre sans cesse la mort, ne tue pas les acteurs. Le spectateur d'une fiction sait qu'il voit une fiction, même quand il frémit. On peut dire qu'il se permet de frémir parce que justement il sait que c'est une fiction » [[in blog d’un lecteur assiduhttp://mesmilleetunenuitsalire.over-blog.com/2016/09/tout-et-rien-d-autre-daesh-le-cinema-et-la-mort-jean-louis-commolli.html.  ]] Le tout montrer au cinéma est ennemi du genre humain. Comolli présente un « tableau désespéré de la situation des images, porté à ses excès par Daesh. Et il craint la mort du cinéma dans sa fonction libératrice… ». Le Ciel Attendra use de formes qui sollicite le spectateur tout autrement, les visages filmés de près de belles jeunes filles nous lancent le défi de savoir à quel moment, sur quel mode surgit l’extrême de la violence meurtrière et suicidaire.  C’est, pour chacune, chacun le niveau inconscient, individuel, intime qui ici nous amène à prendre position dans cette guerre au registre du réel, mais c’est aussi une guerre des images. Là règne l’épouvante. C’est celle d’une captation par la cruauté. Celle inhérente au crime de l’E.I. commis contre l’humain : non pas d’exercer le pouvoir et de le maintenir par la cruauté, pas seulement, mais bien d’user du pouvoir pour exercer la cruauté. L’hypothèse à oser ici est de dire que la captation de ces jeunes personnes les renverrait à l’informe tout premier où vie et mort se jouxtent au point que la naissance risque de retourner à la non vie.  Et c’est ignoré par ces jeunes filles dans le film, voilà pourquoi c’est d’autant plus actif. Mais elles savent ce qui se passe en Syrie. La pulsion, l’énergie à tuer sont présentes dans les attentats qui leur sont montrés, où les tueurs débordent de leurs jouissances destructrices. Pulsion et jouissance à tuer s’incarnent dans la ceinture explosive du kamikaze. Elle fait corps avec le tueur, ça devient son corps tout autant que sa kalachnikov. Ou son couteau, ou son camion-bélier de 19 tonnes. Au cours de sa jouissance inhérente à la tuerie, il s’assassine dans la foule de ses victimes en s’y mêlant, dans une fusion incestueuse entre les morts et les vivants. En fusionnant mort et vie, meurtre et inceste avec la mort, il reviendrait au stade le plus archaïque d’indivision entre naissance de la vie et non vie, retournant, rembobinant le temps où allaient se discerner la mort de la vie, d’une vie à peine survenue.  Dans ces attentats les criminels font fusionner bourreaux et victimes en s’y mêlant eux-mêmes dans la tuerie. La jouissance du retour à la non-vie se propulse par le retour vers ces temps de cruauté primordiale où c‘est la motricité inhérente aux pulsions de meurtres qui s’exercent sans cesse de plus en plus. La jouissance des meurtriers produit la jouissance des kamikazes qui vont agir à leur tour.  Les effets collectifs dans le temps s’accomplissent dans des modèles de jouir s’auto-entretenant à l’infini. Si un acte de guerre ne les anéantit pas. Voilà où s’exerce cette captation. Certes existe la position de dire que c’est notre civilisation occidentale et la laïcité française tout particulièrement qui produiraient de telles horreurs commises par des jeunes gens franco-musulmans issus des banlieues défavorisées. Certes, mais dès lors que le djihadisme s’empare des idéaux de ces hommes, de ces femmes, la référence qui y apparaît est cette captation vers le retour à la non vie dont il nous faut tenir compte comme possibilités : - soit la prise en charge socio-psychique de ceux qui sont repérés comme djihadistes non encore en voie d’être des criminels, avant d’exercer la cruauté contre la vie d’autrui et d’eux-mêmes. Et ainsi arrêter si possible le surgissement de djihadistes criminels. - soit exercer la justice et les exclure de nos sociétés, de les condamner.  Le Ciel Attendra par son titre est dans ce sens, la forme du film le démontre … »

Septembre 2016
Cinéma Etoile Saint-Germain-des Près
Lundi 12 septembre 2016 à 20H30
PROJECTION DU FILM
Mr GAGA - SUR LES PAS D'OHAD NAHARIN
De To
mer Heymann
Film Israélien, Suédois, Allemand, Néerlandais - 2015
Projection suivie d'un débat avec Sandra Basch, éditrice
Débat animé par : 
Jean-Jacques MoscovitzFred Siksou, Vannina Micheli-Rechtman, Anne-Marie Houdebine, 
Françoise Moscovitz....
Synopsis : L’histoire fascinante d'Ohad Naharin, célèbre chorégraphe de la Batsheva Dance Company, dont les performances dégagent une puissance et une beauté inégalées. Le film nous dévoile le processus créatif d'un chef de file incontesté de la danse contemporaine, l’invention d’un langage chorégraphique unique et d’une technique de danse hors-norme appelée "Gaga".
L'avant propos de Sandra Basch : « "Marcel devient écrivain", ainsi Gérard Genette résumait "La Recherche du temps perdu". Ainsi pourrait-on résumer "Mr Gaga. Dans les pas d'Ohad Naharin": "Ohad devient chorégraphe". Et comme Marcel, bien sûr, il n'y parvient pas… Car comme Marcel, comme nous tous, il ne peut devenir que ce qu'il ne sait pas qu'il est. "Mr Gaga", c'est donc l'histoire d'un enfant, puis d'un jeune homme, puis d'un homme qui cherche une ligne droite et n'emprunte que des chemins de traverses pour parvenir il ne sait où. C'est un film sur une formation qui fait la part belle aux échecs, aux doutes, aux ratages. Un film sur un homme qui trouve son langage corporel (le Gaga) après une blessure qui va non seulement lui interdire de danser, mais même de marcher.  Un film sur la danse qui débute et finit par une chute. Pas un élégant mouvement vers le sol, le lâcher total des muscles et du corps. Le choc de la chair, des os contre le plancher.  Un film sur un chorégraphe qui demande l'impossible à ses interprètes, et l'obtient d'une certaine façon.  On peut arriver devant ce film parce qu'on a vu des spectacles de la Batsheva Dance Compagny. Parce qu'on s'est demandé devant cette énergie folle, ce mélange de grâce et d'horreur, de générosité et de violence, mais qui est le type qui fait ça? Mais on peut aussi y aller juste parce qu'autour de nous les gens les plus divers répètent qu'ils y sont allés deux fois, trois fois. Qu'ils ont l'impression que quelque chose dans ces images touche à la vérité. Et qu'ils voudraient comprendre quoi. On m'a dit: "c'est le plus beau film sur la danse que je n'ai jamais vu…" Peut-être parce que justement ce n'est pas tout à fait un film sur la danse ». - CF. lire ici l'interview de Ohad Naharin par S. Basch dans ELLE  du 1er Juin 2016 
L'avant propos de Jean-Jacques Moscovitz : « …Vous avez dit danseur .. ? où s’envoler dans les airs nous emporte bien au delà du geste qui nous porte plus  loin, plus haut ? Mais ici du sol lui-même  rejaillit  le hors-corps ! Où chuter, cultiver l’effondrement dans la gravitation, notre poids si aliénant, nous font trouver cette force et cet apaisement qui ouvrent à de nouvelles émotions d’ordinaire si limitées.  Mr Gaga, Ohad Naharin, roi du corps, roi des corps. Mots qui s'entendent contre l'empêchement du temps,  ils s'écoutent en silence.. Vie d’homme, de femme, d’amour …Les danseurs  nous  transmettent, identifient l’espace, ils nous en donnent  la magie….Celle de  l’art…. » 

Juin 2016
Cinéma Etoile Saint-Germain-des Près
Vendredi 17 mai 2016 à 20H30
PROJECTION DU FILM
PESHMERGA
De 
Bernard-Henri Lévy
France 2016
Projection suivie d'une rencontre-débat avec Bernard-Henri Lévy
en présence de François Margolin, producteur du film
Débat animé par : Jean-Jacques MoscovitzFred Siksou, Anne-Marie Houdebine
Synopsis De juillet à décembre 2015, avec une équipe de cinéma, Bernard-Henri Lévy a remonté les 1000 kilomètres de la ligne de front qui sépare le Kurdistan irakien des troupes de Daech. De ce voyage est aussi un journal de bord en images qui offre un point de vue privilégié sur une guerre inachevée mais dont les enjeux concernent le monde entier. Au plus près des Peshmergas, ces combattants kurdes qui font preuve d’une détermination sans faille dans leur combat contre l’obscurantisme et le djihadisme, le film nous mène des hauteurs de Mossoul au cœur des Monts Sinjar en passant par les derniers monastères chrétiens menacés de destruction. Des personnages émergent du récit, des visages de femmes et d’hommes, qui nous sont rarement donnés à voir.
L'avant propos de Jean-Jacques Moscovitz :  « …"guerre urbicide" est le terme du narrateur, de la bouche même de Bernard-Henri Lévy, le réalisateur, pour définir le crime contre l’humanité, contre les villes, ces lieux de naissance, lieux des mères, des femmes. Les images du film, nous qui sommes à l’arrière, nous qui n'avons pas l'audace d'aller sur le sol du combat, nous font témoins de ces guerriers redoutables par leur courage et le respect de la vie allant au devant de la mort pour vaincre Daesh. Ils se dressent contre la barbarie, ce sont les Peshmergas. S’appuyant sur un passé immémorial pour leur combat, pour leurs terres, leurs familles, les populations quelles que soient leur religion, des juifs aux Yésidis, des chrétiens du temps de Jésus-Christ, des musulmans, et d’autres encore, ce sont les Kurdes… Leur pays est le Kurdistan, leurs villes ont pour nom Erbil, Kirkouk, Mossoul…. Et depuis la tyrannie génocidaire de Saddam Hussein attentant à leur peuple par des attaques au gaz exterminateur, les voilà malgré la Syrie et la Turquie, leurs opposants de toujours, à défende la liberté de notre monde en face de la barbarie surgie en juin 2014 par Daesh et ses attentats kamikazes à travers la Planète. Film produit par François Margolin (réalisateur du film Salafistes, présenté au Regard Qui Bat en janvier 2016) Peshmerga nous fait vivre six mois de la guerre encore inachevée contre l’EI sur le front des combats de 1000 km où se déroule ce mouvement d’indépendance pour les Kurdes, une guerre quasi mondiale pour nous... Il est réalisé par un philosophe, auteur de L’Esprit du Judaïsme, son dernier livre qui évoque cette nécessité du combat pour l’émancipation et la responsabilité des gens. Le voilà narrateur, désireux de l’être, malgré l’ampleur d’une telle tâche et ses risques, physiques certes, mais aussi intellectuels. Le mouvement du récit évite l’écueil essentiel, celui de garder sa place de civil… il est en habits civils, les siens, chacun le sait. Mais la rencontre qu’il crée avec les autorités kurdes mérite un tel film. Chapeau… Ce film propose le soutien des démocraties à l'armée kurde, " la seule armée sur le terrain, dit-il, à avoir infligé à Daesh des revers décisifs ". Et " dont le projet politique, le goût et la pratique du pluralisme, la conception de l’islam, de la liberté de conscience et de foi, la place qu’ils reconnaissent aux femmes dans la société et dans l’armée sont sans exemple dans le monde musulman " et qu'ils " deviendraient, s’ils l’emportaient, un modèle pour la région." Un psychanalyste ne peut que souscrire et prendre part à un tel projet devant les turbulences du monde actuel…. Où le réel de la défaite des hommes devant l’horreur risque de devenir incontournable. Réel de la vie contre celui de la mort, de la dignité contre la honte… »

Mai 2016
Cinéma Etoile Saint-Germain-des Près
Lundi 30 mai 2016 à 20H15
PROJECTION DU FILM
JULIETA
De Pedro Almod
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 Espagne 2016
Débat animé par :
 
Jean-Jacques MoscovitzFred Siksou, Vannina Micheli-Rechtman, Anne-Marie Houdebine
L'avant propos de Jean-Jacques Moscovitz "...Où la vie du désir convoque le trauma sur fonds de transmission elle-même traumatique du trauma entre enfants et parents . Où les hommes meurent violemment. Des femmes les pleurent infiniment. Tragédie grecque du destin où les dieux enchanteurs de la mer/ haute mer nous aspirent . Récit linéaire de transparentalités  brisées qui coulent dans des lumières très proches de nous et qui scandent le temps, celui des corps et de leurs voix, et de leurs yeux, et de leurs peaux, et de leurs immenses douleurs .Et ils chantent  le désir amplifié d'une érotique souveraine. Regard de femme si belle que la musique coupée de sanglots coupe le temps. Où L'amour se donne à ceux qui savent le recevoir. . Où l'absence de l'absent le capte à tout jamais et où son dedans se moule au dehors et nous dit en images de cinéma combien la Tempête  est celle de l'intime de notre temps qui s'inscrit tout en lumière, tout en extérieur . Où notre intime est acteur en hautes couleurs. Et rouge et bleue et jaune et noire et blanche... ".

Avril 2016
Cinéma Etoile Saint-Germain-des Près
Dimanche 10 avril 2016 à 10H15
PROJECTION DU FILM
TAJ MAHAL
De 
Nicolas Saada
 France 2015
Projection suivie d'une rencontre-débat avec Nicolas Saada
Débat animé par : Jean-Jacques MoscovitzFred Siksou, Vannina Micheli-Rechtman,Anne-Marie Houdebine...
L'avant propos de Jean-Jacques Moscovitz «…Louise l'héroïne, personnage de la réalité, est mise à l'écran par Nicolas Saada dans ce film sur la violence du monde dont le réel nous attaque de partout. Réel si puissant que la présence du metteur en scène de tels films devient souhaitable lors de nos débats au « Regard Qui Bat…».Face à cela en effet l'image visuelle est ici aussi accompagnée par l'image sonore. La voix. Le son. Les bruits. La musique. Ils participent au scénario et au témoignage que le film transmet dans les attaques de notre Planète : Bombay, Paris, Bamako, Bruxelles…. Le visage, lieu de la présence de l’humain parlant, de la parole, de la singularité de chacun, le visage ici de Louise est dans la nuit, dans les ténèbres pour se protéger contre le collectif tueur, celui des attentats. L'intime risque de se laisser engloutir par le collectif, auquel il ne peut plus faire face, il détruit tout visage à visage présent dans une rencontre. Ce film tente de montrer comment se séparer psychiquement des actes et des bruits assassins de tueurs anonymes. Ils visent de plus en plus à une destruction apocalyptique de l'humanité sous prétexte de religion islamique dévoyée à l'extrême. Le traumatisme des attentats dans le réel que vit Louise et chaque spectateur, attaque le trauma singulier à l’origine du fondement de notre subjectivité. Ce trauma subjectif est celui qui constitue la différence de la vie d’avec la non-vie, avec la mort de la vie qui peut avoir lieu lors de la naissance d'un enfant. Dans ces attaques, l’infantile toujours en nous, l’infans, celui qui ne parle pas encore, est en danger. La captation de jeunes en voie de dissolution du Moi aboutit à ce que mort et vie se mettent en équivalence, et ne valent plus rien. Le Daesh joue sur ce point de mystère de l’origine d’un vivant , ce lieu informe, substance liant vie et non vie. Ce qui est entaché de la cruauté primordiale fondatrice d’une suite de vie possible mais immédiatement soumise aussi à la possibilité de sa disparition. Seul un léger décalage voit la vie prendre le pas sur la mort. La question se pose comment le politique entend l'enfant ou ne l'entend pas. Il s’agit ainsi de l'enfant en nous et en même temps de l'enfant dans son enfance. Le psychanalyste y est impliqué par la découverte qu'il y a un insoumis qui s'appelle l'inconscient, peut-être l'inconscient propre au refoulement originaire. Il s'agit aussi de l'objet interne ciblé par le sexuel depuis le Moi, et en même temps un objet en place de cause, qui fonde le sujet. Cela se retrouve dans le fantasme. Le fantasme est un espace/temps où prend place le trauma singulier structurant, espace/temps où le réel du sexuel et le réel de la mort peuvent ou non s'articuler.Voilà ce qu’évoque ce film. Il évoque aussi avec le disparition d’Imre Kertész ce 31 mars 2016, ce que son œuvre nous donne de façon magistrale avec ce terme d’Holocauste comme culture. Les violences d’aujourd’hui avec les attentats vont-elles se faire valoir comme notre culture ? C‘est ce contre quoi luttent Louise, (Stacy Martin), la jeunesse et chacun de nous. … » 

Mars 2016
Cinéma Etoile Saint-Germain-des Près
Dimanche 13 mars 2016 à 10H15
PROJECTION DU FILM
La Tête Haute
D'Emmanuelle Bercot - France 2015
Projection suivie d'une rencontre-débat avec Emmanuelle Bercot 
Débat animé par : Lysiane Lamantowicz, Jean-Jacques Moscovitz, Fred Siksou, Anne-Marie Houdebine, Françoise Moscovitz...
L'avant propos de  Lysiane Lamantowicz : Film puissant qui nous fait suivre le périple d'un enfant devenu adolescent . Nous le rencontrons à six ans quand sa mère le laisse dans le bureau du juge pour enfants. Puis nous le retrouvons à 16 ans et nous le suivons jusqu'à ses 18 ans. De l'atmosphère confinée du bureau du juge dans lequel s'entassent les protagonistes du drame et où le film nous ramène sans cesse pour ponctuer un parcours de prise en charge éducative qui va d'échec en échec, aux différentes structures dans lesquelles est accueilli Malory, enfant violent et touchant où notre espoir pour lui nait pour retomber à chaque fois. Film politique au sens fort qui montre sans fards les conséquences psychologiques sur le devenir d'un enfant d'une relation précoce délétère avec une mère immature trop et pas assez aimante, qui de la « petite histoire »de cet enfant sans père, sans repère et sans mots pour dire ;livré à la violence de son ressenti ne pouvant l'exprimer que par la violence à la grande histoire de ces adolescents que des intervenants sociaux, éducateurs et juges, tentent d'arracher à leur inéluctable marqué du sceau des carences affectives, sociales et donc symboliques. Film à la gloire de ces intervenants dont nous mesurons l'impuissance mais aussi le courage et la liberté au sens Harendtien : être là, rester bienveillants, croire que tout n'est pas déterminé, que l'imprévu et la contingence existent . Tenir son rôle coûte que coûte quelqu'en soit l'ingratitude ,au delà du découragement ne serait ce que pour montrer à ces « enfants » perdus que quelqu'un tient quelque chose du côté du symbolique mais aussi de l'imaginaire au delà du Réel traumatique qui obère leur avenir . Enfin un film non seulement réaliste mais aux accents lyriques . Un hymne à l'amour …. Des scènes où l'on voit Malory porter un regard énigmatique sur une nature apaisée à perte de vue , une musique classique qui porte le film.. Un amour plus fort que la haine que lui porte une jeune fille et qui ferme le film sur un événement qui devrait changer le cours de ce destin funeste nous laissant à la fois septiques et croyants , croyant à la rédemption par l'amour et plus généralement à la possibilité du surgissement d'un ailleurs ... 
L'avant propos de Jean-Jacques Moscovitz : « …encapuchonnée, la tête garde sa pudeur, ravale sa honte chez cet adolescent dont on suit le parcours depuis qu'il a six ans. Échec partout mais un désir d'enfant, d'enfance se fait jour et guide le spectateur, accompagné par la musique de Franz Schubert[1] . Tête mise au centre du film . Ce mot  de centre, le voila éducatif  ouvert, fermé, de justice.  Centre  signifie  l'exil de soi, de son intime par rapport à l'autre chez ce jeune bientôt adulte. Son nom Malony, chacun l’entend, évoque le mal-être dans son home, son chez lui . Nom porteur de la douleur dans sa famille : père mort, mère encore trop adolescente, incapable d'incarner l'autorité. Où le geste et l'acte moteur prennent le relais de la parole beaucoup trop souvent. Comment sortir de tels excès pulsionnels. Oui, comment en renaitre La tête haute.Nos institutions scolaires, éducatives, juridiques propres à la laïcité républicaine de nos jours sont à l'œuvre autant que faire malgré tous les obstacles à quoi s’affrontent pour exister l’intime du désir de Malony. Maîtresse d'école,  éducateur, juge ne baissent pas les bras et  s’ouvrent , acceptent, s’identifient à la douleur psychique inhérente à l’élaboration du conflit entre l'intime  et le social chez ce fils et chez sa mère pour trouver une solution vers l’apaisement et le calme. Vers la vie contre le vide qui guette. C'est là où l'accès à notre jeunesse est possible malgré tout. Ce film  nous met aussi devant  les risques, les pires qui peuvent arriver : se laisser fasciner par du religieux qui voisine avec la barbarie, destructrice comme on l’a vu durant l'année 2015.  Mise à mal de notre façon d’affronter comme le dit Freud, ces métiers impossibles que sont  « éduquer gouverner, psychanalyser », pour citer Freud un instant… »  [1]  Franz Schubert : Danse n°1 en mi bémol majeur ; Trio pour piano et cordes no 2, op. 100 - 2e mouvement, insérée par Stanley Kubirck dans Barry Lyndon (1975) .

Février 2016
Cinéma Etoile Saint-Germain-des Près
Mardi 16 février 2016 à 20H
PROJECTION DU FILM
CAROL
De Todd Haynes - UK & USA 2016
Projection suivie d'une débat animé par : Vannina Micheli-Rechtman, Jean-Jacques MoscovitzFred Siksou, Anne-Marie Houdebine...
Avec notre invitée Isabelle Regnier, critique de cinéma
L'avant propos de Vannina Micheli-Rechtman Le film « Carol » de Todd Haynes, son 6ème long métrage, adapté du roman de Patricia Highsmith, a été un événement au dernier festival de Cannes. Todd Haynes est un cinéaste qui aime plonger dans l’Histoire, dans les coutumes, les musiques et les pratiques d’une époque. Considéré comme un cinéaste conceptuel, il produit des mises en scène qui expérimentent le langage cinématographique. Ainsi par exemple son film I’m Not There, est une tentative de représenter la personnalité de Bob Dylan avec à une pluralité de styles et d’acteurs comme déjà Cate Blanchett.Ce film met en scène, dans l’univers étriqué des Etats unis des années 1950, le désir, l’amour, le coup de foudre qui surgit comme « une déflagration silencieuse qui électrise la circulation des regards entre les actrices ». Il rencontre donc évidemment nos questionnements comme psychanalystes : Qu’est-ce que l’amour ? Qu’est-ce que le désir ? Qu’est-ce que le féminin ?  En 1952, l’Association des psychiatres américains a ajouté l’homosexualité à la liste des maladies mentales. La même année, une jeune romancière, qui venait de connaître le succès grâce à l’adaptation, par Alfred Hitchcock, de son premier livre, L’Inconnu du Nord-Express, était contrainte de publier sous pseudonyme son deuxième livre, The Price of Salt, dans une collection quasi pornographique. Celui-ci racontait une histoire d’amour entre deux femmes et Carol est l’adaptation de ce livre de Patricia Highsmith qui porte le même titre que sa traduction française. L’histoire de Carol , racontée sous la forme d’un flash-back, est celle d’une remémoration déclenchée par la vision de chevelures blondes anonymes un soir de pluie, dans les rues sombres de Manhattan. Deux personnages se rencontrent et sont magnétiquement attirées l’une vers l’autre. Ces deux femmes sont néanmoins assez différentes. Thérèse (Rooney Mara), est une jeune fille brune à la peau diaphane, incarnant la modernité donnant le signal de l’émancipation à venir, qui tient un stand de jouets dans un magasin de luxe qui propose une promotion sur les chambres à coucher Ike and Mamie Eisenhower. Le vainqueur de 1945 vient d’être élu président des Etats-Unis et s’apprête à s’installer à la Maison Blanche. La nation tout entière est invitée à se conformer à ce modèle conjugal. C’est là qu’elle rencontre Carol (Cate Blanchett), une beauté blonde typiquement glamour et sophistiquée à la recherche d’un cadeau pour sa fille, et Thérèse, affublée d’un bonnet de Père Noël, lui conseille un train électrique. Comme le souligne si bien la critique de cinéma Isabelle Régnier, ce film se déroule « comme un flux de conscience qui s’exprime par la lumière, les couleurs, les matières, la splendide partition musicale de Carter Burwell – boucles de hautbois, de guitare, de piano, de violons qui gonflent et refluent comme des vagues successives, épousant les élans amoureux des personnages –, les apparitions de visages qui glissent depuis l’arrière de vitres embuées, striées par le ruissellement de la pluie, jusqu’à la lumière qui révèle l’émotion nue à la surface des peaux… » V M-R
L'avant propos de Jean-Jacques Moscovitz Deux femmes s'éclairent l'une l'autre, l'amour les montre de plus en plus belles quoiqu'il en soit du drame qui les écarte et les rapproche jusqu'à l'apaisement . L'une et l'autre s'éprouvent aimer, désirer, et jouir de leurs corps habités par l'immense souhait qu'une fois ( de plus...) séparées, le bonheur les tienne chacune dans leur ailleurs ... Le maternel et la présence de l'enfance les rend enfin singulières aussi, bien qu'un temps "de la Mère" réduise le féminin à se plier à la loi du silence .. Et du masculin qui dans le conjugo. ne se prive pas d'en user mais qui malgré tout se découvre quelque peu divisé dans sa parole de pere aimant ..." JJM

Janvier 2016
Cinéma Etoile Saint-Germain-des Près
Dimanche 24 janvier 2016 à 11H
PROJECTION EN 
AVANT-PREMIÈRE DU FILM
SALAFISTES 
De François Margolin et Lemine Ould Salem - France 2016
Projection suivie d'une rencontre-débat avec François Margolin
Débat animé par : Jean-Jacques MoscovitzFred Siksou ...
Synopsis : pour la première fois à l’écran, des responsables et des théoriciens salafistes expriment leur point-de-vue et leur vision du monde.
Avant propos :  …le quotidien se déroule, un «magazine du salafiste moderne» détaille les 18 objets indispensables pour partir en Syrie, comment ne pas regarder les filles dans la rue, comment acquérir le tout dernier Smartphone. Des visages d’hommes jeunes. Leurs propos décrivent, parfois de façon savante,  une foi infinie en leur religion, une religion de l’extrême  dont la mort  donnée/reçue ,  est l’arme, le « sabre » qui évoque le non encore humain , l’avant de l’homme, le retour à l’avant vie où Dieu reprendrait méthodiquement tout ce qu’il aurait donné. Un débat est-il possible dés lors que le spectateur est  plaqué devant de telles  images de jeunes hommes dont les mots s'érigent en certitude si intense que l'on ne perçoit aucun recul, aucune faille.
S’agira-t-il d’un...non débat...! Quelles images  questionner ? Pour aborder cette matière filmique, sa mise en scène, qui, apparemment se veulent  si neutres, si dé-saisies de tout doute, que la présence des réalisateurs est essentielle pour que de la parole, un écart, un …débat advienne.  Nous avons à découvrir avec François  Margolin l'enchaînement des plans, qui l’un après l’autre, montrent de la parole, certes des mots entendus, mais qui seraient lestés par l’imminence de l’acte moteur, qui collent leur corps à leur armes… Où détruire s’équivaut à punir… Cela s’entend au grand jour en affirmant, sans rien cacher, une violence où le dedans de leur psychisme se confond avec  la « motricité » de leurs proférations.  La violence qui serait originaire au-dedans du psychique, la voilà également au dehors non en pensée mais tout en acte moteur. «Affirmationnisme » dirons-nous,  d’une  parole motricisée, ordonnatrice du social... Avons nous à nous porter témoins du vacarme et des turbulences du monde ? Qu'est-ce qui nous y engage…  J-J. M.  lire le texte de JJ Moscovitz ici