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Colloque Convergencia du 18 juin 2017 - Texte de Psychanalyse Actuelle

publié le 31 mai 2017 à 05:49 par Psychanalyse Actuelle   [ mis à jour : 31 mai 2017 à 05:51 ]

RENCONTRES ? POURQUOI PAS ENTRE PSYCHANALYSTES…

Trois points : de l’associatif, de l’écart, du législatif.

-I-

De l’associatif

Groupisme, groupe, associatif, institution : des liens entre praticiens.

Si le groupisme est la nécessité molle de ne pas se quitter pour ceux qui le pratiquent, le groupe, lui, procède de ce « tous pour un, un pour tous », tel qu’aucune tête ne dépasse. L’associatif organisé entre analystes est plus enclin à faire lien avec d’autres associations. Et ce pour que l’homogénéité qui est la règle, se confronte à l’hétérogène.

Et l’institution psychanalytique se questionne et formalise  ce qui la fonde, surtout la formation du psychanalyste qui est  si facilement esquivée. L’admission des candidats reste sans cesse à élaborer, ce qui pourtant définira de mieux en mieux l’institution pour analystes qui ne serait pas trop quelconque…

Quant aux  réseaux type Inter-Associatif Européen de psychanalyse (I-AEP) et Convergencia (Mouvement pour la Psychanalyse Freudienne) ils conduisent à une prise de plus en plus institutionnelle  de telle ou telle association encore en panne vers un statut d’institution se questionnant d’elle-même.

Ces réseaux sont là maintenant pour  être des paratonnerres à la haine grandissante de la psychanalyse, place  que Freud et Lacan ont sue occuper. Aujourd’hui c’est à nous de le faire. Peut-être par un contrat à établir entre les différents réseaux existants…. Et ce pour le lien social entre psychanalystes ne dérive  pas au dogmatisme, à faire prévaloir la passion de l’institution  au dépens de l’écart propre au désir du psychanalyste . Le réel de RSI est-il ici appui ?

 

-II-

DE L’ECART 

….« et R et  S et I »  ouvre l’écart, exigible aujourd’hui plus que jamais par l’accent mis sur le Réel pour maintenir cet écart propre au discours psychanalytique par rapport aux autres discours. Mais aussi face à lui-même : il ne peut se fixer, car dérangeant pour les autres discours, il se dérange lui-même, se dé-fixe, s’écarte de sa ligne pour la retrouver plus loin, plus tard…. Sa ligne est toujours en pointillé, elle  se crée dans l’écart du fait qu’elle « prend assise sur le Réel » ( in RSI 1974/75 chap 7,) . 

Dire réel, c’est repérer les risques que le discours analytique court de s’affadir en dogmatique de type religieux, culturel, social, politique, médiatique, pseudo-scientifique . Cet écart est Hérétique . La Passe comme transmission indirecte de le psychanalyse est ainsi à replacer dans son contexte historique et aussi actuel. La Passe  dit le réel comme impossible, elle est de l’ordre du nécessaire dans l’approche psychanalytique de la transmission de cet impossible. 

Dans notre actuel une trop grande  porosité entre sujet et collectif conduit à un  risque de confusion entre sujet de l’expérience de la cure et le collectif,. En termes RSI : il existe une trop fréquente mise en continuité entre « et R et  S et I » , de psychose sociale que le nœud trèfle illustre nettement. 

La psychose est certes  traversée par le social, mais le social prend trop de place dans nos rencontres au dépens des effets du désir du psychanalyste

Freud comme Lacan disent ce risque :  le premier à mettre la psychanalyse dans le marché public (32E conférence sur l’Angoisse) et le second la jetant en pâture au  commerce culturel (4e   de couverture des Ecrits en 1966) .  Ce qui  a pour conséquence,  d’énucléer le désir de l’analyste hors de son situs habituel, de l’affadir et de l’offrir aux résistances contre notre l’inconscient.  

Du coup les médias accouplés au politique tapent pile sur nos points faibles,  l’autisme par exemple, qui en France fait la une des médias, et promouvoir un boycott de la psychanalyse avec les enfants voire de toute la psychanalyse. 

DU bobo,  comment s’en servir en posant d’abord que les nœuds sont ceux de Lacan, (cf Lacan à Caracas , « mes trois ne sont pas vos trois ») . C’est  de sa pratique psychanalytique dont il s’agit, de sa propre pratique des nœuds, de sa façon à partir de 1972 de rendre compte de son lien à la psychanalyse, à ses analysants devenant analystes. Que ses élèves ou disciples directs s’en servent pose la question de savoir si le BoBo est un modèle ou  la matière même de notre expérience  , le tricot avec ses mailles, celles qui filent, se déchirent, font faux trou, vrai trou…

 

Remarques

-chaque rond de  « et R et  S et I », est premier , il n’y a pas de hiérarchie des  ronds entre eux, ils sont chacun hérétique. 

-pas d’origine  des ronds et de leur nouage, il y a là subversion de l’origine , de l’originaire, c’est déjà dire que la psychanalyse n’est pas religion qui, elle , nécessite un fondement que Freud appelle meurtre premier du père, mort depuis toujours, celui de l’identification première, dite incorporation /einverleibung ( in Psychologie des masses chapitre VII),  avec l’identification au Trait unaire et identification hystérique. A lire l’Homme Moïse (1938) de Freud à la lumière du BoBo, ce n’est pas de mono mais de zérothéisme dont il  s’agit. De Trou-théisme dit Lacan. C’est ici dire cet écart  d’avec le religieux qui s’approprie l’origine de l’homme, de sa vie, de sa mort, de sa quotidienneté. 

L’actuel du vacarme du monde dans ces temps terribles d’attentats jihadistes le montre cruellement. 

Avec  RSI : Une 4e identification noue les autres entre elles ; celle dite identification au sinthome, qui pose la question du sujet. Ces trois ronds sont tels qu’un trou les tient ensemble. Qu’un trou se fait exigence du trois. C’est le trou  qui exige le trois fait de chaque rond premier comme l’est chacun des trois. 

Le trou est là d’abord si on temporalisait la nodalité Bobo.  C’est même (in 2eleçon du Sinthome) l’exigence comme telle qui exige le trois faisant trou. Exiger c‘est penser « 3 ». (cf leçon 2  du Sinthome )

Penser bobo, aussi débiles que nous soyons dit Lacan, c ‘est  suivre un des ronds et se retrouver à en suivre un autre. Citons Lacan in leçon 7 de RSI : « ce que j'appellerai l'imbécillité typique, typique du mens, de l'humeur humaine, à l’endroit du réel qu’elle a pourtant à traiter ». 

A se trouver sur un rond comme la fourmi sur la bande de Moebius, voilà que je me retrouve sur un autre rond que celui où je ne suis plus… Le réel du réel, qui est le nœud comme nœud, pousse le « chercheur » dupe du réel à s’y croire fourmi alors que ses pattes sont déjà ailleurs !  Ecart d’écart oblige. Equivocité du signifiant dans la pratique de la séance. On croit comprendre , ne pas être à coté : trop tard, l’inconscient du lieu analytique me déloge de ma croyance et m’éjecte hors de ma certitude soit-disant établie.  Le dogmatisme guette, et ne pas le percevoir, le dogme arrive et se fait religion laïque certes , mais bien religion quand même. La psychanalyse prétendra alors être à l’origine du dire analysant, c ‘est, dira t-il inscrit dans le corpus, la grille de concepts du moment . 

 

Peut-on nouer corps/réalité/image ?  

La mise ou non en continuité des ronds implique, quant au Réel, ce que Lacan appelle ex-sistence : ce qui est hors du symbolique et hors de l’imaginaire , et apparaît alors l’ex-sistence d’erres. L’erre est la trace laissée dans l’eau par l’étrave d’un bateau, autant dire que ça dure peu.  Ici ce terme indique une zone afférente à l’entre-deux de trois ronds. Erres :  c’est ce qui jouxtent les entre-ronds. De telle sorte que c’est le trou qui aiguille, guide, vers un autre rond dans l’entre deux ronds qui fait aller dés lors dans un autre rond, et donc une autre erre. Ainsi  en est-il de  l’usage qu’ en  fait Lacan avec le 3 dans sa lecture d’« inhibition/symptôme/angoisse » ). 

Si le trou exige le 3, le trou subvertit l’originaire des discours religieux, scientifique, universitaire, du maître…et du roman familial du névrosé et de la psychanalyse. 

Le corps a une erre réelle/imaginaire. Comment situer l’erre symbolique du corps autrement que dans le croisement d’erres entre R et I dans l’affect d’angoisse par exemple ?

Le fantasme  c’est  le croisement imaginaire et symbolique , l’image qui se fait lettre comme l’idéogramme chinois par exemple? 

D‘où ceci : la réalité se supporte d’un manque de perception qui comme manque introduit le corps au registre du symbolique . Bref un donné sensible du corps prête à la supposition du Réel.

La trace se donne alors comment : exemple du Matiérisme en peinture. Comme si des morceaux de peinture telles des lettres étaient  jetées en l’air et retombent. Et au  cours de leurs chutes forment un lieu d’inscription, une ardoise, la toile du tableau sur quoi vont se former des traces. Et dans  ce mouvement, se produit une sorte  d’incorporation ( identification 1ere de Freud) grâce à un lieu surgi de ces chutes,  où se déposent les morceaux  de peinture  créant ainsi la toile du tableau en tant que telle.  Les croisements, les erres, les frottements des lettres en mouvement entre elles ne cessent pas de fonder un espace qui se perçoit comme surface alors que c’est de volume dont il s’agit, celui d’un corps. 

Mouvement : c’est dire que  du temps présent, de l’actuel,  se fonde sans cesse , créant un espace où s’agencent des lettres. Ecran de lettres formé à partir de ce jet de lettres précédent. Précédent : le temps revient, est ce religieux ?  : « Topologie et le temps » sont en lien, dit Lacan. 

 

-III-

DU  LÉGISLATIF  

Deux évènements politico-juridiques ont récemment interpellé la psychanalyse en France. ​L’amendement Accoyer de 2003 aboutissant à la création d’un titre de psychothérapeute par la loi du 9 août 2004 nommant la psychanalyse pour la 1ère fois dans une loi de santé publique à partir d’une intervention de l’Etat. 

​Et dernièrement la proposition de loi Fasquelles du 8 décembre 2016 visant à interdire la psychanalyse dans la prise en charge de l’autisme et qui s’est soldée par un rejet de la loi.

​L’amendement Accoyer avance que la psychanalyse est une psychothérapie, et au lieu de rester un débat interne à la communauté analytique cela est porté au législatif l’obligeant à réaffirmer par les instances ministérielles que sa conception du symptôme n’est pas celle de la psychothérapie.

Des divergences dans et entre les  associations sont apparues, depuis ce procès législatif amenant des associations à considérer la loi comme un abri ou au contraire comme un danger venant reposer La question centrale de l’analyse profane. Ces divergences ont tendance à récuser  le devenir de la laïenanalyse par une loi de santé publique qui transforme la psychanalyse en métier possible.

Que devient la laïen analyse si l’analyse en intention se trouve désarrimée de l’analyse en extension ? S’il n’y a plus une solution de continuité entre  du non droit définitivement inscrit dans du droit ?

« On a modifié le statut de l'autorité en psychanalyse en transformant l'autorité morale que les sociétés et associations ont toujours exercée sur la psychanalyse en un statut d'inscription dans la loi de la République ». (D. Lévy Cercle Freudien)

C’est la psychanalyse en tant que pratique de la cure qui s'expose sur la scène politique de la santé démobilisant le DESIR DE L’ANALYSTE et son rapport aux associations. 

Comment les effets du politique réorientent la demande d’analyse et comment la réponse apportée par l’analyste porte l’empreinte DU DESIR D’INSTITUTION traversé par le discours de la science et ses effets ?

Notamment a folie n’a plus dans la cité  le statut de la parole dans la culture, mais uniquement celui de maladie.

L’évolution progressive de la psychiatrie vers la santé mentale interroge le devenir de la psychanalyse quand son lien aux folies n’est plus porté par la psychiatrie.

La proposition de loi Fasquelles  écarte toute approche analytique des patients et de leur famille en s’encastrant de plein fouet dans le nouveau dispositif de santé mentale qui a vu la psychiatrie (et la psychologie) s’émanciper de sa dette envers la psychanalyse. 

A cette occasion, la plus grande partie des associations de psychanalystes et de psychiatrie ont su défendre l’hétérogène de la clinique que la proposition de loi visait à annuler. Elles  se sont opposés aux parlementaires qui voulaient rompre avec ces principes, en prenant parti dans des débats scientifiques d’une grande complexité, pour dériver vers des thérapeutiques d’État.

Sensibles aux arguments invoqués dans les différentes actions, bon nombre de députés n’ont pas  remettre en cause la liberté des médecins, ni la pédopsychiatrie ni la psychanalyse. Ni la liberté de prescription ni le libre choix des méthodes de soin.

Et la loi n’est pas passée du fait des effets de la psychanalyse en extension quand elle n’est pas désarrimée de la psychanalyse en intention…..

 

Voilà une rencontre pour s’opposer à ce que le champ juridique lui-même soit asservi aux logiques de la gestion biopolitique. 

Texte de Psychanalyse Actuelle établi par Marie-Noelle Godet, Valérie Marchand, Jean-Jacques Moscovitz

Paris ce 22 MAI 2017