Hommage à Nabile Farès

Oui recevons cette triste nouvelle de la mort de Nabile Farès, après une longue maladie. Membre de Psychanalyse Actuelle, (Il a été délégué à L'I-AEP. où beaucoup s'en souviennent) et du Regard qui Bat... où il était un remarquable commentateur de films, écrivain, psychanalyste, jovial, sérieux, très engagé pour l'Algérie indépendante, fils de Abderrahmane Farès (qui fut le premier officiel représentant de l’Algérie pour les accords d' Evian avec de Gaulle).


Nabile Farès en connaissait un bout sur les avatars du monde, celui que nous vivons aujourd'hui comme il y a déjà pas mal de temps. Lui il en connaissez un bout comme nous disons nous les psychanalystes : un bout de réel qu'il faisait travailler avec nous à Psychanalyse Actuelle entre intime du sujet et politique et son vacarme. Il savait très bien faire la différence, c'était presque son enseignement, entre le drame algérien et celui qui a été commis en Europe, la Shoah.

Il savait en parler et les distinguer sans cesse pour ne pas que nous tombions dans un comparatisme sourd et inutile. Il savait travailler les langues, c'est par là qu'il parlait de l'inconscient depuis l'inconscient. La langue maghrébine berbère kabyle qu'il ne parlait peut-être pas, mais Il en goutait la musique, comme celle de la langue française qu'il aurait tant voulu voir être enseignée continûment en Algérie aujourd'hui. L'inavouable nommait- il cela. il en savait quelque chose d'essayer de balbutier la vérité du dire. Il la chantait même, il en riait, il la criait. Il savait faire avec le rire.

La langue était pour lui l'essentiel à transmettre, à transmettre comme on peut les effets du transfert freudien, mais aussi les effets au cœur de la langue, celle qui le disait lui, celle qui inconsciente dit qui est le parlant parlé. Poète sans cesse. Oui il savait rire, il avait ça pour lui, c'était son style. Et le vacarme du monde pouvait être repoussé un Instant. Oui son œuvre a été et reste de transmettre la lutte pour la vie psychique, pour le désir de la vérité. Il a choisi la France, la langue française, il a suivi l'enseignement de son père Abderrahmane Farès, depuis sa famille et il est resté en France. Maintenant il part, il est parti.

Et c'est terrible

Salut NABILE

Ton jj mosco
Jean-Jacques Moscovitz

Nabile si je t'appelais aujourd'hui au téléphone que me dirais-tu ?

Aaaah ! Barbara et de rire de joie ! la surprise que ça te faisait d'être en présence ... Juste de m'entendre.

Quel accueil merveilleux c'était pour moi, magique ! Ta voix enjouée et si nous nous retrouvions, au café, autour d'une table ou en ballade, au détour d'une complicité subtile, saluant l'esprit du langage nous animant à cet instant, se taper dans la main dans un élan, confiants dans notre énergie politique, joyeuse et contrariée, blessée mais tout à la fois vivante de richesses infinies, inaliénables, avant de s'enquérir plus avant l'un de l'autre, dire... prend du temps Il se donnait à nous ce temps à nous.

Et de nous poser autour d'autres histoires croisées singulières, héritées, emmêlées - avec l'Histoire assourdissante, dont tu faisais une lecture saisissante-composées, décomposées, recomposées dans l'adresse.

Éternel recommencement inévitable et pas de côté ici et là. Sacré pari ! Déplacements.

Ici pour le meilleur. S'engager dans sa vie, qu'on en ai le loisir ou pas n'est pas évidence ; toujours à remettre sur le tapis, partager ça, seuls !

Nous prenions plaisir à nous y aventurer dans ces moments de rencontre, légers et très sérieux, qui au-delà de l'angoisse, éclataient comme des bulles de savon après lesquelles courent les enfants en s'éclatant !

Toi Nabile, conteur, et psychanalyste, avec ou sans divan, pour l'un et l'autre.

Adieu tendre ami et éternel compagnon de travail. Nous nous reconnaissions dans une certaine façon d'être analyste et resteras mon interlocuteur.

Ta Barbara

Barbara Didier-Hazan

Nabile, c’était avant tout un rire.

Nabile, c’était aussi les mots qu’il égrenait au rythme imprévisible d’une pensée légère ou tumultueuse. Quand Nabile parlait, c’est une musique que j’entendais, un envol.

Tu aimais le yiddish et mes tableaux

Tu étais sensible comme savent l’être les poètes en exil. Tu portais en toi le vent dans les feuillages de Kabylie et l’éclat d’Alger la blanche que tu évoquais avec tant de nostalgie.

Tu nous laisses tes livres pleins de tout çà.

Tu étais « a Mensch » et tu nous a quittés

Kliclo


Nabile Farès

Un amoureux de la Controverse, pas facile à renverser.

Un ouvreur, une source d'inattendus

Un enivreur enivré

Un artificier de ceux qui tirent de préférence des feux de Bengale.

Un éclat de rires.

Il restera un valeureux et un juste.

Éric Didier

Nabilec’était la rencontre inattendue entre cet enfant de Maghreb, de Kabylie et mes origines, mon histoire, celle d’une enfant d’Europe Centrale, des ghettos juifs de Pologne et de Russie, improbable rencontre dans le pays des Droits de l’Homme, de la Révolution Française, de la langue française, de la République.

Tous deux amoureux du parler français, tous deux passionnés par l’invention freudienne qui donnait du sens à notre vie.

Il a entretenu avec chacun une relation singulière, faite d’attentions, de perspicacité vis à vis de ce qui animait l’autre et d’une véritable chaleur humaine . Dans ses livres j’ai découvert l’Algérie, ces autres que je ne connaissais pas.

Nous le regrettons, nous le pleurons, nous ne l’oublierons pas. 

Maria Landau                                                                                                                     


Mon ami Nabile Farès était psychanalyste, et enseignant en anthropologie.

Ces dernières années il travaillait sur les questions de la barbarie et la notion de civilisation, à partir de son histoire, celle de l'Algérie qu'il avait dû fuir dans les années 90, menacé de mort par le FIS. Il travaillait aussi à partir des contes berbères de sa culture. 

Longtemps engagé à Psychanalyse Actuelle, où je le connus, dans une recherche sur l'interaction entre les traumas de l'Histoire et l'intime, sa pensée oscillait et mêlait l'imaginaire, la poésie, et l'éthique. 

Il était au plus près des atteintes de l'humain, de leurs résonances corporelles et dans la langue même. 

Jeanne-Claire Adida


Lors d’un des derniers échanges que j’ai eu avec Nabile place St Germain des Prés, je lui demandais alors des nouvelles de ses enfants !! j’entends encore son rire chaleureux. 

Je connaissais portant Nabile depuis fort longtemps. Méprise… en effet, s’il n’a jamais eu d’enfant, il a fait en sorte que ceux qui vivent ne meurent pas et que la vie des autres se poursuive comme la sienne aujourd'hui …par la transmission. 

Marie-Noelle Godet

Témoignage de membres de l'I-AEP

Nous sommes de cœur et de pensée avec tous les amis qui ont tant apprécié la présence de Nabile Farès, au long des années de partage à l’Inter; et partageons l’hommage et la reconnaissance qu’inspirent l’estime et l’amitié.

Christiane et Jean Florence

Il est parti mais quelle présence et quelle finesse dans ces propos .

Avec lui-dans des discussions de colloque comme de terrasse il m’a fait découvrir un autre regard de l’étranger et surtout m’amener à d’autres questions si près du langage et de la parole .

Merci Nabile

Pierre Smet

Salut Nabile,

Tu avais un don pour apaiser, les enfants en pleurs, par la parole.

Tu avais l’art, comme nul autre, de valoriser la parole de l’autre.

Travaillé par l’exil, hanté par la guerre, tu étais un exceptionnel commentateur d’Albert Camus, et de Sigmund Freud.

Oran, Alger, Oujda, Jérusalem, Aix-en-Provence… en parler réchauffait nos mémoires « indigènes » et ça chauffait aussi parfois.

Ton exigence esthétique était au cœur de ta vision du monde, de ta langue et particulièrement aiguisée dans ton travail d’écriture.

Extraite de ton «Il était une fois l’Algérie» cette phrase, «… Un seul pays ne suffit pas, une seule langue ne suffit pas, une seule vie ne suffit pas, et beaucoup de choses encore ne suffiront pas…», nous dit si bien de toi, et contre l’oubli…

Salut l’Artiste !

Fred Siksou


Lire l'Hommage au poète disparu Nabile Farès par Karima Lazali, psychanalyste


L’inavouable

Par Nabile Farès

Et si, après la reconnaissance faite par le président de la république François Hollande que le 17 Octobre 1961, en France, à Paris, contre les Algériens, un crime d’état s’est produit, il s’avérait que la langue française, non seulement en Algérie, mais dans les autres pays du Maghreb, en plus de ses usages et enseignements, soit reconnue, enfin, acceptée, comme faisant partie, au même titre d’héritage historique que la langue arabe et la langue berbère ?

Entre la France et les pays du Maghreb existe, au-delà des différences de mémoires, de représentations, d’histoires, de territoires, un double contentieux inavouable : celui, du coté français, d’une guerre affreuse, qui n’aurait jamais dû avoir lieu, mais qui a eu lieu, en Algérie, de conduites répressives, policières, au Maroc, en Tunisie- la guerre de Bizerte, par exemple - et, du coté maghrébin, celui d’ un usage persistant, présent de la langue française, inavoué, lui aussi.

En tant qu'enseignant  maître de conférences en littérature française en Algérie, puis, en littérature comparée, en France, écrivain, psychanalyste, aujourd’hui, je peux savoir, et, avoir expérimenté ce que provoque de dégâts, en plus des différences de mémoires, histoires, désastres psychiques, violences politiques et sociales, le refus et la non-reconnaissance d’un usage de la langue, quelle qu’elle soit.

En plus de la langue arabe, de la langue berbère, il est manifeste, que la langue française fait partie de ce que l’on peut appeler l’entour affectif, intellectuel, imaginaire, symbolique, social, réel, politique, esthétique, architectural, historique et psychique des maghrébins. Aussi, malgré la colonisation, ses avatars, ratages politiques, la langue française fait partie de la culture des maghrébins, tout comme celle-ci, la culture maghrébine, fait partie de la culture française, de recherches, d’enseignements, de pratiques sociales, symboliques éducatives, et, pourrait-on ajouter, de  rayonnements ; cultures au demeurant plurielles, émancipatrices, dans leurs rencontres d’aujourd’hui, riches de transformations, d’échanges, ouvertures, créations, même si ces cultures peuvent entrer en compétitions, rivalités, ruptures, selon les attitudes réactionnelles, mémorielles, opportunistes, politiques du moment.

Tables rondes, expositions, foires du livre, associations culturelles diverses, ici, en France, comme au Maghreb, rendent présentes, périodiques, constantes, ces rencontres qui maintiennent les liens humains, intellectuels, sensibles, entre les individus, les peuples, les collectivités, et, pourquoi pas les états.

Peut-être serait-il nécessaire, aujourd’hui, que  les décideurs politiques des pays du Maghreb, fassent preuve  de la même ouverture, lucidité politique, dont vient de faire preuve, à travers les paroles de son président actuel, François Hollande, la France, paroles qui valent d’introduction à la reconnaissance des crimes commis sous colonisation, pour que, à travers l’avenir des langues, au Maghreb, l’espoir politique démocratique, devienne plus détendu, moins meurtrier, moins répressif, plus humain, plus proche, plus réel.

Si, toute colonisation n’est pas faite seulement de crimes, les crimes, eux, existent ;  et, si toute langue, dans son apprentissage, est coercitive, existe, en elle, aussi, une liberté pour la rencontre et l’apprentissage, le respect, des autres langues.

Ce qui ne fut pas le cas, hélas, durant la colonisation française, au Maghreb. N’est-il pas alors temps que cela change : que l’Algérie, par exemple, sorte, par elle-même, de l’injustice coloniale, comme elle l’a fait pour son indépendance, et qu’elle reconnaisse l’existence de la langue française en Algérie, actuellement, au même titre que la langue arabe et berbère.

Si ce vœu ne manque pas d’actualité, disons alors, comme le disent, parfois, les maghrébins, : « Alors,  chiche ! »

Nabile Farès
Ecrivain, psychanalyste, Paris
Novembre 2012



 
Nabile Farès - Il était une fois l'Algérie

Il s’agit d’un fait divers très commun, répété durant les années dites, en Algérie, « noires»: l’enlèvement d’une jeune femme, Selma, raconté selon un mode fantastique traversant les différents personnages, Tania, fille de Selma, devenue mutique, Slimane Driif, journaliste, apprenti écrivain, Le Directeur d’un journal, «La république des lettres», Linda, peintre exilée d’Algérie, Un ministre de la santé, Un Président de la république, une psychothérapeute qui, à travers des bribes d’histoires, reconstitue ce fait « divers.» Les récits se rapportent à des moments historiques, vécus, de l’Algérie contemporaine : « Accords d’Evian », assassinat de M. Khemisti, manifestation et répression d’octobre 88, tremblement de terre de Boumerdès... Une écriture tragique, cocasse, transparente, lisible, explicite, raffinée, poétique, nous donne à lire, comprendre, refuser, la mise en péril subjective, la psychothérapeute du récit dirait ix psychique », historique, des générations nées, en Algérie, après que ce pays devint, «une fois » dit, « libre et indépendant ». possible

Nabile Farès - Mémoire de l'Absent

Si le premier livre," Le champ des Oliviers", déployait le territoire d’une inscription concernant aussi bien l'histoire que la guerre d’Algérie, "Mémoire de l’Absent" restitue par et dans le langage la cassure mentale et sociologique d’un monde en pleine destruction. Récit de la vie d’Abdenouar, de ses rapports avec les membres de sa famille ou d’un lycée d’Alger; mythe touchant aux origines de la constitution arabo-berbère du Maghreb, ce deuxième livre, par l’intermédiaire des personnages de Jidda-la Vieille -et du Récitant, enracine ses pages et son propos dans les plus lointaines données de la mémoire collective. Telle est l’importance du récit de la mort de Kahéna, prise, comme celle d’Abdenouar, dans l’étendue du langage de l’Outre, métaphore par laquelle sont signifiés le passage, l’abondance, et l’écoulement de la vie. Selon une lecture attentive, "Mémoire de l’Absent" est bien le deuxième livre de cette Découverte du Nouveau Monde.

Nabile Farès - Le Miroir de Cordoue

Ce livre est une fiction écrite sur la ville espagnole de Cordoue où l’auteur-narrateur fut invité en 1975, durant l'été à assister un Vendredi à une prière dans la cathédrale qui pour deux heures était redevenue - hommage d’une tolérance possible, souhaitée, contemporaine - Mosquée. Le narrateur eut l’idée un moment, de demander à l'Algérie d’envoyer une équipe de cinéastes pour filmer cet événement. Cordoue est une si belle ville quelle attira de nouveau le narrateur, quinze années après. Il en rapporta, cette fois, sous forme de récits autobiographiques, de flashes rêvés à la Wim Wenders, les différents scenari qui devaient servir aux repérages puis aux scripts du film. Jeux de miroir où se donnent à lire la désespérance, l’humour, la vision d’un écrivain, contre les prétentions anciennes ou actuelles de faire de l’histoire à partir d’un nationalisme simplet, destructeur, à "pureté" culturelle, religieuse, ou ethnique. Le Miroir de Cordoue est l’écriture éclatée, resplendissante d’une ville qui. durant près d’in siècle - le Xème - en Europe, en Andalousie, fut une vraie gloire pour et de la civilisation humaine