Sigmund Freud en son temps et dans le nôtre

Élisabeth Roudinesco

Éditions du Seuil. Septembre 2014


En voici les premières lignes :

"Un homme n’est vraiment mort, disait Jorge Luis Borges, que lorsque le dernier homme qui l’a connu est mort à son tour. C’est le cas aujourd’hui pour Freud, bien qu’il existe encore quelques rares personnes qui ont pu l’approcher dans leur enfance. Freud a passé sa vie à écrire, et même si un jour il détruisit des documents de travail et des lettres afin de compliquer la tâche de ses futurs biographes, il voua une telle passion à la trace, à l’archéologie et à la mémoire que ce qui fut perdu n’est rien en regard de ce qui a été conservé. S’agissant d’un tel destin, l’historien est confronté à un excès d’archives, et en conséquence à une pluralité infinie d’interprétations…."

Freud reste notre actuel vivant plus que jamais....


Résumé
Des centaines d’ouvrages ont été écrits de par le monde sur le médecin viennois, fondateur de la psychanalyse (1856-1939), et quelques dizaines de biographies lui ont été consacrées. Pourquoi proposer aujourd’hui une nouvelle lecture de sa vie et de son œuvre ?
D’abord parce que, depuis la dernière en date de ces biographies, celle de Peter Gay (Hachette, 1991), de nouvelles archives ont été ouvertes aux chercheurs (sur ses patients, notamment) et l’essentiel de sa correspondance est désormais accessible. Mais aussi, surtout, parce qu’il restait beaucoup à dire sur l’homme et son œuvre. Et d’abord ceci : l’invention de la psychanalyse est profondément liée à la critique de la famille traditionnelle, que Freud aura éprouvé dans sa propre enfance, lui, l’aîné des huit enfants d’Amalia et de Jacob Freud, né à Freiberg en Moravie.
Et encore ceci : le fondateur de la psychanalyse est d’abord un Viennois de la Belle-Epoque, sujet de l’Empire austro-hongrois, héritier des Lumières allemandes et juives. Quant à la psychanalyse elle-même, elle est le fruit d’une entreprise collective, d’un cénacle romantique au sein duquel Freud aura donné libre cours à sa fascination pour l’irrationnel, les sciences occultes, la part obscure de nous-mêmes, transformant volontiers ses amis en ennemis, à la fois Faust et Mephisto en quelque sorte. Toujours au nom de la raison et des Lumières.
Que Freud, encore, penseur de la modernité, mais conservateur éclairé en politique, n’aura cessé d’agir en contradiction avec son œuvre.
Le voici en son temps, dans sa famille, en son cénacle, entouré de ses collections, de ses femmes, de ses enfants, de ses chiens, le voici enfin en proie au pessimisme face à la montée des extrêmes, pris d’hésitations à l’heure de l’exil londonien, où il finira sa vie.
Le voici dans notre temps aussi, nourrissant nos interrogations de ses propres doutes, de ses échecs, de ses passions.
Historienne, Elisabeth Roudinesco est l’auteur de plusieurs livres qui ont fait date, notamment Histoire de la psychanalyse en France, Jacques Lacan. Esquisse d’une vie, histoire d’un système de pensée, Dictionnaire de la psychanalyse.