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Entretiens avec Anne-Marie Houdebine par Sylvia Duverger


Introduction par Sylvia Duverger

Anne-Marie Houdebine est linguiste et psychanalyste. Elle vient de faire paraître, avec maria Candea, Yannick Chevalier et moi-même, sous la direction d’Éliane Viennot, L'académie contre la langue française. Ce travail en commun nous a donné l'occasion de longuement nous entretenir. Il m'est apparu essentiel de retracer avec elle son parcours, qui l'a conduite à être la première en France à œuvrer, sur un plan à la fois linguistique et politique, à la démasculinisation de la langue française.

Cet entretien de plus de 50 pages constitue une introduction aux travaux linguistiques d'Anne-Marie Houdebine, spécialiste de la question du sexisme dans la langue et auteure du concept de l'imaginaire linguistique. De son œuvre, il esquisse une généalogie. Anne-Marie Houdebine par Anne-Marie Houdebine, tel est son projet principal, que des questions d'actualité dévoieront quelquefois.

Le rôle déterminant d'Anne-Marie Houdebine au sein de la commission de terminologie créée en 1984 par Yvette Roudy et présidée par Benoîte Groult sera précisément évoqué, non moins que les réactions, époustouflantes de masculinisme, des Académiciens - les Verts virent rouge, dixit Aristide, journaliste au Figaro - et de quelques autres joyeux lurons : en français, comme chacun et chacune savent, le masculin avale, engloutit le féminin... ou bien le vitupère et le vomit.

Nous ferons bien entendu amplement référence à L'Académie contre la langue française, paru chez iXe au début de l'été : ouvrage indispensable à qui veut disposer de bons exemples et de bonnes analyses de la cécité à laquelle conduit le masculinisme ("Cachez ce féminin que nous ne saurions voir" titra, je crois, Benoîte Groult ou Yvette Roudy en ces années de dévergondages sexistes - des femmes osant être ministres, quelle aubaine !).

Mais tout autant, revenant en détail sur des points que L'académie contre la langue française ne fait qu'effleurer, cet entretien, le prolonge et le complète. S.D.

Devenir féministe - Entretien avec Anne-Marie Houdebine I

Dans cette deuxième partie, Anne-Marie Houdebine précise sa position sur la question de la différence des sexes et de l'écriture dite "féminine". Elle revient sur l'évolution de sa façon de penser le sexisme de la langue, elle évoque les obstacles auxquels sa carrière s'est heurtée en raison de ses sujets de prédilection, et explique la méthodologie à laquelle elle a eu recours dans les enquêtes linguistiques qu'elle a menées. S.D.

Différence, ou pas, des sexes ? - Entretien avec Anne-Marie Houdebine II


Dans cette troisième partie, j’interroge Anne-Marie Houdebine, linguiste, psychanalyste et féministe, sur le rapport du corps et du langage, et le sexisme des représentations stéréotypées. Cela la conduit à rappeler les résultats des enquêtes qu'elle-même et que Verena Aebisher ont menées : les femmes font l'objet de projections disqualifiantes. Et de ces préjugés sexistes, les pourfendeur.es des ABCD de l'égalité voudraient, au fond, la perpétuation. Puis Anne-Marie Houdebine précise où elle se situait dans le Mouvement de Libération des Femmes, et ce qui la conduite à s'enfuir d'une réunion « Psy et Po ». S.D.

Le corps est pris dans le discours - Entretien avec Anne-Marie Houdebine III


Dans cette quatrième partie d'entretien, j’interroge Anne-Marie Houdebine sur son rapport à la littérature, ne serait-ce que parce qu’elle fut d’abord professeure de français, avant de devenir linguiste et psychanalyste. Nous évoquons aussi le cinéma, sur lequel elle a aussi écrit, et auquel elle continue de réfléchir, notamment dans le cadre des projections suivies de débats du Regard qui bat. Cela nous conduit à évoquer la libération sexuelle et la bataille pour l’avortement. S.D.


Dans cette cinquième partie, Anne-Marie Houdebine évoque ce qui a conduit à la création d’une commission de terminologie chargée en 1984 par Yvette Roudy de la féminisation des titres et des fonctions et présidée par Benoîte Groult. Les linguistes québécoises ont été parmi les pionnières en la matière, et c’est la diffusion de leurs travaux dans le contexte de la loi de juillet 1983 sur l’égalité professionnelle qui a mené à l’entreprise de démasculinisation du français.
La commission, bien que très légalement constituée, et mixte, fut aussitôt l’objet d’attaques qui méritent de rester dans les annales du sexisme débridé. Alors même que cette commission comportait nombre de linguistes renommé.es et fondait ses propositions sur des enquêtes menées conformément à la méthodologie scientifique… 
S.D.

La féminisation des titres dans les années 1980 - Entretien avec Anne-Marie Houdebine V
Dans cette sixième partie d'entretien, la linguiste Anne-Marie Houdebine évoque le sexisme avec lequel ont été accueillis les travaux de la commission chargée par Yvette Roudy de féminiser les noms de métier, les grades et les titres. S.D.