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Les femmes, le nom, Freud

publié le 4 mars 2021, 02:31 par Psychanalyse Actuelle   [ mis à jour : 4 mars 2021, 02:31 ]

Les femmes, le nom, Freud

Par Prado de Oliveira

Ma question de départ était simple : comment se fait-il que dans le judaïsme la qualité de juif soit transmise exclusivement par la mère alors que le nom est donné par le père ? Le plus compliqué est vous expliquer comment je suis arrivé à cette question à partir de l’étude de la correspondance de Freud avec ses enfants — attention : ce ne sont pas ses fils et ses filles, ils ont été et ils restent ses enfants, Kinder.

Pour vous donner une idée de comment à la fin j’ai résolu ma question sur le judaïsme, permettez-moi de revenir à Lacan.

Lacan avance ceci : « Freud, dans la vie courante, je le vois très peu père. Il n’a vécu le drame œdipien, je crois, que sur le plan de la horde analytique. Il était, comme dit quelque part Dante, la Mère Intelligence[1]. »

Le nom-du-père est un énoncé de la mère. L’opération de la métaphore paternelle est effectuée à partir du désir maternel. Lacan conjoint la triangulation phallique imaginaire (mère-enfant-phallus) à la triangulation symbolique œdipienne (père-mère-enfant). C’est aussi cela que nous explique le schéma R. Nous n’avons donc aucune raison de supposer et d’ânonner en permanence une quelconque toute-puissance paternelle et même une préséance sempiternelle du nom-du-père. Lacan indique un jeu dialectique : le réel, le symbolique et l’imaginaire.

Lacan n’est pas le premier à penser que Freud était plutôt une mère, et nous pouvons même préciser, une mère juive, comme dans les comédies de Woody Allen. Lors de ses premières vacances loin de la famille, Martin Freud envoie à son père une carte postale adressée à « Chère Maman… »[2]. La célèbre tirade de Freud, comme quoi il se sentait tellement père, est une réponse à sa patiente Hilda Doolittle, qui lui disait qu’elle le sentait vraiment comme une mère[3]. Ah, Hilda Doolittle, que des histoires, nous pourrions rappeler des épisodes et des épisodes de son analyse avec Sigmund Freud, quand elle, femme lesbienne, se voyait offrir des chiots par le père de la psychanalyse et plutôt de manière insistante, les lui fourguant entre les bras, et elle à insister que « non et non », que jamais elle ne les prendrait. Le troisième enfin à affirmer que Freud était une mère a été Georg Groddeck. Comme Freud se refusait de lui admettre son côté maternel[4], Groddeck lui envoyait des lettres adressées à « Chère Amie… » en lui priant de les conserver. C’était le Livre du Ça. Freud s’en est beaucoup amusé, cela lui plaisait énormément. « Chère amie, vous souhaitez que je vous écrive, rien de personnel, pas de potins, pas de phrases, mais des choses sérieuses, instructives, voire scientifiques. C’est grave », commence la première lettre[5]. Comme Walter Benjamin écrivait que Lénine était une véritable grand-mère qui prodiguait ses textes au peuple russe, ne devons-nous pas dire autant de Freud, fondatrice, grand-mère de la psychanalyse, qui abreuvait les enfants de la psychanalyse des friandises de ses écrits ?

Comme quoi, voyez-vous, le plus intéressant ne sont ni les questions ni les réponses, mais le parcours. Mon parcours a été le suivant :

De fil en aiguille je suis venu à m’intéresser aux relations de Freud à ses filles. Pour tout résumer, Freud leur court après. Quand Mathilde vers ses vingt ans conçoit le projet de se marier, son père fait son possible pour la retenir[6]. « Pourquoi ne pas attendre tes vingt-cinq ans, comme ta mère ? », semble-t-il lui dire, insister. Il connait son promis, il ne lui plaît pas. « D’ailleurs est-elle bien sûre qu’il veuille vraiment l’épouser ? » Lettre après lettre, Freud décourage Mathilde, qui lui écrit de Hambourg. Il semble s’intéresser à elle, la protéger, il joue les pères bienveillants, la rassure sur ce qui peut l’amener à avoir l’envie de se marier, mais la chose en elle-même, il l’écarte, elle insiste. Le lendemain de ses vingt et un ans, elle rentre à la maison et annonce à son père qu’elle se marie aussitôt. Il acquiesce. Aurait-il pu ne pas le faire ? Elle se marie le 7 février 1909, trois mois plus tard, c’est rapide. Hambourg est la ville de la famille maternelle. Aurait-elle pu affronter son père sans le soutien des autres femmes de la famille, sa mère, sa tante, sa grand-mère ? Et même sans le soutien de son oncle Alexander ? Elle se marie dans la même synagogue que lui.

Le même scénario se répète avec Sophie. Alors qu’elle est en vacances chez Mathilde, les lettres échangées entre elle et son père montrent le même conflit[7]. Freud utilise les mêmes arguments. « Pourquoi ne pas attendre vingt-cinq ans ? » Sophie n’a aucune envie de faire comme sa mère. Elle devance sa grande sœur Mathilde. Avant même ses vingt et un ans, elle communique à son père qu’elle se marie dès que possible. Elle attendra un an. Cette fois-ci, Freud ne cherche même pas le conflit. Il rencontre le fiancé et donne sa bénédiction. En revanche, avec Anna Freud, il prendra les devants. Alors que Sophie l’invite à passer des vacances chez elle, il écrit à sa fille pour décliner l’invitation — attention, ce n’est pas Anna qui répond à sa sœur, mais son père — qui ajoute qu’il ne sied pas à une adolescente d’être auprès d’un jeune couple, que ça pourrait « lui donner des idées ». Il ne veut pas que Sophie reproduise avec Anna ce qui Mathilde a déjà fait avec elle. En effet, c’était lors des vacances de Sophie chez Mathilde que la plus jeune conçut de se marier.

Ces jeunes femmes se révoltent contre leur père ? Veulent-elles s’éloigner de lui ? Pas vraiment. Mathilde et son mari, Robert Hollitscher, s’établissent dans le voisinage de sa famille d’origine.. Mathilde déjeune avec ses parents au moins une fois par semaine, si ce n’est une fois par jour. Sophie n’arrête pas de recevoir les lettres de son père qui organise leurs vacances, qui pense venir les voir à la moindre occasion, qui donne des instructions à son beau-fils sur comment s’adresser au gynécologue de sa fille. Car, au fond, c’est ça. Mathilde et Sophie ont cherché à donner à leur père un petit-fils aussi vite que possible. Conçu dans ces circonstances, nous sommes en droit de nous demander si elles voulaient lui donner un petit-fils ou un fils incestueux. Mathilde n’a pas pu avoir d’enfants. Mais celui de Sophie… Une fois que Freud eut obtenu de Sophie qu’elle rentre à la maison pendant les mois d’hiver de 1916, il écrivit à Abraham qu’Ernst se cherchait « un papa de guerre »[8]. Mais Freud, relit-il ce qu’il écrit ? Se pose-t-il en papa de son petit-fils ? L’a-t-il dit à Sophie et à Marta aussi ? À table, au cours d’un repas, comme une boutade, un amusement, un bon mot dans la famille, devant son petit-fils ? A-t-il déjà tué son beau-fils, son gendre à qui il écrit pourtant des lettres si amicales ?

Avec Anna Freud, c’est différent qu’avec ses autres filles, il la garde pour lui. Cela aurait été trop long d’évoquer toute l’histoire de Mathilde, la souffreteuse, malade depuis l’enfance, qui finit pour rencontrer son mari dans une maison thermale où elle se rend pour ses cures, trop compliqué d’évoquer toute l’histoire de Sophie, véritable garçon manqué, d’autant plus féminine, véritable objet fort-da de son père, ô Mathilde, ô Sophie, mais Anna Freud, qui se rêvait annafreud, fille sortie des cuisses de son père, impossible d’évoquer toute son histoire. Contentons-nous d’un passage.

Je raconte des histoires. Ce passage implique trois femmes : Anna Freud, Lou Andreas-Salomé, Dorothy Burlingham, je mentionnerai aussi Eva Rosenfeld. Elles se réfèrent à Freud comme leur père commun, gemeinsamen Vater, ce qui fait d’elles toutes des sœurs entre elles.

La première de ces histoires que j’évoque commence à la fin de l’année 1918, au début de l’analyse d’une jeune femme, Anna, par son père, Sigmund Freud. Plus tard, Lou Andreas-Salomé, en lisant les lettres de son ami viennois, créera le mot Annafille, Annatochter, adopté par Freud immédiatement.

Pour expliquer l’inexplicable, des raisons de Freud pour prendre sa fille en analyse, Young-Bruehl, historienne de la psychanalyse, lui en accorde deux : la proximité géographique et sa situation financière à la sortie de la guerre[9] . À vrai dire, nous ne connaîtrons pas d’aussitôt les raisons de Freud pour cette analyse qui, au demeurant, il tient à garder secrète, contre toute probabilité.

Du côté d’Anna, nous connaissons ses raisons de vouloir une analyse grâce au document qu’elle publia, son mémoire d’admission à la Société psychanalytique de Vienne, « Fantasmes de fustigation et rêves diurnes »[10]. Aussi grâce à ses lettres à Max Eitingon, où elle écrit longuement sur son souhait d’être psychanalyste, peut-être à Berlin, pour s’éloigner un peu de son père, qui sait ?

Dans son Mémoire, l’éminente analyste en formation, expose le cas d’une très jeune patiente qu’elle a eue en analyse, souffrant de masturbation compulsive accompagnée de fantasmes de fustigation. Elle s’y voyait battue et humiliée, jusqu’à l’orgasme. Peu à peu, au cours de son analyse, ces fantasmes hardcore se transforment et deviennent de « belles histoires », où un jeune page sert un comte puissant. C'est-à-dire, des amourettes, des histoires fleur-bleu, où quand même persiste l’idée d’humiliation, voire où les fantasmes hardcore à tout moment refont irruption. Le comte change d’avis. Quoiqu’il en soit, hard ou fleur-bleu, l’issue en est la même : la reprise de la masturbation jusqu’à l’orgasme. Ceux qui l’entendaient savaient qui était le jeune personnage. Ainsi donc – ce qu’on ne remarquait pourtant pas – les fantasmes de fustigation devenaient « belles histoires » et celles-ci à leur tour récits de cas, thèses, théories psychanalytiques. Son père aussi savait tout ça, puisque pendant quelques années, entre 1918 et 1922, il avait entendu sa fille lui raconter les mêmes histoires, six fois par semaine, une heure par séance. Moins remarqué, deux choses : que, dans cette histoire, Anna s’identifie à son père-analyste ; qu’il y ait du transfert et du contretransfert, entre la fille-en-analyse et son père-analyste.  Elle devient analyste en s’identifiant à son père. Par ailleurs, si le jeune page est elle-même, le comte ne peut être que son père.

Elle est élue psychanalyste, admise à la Société de Vienne, le même soir que Salomé, confidente de Freud pendant l’analyse de sa fille. Freud aurait été en supervision avec elle ? Comment le savoir ? En tout cas, nous pouvons suivre le déroulement de l’analyse d’Anna en grande partie à travers les lettres de Freud à Salomé.

Ceci est donc une deuxième histoire. Salomé a connu Freud en 1911. Ils restèrent amis jusqu’à 1938. Quand la première tranche de l’analyse d’Anna allait vers sa fin, alors qu’elle devient analyste, donc le même soir que Salomé, Freud, sentant les impasses de la cure de sa fille, lui proposa une amitié féminine, une femme d’expérience, capable d’échanger avec elle sur certains points délicats de la vie d’une jeune femme. Il invita Salomé à leur domicile à Vienne, où elle resta deux ou trois semaines[11]. Anna allait déjà sur ses vingt-sept ans. Certains ont remarqué que Salomé avait l’âge de sa mère. Le fait est que désormais et pour un certain temps, elles deviennent amies intimes. Anna se rend chez elle, où elle passe des vacances. Elles font de l’analyse mutuelle, il suffit de suivre leurs lettres entre elles ou bien celles que chacune échange avec leur père commun, gemeinsamen Vater. Ou encore les lettres d’Anna à Eva Rosenfeld ou à Max Eitingon. Entre Anna et Lou, l’une parle longuement, l’autre l’écoute attentive, tantôt l’une, tantôt l’autre. Toutes les deux étaient amies proches de Ferenczi, elles avaient entendu ses histoires au sujet de l’analyse mutuelle. C’était une invention de Freud, qui l’encouragea jusqu’à 1909. Sur le pont du bateau qui amenait Freud, Jung et Ferenczi aux États-Unis, ils analysaient leurs rêves en analyse mutuelle, jusqu’à ce que Freud se refuse à poursuivre son jeu. Cela a été l’une des raisons de la rupture entre Jung et Freud.

Quant à Salomé, dès 1913, elle décrit dans son Journal une soirée avec Ferenczi, où les deux s’amusaient au sujet de la pulsion de mort. Elle le rappelle à Freud, sept ans plus tard, en 1920, lorsqu’elle commente Au-delà du principe de plaisir, écrit par lui en plein milieu de l’analyse d’Anna[12]. Quand il découvre ou redécouvre l’homosexualité de sa fille, qu’il a largement contribué à constituer en écartant d’elle tous ses prétendants. Freud repense à sa fille à la faveur de l’analyse d’une autre jeune femme, Sidonie Csillag, dont il décrit et théorise le cas dans « De la psychogenèse d’un cas d’homosexualité féminine », écrit et publié la même année que l’Au-delà.

De retour de chez Salomé, Anna qui lui a certainement parlé des mêmes problèmes dont elle discute avec son père, n’a rien résolu. Tant de paroles, tant d’analyses, et les fantasmes parlent plus fort, la masturbation aussi, Anna fait des rechutes, à vingt-neuf ans, elle se masturbe encore. Toujours est-il est que personne ne semble souligner et rappeler, ni le père, ni la fille, ni l’amie, dans cette analyse de la fille par le père, du père avec sa fille, le transfert, le contre-transfert. Ne jouent-ils aucun rôle ? C’est une fille patiente qui parle à un analyste son père, de ses fantasmes de soumission et de sa féroce masturbation. Et ce père, neutre, impavide, l’entend ? Rien n’est adressé à lui ? Entre elle et lui ? Induit par lui ? Résultat final d’un si long empiètement ?

Ici commence une troisième histoire. L’analyse d’Anna se termine au début 1925, en plein milieu des Années Folles. Le 1er Mai 1925, Dorothy Burlingham quitte les États-Unis « pour quelques mois », dit-elle à son mari. Amie intime de Izette de Forest, qui part à Budapest pour une analyse avec Ferenczi[13], Dorothy la suit, cherchant une analyse pour son fils aîné, Robert Jr, qui souffre d’asthme et de maladies de la peau dont on disait déjà qu’elles étaient psychosomatiques. Outre Robert, « Bob », Dorothy voyage avec Mary, « Mabbie », Michael, « Mikey » et la plus petite, Katrina, « Tinky ». Aucun n’était appelé par son nom. De façon très américaine, chacun, chacune, avait son petit nom. Les « quatre », comme se plaisait à les appeler leur grand-père, recevaient aussi le prénom d’un seul – Bomatimi.

Dorothy Burlingham est une Tiffany, son nom complet est Dorothy Tiffany Burlingham. Tiffany des diamants, des vitraux, des boucles d’oreille, des abat-jours, et au-delà. Dorothy est une héritière de tout ça. Elle veut s’éloigner de son mari, Robert Burlingham, sujet à des crises maniaco-dépressives, qui retentissent sur leur fils. Dorothy Burlingham se rend à Vienne et rencontre Anna Freud, à qui elle amène son garçon. Anna accepte de recevoir le jeune homme pour une analyse, au rythme de cinq, six séances par semaine. Dorothy déménage donc à Vienne. Elle et ses enfants occupent des chambres chez Eva Rosenfeld, une autre patiente de Freud, et amie de la famille. Sous peu la sœur de Bob, Mabbie commence elle aussi une analyse avec Anna.

Nous connaissons ces analyses à travers plusieurs sources. Par exemple le 18 juin 1926, Freud écrit à Max Eitingon.

« Nous sommes arrivés ici hier. Les pinsons et les merles chantent devant les fenêtres. Je n'aurai rien à faire pendant au moins trois semaines, puis très peu de choses, je sais à peine comment je vais utiliser ma liberté. Anna a la tâche plus facile, ses enfants sont installés dans la villa voisine, elle reprend leur traitement dès aujourd'hui[14]. »

« Ses enfants » sont les quatre Burlingham. Mais, ce sont « ses patients » ou déjà « ses enfants » ? Quelle confusion, ô Anna ! Anna amène-t-elle ses patients en vacances ? ô Anna. À cette époque, Dorothy était encore en analyse avec Théodor Reik. Anna, analyste des quatre enfants, a pris cette précaution : si les enfants sont en analyse, mieux vaut que leur mère le soit aussi. Mais le travail de Dorothy avec Reik se passe mal. Comme il part à Berlin, leur analyse s’arrête. Dorothy commence une autre avec Freud, cinq ou six fois par semaine.

Entre-temps, pour discuter des cas des quatre enfants, Anna s’entretient longuement avec Dorothy en promenade dans les bois et sous-bois de Vienne, sur des longs tapis de feuilles d’automne. Dorothy possède une Ford-T, elles peuvent donc s’échapper de la capitale, se réfugier du bruit et des foules en cherchant abri dans des recoins idylliques. Bientôt, elle promène aussi Herr Professor, malgré qu’il soit son analyste, ou justement pour cela, allez savoir.

Anna perçoit la délicatesse de la situation. Elle érige Max Eitingon en interlocuteur, ou superviseur, peu importe. Les lettres d’Anna Freud à Max Eitingon sont une deuxième source pour connaître les relations compliquées qu’Anna entretient avec la famille Burlingham. Par exemple, Anna écrit à Max, au sujet de ces deux patients, Bob et Mabbie :

« Je pense parfois que je veux non seulement les guérir, mais aussi, en même temps, les avoir à moi ou avoir quelque chose d’eux à moi. Provisoirement, bien sûr, ce désir me sert dans mon travail, mais un jour ou l’autre il les gênera vraiment, ce qui fait que généralement ce je peux qualifier ce besoin que de ‘stupide’. »

 Après ce premier aveu Anna poursuit : « Vis-à-vis la mère des enfants, les choses ne sont pas très différentes. »

Sa confession se termine ainsi : « Assez curieusement, cependant, j’ai vraiment honte de tout cela, surtout devant Papa, c’est pourquoi je ne lui en parle jamais. Cela n’est qu’un petit exemple, mais en réalité j’éprouve cette dépendance (Abhängigkeit), ce désir-d’avoir-quelque-chose (Etwas-Haben-Wollen) – même en laissant de côté ma vie professionnelle – jusque dans le moindre recoin de mon existence[15]. »

Young-Bruehl conclue en affirmant qu’Anna exposait ainsi les limites de son analyse avec son père. Nous avons donc ici une quatrième, une cinquième, plusieurs histoires entrelacées : l’histoire d’Anna et Dorothy, les histoires de chacun des enfants, leurs communes histoires.

Voici la situation. Anna a en analyse, outre son propre neveu orphelin, Ernst, fils de Sophie, les quatre enfants de Dorothy, leur mère étant en analyse avec son père. Tout cela sent un peu le renfermé et tourne en vase clos. Et ça s’aggrave.

Anna et Dorothy deviennent amies. En fin de semaine, Dorothy amène tout le monde en promenade. Elle s’achète une seconde Ford-T où prennent place les cinq enfants et leur nannie. Herr Professor, Freud lui-même, devenu ami, et Anna viennent dans sa propre Fort-T. Tous vont ensemble parcourir les bois de Vienne, cueillir des champignons. Tout va si vite pendant ces Années Folles, si vite, c’est parfois difficile à suivre.

Si vite, si vite. Sous peu, malgré son analyse avec Sig papa, ou à cause d’elle, qui sait, Dorothy s’allonge le jour sur son divan, le soir à côté de sa fille, analyste de ses enfants. Ce sont les Années Folles. Le 11 Janvier 1929, Freud écrit à son ami Binswanger :

« Nos liens symbiotiques avec une famille américaine (sans mari), dont les enfants sont suivis analytiquement par ma fille d'une main ferme, deviennent de plus en plus solides, si bien que nos solutions pour l'été sont communes[16]. »

Entre-temps, les analyses de Bob, Mabbie, Mikey, Tinky et Ernst se poursuivent. Celle de leur mère aussi. À vrai dire, elles ne se termineront jamais. Reste à savoir si ces liaisons symbiotiques les réussissaient également et si leurs analyses en bénéficiaient. Eh bien, pas tant que ça. À l’époque tout le monde était très content, tous se réjouissaient. Mais après, bien après ? En prenant un raccourci, ce fut une catastrophe.

Il est facile de suivre l’analyse de ces enfants : elles figurent dans un livre d’Anna Freud, Le traitement psychanalytique des enfants. Le diagnostic qu’elle établit sur Bob apparaît ainsi : « Il s’agissait d’un garçon de dix ans, affligé d’un mélange confus de craintes, de nervosité, de mensonges, et qui s’adonnait à des pratiques infantiles perverses[17]. »

Bob avait commencé une analyse en raison de problèmes psychosomatiques, mais bientôt son analyste détecte un problème d’identification sexuelle. Pour le protéger de son identité féminine passive, elle le fit aller en pensionnat en plein milieu des garçons pour avoir à qui s’identifier, pensait-elle, sans jamais envisager le contraire. En conséquence, Bob développa un caractère agressif, s’attaquant aux autres, et aussi à lui-même, se mettant fréquemment en danger, en fumant trop, en buvant.

 À vrai dire, jamais son analyse ne s’arrêta, ni la sienne, ni celles des trois autres. À chaque fois qu’Anna Freud les rencontre, elle leur réserve des horaires pour leurs séances. Il est difficile d’imaginer ce qui s’entend alors comme une analyse, cette persistance, cette insistance, cette confusion entre analyse et vie de famille, car leur analyste, il convient de ne jamais l’oublier, était aussi la compagne de leur mère. Leur devise à elles, à eux tous, y compris à Herr Professor, était « analyse, amour, travail sont les clés du bonheur ». Il ne restait pas beaucoup de temps pour vivre sa vie. Le nombre d’expériences que chacun sacrifia, de voyages, d’amitiés, d’amours, pour garder cette devise et rester en analyse, est impressionnant.

Quand Bob se marie et a des problèmes avec sa femme, son analyste reprend son interprétation, toujours la même : ce sont ses problèmes d’identification sexuelle, c’est un homme qu’il cherche en elle, d’où son insatisfaction. Anna Freud aurait pu proposer une autre approche, faire jouer le transfert et le contre-transfert, expliquer à son patient que sa dépendance excessive envers elle l’empêchait de nouer d’autres relations. Elle ne le fait pas. Bob ne sait plus ce qu’il cherche, il se trouve perdu. À tel point que, de plus en plus, il fume et boit. Il en fait une crise cardiaque et il meurt. Tous l’entendent comme un suicide déguisé.

Contrairement à Bob, dans son analyse, Mabbie reconnaissait ses problèmes. Son analyse avança plus rapidement. En analyse, Mabbie raconte de longs rêves et fantaisies[18]. Une autre source importante pour connaître l’analyse de Mabbie, les problèmes où elle s’empêtrait, la surdité ou l’aveuglement de son entourage, sont ses nombreuses lettres à sa mère[19]. De toute évidence, Mabbie ne pouvait pas tout dire, ni à sa mère, ni à son analyste. Même si elle poursuivit son analyse avec Anna, sa vie prolonge ces confusions. Elle essaya une autre analyste, Marianne Kris, mais sa dépendance à l’égard d’Anna est trop grande. Ses dernières lettres à sa mère sont très tristes. La mort suicidaire de son frère Bob eut un fort impact sur elle. Mabbie se suicida à son tour quelque temps après, en prenant des somnifères chez elle, au 20, Maresfield Gardens, ancienne maison des Freud, où elle habitait avec sa mère, Dorothy et Anna Freud. Certains disent qu’elle serait morte dans sa chambre, sur son lit, d’autres prétendent que ce fut sur le lit de sa mère. Les petits-enfants de Dorothy, petits-neveux d’Anna, leur en ont beaucoup voulu, à elle, à Anna, et ont dénoncé leur faux bonheur.

Arrivé à ce point d’aperçus d’histoires plus larges, je me rends soudain compte des problèmes impliqués dans ce fantasme du « père commun, gemeinsamen Vater » sans doute encouragé par Freud lui-même. Il y avait déjà le problème du fait qu’à travers ce fantasme, Anna et Dorothy devenaient sœurs, ce qui apportait une dimension incestueuse à leur couple, d’autant plus que W. Ernest Freud considérait Dorothy comme réincarnation de Sophie. L’extension du problème présenté par cette configuration nous échappe ici. Les relations entre Sophie et Anna furent très compliquées. Elles vivaient dans un conflit féroce. Après le décès de Sophie, Anna veut adopter son enfant. En quelque sorte, elle remplace sa sœur. On se demande ses raisons de ne pas avoir voulu se marier à Max, devenu veuf.

Bien d’autres problèmes se présentent. Les filles de Freud étaient Mathilde, Sophie et Anna. Peut-être récréait-il, à travers elles, sa famille de son enfance, ses sœurs, Anna, Regina-Debora, « Rosa », Marya, « Maria » ou « Mitzi », Esther Adolphine, « Dolfi », Pauline Régine, « Paula », toutes régentées par la terrible Amalia qui lui donnait la préséance en tout, pourquoi pas ? Mais, enfin, c’étaient-elles les femmes de Freud, celles à l’origine, aux racines. Alors que je m’étais savamment documenté, ce que je cherchais se trouvait sous mes yeux, comme c’est souvent le cas. Les correspondances échangées entre Freud et ses enfants, Kinder écrit-il, montrent l’énorme difficulté qu’ils ont eu à s’en séparer. Notamment, Freud essaie d’éviter tant qu’il peut l’éloignement de ses filles. La « famille symbiotique » qu’il évoque avec Binswanger était déjà là. Ses relations surtout avec ses propres filles avaient été symbiotiques comme autrefois celles avec sa famille d’origine. Pourquoi cherchait-il un petit-fils du côté de ses filles et pas du côté de ses fils ? Alors même qu’il allait faire tout son possible pour transmettre son nom de Freud. Ah, ce nom, que des histoires. Il lui est venu, leur est venu, du prénom d’une arrière-grand-mère, Freyde[20]. À nos collègues, pur nom-du-père, peu importe que ce soit le prénom d’une femme, seul compte le fait qu’il soit transmis par le père. Ô les oublieux des fondements du nom-du-père, ô les oublieux de Lacan, qui se veulent plus royalistes que le roi. Alors que ce qui me semble particulièrement intéressant est de savoir par quelle opération le prénom d’une jeune mariée devient nom-du-père, qui par un autre tout de magie serait imposé par Freud à ses filles. D’ailleurs, est-ce bien lui qui le leur impose ou sa femme Martha, ou les filles qui l’exigent ? Allez savoir. Entre patriarcat et matriarcat une chatte ne retrouve pas ses petits, l’un et l’autre sont pile et face d’une même monnaie de pouvoir conjugal. Quel pouvoir possède l’homme qui ne lui soit pas accordé par la femme, et vice-versa ? Sans ça, c’est le conflit. Là où manque cet accord chaque couple vit en conflit. Freud était un homme de pouvoir. Il craignait le pouvoir de sa belle-mère, mère de Martha. Il se pliait aux pouvoirs de Martha, tout en le lui imposant les siens. Plus encore : il se pliait au pouvoir de ses filles de lui dire « non », sauf pour une, avec qui les choses se sont passées de telle sorte, que pour elle le « non » n’existait pas — mais, remarquez, les femmes de la famille, Martha, Minna, Mathilde, Sophie, avaient-elles aussi fait en sorte de lui laisser sa petite Anna, Annafille, Annantigone, Anna Cordelia, Annafreud, en fin de compte révélatrice d’un véritable Siganna. Freud a imposé Anna à Martha, mais elle la lui a bien laissée. Là où règne le nom du père advient le prénom de la jeune fille, retour du refoulé, du forclos, de l’écarté.

Ce renversement dans le contraire est commun pour ceux ayant connu d’importants traumatismes. Les juifs soumis à la question sont devenus intimes avec leurs inquisiteurs[21] ou la débauche éclata lors du recueillement religieux chez des juifs persécutés ayant presque tout perdu[22].

Mais que vaut-il encore d’invoquer à tout bout de chemin le sacrosaint nom-du-père si ce nom est composite : Elohim, El-Elohé, El-Shaddaï, Adonai, YHWH, Yahvé, Jéhova, et ainsi de suite, avec les qualificatifs, Yahvé-Jiré, Rapha, Nissi, M’Kaddesh, Shalom, Tsidkenu, Roki, Shamma et enfin Yahvé-Sabaoth, et pour El, El-Roï, El-Olam, El-Gibhor, et ainsi de suite, un peu comme Marcel Proust, dans le dernier chapitre de Du côté de Swann, « Noms de pays : le nom », dénombre tous les noms de villes et revendique de manière répétée de ne sacrifier aucun nom, les répétant, décomposant, bien avant que d’autres ne viennent à parler de la partition de la lettre, nom de Parme, Venise, Florence, Quimperlé, Lamballe, Balbec, Lannion, Benodet, Pont-Aven, Vitré, un chapelet sans fin de noms de villes, mais lisez donc, lisez, ce qu’il y a à lire sur le nom avant de vous consacrer à un seul.

Prado de Oliveira


Bibliographie

Analysing Freud. Letters of H. D., Bryer, and their Circle, N. Y., New Directions Books, 2002.

Andreas-Salomé, Lou (1970), Correspondance avec Sigmund Freud suivie de Journal d’une année (1912-1913), Paris, Gallimard, traduction Lily Jumel.

Binswanger, Ludwig (1970), Discours, parcours et Freud, Paris, Gallimard.

Burlingham, Michael John (2002), Behind Glass. A Biography of Dorothy Tiffany Burlingham, New York, The Other Press.

Freud, Anna (1923), « The Relation of Beating-Phantasies to a Day-Dream », International Journal of Psycho-Analysis », 4; traduction française en « Fantasmes de fustigation et rêves diurnes », dans Féminité Mascarades. Études Psychanalytiques, textes réunis par Marie-Christine Hamon, Paris, Seuil, 1994.

Freud, Anna (1981), Le traitement psychanalytique des enfants, Paris, Presses Universitaires de France, trad. Elisabeth Rochat et Anne Berman.

Freud, Sigmund – Abraham, Karl (2006), Correspondance complète 1907-1925, Paris, Gallimard.

Freud, Sigmund et Eitingon, Max (2009), Correspondance 1906-1939, Paris, Hachette.

Freud, Sigmund (2012), Lettres à ses Enfants, Paris, Flammarion, 2012, traduction Fernand Cambon

Groddeck, Georg (1977), Ça et Moi, Paris, Gallimard, 1977, tr. Roger Lewinter.

Groddeck, Georg (1973), Le Livre du Ça, Paris, Gallimard, tr. Louis Jumel.

Krüll, Marianne (1983), Sigmund, fils de Jacob. Un lien non dénoué, Paris, Gallimard, traduction Marilène Weber.

Lacan, Jacques, Discours aux catholiques, Seuil, 2005.

Young-Bruehl, Elisabeth (1991), Anna Freud, Paris, Payot, traduction Jean-Pierre Ricard.

Wachtel, Nathan (2009), La Logique des Bûchers, Paris, Seuil.

Wachtel, Nathan (2001), La Foi du souvenir. Labyrinthes marranes, Paris, Seuil,


[1] Lacan, Jacques, 2005, p. 34.

[2] Freud, Sigmund (2012), p. 113.

[3] Letter H. D. to Bryher, 2002, p. 52, 69.

[4] Lettre de Freud à Groddeck en date du Noël 1922, in Groddeck, Georg, 1977, p. 93

[5] Groddeck, Georg (1973), p. 33.

[6] Freud, Sigmund (2012), pp. 39-94.

[7] Freud, Sigmund (2012), pp. 399-567.

[8] Freud, Sigmund – Abraham, Karl (2006), p. 426.

[9] Young-Bruehl, Elisabeth (1988), pp. 104-105.

[10] Freud, Anna (1923), pp. 89-102.

[11] Andreas-Salomé, Lou (1970), pp. 136-137.

[12] Idem, p. 134.

[14] Freud, Sigmund et Eitingon, Max (2009), p. 451.

[15] Young-Bruehl, Elisabeth (1988), p. 121.

[16] Binswanger, Ludwig (1970), p. 278.

[17] Anna Freud (1981), p. 18.

[18] Ibidem, pp. 34-35.

[19] Burlingham, Michael John (2002), pp. 213-215.

[20] Krüll, Marianne (1983), p. 134.

[21] Wachtel, Nathan (2009), pp. 70-74.

[22] Wachtel, Nathan (2001), pp. 252-270.

Pour Christian Simatos

publié le 15 nov. 2020, 03:42 par Psychanalyse Actuelle   [ mis à jour : 20 nov. 2020, 02:41 ]

Pour Christian Simatos

Par Jean-Jacques Moscovitz


Écoutons Alain Bashung, le bienvenu, il nous donne un cap :

« « « Je ne t'ai jamais dit
Mais nous sommes sommes immortels
Pourquoi es-tu parti avant que je te l'apprenne?
Le savais-tu déjà?
Avais-tu deviné?
Que des dieux se cachaient sous des faces avinées
Mortels, mortels, nous sommes immortels
Je ne t'ai jamais dit
Mais nous sommes immortels
As-tu vu ces lumières, ces pourvoyeuses d'été
Ces leveuses de barrières, toutes ces larmes épuisées
Les baisers reçus, savais-tu qu'ils duraient?
Qu'en se mordant la bouche, le goût on revenait
Mortels, mortels, nous sommes immortels
Je ne t'ai jamais dit
Mais nous sommes immortels
As-tu senti parfois que rien ne finissait?
Et qu'on soit là ou pas quand même on y… » » »

…De suspension les points à la fin de la chanson, Christian fait arrêter la machine à Oxygène, celle mondiale de notre époque bien ralentie, et il part la nuit de ce 12 novembre… 2020
Un Novembre terrible pour la psychanalyse , de vrais amis partent , Moustapha Safouan, Abram Coen. Christian, . Oui nous nous voyons mi-septembre lors de la présentation chez Tschann du livre «La pratique de Lacan », aux Éditions Stilus , où lui, moi et d’autres avons un texte. Et nous sommes ensuite au Select, fief des psy depuis longtemps. Christian porte beau, cheveux bien fournis, blancs, blancs, blancs. Élégant en tout, tenue, parole, accueil. On a de l’amitié en cours… il est cannois moi niçois. Le livre en commun nous amène à deviser sur notre sorcière préférée, la pensée psychanalytique. Et les arcanes des liens entre praticiens. Christian, chacun en convient, je le lui dis - il est féru de culture juive - est un Mensh, celui qui sait être où Il est, qui ne lâche pas sa position, celui qui ne la ramène jamais, sur qui on peut compter. Son propos dans le livre le souligne : avoir fini son analyse avec Lacan, le quitter mais sans lâcher l’analyse ni l’EFP. Oui, dit il, il y a du désir de l’analyste , pas la peine d’en faire une passion.
Il me parle des cartels comme le moyen où s’éprouve le style analytique de chacun . Et qui construit des raisons d’être ensemble, ou pas. On évoque son poste de secrétaire à l’Ecole . C’est lui qui accueille les nouveaux venus durant toute la durée de l’EFP de 1964 à 1980. Lors de ma venue chez lui il y a des belles années depuis, pour demander , intimidé, mon entrée à l’EFP, il fait ce qu’il fait pour que je reparte tranquille . Mon entrée effectuée, je le retrouve tout aussi accueillant pour parler avec lui, et deux autres membres de L’Ecole, de mon passage de la SPP ( IPA de Paris) à l’EFP. Il m’en rend compte lors de ce dîner. Boostés que nous sommes par le débat sur le livre il me dit que Lacan comme lui-même voulaient savoir s’ll s’agissait d’une passe. Malgré sa santé attaquée par le cancer, il surmonte l’adversité , et reste souriant, présent, généreux . C’est un Homme de mesure Jamais un mot de trop.

Les points de suspension de la chanson sont pour nous, les vivants que nous sommes, le signe de le rester au plus loin en soi-même…

Tchao CHRISTIAN

Très sincères condoléances à toute ta famille

Jean-Jacques Moscovitz

Situation du monde contemporain

publié le 11 nov. 2020, 05:59 par Psychanalyse Actuelle   [ mis à jour : 11 nov. 2020, 05:59 ]

Situation du monde contemporain 

Par Emmanuel Brassat


Synthèse synoptique 

Pour comprendre ce qui nous arrive sans rester prisonniers de l’agitation médiatique et du climat  d’anxiété qui s’est déployé, il faut prendre en compte plusieurs phénomènes d’ensemble déterminants  à la fois structuraux et d’ordre historique.  

1/ Les conséquences économiques critiques de l’épidémie de Covid19 ne sont pas seulement causées  par l’épidémie et les mesures qu’elle entraîne. Elle provoque seulement leur accentuation. Depuis  quelques années, le fonctionnement du capitalisme est régulé de fait par des crises qui, désormais  gérées au mieux avec des instruments théoriques et pratiques puissants - en partie issus de la critique  socialiste de l’économie capitaliste et en réaction vis-à-vis d’elle - évitent son effondrement et assurent  tant bien que mal sa conservation. Le passage à une économie mondialisée organisée par les systèmes  numériques et les nouvelles régulations qu’ils permettent, cela aux dépends de toute autre forme  d’échange et de production économiques, se voit aussi accéléré. L’un de ses traits est la prolétarisation  et l’industrialisation du travail intellectuel et des professions libérales : santé, droit, enseignement,  recherche scientifique, ingénierie. En ce sens, la crise de la Covid permet l’accélération de la  liquidation de ce qui subsistait de l’ancienne économie (antérieure à la numérisation des échanges et  de la gestion des activités de production, de commerce et de capitalisation). Les crises économiques  permettent assez naturellement à l’économie capitaliste un réajustement des formes de l’activité en  détruisant du travail, de l’entreprise et du capital pour relancer les processus d’accumulation de ce  même capital. Rappelons que la crise actuelle de l’économie, définie comme un système économique  global dépendant de la valorisation du revenu du capital, crise que le capitalisme provoque et qui le  limite tout à la fois, est déterminée par la concentration extrême et inégalitaire des revenus du capital,  la faiblesse des salaires, le chômage massif, la disparition partielle du travail due à la numérisation, la  faiblesse mondiale de la consommation, la surproduction des biens, la privatisation des services  publics, la concentration de la valorisation des capitaux dans l’activité financière, la désintégration ou  affaiblissement des Etats-nations. De tels processus impliquent des phénomènes massifs de  paupérisation, d’exclusion sociale et de déqualification qui maintenant atteignent aussi le prolétariat  qualifié, les classes moyennes, la bourgeoisie moyenne et qui sont susceptibles de générer des  violences sociales. Paradoxalement, des groupes sociaux salariés nouveaux en bénéficient massivement sous condition d’une acceptation des conséquences sociales et culturelles de cette  transformation : professions de la communication, de la gestion et de l’évaluation, de l’industrie  culturelle du divertissement, ingénieurs et techniciens du numérique, entrepreneurs du numérique, de  la santé, de l’enseignement, militaires, professions sécuritaires.  

2/ Avec les mesures de confinement et le recours au télétravail qu’elles appellent, le processus global  de numérisation du travail, en partie autoritaire, s’accentue et force de fait les multiples résistances  qu’il rencontrait encore. Ces résistances sont dues à la disruption culturelle et sociale que  l’informatisation provoque et à la déperdition des pratiques sociales de vie ou de travail que celle-ci  induit, accompagnée d’une crise des statuts sociaux, de la définition des fonctions et des qualifications  professionnelles dont l’un des traits est la dédifférenciation. La numérisation des échanges et des  formes du travail a pour conséquence de nombreuses et puissantes transformations de l’organisation  sociale et des modes d’administration de la société. Elle a donc des conséquences politiques et  institutionnelles majeures.

3/ La conjonction des processus de réadaptation du capitalisme dans son ensemble et de numérisation  des sociétés, dans leurs effets différenciés, engendre une évolution politique nouvelle. L’exercice du  pouvoir politique devient celui d’un contrôle généralisé des formes de la communication numérisée,  celles-ci étant à la fois déterminantes des liens sociaux, des modes de production, des formes  culturelles et des processus politiques. 

Les pouvoirs politiques étatiques, ne pouvant résorber les crises sociales que le capitalisme mondialisé  numérisé engendre au sein des équilibres sociaux nationaux - crises se manifestant par la perte de  consensus stabilisés et négociés entre forces sociales et politiques, entre groupes sociaux - accentuent  les mesures autoritaires et le contrôle global de la vie sociale. 

Une telle évolution illibérale, qui se produit dans tous les Etats, pas seulement dans ceux qui sont déjà  institutionnellement autoritaires comme la Chine, se traduit par le recours à des mesures d’urgence qui  sont de fait, et peu à peu de droit, un maniement institutionnalisé de procédures relevant d’un état  d’exception – ou correspondant à un état de guerre. Elles conduisent à une limitation progressive des 

libertés juridiques fondamentales et à leur suspension partielle, momentanée ou définitive. Un tel processus s’accompagne très naturellement de l’augmentation et de la multiplication de lois  pénales et sécuritaires, créant sans cesse de nouveaux délits, ainsi que de pratiques répressives  organisées aux limites de la loi, notamment dans la gestion de plus en plus policière de l’espace  public et du contrôle des échanges et déplacements, ainsi que des manifestations politiques sur la voie  publique. 

La numérisation des sociétés et de leur activité, du fait également de l’extension des réseaux  d’échange et de communication qu’elle permet et appelle, entraîne une généralisation du contrôle  administratif et technologique de la vie sociale par des moyens numériques. La puissance technique de  ces moyens permettant la mise en place de procédés de surveillance, de contrôle et de répression sans  précédent dans l’histoire humaine et qui ont déjà de fait modifié très profondément les formes  politiques issues de la modernité juridique libérale. 

4/ Trois remarques complémentaires sont ici nécessaires. 

● De tels processus généraux n’impliquent pas qu’il n’y ait aucune résistance et pratiques alternatives indépendantes et singulières à leur déploiement. 

● Leur caractérisation comme procédant de formes totalitaires est possible, mais elle appelle à  discussion à la fois du point de vue de leur désignation comme tels et du degré réel d’extension de leur  possible hégémonie. 

● Les technologies numériques, dans leurs usages possibles, si elles ne sont pas absolument  réductibles à un modèle social autoritaire, à l’organisation capitaliste productiviste du travail et des  échanges et à un contrôle social informatisé, dépendent tout de même très largement d’un régime ou  dispositif de discursivité qui modifie les conditions sémantiques et fonctionnelles de la culture  commune et de la subjectivation individuelle. 

Pour conclure provisoirement, l’épidémie de Covid 19 conjuguées aux tensions provoquées par les  épisodes diffus de violence terroriste, indépendamment de la réalité désastreuse de leurs effets réels  sur les personnes, tendent désormais à accentuer, intentionnellement et inconsciemment,  idéologiquement et matériellement, des processus de transformation politique, économique et sociale  qui relèvent d’une mutation des normes et modalités de l’organisation des sociétés industrielles à l’âge  de l’hyper-capitalisme darwinien post-néolibéral. 

Le 7 novembre 2020 

Emmanuel Brassat

Le Courrier 2020 / 2021

publié le 9 nov. 2020, 06:37 par Psychanalyse Actuelle   [ mis à jour : ]

PSYCHANALYSE ACTUELLE

fondée en 1986 à Paris

Association membre de l'Inter-Associatif Européen de Psychanalyse

et de Convergencia Mouvement lacanien de la psychanalyse freudienne.

«  FREUD, LACAN, ET NOUS » 

COURRIER 2020 / 2021

« le présent est un instant qui a de la chance »

 

L’actuel du temps qui passe, au fait passe-t-il ? Stagnation…

Qui va bien, qui va mal vient et revient aujourd’hui sur la scène et pas seulement sur celle du médical quelque peu enfin à sa place. Aujourd’hui cette scène devient le bien et le mal, de telle sorte qu’aller mal c’est être une victime, aller bien quasiment un bourreau !  Ce couple, scène de notre actuel, est directement issu du retour de la rupture de l’Histoire des années quarante, au point de nous faire de plus en plus participer passivement à cette scène de l’actuel de notre temps où la morale devient un objet de consommation de masse ! Puissent nos démocraties y remédier, grâce à ses valeurs de la parole, de la responsabilité et de la liberté, celle qui, dans les ténèbres comme le dit le Chant des Partisans, c’est elle qui nous écoute.

Contre voire parfois avec toutes sortes d’intégrismes suraigus, flous, passagers…

En attendant, ce couple victime/bourreau trop fusionnel prolifère et ne serait-il pas en train de se mettre à l’aise chez les « psy » sur les questions de notre formation, question pourtant toujours vivante et majeure à l’évidence.

Nous en sommes à un présentisme, mot nouveau dans les réseaux sociaux, sorte d’arrêt sur la Covid et ses dangers. Stagner à un poste avancé du retard du temps mou de nos jours. Immobilité d’un soi-disant JE innocent subissant sa marche sur place et en alertes, fausses ou pas.

En pénurie de pensée en tous les cas, telle que la psychanalyse ici n’a rien de révolutionnaire comme certains le chantent sur l’air de La Marseillaise... La peur de la psychanalyse chez certains psychanalystes est à noter. La séance Covid à distance, appelons-la téléphonia par rapport à celle, préférée, la présentia. La Covid ne provoque pas un changement radical dans un tournant irréversible de la psychanalyse, mais simplement de l’adaptation à la situation que tout le monde subit. La psychanalyse par son origine même fondée sur le langage et le sexuel freudien permet que le corps soit présent dans les échanges des présents, il est évoqué, réclamé, récusé, il est là en séance, par téléphone ou pas.

La psychanalyse ne ressort pas amoindrie mais toujours là, présente, et toujours proche de faire scandale pour le simple citoyen qui n’accepte pas l’existence de l’inconscient et de ses effets sur la subjectivité contemporaine.

Comme praticiens, nous tenons bon, et c’est tout à fait impressionnant que cela puisse avoir lieu aussi bien -tout le monde en conviendra - sauf certains psychanalystes probablement phobiques de la psychanalyse elle-même, rassurés par la présence corporelle de leurs analysants plutôt que d’en écouter les signifiants qui structurent leur discours. La séance aux smartphones ou en scaphandre soulève la question de la phobie, c’est-à-dire du carrefour nosographique psychiatrico-psychanalytique : névroses, perversions, psychoses, et quelques autres syndromes. Rien de nouveau donc sinon d’être averti tel le phobique que le surplace du temps guette, mais ce temps est aussi bien intérieur au dedans de soi, comme toujours. Et rien n’empêche justement de l’écouter en séance individuelle, ou en Zoom dans des petits colloques d’analystes comme cela se fait de plus en plus.

Et au fait rêvons nous ? C’est très réparateur, les rêves, et très indicatifs de nos désirs de rencontrer le pire et le meilleur. L’amour et le désir n’y sont pas absents, c’est bien pourquoi, avec ce tournant que nous prenons du fait de cette réalité adaptative, nous proposons de faire des rencontres sur les histoires du mouvement analytique de tous bords. Comment la psychanalyse fonctionne-t-elle depuis 1981, du côté de chez Lacan et aussi bien du côté de l’IPA, depuis la dissolution de l’École Freudienne de Paris et la disparition de Jacques Lacan et de beaucoup d’autres ?

De nombreuses associations de psychanalystes comprenant aussi des psychothérapeutes formés à la psychanalyse, se regroupent souvent en réseaux informatiques très actifs ; dont on sait qu’ils s’appuient et ont des échanges constructifs avec les groupes analytiques existants ayant pignon sur rue. Les résistances à l’analyse trouvent ainsi à qui s’affronter, le paratonnerre de le haine de la psychanalyse après Freud et Lacan n’est pas absent, il nous incombe, désormais, d’où le  sous-titre au nom de Psychanalyse Actuelle « Freud, Lacan, et Nous ». Ce nous s’indexe aux réseaux internationaux, L’inter-associatif Européen de Psychanalyse et Convergencia/Mouvement lacanien de la psychanalyse freudienne, regroupant des associations des Amériques, de Chine, d’Europe…. 

Jean-Jacques Moscovitz

Pour un écho à cet avant-propos  s’adresser  à infos@psychanalyseactuelle.com 

*** 

LE PROGRAMME DE PSYCHANALYSE ACTUELLE, ANNONCE ICI, A LIEU EN VISIOCONFERENCE ZOOM TANT QUE LA SITUATION SANITAIRE L’EXIGE 

ACTIVITES ESSENTIELLES DE L’ASSOCIATION

Le séminaire de Psychanalyse Actuelle

Le Regard qui bat… .

Des cartels

Des informations sur les activités de soins, de recherches et d’enseignements de membres de l’association

-I-

PAR ZOOM

SÉMINAIRE À PSYCHANALYSE ACTUELLE

LES INCIDENCES DU CONTEMPORAIN

DANS LES PROCESSUS DE SUBJECTIVATION

Séminaire animé par

Jean-Jacques Moscovitz, psychanalyste (psychiatre)

Benjamin Lévy, enseignant, psychanalyste (psychologue)

* * *

PROGRAMME DU SÉMINAIRE MENSUEL DE PSYCHANALYSE ACTUELLE

Un mercredi par mois

Ouvert à tous 

* * *

Mercredi 14 octobre 2020 

" Variations cybernétiques "

François ARDEVEN

Psychanalyste, lecteur du midrash laïque au centre Medem

* * *

Mercredi 18 novembre 2020

« Psychanalyse et Psychanalystes au temps du confinement » 

Un débat sera proposé à partir du film documentaire réalisé par Pascal LAETHIER et Clovis STOCCHETTI 

sur la pratique analytique en période de confinement

Pascal LAETHIER

Psychanalyste, réalisateur du film :

* * *

Mercredi 16 décembre 2020

PSYCHANALYSE, PSYCHIATRIE… Lectures de Charles LASÈGUE, des anorexies au délire à deux

Florence FREDOUILLE

 Gynécologue, docteure en psychopathologie, psychanalyste


A la demande de JJ Moscovitz et de Benjamin Levy, je vais vous parler de Ernest-Charles Lasegue aujourd’hui. Pourquoi la personnalité de Charles Henri Lasègue, comme médecin, m’a-elle autant plue ?

C’est la lecture introductive à un essai mettant en scène des personnalités connues de l’histoire pour évoquer un symptôme d’anorexie féminine, essai écrit en 1989 par Ginette Raimbault et Caroline Eliacheff, LES INDOMPTABLES, que j’ai été séduite par la personnalité médicale de Charles Ernest Lasegue, telle qu’elle est décrite par Ginette Raimbault et Caroline Eliacheff.

A propos de l’anorexie, toutes les deux décrivent le travail clinique de Lasègue dans son étude de la prise en charge de l’hystérie anorexique, en avril 1873, et en soulignent la modernité. De Charles Henri Lasègue, elles font l’éloge de son travail de médecin, de clinicien mais aussi de fin connaisseur des noeuds et des connexions du psychisme humain dans la névrose, dont l’hystérie névrotique est un modèle, le symptôme hystérique tenant lieu de mode d’existence du sujet , venant dire sa vérité .

La personnalité de Lasègue comme médecin m’a immédiatement rappelée celle de ce médecin espéré par Lacan pour tout médecin, décrit dans son allocution au Collège de médecine en 1966, ce médecin qui, pour Lacan, ne pourrait maintenir sa place de médecin qu’à la condition, non seulement qu’il ait suivi l’enseignement de Freud, mais surtout qu’il se soit approprié cet enseignement, pour en faire ressortir un médecin nouveau qui aurait compris, comme Lasègue lui

même, un siècle auparavant, , la faille qui existe immanquablement entre la demande et le désir du sujet qui s’adresse au médecin tout en formulant une demande, demande de guérison, mais au fond, qui, dans le cas de la névrose, demande qui ne vise qu’à mettre le médecin à l’épreuve de le sortir de sa condition de malade. Un médecin qui aurait repéré , comme Lasègue lui-même, l’alacrité qui anime l’anorexique, au stade où la place le summum du forçage exercé sur son corps et de l’épreuve qu’elle fait éprouver à son corps. Il avait donc saisi la jouissante inhérente au symptôme. Lasègue avait perçu que la vraie faute médicale aurait été de se comporter en médecin justement. Faute impardonnable, disait-il, qui aurait tout fichu par terre.

Ce qui n’ empêchait pas Lasègue de redevenir un médecin scientifique s’il devait percevoir que sa patiente anorexique arrivait au stade 3, c’était à dire ce stade à partir duquel sa vie était menacée. Lasègue savait donc passer d’un discours à un autre, et ça, c’est terriblement moderne, modernité au sens de ce qu’espérait Lacan pour tout médecin.

Lasègue avait enfin compris que dans le domaine du psychisme, le savoir est du côté du patient, tout en ayant besoin, pour le patient, du médecin pour exprimer ce savoir : c’est là qu’intervient la place du transfert, qui permet au sujet de s’adresser à cet Autre, auquel est supposé un savoir sur son propre symptôme.

Lasègue avait enfin saisi ce qui fait la spécificité du symptôme névrotique, c’est à dire que chaque symptôme vient particulariser le sujet, et qu’il n’est pas possible de faire d’un cas général, un cas particulier.

Au fond, si pour Lacan un siècle plus tard, la psychanalyse devenait nécessaire à la médecine, la psychanalyse est la queue de la médecine lui est-il arrivé de dire, c’était parce que, pour le médecin, la chance de survie de la position proprement médicale, est d’être un médecin qui s’est approprié la science, le savoir, de ce que la psychanalyse a appris du sujet. Il semblerait que Lasègue ait totalement illustré , à la fin du XIXème siècle, cette figure-là d’un médecin résolument moderne.

 Florence Fredouille

Jean-Jacques Moscovitz, psychanalyste (psychiatre)

Benjamin Lévy, enseignant, psychanalyste (psychologue)

* * *

mercredi 20 janvier 2021

Eduardo PRADO DE OLIVEIRA

Psychanalyste, professeur de psychopathologie

éditeur international de la Revista Brasileira de Psicanálise

LES FEMMES, LE NOM, FREUD 

Discutante sollicitée par l’invité, Lina Mellul-Cohen

Lacan avance ceci : « Freud, dans la vie courante, je le vois très peu père. Il n’a vécu le drame œdipien, je crois, que sur le plan de la horde analytique. Il était, comme dit quelque part Dante, la Mère Intelligence. » Lacan n’a pas été le premier à penser que Freud était plutôt une mère et, pour tout vous dire, une mère juive, comme dans les comédies de Woody Allen. Lors de ses premières vacances loin de la famille, Martin Freud envoie à son père une carte postale adressée à « Chère Maman… ». Comme Freud se refusait à lui admettre son côté maternel, Groddeck lui envoyait des lettres adressées à « Chère Amie… » en lui priant de les conserver. C’était le Livre du Ça. Freud s’en est beaucoup amusé, cela lui plaisir énormément. « Chère amie, vous souhaitez que je vous écrive, rien de personnel, pas de potins, pas de phrases, mais des choses sérieuses, instructives, voire scientifiques. C’est grave », commence la première lettre. Comme Walter Benjamin écrivait que Lénine était une véritable grand-mère qui prodiguait ses textes au peuple russe, nous devons dire autant de Freud, fondatrice, grand-mère de la psychanalyse, qui abreuvait les enfants de la psychanalyse des friandises de ses écrits ?  Eduardo Prado de Oliveira

***

mercredi 10 février 2021

Jean-Jacques MOSCOVITZ 

Psychanalyste

« HYPOTHÈSE AMOUR » VINGT ANS APRÈS  (2001-2021)

Hypothèse amour, la nouvelle…, l’autre *

Je fredonne Aragon, Brassens, puis je hurle, sur ma mobylette, ma rupture amoureuse du moment : « …la vie est un étrange divorce entre l’amour et la force d’inertie qui le guette », lui l’amour. Ça m’arrête net et, aussitôt, j’accorde confiance à ce genre d’intuition pour rejaillir au cœur de la défaite sentimentale en émettant l’idée, l’hypothèse, oui, qu’une inertie tourne où elle veut, vers ou contre soi, l’amour, la haine, le corps, l’autre. Ah oui, l’autre !

Oui, intuition, mais de quoi ? Et désirer et aimer et jouir sont des fils sans cesse qui se retordrent, se détordrent, se forgent toujours nouvellement. Comme sans faire exprès. Contre la mort. Tous ces liens dont nous sommes responsables font naître ce genre d’hypothèse, Hypothèse Amour où séjournent ces forces qui filent si vite vers le mal d’aimer, et si facilement s’éteignent.

Cela a trait à la transmission entre les générations et au risque de subir la défaite de la culture. L’Hypothèse Amour est ici à soutenir dans une nécessité historique, vitale, d’aller vers la vie…Rencontres de paroles et de corps entre force de l'amour, sa folie, et l’inertie et le silence du temps qui passe, et ça nous pose toujours présents à l’hypothèse amour…

*Ouvrage de J.-J. Moscovitz publié aux Editions Calmann-Lévy, le 1ER janvier 2001... 1ER jour du 3e millénaire…. Une nouvelle édition est en cours.

* * *

de façon exceptionnelle

dimanche 14 mars 2021

Luis Eduardo PRADO DE OLIVEIRA

psychanalyste

 

proposera

une suite aux discussions initiées le 20 janvier dernier sur le thème

LES FEMMES, LE NOM, FREUD

(>le texte de Prado de Oliveira est à découvrir ici<

Salle Zoom :  *cliquer ici*  ID de réunion : 835 6430 9214 Code : 350479

* * *

mercredi 17 mars 2021

CLAUDE-NOËLE PICKMANN

psychanalyste, membre d'Espace Analytique

DE L’ESSENTIEL À L’INESSENTIEL 

LES PARADOXES DU SUJET

Salle Zoom :  *cliquer ici*   ID de réunion : 898 9765 9115 Code :  415826

 * * *

mercredi 14 avril 2021

Michel-Gad WOLKOWICZ

psychanalyste, professeur de psychopathologie

« ET TU CHOISIRAS LA VIE … ! » UNE APPROCHE PSYCHANALYTIQUE

 * * *

Pour proposer une intervention au séminaire veuillez contacter l’un des organisateurs :

Jean-Jacques Moscovitz, psychanalyste (psychiatre), 06-16-29-51-89, jjmoscovitz@gmail.com

Benjamin Lévy, enseignant, psychanalyste (psychologue),06-47-52-80-10,  Benjamin.levy@outlook.fr 

* * *

mercredi 19 mai 2021

Eric MARTY

essayiste, écrivain, professeur des universités

A partir de son prochain ouvrage

LE SEXE DES MODERNES

PENSÉE DU NEUTRE ET THÉORIE DU GENRE

(titre d’intervention susceptible de modifications ultérieures)

* * *

INTERVENANTS PRESSENTIS 

Dimitri LORRAIN, Jérémie CLÉMENT, Valérie MARCHAND,  Lysiane LAMANTOWICZ, Luis IZCOVICH, David ALLEN…

  

-II- 

LE REGARD QUI BAT

L’association Psychanalyse Actuelle propose depuis 2004 un débat en présence du réalisateur dans la rencontre entre psychanalyse et cinéma. Voilà un défi, celui de percevoir les effets réciproques entre désir du psychanalyste et œuvre de cinéma : quels liens sont en jeu entre cinéma, image et psychanalyse ?  Pour ce séminaire public en salle de cinéma, il est proposé d’élaborer les approches cliniques, théoriques, éthiques  sur la féminité, la masculinité, la sexualité qui, interrogées, nous interrogent en retour, ainsi que la destructivité collective et intra-psychique  mises en acte dans la haine d’États dépeupleurs de l’humanité.

Cela permet aux analystes de parler de leur pratique en public sans avoir à parler de leur cures, de garder le secret inhérent au respect envers le discours des analysants. Et dès lors apparaissent des effets qui enrichissent la formation et la transmission  de la discipline de Freud reprise par Lacan, et la culture cinématographique des présents. 

***

Les intervenants aux rencontres sont Simone Wiener, Vannina Micheli-Rechtman, Françoise Moscovitz, Laura Kofler, Fred Siksou, Daniel Friedmann, Jean-Jacques Moscovitz… et d’autres dont la participation est à confirmer.

Pour l’heure, le 8 mars 2020 a été la dernière projection suivie d’un débat en salle qui a eu lieu au cinéma Beau Regard, à St Germain des Près. C’était l’avant-1ére de L’Automne A Pyongyang de François Margolin qui filme le tournage en Corée du Nord du dernier film de Claude Lanzmann Napalm.

POUR SORTIR DE NOTRE INERTIE PANDEMIQUE, DES DEBATS PAR ZOOM SONT PROGRAMMES

- En Chine par Zoom le samedi 14 novembre à 14h (heure française), notre collègue Mme Zhaomin nous propose une 2e rencontre par Zoom cinéma-psychanalyse après celle de septembre, sur le film que nos collègues de Chengdu ont choisi : Nymphomaniac de Lars Van Trier ; et ce pour étudier le féminin et la sexualité féminine, selon Freud, Lacan et nous. Le visionnage des deux dvd de ce film remarquable, se fait seul chez soi ou à quelques-uns, et ensuite a lieu le débat par Zoom. Six rencontres sont prévues. 

Un débat par Zoom aura lieu le 7 février 2021 à partir du film La Théorie du Fantôme de Pascal Kané

Disparu ce 31 aout  2020, Pascal Kané était un membre assidu du Regard Qui Bat auquel il aimait tant participer et nous faire profiter de ses qualités immenses d’artiste de cinéma . 

-III-

CARTELS

Lectures du SEMINAIRE DE LACAN

 Nous sommes aujourd'hui huit psychanalystes, venus d’horizons divers, qui confrontons notre lecture de Lacan, de manière libre et informelle, depuis septembre 2018. Nous avons commencé par Un discours qui ne serait pas du semblant (1970-1971), nous poursuivons nos rencontres cette année avec Ou pire (1971-1972), chaque premier mercredi du mois, sur Zoom en raison de la situation sanitaire.
Pour nous joindre écrire à Michel Durel : mdurel@gmail.com ou lui téléphoner (01 43 21 81 36)

*** 

GROUPE CLINIQUE

Nous avons mis en place un groupe clinique d'échange et de partage d'expériences cliniques sur la base d'un espace commun de pensée et d'associations d'idées qui nous aide à mieux entendre nos patients. Il a lieu tous les 1ers jeudis du mois à 21h dans le cabinet de l'un de nous et maintenant par zoomPour l'instant le groupe est au complet.

FULVIA CASTELLANO : 0687283839 - LYSIANE LAMANTOWICZ : 0660277743

***

BENJAMIN LÉVY

GROUPE DE LECTURE PSYCHANALYSE ET APPROCHES CRITIQUES DE LA « SANTÉ MENTALE » : ce groupe de lecture rassemble plusieurs praticiens psychologues et psychiatres ainsi que des personnes intéressées par l’actualité de la psychanalyse et sur des enjeux contemporains liés à la notion de « santé mentale ». Des ouvrages sont discutés, à raison de 4 à 6 chaque année.

- Pour les nouveaux CARTELS  ET GROUPES DE TRAVAIL,

s’adresser à Muriel Aptekier muriel.aptekier@orange.fr ou à l’un des responsables des séminaires, Cartels en cours où les coordonnées sont indiquées. 

-IV-

INFO SUR DES LIEUX D’ACCUEIL, DE SOINS D’ENSEIGNEMENTS SOUS LA RESPONSABILITE DE MEMBRES DE L’ASSOCIATION.

PASSAGES ASSOCIATIFS - ALINE MIZRAHI

L’association « PASSAGES ASSOCIATIFS », créée il y a 8 ans à Gentilly, en banlieue parisienne, propose à quiconque en éprouve le besoin un lieu d’expression et d’élaboration de ses difficultés et souffrances psychiques.  Les consultations sont assurées par les psychologues/psychanalystes de l’équipe, selon des modalités adaptées à la situation de chacun (participation en fonction des ressources, gratuité pour certains). Initialement destiné aux enfants et familles, notre public s’est rapidement élargi à des adultes qui en faisaient la demande. Nous avons aussi ouvert, il y a quelques années, un accueil collectif pour les tout petits et leurs parents. Notre engagement analytique dans la cité, à l’écoute de l’intime, participe à la réparation du lien social.

 Contact : 06 52 47 69 14 

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Dirigé par JEAN-MARC BEN KIMOUN le CMPP Fernand Niderman à Saint-Mandé est un lieu de consultations, de dépistage, de prévention et de traitements, qui prend en charge les problèmes médico-psychologiques et pédagogiques que peuvent rencontrer un enfant et sa famille. Il est implanté dans le réseau social du quartier géographique, et accessible à toute personne souhaitant venir consulter, notamment quel que soit son lieu de résidence.

Adresse 135 Avenue Gallieni, 94160 Saint-Mandé. Téléphone 01 4808 4662 

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BENJAMIN LEVY

GROUPE DE LECTURE « MICHEL FOUCAULT », ce groupe de lecture est animé par Laurence Croix à Espace Analytique et nous rassemble autour de la lecture d’œuvres de Michel Foucault. Nous arrivons cette année à la fin du cycle L’Histoire de la sexualité. Un colloque de fin d’année est envisagé.

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SCHIBBOLETH/ACTUALITES DE FREUD. JJ MOSCOVITZ,

Membre avec Micha Wolkowicz, Thibaud Moreau et d’autres, en France et en Israël, c’est un lieu de conférences et de colloques .

Dernière manifestation :  LES FIGURES DU MAL, 

Association SCHIBBOLETH — ACTUALITÉS DE FREUD — 

https://www.schibboleth.fr/soirees-schibboleth-figures-du-mal/ 

INFO : contact@schibboleth.fr

-V-

PARTICIPATION et INSCRIPTION À L’ASSOCIATION,

ENTREE DANS L’ASSOCIATION,

Veuillez vous adresser à l’un d’entre nous dont les coordonnées sont indiquées dans ce courrier, une rencontre préalable est à envisager.

COTISATIONS ET INSCRIPTIONS

- PRATICIENS :200€

- CORRESPONDANT : 70€ -

 - AUDITEUR LIBRE (étudiant ou autre) : 35€ 

REGLEMENT PAR VIREMENT BANCAIRE

À Psychanalyse actuelle pourquoi

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Ou bien, veuillez envoyer votre chèque libellé à l’ordre de PSYCHANALYE ACTUELLE

À Mme Muriel APTEKIER

94 AV. EMILE ZOLA 75015 PARIS

0033 (0) 682 37 66 37

muriel.aptekier@laposte.net

En indiquant vos nom, prénom, adresse postale, numéro de mobile, et e-mail - Un reçu vous sera délivré.

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Freud subversif, plus que jamais !

publié le 31 oct. 2020, 08:19 par Psychanalyse Actuelle   [ mis à jour : 1 nov. 2020, 07:07 ]

Freud subversif, plus que jamais !


  

Bon… maintenant que nous savons qu’il est possible d’être réinfecté, que le virus peut sommeiller dans l’organisme et repartir à l’assaut soft ou hard en présence d’un petit camarade du même type, d’un mutant ou encore de n’importe quel autre virus, que la létalité de ce virus est faible, qu’elle peut augmenter à tout moment, qu’un vaccin ne garantirait pas une protection au virus Covid mutant, réinfectant, que la contamination par ce virus reste forte, peut diminuer, augmenter, bref, que nous ne pouvons rien prévoir, que nous ne savons pas grand-chose…
 
Si nous reprenions les rennes de la vie joyeusement et dans une créativité comme jamais, par-delà les mesures de sécurité (masques, distanciation, lavages fréquents des mains) ?
 
En produisant la psychanalyse, principal outil de nos jours encore en matière d’aide psychothérapeutique, Freud, à titre d’exemple, a pensé et publié ses œuvres majeures, changé la culture, la manière de penser du monde en entier, tandis qu’il souffrait de douleurs intenses et d’un trismussubissait plus de 30 opérations de la mâchoire. Il dut, de surcroît, menacé par le régime nazi, s’exiler à Londres et penser la violence de son temps pour aider de sa place de savant le grand collectif en folie, tandis que cette violence le touchait lui et les siens de plein fouet, en tant que Juif mis en place de paria comme jamais dans l’histoire de l’humanité.
 
Finissons en musique : Beethoven a continué d’œuvrer dans la musique, pour notre bonheur, en étant sourd.
 
Le remède à la covid, ou plutôt, au mal de notre époque : arrêter de vivoter. Retrouver le goût de la vie, l’appétit, le désir farouche, qui ne va pas sans risque, comme Nietzche s’époumonait à le rappeler. Cesser de vouloir le beurre et l’argent du beurre, avec des leurres d’«assurance vie » remboursés par la sécu, des formations et aides psychologiques prises en charges par l’État qui norment et rendent informes.
 
Il est temps de se ré imprégner de l’esprit freudien, garant des libertés nécessaires, subversif, exigent dans le rapport à la vérité qu’un humain se doit et doit à ses proches et lointains, jusqu’à l’inconscient, inconscient dont il a fait de nous les responsables tout autant que de notre conscient.
 
Reprenons les rennes de notre liberté de penser et d’agir, d’inventer la vie envers et contre ses inévitables et intemporelles vicissitudes ! Retrouvons et cultivons notre force de caractère !

Léa Schwartz-Ghidalia

Hommage à Pascal Kané

publié le 2 sept. 2020, 03:19 par Psychanalyse Actuelle   [ mis à jour : 1 févr. 2021, 02:49 ]

Pascal Kané
Notre cher ami Pascal Kané s’est éteint ce matin. C’est une immense peine.
Nous le savions malade et l’avions invité à dîner pour lui témoigner notre amitié. Il luttait contre la maladie et lorsque nous l’avons entendu parler des grands vins dont il était amateur, lui pourtant qui en avait perdu le goût, c’est lui qui nous a remonté le moral.
Nous le consultions souvent sur les positions à prendre dans la défense de nos droits d’auteur. Il avait toujours une analyse pertinente, c’était un cinéaste de convictions et il voyait toujours à long terme.
Ses films n’ont pas toujours reçu l’accueil à la hauteur de leurs qualités, ils reflétaient pourtant ses positions, celles d’un cinéaste convaincu, indépendant et inféodé à aucune chaîne.
De grande culture, avec de fermes convictions sans être dogmatique, il avait une idée du cinéma qui était pour lui, une intense raison de vivre.
C’était aussi un cinéaste utopiste : il croyait que le cinéma devait se faire sans entrave.
En toute liberté, à la première personne.
Pascal était aussi un cinéaste de principes et souvent il nous disait : le cinéma est comme la vie, il ne vaut que lorsqu’on reste intègre à ses idées et à ses principes.
Il pouvait être pugnace dans la défense de ses convictions. Mais au regard des années, les idées qu’il a défendues, sont devenues plus menacées encore. Et pourtant, le combat n’était jamais perdu. Le cinéma restera pour lui et à jamais d’abord une affaire de cinéastes.
Ses films sont d’émouvants témoignages de ce que furent ses origines familiales juives polonaises, de ses engagements politiques et éditoriaux (notamment dans les Cahiers du Cinéma). C’est pourquoi il faut les revoir.
Liberty Belle, L'Éducatrice, La fête des mères, Je ne vous oublierai jamais, La Théorie du fantôme et ses entretiens avec Serge Daney resteront des témoignages indispensables à qui veut le comprendre et comprendre notre temps.
Et au-delà de ses films qui seront honorés à la Cinémathèque Française le 11 septembre à 19 h, Pascal restera un grand défenseur du cinéma d’auteur qui ne baissa jamais les bras.
Il aura d’ailleurs tenté jusqu’à son dernier souffle de mener à bien son aventure-cinéma commencée en 1973. Son dernier scénario à partir de la Vierge enceinte de Piero della Francesca était la preuve éclatante de son désir intact, et nous regrettons que ce film n’ait pas vu le jour.
Luc Béraud et Joël Farges
lundi 31 août 2020


Je ne vous oublierai jamais - bande annonce
"Je ne vous oublierai jamais "
Enregistrement du débat avec Pascal Kané après la projection du film - 21 mars 2010 - Cinéma La Pagode

synopsis : Marseille 1941 : le jeune Levilé espère encore, malgré la guerre, faire venir sa mère et ses sœurs de Pologne et organiser leur embarquement pour l’Argentine. Pris dans les affres de la culpabilité, il mêle les fantômes de sa mauvaise conscience à la vie réelle. Rosa, une chanteuse éprise de lui, s’efforce de sauver Levilé des menaces de la police de Vichy et des illusions mortelles qui l’habitent.

avant propos au débat : « …des visages dans le présent , ceux que vous voyez au moment de vous endormir, leurs bouches, leurs robes, leurs baisers,  ils vous donnent de la  joie, celle de dormir pour rêver, rêver encore qu'ils sont là ces êtres qui vous tiennent éveillés. Ils vous parlent en vous... Pour malgré tout désirer leur retour toujours, car on ne meurt pas comme cela, en masse ensemble. Ces gens n'ont pas eu comme tout le monde le droit ni de vivre ni de mourir, mais seulement d'être tués. Alors on les rêve...on les rêve,  de ce genre de rêves qui vous réveillent, comme au ciné quand le film est fini…. » J-J. M.


La pratique de Lacan

publié le 8 juil. 2020, 08:24 par Psychanalyse Actuelle   [ mis à jour : 2 sept. 2020, 03:02 ]

La pratique de Lacan

Ouvrage collectif
Sous la direction de Luis Izcovich


Auteurs : ​Jean-Jacques Moscovitz, Marc Nacht, Gérard Pommier, Erik Porge, Moustapha Safouan, Christian Simatos, Annie Staricky, Patrick Valas, Jean-Pierre Winter

​Neuf analystes témoignent de nos jours de ce que leur expérience analytique avec Lacan a été pour eux. Il s’agira, dans cet ouvrage collectif, de suivre la façon dont chacun d’entre eux a été marqué par cette rencontre, et ce qui reste de décisif pour chacun pour leur propre pratique de la psychanalyse. Un fil se dégage au fur et à mesure, c'est le style de Lacan, et ce livre est une véritable contribution à éclairer sa pratique. Chaque auteur, dans sa singularité, tente de rendre compte ce qui a changé définitivement dans leur vie à partir de l’analyse avec Lacan.

Parution : 1er juillet 2020
Collection : Nouages
Rayon : Psychanalyse – Sciences Humaines
Broché 14 x 21,5 cm - 152 pages - 17,00 € TTC
EAN : 9791095543206

Allô, allô...? Vous m'entendez...?

publié le 13 avr. 2020, 04:06 par Psychanalyse Actuelle   [ mis à jour : 31 août 2020, 07:07 ]

Allô, allô...? Vous m'entendez...?

Par Jean-Jacques Moscovitz
Les séances par téléphone, à distance..La limite, la séparation entre dedans et dehors, la présence du corporel, notion majeure du sujet  individuel face au collectif, changent de nom, ça devient gestes-barrières (masque-gants-Hydro gel-confinement) . Comme si dedans et dehors allaient se mélangeaient au point d'y perdre le réel. 

Le réel c'est le virus. Le combattre sans l'idolâtrer à le confiner dans nos émois de confinés. 

Avec Benjamin Lévy et Fred Siksou, a été décidé ce moyen du blog pour innover, maintenir, ne pas rester silenciés dans nos échanges entre analystes, non-analystes, le tout venant... 

Le thème va de soi, genre  d'aller sonner à sa propre porte pour savoir si mon Moi est toujours  là... Allô allô ici appel à Freud: le moi n'est plus maître en sa demeure... c'est vrai? Dis moi tout Sigmund! Car le réel des mots c'est toi qui nous l'a refilé  avec Le Ça . 

Actuelle, la psychanalyse l'est depuis son début à se confronter à ceux qui voudraient la faire taire. Soit à céder  le pas à la radicalité du danger extérieur extrême , pour que notre radicalité intérieure intime s'efface. Que l'analyste quitte son écoute ... Non !et même aujourd'hui au téléphone..  surtout aujourd'hui.

D'où l'usage d'outils informatiques pour que l'intime du sujet, le parl'étre se fasse entendre et écouter entre deux personnes liées par leur désir de parole analytique, de présence psychothérapeutique. Outils aussi utilisés dans nos échanges entre psychanalystes, psychothérapeutes, non-analystes, le tout venant de chacune/chacun de nous, face aux effets d'une pratique socio-politique, celle du confinement. Qui est bien une pratique qui convoque logique et intuition au quotidien. Erreurs  aussi. Cette pratique nous devons y faire face par la nôtre. La nôtre, c'est celle qui lie celles et ceux par un contrat de parole avec la parole. Quels sont les effets repérables déjà du contemporain, de l'actuel sur notre subjectivité. De commencer à les repérer pour s'en défaire dès que cela sera possible. Apprendre déjà à s'en défaire, voilà le but de nos échanges, comme les séances que nous menons avec qui nous parlons. . 

Mais avec le blog, attention aux  clics et le doigt sur le clavier . Attention le clic n'a pas de surmoi, il est même souvent décérébré. C'est pourquoi pour ce blog Allô allô ... vous m'entendez? il est souhaitable plus que souhaitable que  les textes qui y seront mis soient si possible courts, pas plus de deux pages, qu'ils prêtent au commentaire et au débat pour envisager le futur.

Doigt, geste, l'interdit du toucher, celui  que @metoo était en train de nous faire savoir  avant ce Covid 19, combien un homme pouvait être une sale bête, eh bien avec notre actuel ce toucher interdit a viré à l'injonction de s'en  protéger avec des gants médicaux... . Exemple de préparation de notre futur, Sigmund, encore lui, nous en dit pas mal. Freud cite un certain MOLL à propos de la « contrectatio » (attouchement) signifiée comme un besoin de contact épidermique de « cruauté sadique » ( dans les Trois essais , Henri Fontana notre collègue en a fait une étude étymologique  ). Et vu le problème viral universel mondial, le toucher devient une pulsion dangereuse, de toucher et d'être touché... et s'en protéger devient une opération de créer de nouveaux objets d'art:une rampe de métro, une poignée de porte, un papier d'emballage . Le smartphone, lui aussi... Déjà traces du travail mémoriel qui anticipe la suite ... nos rêves en témoignent.

Son titre est la raison de sa mise en lecture. Michel Durel en avait parlé. voila l'origine du choix de soumettre cet exposé à une lecture critique , très actuelle


*Pour voir votre commentaire à ce texte publié ci-dessous, merci de l'envoyer par mail à : infos@psychanalyseactuelle.com

Fictions par Benjamin Levy

publié le 18 mars 2020, 05:48 par Psychanalyse Actuelle   [ mis à jour : 27 avr. 2020, 08:31 ]

Fictions

Par Benjamin Levy

à propos du film de François Margolin " L'Automne à Pyongyang "

« C'est une fiction », dit Claude Lanzmann en désignant Pyongyang. Il est débout, en haut de la tour de radiotélévision, sur la plate-formé d'observation battue par le vent, et il surplombe cette ville, qui est une fiction. 

Le documentaire Un automne à Pyongyang vient de commencer.

« C'est ce pays qui est une fiction ? demande François Margolin, derrière la caméra.

- Non, cette ville. Les campagnes, moins. »


En écoutant Claude Lanzmann, j'ai compris pourquoi je n'arrivais pas, depuis notre retour à Paris, à écrire sur le voyage que nous avions accompli, Anne et moi, l'été précédent. Nous n’étions pas allés en Corée du Nord mais dans d'autres pays, entre l’Ouzbékistan et la France. Voilà qui nous avait permis de traverser le Turkménistan.

Ce pays était une fiction. Sa capitale, surtout. Et comment écrire vrai sur des fictions ? 


« Il veulent l'éternité », dit Claude Lanzmann à François Margolin en désignant les membres de la dynastie Kim. Le premier d'entre eux, mort depuis 25 ans, est toujours président du pays. Avec sa descendance, ils règnent sur une fiction.

Pour se moquer des guides qui le fliquent où qu'il aille, Lanzmann ajoute : « Personne n'a jamais su rien écrire de bon sur leur sourire. »

Oui, les Kim règnent, avec leur sourire hystérique. À vrai dire, vous pourrez toujours compter sur les hystériques pour régner sur des pays de fiction. 


Au Turkménistan, rien ne va mieux qu'en Corée du Nord. Prenons ce point de départ. Ce pays dispose des quatrième plus importantes ressources en gaz naturel de la planète. L'argent coule à flot, et son président veut l'éternité.

Gurbanguly Berdimuhamedov a fait l'objet d'un sketch réussi, drôle, par l'humoriste anglo-américain John Oliver sur HBO. Président du Turkménistan, Berdimuhamedov est féru de chevaux de course, se prend pour un rappeur américain, aime s'exhiber avec des armes à feu, montrer ses muscles pâlichons en conseil des ministres, et il règne sans partage. 

Cet été, nous avions bien vu, avec Anne, qu'Ashgabad est une capitale qui n'existe pas. Mais le terme de fiction me manquait pour écrire. Malgré ses avenues immenses, rutilantes et vides, ses fontaines, ses statues, cette ville n'est pas un mensonge, ni même un décor Potemkine. C'est une fiction étalée au pieds d'une chaîne de montagnes arides, à l'extrémité de la steppe à laquelle se résume le Turkménistan. 


La ville, Ashgabad, n'existe pas. Elle a pour raison d'être l'amour immodéré du président Berdimuhamedov pour la fiction, car les fictions sont éternelles. Quant aux records turkmènes qu'homologue le Guiness Books, ils sont tissés d'une étoffe fictionnelle. 

John Oliver, l'humoriste anglo-américain de HBO, fait rire son public en évoquant l'amour du président turkmène pour le Guinness Book of Records. L’immortel président Berdimuhamedov a fait homologuer :

Le plus dense des complexes monumentaux bâtis en marbre de la planète.

Le plus grand nombre de fontaines sur une place de la planète.

Le plus grand bâtiment en forme d'étoile de la planète.

Le plus grand complexe de sports aquatiques de la planète.

La plus longue chaîne de vélo-cyclistes de la planète.

La plus grande ronde de chanteurs de la planète.

Cette liste est ridicule, mais écoutez Claude Lanzmann. L'amour des records homologués par le Guiness Book traduit, chez Berdimuhamedov, une quête d'éternité. 

En retour, il y a quelque chose d’absurde à voir la quête d'éternité réduite au Guinness Book.

« Ils sont contre la mort », dit Lanzmann de la dynastie coréenne des Kim. Dans leur lutte sans espoir, ils ont bâti Pyongyang, la fiction d'une ville. La fiction ne meurt pas. Leur ville fictive n'est pas faite de galeries commerciales mais de monuments. 

« Et les monuments, c'est la commémoration. » 

Comme Pyongyang, la ville d'Ashgabad est monumentale. Comme à Pyongyang, vous y trouverez les statues gigantesques d'éternels commandeurs.


Entre la frontière ouzbéco-turkmène, au nord, et Ashgabad, à l'extrémité sud du pays, il n'y a que de la steppe, traversée en une journée de voiture. Comptez 6 à 8 heures de route. 

Sur le chemin, rien, deux dromadaires, à nouveau rien, et puis Mary, autre ville de fiction. Dômes rutilants, bâtiments blancs étincelants au soleil, baies vitrées opaques reflétant la rue, grosses cyclindrées sur les longues avenues. La jouissance des autos à moteur surpuissant est autorisée. 

Les télévisions turkmènes relaient des émissions russes. La jouissance masculine est autorisée. Les danseuses en bikini sont autorisées. Le phallus éternel est autorisée, comme les moteurs surpuissants. 

L’éternité est une question de phallus. Le  désir d'éternité a besoin, pour écrin, d’un cortège de monuments, de chevaux, d’armes, de moteurs, d’érections. 

La ruine financière ou architecturale signe la castration de l’éternité. 

Et si l’éternité est une pulsion de mort, en retour, la pulsion de mort est l’angoisse de la ruine, du manque, de la castration. La pulsion de mort, sous sa forme passionnelle, est une haine du temps passé, le temps qui passe. 


Non loin de Mary se trouvait autrefois Merv, dont il ne reste que des ruines dans la steppe. Les Mongols ont tout dévasté. C'était en 1221. 

Comme à Nishapur, dont le site se trouve de l'autre côté des montagnes séparant le Turkménistan de l'Iran, il n'y a plus à Merv que de la poussière. Plus trace des bibliothèques. Juste quelques reliques. Ici ou là, un amas de briques. Les traces de murailles gigantesques. Les grands et petits Kiz Kala, anciennes forteresses, et le silence de la steppe.

Nothing beside remains. Round the decay

Of that colossal Wreck, boundless and bare

The lone and level sands stretch far away.

À l'époque de sa splendeur, Merv fut décrite comme un paradis terrestre. Fontaines, palais, jardins. Savants, poètes, danseuses et musiciens. Le souvenir d'Omar Khayyam nous reste. Le souvenir de Farid al-Din Attar nous reste. Comme les despotes, ces poètes ont leurs mausolées, lieux de pélerinage. Poètes contre tyrans, ou parfois à leur service. L’idéologie et la littérature entretiennent, on le sait, des rapports compliqués. Non, ce n’est pas d’hier. 


L’idéologie et la religion entretiennent aussi des rapports compliqués. Une rivalité les oppose. Elle a pour enjeu l’éternité. 

Pour le visiteur qui débarque à Pyongyang, le premier geste obligé du voyage, avant d'arriver à l'hôtel, et même en pleine nuit, est d'aller, paraît-il, se prosterner devant les statues gigantesques des membres de la dynastie Kim.

« C'est le mur des lamentations », dit Claude Lanzman, en se balançant d'arrière en avant. 

Et un hommage contraint à la sublime lignée du Paektu. 

Si vous voulez, vous pourrez aller dire bonjour, ensuite, aux corps embaumés de Kim numéro 1 et de Kim numéro 2, au plus profond du Palais du soleil Kumsusan. 

Mausolée de Mao sur la place Tian’anmen, mausolée de Lénine sous les murs du Kremlin, mausolée de Hô Chi Minh à Hanoï, Palais du soleil Kumsusan à Pyongyang. Ils ont rejoint les pyramides de Gizeh, le Gour Emir de Samarkand et quelques millions d’autres tumulus oubliés dans leur course contre le temps.


Avant d'arriver à son hôtel, le voyageur qui, depuis l’aéroport, débarque à Téhéran passe, comme à Pyongyang, devant un monument bâti pour l'éternité. Il n'est pas obligé de s'y arrêter. Pourtant, il ne manque pas de l'apercevoir. Au bord de l'autoroute où son taxi crachote, c’est immanquable, il aperçoit le dôme, les minarets géants du mausolée de Khomeiny. 

Cette commémoration ayatollesque se voit répercutée, miroitée en écho par les fresques des martyrs de la Révolution, peintes couleur de sang, surplombant les axes majeurs de la capitale.

L'idéologie des révolutions, lorsqu'elle confine au totalitarisme, a pour conséquence que tout le monde ment. Et tout le monde sait que tout le monde ment, nous dit Hannah Arendt.

Le mensonge idéologique, nous dit-elle, s'accompagne d'une crise du témoignage, car ce qui s'oppose au mensonge n'est pas une vérité factuelle, mais la parole singulière.

Rien ne s'oppose autant au témoignage qu'un monument. Le monument est un mensonge, ou plutôt une fiction idéologique. La crise du témoignage vient avec le triomphe du monument.

Le monument veut être solitaire. Il faut être deux pour témoigner.


Quelques mois après notre premier périple en Iran, réalisé à l'été 2017, un mouvement de révolte était écrasé par la force. 

Quelques mois après notre second passage en Iran, réalisé à l'été 2019, un mouvement de révolte était écrasé dans un bain de sang.

Et après ce massacre, une guerre larvée avec les États-Unis.

À Téhéran, Mahyar, notre ami psychanalyste, finissait son service militaire. Il nous a envoyé une photo de lui, vêtu en civil, envoyé par l'armée pour encadrer une manifestation. 

Mahyar en était arrivé à espérer que Donald Trump envoie son armée pour envahir l'Iran, ou bombarde le pays, entraînant la chute du régime.

Qui peut avoir envie que Donald Trump bombarde son pays pour faire chuter le régime, sinon celui qui sait que son pays est une fiction ?

Mais l'Ouzbékistan aussi est une fiction, qui commence à peine à devenir un pays. La Biélorussie est une fiction. Combien d’autres pays sont encore des fictions ? 

L'URSS était une fiction, un vaste cauchemar idéologique. 

Les trop grands monuments à Tachkent, à Moscou, à Berlin Est, ailleurs, en témoignent malgré eux. Les trop grands Palais du peuple, les trop grands hôtels bâtis pour on ne sait qui, les quais de métro trop larges, les trop grands récits. Fictions, fictions. 

La Guerre froide est finie. La guerre contre l’Iran, contre la Corée du Nord n’auront pas lieu. 

Ou peut-être que si. 

La guerre n’est pas utile, ni les missiles de Trump, pour sortir d’une fiction. 

Pour témoigner, il faut être deux.


Benjamin Levy

Sur les pas d'Alain Didier-Weill

publié le 19 janv. 2020, 00:13 par Psychanalyse Actuelle   [ mis à jour : 20 avr. 2020, 05:29 ]

Psychanalyse, art... et au-delà. Sur les pas d'Alain Didier-Weill


L'I-AEP propose une soirée et une journée de travail en hommage à Alain Didier-Weill, l'un des fondateurs de L'Inter-Associatif Européen de psychanalyse décédé le 17 novembre 2018.
I-AEP - Secrétariat de Psychanalyse Actuelle 
Mails : muriel.aptekier@laposte.net  /  iaep.eu@gmail.com

Présentation du film du premier congrès Inter-Associatif Européen Psychanalyse le janvier 1991 suivi d'un débat.  

Le vendredi 31 janvier de 2oh à 23h3o

Au FIAP - 3o, Rue Cabanis 75014 Paris

Ce congrès a eu lieu à la Sorbonne 10 ans après la mort de Lacan, initié par Alain Didier-Weill et quelques autres, il avait pour but de reprendre langue avec les nombreuses associations qui s'étaient formées après la Dissolution de l'École Freudienne de Paris. Quelles avancées avaient produit ces différentes associations, pouvions-nous en débattre ? C'est dans cette optique que fut imaginé ce congrès. Nous étions quatre pour l'organisation de ce congrès dont la préparation fut longue, et nous avions la veille du congrès obtenu 24o inscrits. Quel ne fut pas notre étonnement quand nous avons découvert 1260 analystes venus le matin même pour participer à ce Congres. Il fallut batailler avec l'administration de la Sorbonne pour qu'elle accepte de faire rentrer 1260 personnes dans un amphi de 800 personnes. Vous le verrez l'amphi était surchargé, mais ce fut pour nous la preuve que ces retrouvailles étaient souhaitées par un très grand nombre d'analystes. Qu'en est-il aujourd'hui ?

La qualité de l'image de ce film est médiocre, mails il nous permettra peut-être de débattre à nouveau sur le devenir de nos associations après Lacan.

C'est également un hommage à Alain Didier-Weill qui nous surprit avec cette petite pièce de théâtre qu'il avait écrite à la hâte pour ce congrès et qui mettait en scène l'après-freudisme et la récupération et la falsification entreprises par Ernst Jones dans sa biographie de Freud.

De quoi reprendre le débat, dans le contexte actuel ...

Alain-Didier Weill, après la dissolution de l'École Freudienne de Paris, a participé à la fondation du Mouvement du Coût Freudien, et à la fondation du mouvement Insistance qu'il animait encore en 2018. ADW a toujours créé des liens entre art, psychanalyse et politique autant dans sa vie que dans ses œuvres théoriques et ses pièces de théâtre. La revue Insistance, publiée chez Ères, en témoigne depuis 13 années. Le numéro 14 lui est dédié.

L'Inter, nom de naissance d'alors, n'était pas encore européen. Il était en ébullition. L'immense qualité de rassembleur d'Alain Didier-Weill a créé, avec Michel Guibal notamment et d'autres, la vague qui nous porte encore aujourd'hui. Depuis lors des associations ont décidé devant ce succès d'aller de l'avant. Des associations de différents pays, dont le Groupe psychanalytique de Chengdu (Chine), ont choisi à Bruxelles en 1995, le nom d'Inter-Associatif Européen de Psychanalyse.

Beaucoup d'événements ont eu lieu depuis, départs de certaines associations, arrivées de plusieurs autres... Et des avancées nombreuses car les associations à l'I-AEP forment un réseau traversé par les questions qui concernent les liens entre psychanalystes. Et la responsabilité face à des décideurs politiques prêts à attaquer notre discipline, beaucoup plus qu'auparavant nous a mis au travail.

Ainsi l'apport de questions actuelles sur la féminité a à prendre de plus en plus de place contre les enjeux de pouvoirs qui nous assaillent sur le mode plutôt masculin. Et par ailleurs le fait associatif, au vu du grand nombre de Groupements Psychanalytiques, et les nécessités spécifiques à chaque association, a à être réélaboré sans cesse. Notamment l'impact grandissant des pouvoirs publics a obligé l'I-AEP à se transformer en association 1901 pour prendre des décisions face à des dangers où le désir de l'analyste risque d'être submergé par l'institutionnel et le politique. En particulier l'aspect libérateur et émancipateur de l'Inter à son début est-il entamé par une telle inscription sous l'égide de la loi de 1901 qui met pourtant, mais à quel prix, l'I-AEP en posture de répliquer plutôt que d'attendre la mise au pas de notre discipline dans le champ de la Santé mentale...


Modérateurs du débat : Valérie Marchand, Catherine Kolko, Radjou Soundaramourty, Jean-Jacques Moscovitz.


Séminaire organisé par l'Inter-Associatif Européen de Psychanalyse
Le samedi 1er février de 9h3o à 18h3o
À l'Association des étudiants protestants
4, rue Titon 75011 Paris
Lors de la journée du samedi, nous tenterons de dégager l'apport singulier d'Alain Didier-Weill à la psychanalyse en particulier sa conception du réel exposée principalement dans « Un mystère plus lointain que l’inconscient » (Aubier,zow). Quelques courtes interventions introduiront les trois tables rondes ci-jointes.

 

Insistance et Transmission, animation Anne Santagostini

Cette table ronde sera consacrée à la mise en perspective de l'Inter-Associatif. Pensé dès 1991 lors du colloque à la Sorbonne, l'essence de l'Inter-Associatif, c'est ce trait inter, signe de l'hétérogène soutenu par les associations.

Michèle Skierkowski (CCAF) rapportera les entretiens qu'elle a eus avec Michel Guibal et Alain Didier-Weill, fondateurs avec d'autres, de l'Inter-Associatif de Psychanalyse (avant de devenir Inter- Associatif Européen de Psychanalyse en 1994, puis constitué en association régie par la loi 1901 en 2013).

Ensuite le bref exposé d'une mémoire singulière ouvrira les échanges avec les participants.

 

Le réel pour Alain Didier-Weill, animation Sophie Collaudin

Le « oui » originaire (Bejahung) au logos est, pour S.Freud l'acte psychique fondateur de l'inconscient, pour J. Lacan il permet à travers une «jouissance autre » un lieu d'existence à un commencement : « le réel ». Ce réel créé par le « refoulement originaire » opéré par le verbe, et noué par l'imaginaire au symbolique se situerait entre le verbe et le corps et n'est pas l'expérience d'un signifiant renvoyant à un autre signifiant. A. Didier-Weill en ayant visité les sources de Freud et de Lacan et bien d'autres, et écouté des artistes, propose, à partir par exemple de la métaphore du danseur ou du potier, une dynamique de ce réel pouvant ouvrir des voies vers d'inouï, l'invisible, et donc une autre écoute. Si les psychanalystes ne désespèrent pas du réel, même les personnes figées dans l'autisme, la schizophrénie, la mélancolie pourraient peut-être trouver un « signifiant nouveau » soutenant leur vie réelle et symbolique. Quelle est la singularité de son travail concernant le réel et quelles ouvertures apporte-t-il au travail psychanalytique ?


« J'ai essayé d'introduire quelque chose qui va plus loin que l'inconscient », animation Pierre Boismenu

Alain Didier Weil reprenant cette suggestion de Lacan du 16 novembre 1976, s'est employé à en soutenir le questionnement jusqu'à son presque dernier livre au titre explicite : « Un mystère plus lointain que l'inconscient ». C'est en effet la pratique analytique elle-même qui exige d'aller au-delà de ce sur quoi a buté Freud et que Lacan a formulé comme « au-delà de l'CEdipe » voir « au-delà de la castration », pour que l'acte analytique soit effectif. Comment rendre compte que le refoulement originaire peut être au moins partiellement rejoué ? Qu'est-ce qui pousse à advenir à la parole un simple vivant ? ... Les théorisations sans cesse remises sur le métier qu'ADW nous propose en répondent en prenant le risque de côtoyer le mythe, la religion, la métaphysique, la musique, etc. puisque le logos est ici débordé dans sa capacité à rendre raison de ce qui en précède l'institution. Comment entendre ce pas-au-delà ?


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