Le film « Le jeune Ahmed » réalisé par les frères Dardenne est dans les enjeux de l'ouvrage " Violences en cours "

Projection au Regard Qui Bat le vendredi 28 juin 2019

https://www.amazon.fr/VIOLENCES-EN-COURS-Jean-Jacques-Moscovitz/dp/2749255481

« Violence, psychanalyse, cinéma » est l’objet de cet ouvrage éd Ères 2017


L’art ici fait lien entre deux pratiques de discours, l’un psychanalytique par l’expérience de la parole de sujet, et l’autre par les images qui bougent et parlent. Une rencontre est ainsi possible.

Pratiques de la psychanalyse et du cinéma sont liées par une 3e pratique, celle du politique pour faire face au vacarme du monde. Entre art et psychanalyse, surgit l’effet de scandale propre au sujet de l’inconscient contre le danger d’affadissement de ces discours eux-mêmes. Danger de chute de la spécificité singulière à chacun des trois.

L’Art supplée aux défaillances d’énonciation, de prise sur le réel. Dès lors l’art par sa puissance de faire énigme devient index de ce réel, là le discours analytique y trouve sa part d’énigme à résoudre, et où surgit le semblant de sens toujours sans limite et l’illusion que le cinéaste nous montre en nous créant spectateur.

L’artiste en effet sait surpasser le refoulement pour faire des allers-retours non sans angoisse entre les registres du conscient et de l’inconscient qui chez lui sont le lieu d’un refoulement Q mou, contrairement au névrosé qui souvent ne peut facilement y parvenir sans l’artiste. Qui lui sait non sans symptôme oublier son conflit névrotique privé pour provoquer la surprise chez lui comme chez chacun par son acte de création.

Ainsi cinéma, art et psychanalyse s’allient pour qu’intime et désir de l’humain donnent toute leur mesure dans notre vie quotidienne. Le désarroi dans la civilisation leur fait obstacle par des effets sur notre subjectivité et des silences au niveau collectif, dans des guerres exterminatrices au Moyen-Orient et leurs conséquences de violence en France et dans le monde.

« Le Malaise/Détresse dans notre civilisation » est un texte de Freud, il désigne le signifiant d’un idéal de bonheur tant souhaité, qui pourtant se marque au niveau individuel d’être structuré par un manque inhérent au fait de parler, et au registre politique par des États tyrans qui dépeuplent l’humanité.

Cet ouvrage tente alors de savoir comment la violence modifie la pratique de la psychanalyse et appelle à en préciser les limites voire l’(in)efficacité. La violence se transforme-t-elle en discours en libérant notre Moi, ou au contraire, reste-t-elle dans des stagnations de jouissances destructrices actives, qui, demeurant souterraines, non dévoilées, ont des conséquences cachées et des atteintes graves à la civilisation. au « progrès de l’esprit » selon Freud, aussi bien de la vie psychique que celle au jour le jour.

Là se pose un postulat propre à la pensée et à la vie de l’esprit et Freud avance que l’incomplétude narcissique de l’humain trouve sa solution de deux façons : soit par la barbarie, où le comblement de son incomplétude s’effectue par les armes et le meurtre, soit par le droit et donc la parole, c’est la civilisation que Freud oppose à la barbarie. Nous voilà dans le politique où pointe l’intime au risque de l’extrême de la violence entre sujet et collectif : comment se regardent-ils l’un l’autre ? Et ce pour donner à l’intime sa chance de vivre, voire de survivre, de ne pas mourir ? Le cinéma ici nous enseigne et nous interroge sans cesse. Il s’agira ici de films, pour la plupart projetés et débattus dans une activité nommée le Regard qui bat… C’est une activité régulière de projections de films suivies de débats, que nous n’hésitons pas à qualifier de clinique psychanalytique entre sujet et collectif, entre intime et extrême, en France et ailleurs face à la violence jihadiste. Cette violence n’est pas sans évoquer les horreurs du siècle passé.

Cet ouvrage nous les fait percevoir, rencontrer pour en mesurer les effets sur chacun de nous, dans notre vie quotidienne, dans notre pratique de la psychanalyse, de la psychothérapie, de la médecine, de l’art, du cinéma… Et dans notre présence de spectateur, comme témoin actif de l’actuel. Des textes critiques sur les effets actuels du contemporain sur notre subjectivité nous orientent aussi : le complotisme, le tatouage, le transhumanisme, le genre sexué, l’état du politique… où la violence est une atteinte à l’apparentement à l’enfance, au langage et à la filiation.

Voilà notre actuel que nous construisons au plus loin qu’il est possible, des textes et des films nous y conduisent pour donner toute leur place à l’intime et au désir.

Jean-Jacques Moscovitz