Attentats djihadistes : un retour à la non-vie pour tuer

Par Jean-Jacques Moscovitz


Nous voilà en novembre déjà avec des effets d’attentats d’une violence et d’une cruauté sans nom.

Zineb El Rhazoui, journaliste de Charlie Hebdo, énonce dans son interview sur RTL du 1er août 2016 combien « la plus grande brutalité » doit être opposée » aux tueurs adeptes de la cruauté du Salafisme.

La pulsion, l’énergie à tuer sont présentes dans les attentats djihadistes débordant de leurs jouissances destructrices. Pulsion et jouissance à tuer s’incarnent dans la ceinture explosive du kamikaze. Elle fait corps avec le tueur, ça devient son corps tout autant que sa kalachnikov. Ou son couteau, ou son camion-bélier de 19 tonnes. Au cours de sa jouissance inhérente à la tuerie, il s’assassine dans la foule de ses victimes en s’y mêlant, dans une fusion incestueuse entre les morts et les vivants. En fusionnant mort et vie, meurtre et inceste avec la mort, il reviendrait au stade le plus archaïque d’indivision entre naissance de la vie et non vie, retournant, rembobinant le temps où allaient se discerner la mort de la vie, d’une vie à peine survenue. Dans ces attentats les criminels font fusionner bourreaux et victimes en s’y mêlant eux-mêmes dans la tuerie.

Ce n’est pas sans évoquer les propos des survivants des camps nazis. Mais où une telle fusion bourreau/victime n’avait pas lieu. Daesh et Nazisme se rejoignent cependant par un lien à la cruauté. Le pouvoir de l’État qui organise la haine, ici, n’est pas obtenu par la cruauté comme moyen, mais pour l’exercer, en faire le but, et le plus loin possible. C‘est ce qui capte les assassins et les capte de façon définitive. La jouissance du retour à la non-vie se propulse par le retour vers ces temps de cruauté primordiale où c‘est la motricité inhérente aux pulsions de meurtres qui s’exercent sans cesse de plus en plus. La jouissance des meurtriers produit la jouissance des kamikazes qui vont agir à leur tour. Les effets collectifs dans le temps s’accomplissent dans des modèles de jouir s’auto-entretenant à l’infini. Si un acte de guerre ne les anéantit pas.

Certes existe la position de dire que c’est notre civilisation occidentale et la laïcité française tout particulièrement qui produiraient de telles horreurs commises par des jeunes hommes franco-musulmans issus des banlieues défavorisées. Je tiens cependant à dire que cela est vrai parfois, mais dès lors que le djihadisme s’empare des idéaux de ces hommes, la référence qui y apparaît est cette captation vers le retour à la non vie dont il nous faut tenir compte. Deux possibilités se dégagent :

 - soit la prise en charge socio-psychique de ceux qui sont repérés comme djihadistes non encore en voie d’être des criminels, avant d’exercer la cruauté contre la vie d’autrui et d’eux-mêmes. Et ainsi arrêter si possible le surgissement de djihadistes criminels.

 - sinon exercer la « brutalité la plus grande » comme le dit 
Zineb El Rhazoui pour les exclure de nos sociétés, voire plus, sans hésiter comme cela a lieu de plus en plus lors de leurs tueries.

Djihad/Daesh et Nazisme ont en commun d’utiliser la cruauté comme but mais de plus le nazisme pratiquait ce que Henri Rousso a très justement nommé devant la négation de l’existence des chambres à gaz, négationnisme des crimes inhérents aux jouissances des tueurs pour continuer leur génocide des juifs. Daesh en fait pratique le contraire non moins effrayant, un AFFIRMATIONNISME dans leurs tueries, il les répand, les affirme et capte ses adeptes par leurs médias, et par nos médias piégés dans le monde du spectacle où nous « vivons ensemble ».

Jean-Jacques Moscovitz
Psychiatre - Psychanalyste
jjmoscovitz@gmail.com