Actuel et novations - Le blog de Psychanalyse Actuelle 


L’impact de Mai 68 sur la psychanalyse / Actes du colloque de Dimensions de la psychanalyse

publié le 30 oct. 2018 à 07:51 par Psychanalyse Actuelle   [ mis à jour : 5 nov. 2018 à 14:34 ]

L’impact de Mai 68 sur la psychanalyse

Actes du colloque de Dimensions de la psychanalyse des 30 septembre et 1er octobre 2017

François Ardeven, Jean-Charles Cordonnier, Yann Diener, Jean-Claude Fauvin, Amîn Hadj-Mouri, Karim Jbeili, Simone Lamberlin, René Lew, Jean-Jacques Moscovitz, Frédéric Nathan-Murat, Thierry Simonelli, Pierre Smet

En quoi Mai 68 a-t-il modifié la psychanalyse ne serait-ce qu’au travers du discours de Lacan ?
Aujourd’hui la distance d’avec les « événements » de mai 68 ― et leur cinquantenaire ― implique une gageure : peut-on « éprouver » encore les En-Je (Lacan) de ce « joli mai » ? Ouverture et fermeture rapides (mais la Commune de Paris a duré à peine plus de deux mois, avec d’autres enjeux ― et les Versaillais sont toujours sur la brèche). Peut-on saisir avec un tel délai ce qui subsiste de ce qu’a été ce chamboulement (qui plus est au moins européen) ?

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Lysimaque, 2018 - ISSN 2608-421X - ISBN 978-2-906419-27-8

Approche de la violence et la captation d’adolescents et de jeunes adultes se radicalisant vers le meurtre et l'action kamikaze : quelle prévention possible ?

publié le 25 oct. 2018 à 03:56 par Psychanalyse Actuelle   [ mis à jour : 25 oct. 2018 à 04:15 ]

Approche de la violence et la captation d’adolescents et de jeunes adultes se radicalisant vers le meurtre et l'action kamikaze : quelle prévention possible ?

Un texte de Jean-Jacques Moscovitz à lire ici

Quoi de neuf, Dolto ?

publié le 18 oct. 2018 à 10:57 par Psychanalyse Actuelle   [ mis à jour : 25 oct. 2018 à 04:12 ]

Quoi de neuf, Dolto ? *

L'Histoire

"Pourquoi voulez-vous savoir ce que je pense?... Ce que je pense est rigolo... ah! C'est donc pour cela..." Françoise Dolto au cours d'une conférence

Martine Fontanille travaille avec la comédienne Karine Dron sur l'adaptation de la biographie de Françoise Dolto, '"ENFANCES"*.

Karine Dron interprète les mots de la célèbre pédiatre-psychanalyste française. Elle s'empare de sa blouse, de son collier et de ses lunettes et replonge le spectateur dans le monde de l'inconscient et de l'enfance...

Ce spectacle s'appuiera également sur une création "à la Tinguely" réalisée par Thierry Grasset plasticien, sculpteur et constructeur, que la comédienne intègrera dans son jeu sur scène.

*d'après ENFANCES de Françoise Dolto paru aux Éditions du Seuil et aux Éditions Points

DOSSIER DE PRÉSENTATION A TÉLÉCHARGER ICI

Note d'intention

« QUOI DE NEUF, DOLTO ? » sera une rencontre avec le monde de Françoise Dolto et ses émissions de radio, sur France Inter,à propos des relations parents-enfants.

Une actrice accepte de jouer Dolto, ayant tout lu mais restant finalement néophyte. S’ensuivent qui proquos, découvertes, bienveillance et du rire.



Production : La compagnie a reçu l'aide à la création de la OARA - Office Artistique Région Nouvelle-Aquitaine - Co-producteur principal Créa Saint Georges de Didonne

De l'oeuvre filmique de Claude Lanzmann et de sa réception par des psychanalystes

publié le 16 oct. 2018 à 14:33 par Psychanalyse Actuelle   [ mis à jour : 25 oct. 2018 à 04:10 ]

De l'oeuvre filmique de Claude Lanzmann et de sa réception par des psychanalystes


Par Jean-Jacques Moscovitz

Prenons pour point de départ “Le dernier des injustes” de Lanzmann de 2013. Le film a été présenté, projeté, et débattu en présence de Claude Lanzmann le 15 décembre 2013, à Paris.. Le débat est conduit par Laura Koeppel, son assistante de tournage et moi-même [1]. Nous évoquerons ensuite son avant-dernier film sorti en 2017 Napalm, qui n’a pas été débattu avec son auteur. Nous donnerons alors notre approche de Shoah, essentiel selon nous pour de nombreuses disciplines et ici pour des praticiens de la psychanalyse. Le mode, le style, la tenue éthique de Lanzmann éclairent, questionnent, ouvrent à une novation dans la pratique de la parole et de l’écoute.

Ici comme dans toute l’œuvre du cinéaste la rencontre avec lui a été voulue par des psychanalystes. De telles rencontres et sa filmographie ont abouti à un enseignement dont il s’agit ici de témoigner. La discipline de Freud de parole et d’écoute n’interprète pas la Shoah. Chacun le sait. Un tel enseignement a trait à l’éducation au niveau individuel aussi bien que collectif pour que de tels crimes soient anticipés autant que faire se peut.

Pour les psychanalystes dont il s’agit ici, et cela m’autorise à dire nous, Lanzmann comme cinéaste nous enseigne que les crimes ne sont pas impensables, indicibles, hors de nos sens, mais que nous sommes de fait en un suspens actif de la pensée qui, sans cela, nous placerait sans même le savoir, comme si nous pourrions être pris malgré nous dans la position des criminels qui eux savaient , ils avaient leur programme. Le risque est en effet de constituer un savoir soi-disant fini, un objet de savoir clos, prêt à la consommation culturelle . C’est que ce suspens nous met sans cesse dans un écart face au réel produit par les criminels. Reconnaître cet écart, ce réel, qui s’évoque fort bien avec le terme de pudeur si souvent utilisé par Lanzmann. C ‘est là déjà une leçon de maintien de l’écoute analytique qui ne se laisserait pas déborder par les déferlantes médiatiques si facilement captieuses pour le tout venant tout prêt à se satisfaire du bons sens, de l’effet immédiat qui permet d’oublier le perçu de l’horreur aussitôt vue plutôt qu’entendue, inscrite en soi-même.

Lanzmann instaure une limite à notre perception qui nous oblige à accepter d’être dérangé au plus profond de soi-même. Qui ne nous laisse pas aller à se complaire dans le sado-masochisme, le voyeurisme exhibitionnisme pris dans l’image de criminels jouissant de leurs crimes. Cette limite responsabilise le spectateur que je suis. Alors que ne pas accepter cette limite rend le spectateur non responsable, lui fait effacer de sa pensée ce qu’il a à peine perçu . Un exemple oriente mon propos. C’est un extrait de mon ouvrage Lettre d’un psychanalyste à Steven Spielberg réédité en 2014 Ed Les papiers sensibles pp le voici, je m’adresse à Spielberg par écrit:

Peut-être accepterez-vous que je vous dise que si La Liste vous a valu le reproche que les femmes sous la douche, la vraie, étaient trop belles ! que c’est là le faux débat qu’un abord direct de la Shoah entraîne, car les femmes ne sont jamais assez belles, tout dépend de ce qu’on veut filmer avec de telles images.

C’est vous dire, Steven Spielberg, qu’avec cette prévalence dans La Liste de l’intime, le votre, sur le politique, vous privilégiez alors le lien à la jouissance des corps des criminels, leurs pulsions s’exerçant pleinement.

C’est dire que l’œil du cinéaste n’est plus le directeur du film, il vous échappe et du coup, question : à partir de quel œil vous regardez le monde européen des camps. Est-ce l'œil d'Amon Goethe, le chef du camp de Platzow où les déportés sont présents et protégés par OsKar Schindler? Amon Goethe depuis l'appartement de la villa qu'il occupe au dessus de celui de Schindler, sur son balcon, alors qu'il vient de faire l'amour avec un jolie femme, alors qu'il vient d'uriner avec le bruit et la durée en temps réel dans votre film, le voilà avec son arme en train de viser une déportée qui est dans le camp, il la tue puis une autre. Savoir que l'œil du nazi est pris comme un événement cinématographique qui permettrait de faire savoir ce qu’il s'est passé. Cela ne montre que sa jouissance, dont lui et ses complices ont arrosé l’Europe bien suffisamment pour ne pas leur en donner encore l’occasion par votre caméra.

Lors d’un échange privé avec Lanzmann pour préparer une projection d’une parie de Shoah, il a s’agit de Shrebnik, qui a 45 ans revient sur les lieux des gazages par les camions. A 13 ans il est dans le camp proche de Chelmno-sur-Ner, il chante en ramant sur la Ner. Chaque matin me dit Lanzmann le commandant du camp lui demande de tenir un seau sous la tête d’un déporté pour le tuer d’une balle et juge si la quantité de cervelle répandue est de la même quantité que la veille…

Si, me dit Lanzmann en substance , j’avais mis cela dans Shoah, le spectateur se contenterait de savoir cette horreur pour l’oublier aussitôt, alors que son film transmet qu’il ne s’agit pas d’un film d’horreur, mais bien d’une prise de conscience de l’extermination des juifs d’Europe et comment ils sont morts.

Il y eut à plusieurs reprises des projections de parties de Shoah ainsi que de “Sobibor 14 octobre 1943 16H” , toujours en présence de C. Lanzmann.

Le dernier des injustes.

Le réalisateur de Shoah nous met ici face aux tergiversations de ceux qui cèdent trop facilement sur ce suspens de la pensée, qui ne peuvent accepter ce vertige de ne pas savoir, tout en étant dans la nécessaire éthique de le reconnaître. Il nous donne avec ce film, une fois encore, l’exemple d’une transmission en acte de son « regard frontal » sur ce qu’il s’est passé.

Il y évoque longuement le Conseil juif de Theresienstadt si gravement méprisé par Hannah Arendt comme dans le film HANNAH ARENDT de Von Trotta (2012). Ce qui s’y passait a été trop souvent incompris malgré la terreur et le mensonge qui y régnaient.

Lisons le synopsis du dossier de presse . « 1975. À Rome, Claude Lanzmann filme Benjamin Murmelstein, le dernier Président du Conseil juif du ghetto de Theresienstadt, seul “doyen des Juifs” (selon la terminologie nazie) à n’avoir pas été tué durant la guerre. Rabbin à Vienne, Murmelstein, après l’annexion de l’Autriche par l’Allemagne en 1938, lutta pied à pied avec Eichmann, semaine après semaine, durant 7 années, réussissant à faire émigrer 121 000 Juifs et à éviter la liquidation du ghetto. 2012 : Claude Lanzmann, à 87 ans, sans rien masquer du passage du temps sur les hommes, mais montrant la permanence incroyable des lieux, exhume et met en scène ces entretiens de Rome, en revenant à Theresienstadt, la ville « donnée aux Juifs par Hitler », « ghetto modèle », ghetto mensonge élu par Adolf Eichmann pour leurrer le monde. On découvre la personnalité extraordinaire de Benjamin Murmelstein : doué d’une intelligence fascinante et d’un courage certain, d’une mémoire sans pareille, formidable conteur ironique, sardonique et vrai. À travers ces trois époques, de Nisko à Theresienstadt et de Vienne à Rome, le film éclaire comme jamais auparavant la genèse de la solution finale, démasque le vrai visage d’Eichmann et dévoile sans fard les contradictions sauvages des Conseils juifs ».

Avant-propos au débat du film par JJ Moscovitz

Visage à visage, leur regard entre deux hommes toujours côte à côte, Le dernier des injustes, montre comment à Theresienstadt, face au pire de la haine, a été sauvée l’étincelle de toute parole, ici l’étincelle juive de la vie. Témoin actif, le réalisateur filme le dernier des présidents/doyens des Conseils Juifs. Nous voilà chacun à témoigner d’un impartageable qui, jour après jour dans ce ghetto/camp de la mort, s’inscrit aujourd’hui dans notre esprit et, sans doute la singularité de chacun. Aucun expert en Judenrät n’en saurait le fin mot.

Après le tournage de l’interview à Rome en 1975, et depuis la mort de Benjamin Murmelstein en 1989, la geste cinématographique de Lanzmann vient donner cadre à ce qu’il nous dit, à ce qu’il nous lit, feuillets en main, en ouvrant le chemin de ce qu’il montre aujourd’hui. Il monte les escaliers raides par où sont passés vers leur épouvantable chambrée, ces internés, ces déportés juifs de Vienne maltraités, trompés, brutalisés. Ils étaient pour la plupart des vieilles personnes en danger de mort, ne recevant aucun soin.

Regard, voix, corps de Claude Lanzmann font le raccord entre ce qu’il s’est passé dans l’entretien avec Murmelstein à Rome, et le présent où nous sommes aujourd’hui. Parole et écoute se marquent de cet impartageable, de ce suspens d’un savoir ‘incomblable’ sur l’horreur qui a eu lieu. Le spectateur est aussi visage à visage avec les deux acteurs du film. C’est un bouleversant film de cinéma, incarnant au plus vif leur rencontre.

Ici pas de couplage nazi-juif tant prôné par les tenants d’une « zone grise » généralisable à souhait entre les assassins et les victimes. Ces victimes-là auraient de ce fait survécu. Il n’y a pas non plus ici de notion érigée en concept, genre « banalité du mal » d’Hannah Arendt, ni de certains penseurs qui la suivent dans ce registre. S’agirait-il encore pour eux de suppléer au suspens de la pensée devant l’ampleur des crimes commis, de garder leur acte de penser intact, réparable par un savoir construit sur ce que pense un Eichmann ? Lui qui dès 1938, au tout début de l’Anschluss à Vienne puis à Theresienstadt « sequestre » Benjamin Murmelstein qui en sait long sur ce « haut dignitaire nazi ». Il le qualifie de « démon ». Eichmann est condamné à mort au Procès de Jérusalem en 1963. A ce Procès B. Murrmelstein n’est pas appelé à témoigner. Cette fois là eût été une rencontre en face de la cage de verre d’Eichmann et non plus sous sa coupe mortelle à chaque instant.

La Shoah ne nous enseigne rien sur le mal en l’homme, où il séjourne depuis toujours. Freud nous le dit dans toute son œuvre, par exemple en 1916 dans ce texte Considérations actuelles sur la Guerre et la Mort [2] il lance : « Finalement les hommes, dans l’Inconscient, ne sont qu’une bande d’assassins ». Ce qui oblige chacun à combattre en soi un tel constat pour le sublimer. Et à le combattre chez tout ceux qui ont décidé de jouir de ce penchant meurtrier que L’Europe nazifiée a mis en acte contre les juifs.

Murmelstein déjoue le piège nazi, piège du mal absolu se donnant pour négociable, zone grise, d’un couplage possible entre nazis et juifs dans les Judenrät. Voilà l’immense mensonge européen que Le Dernier des Injustes fait saisir. C’est le leurre tendu par Theresienstadt, « Ghetto modèle », faux respect de la vie et de la mort. Leurre aussi que le projet Madagascar, d’abord promu par le gouvernement polonais en 1936, il est proposé ensuite aux nazis pour se débarrasser de leurs juifs. Devant l’échec du projet, Eichmann continue de le faire croire viable au monde et aux juifs en vue d’une négociation possible. Ce n’est qu’un des leurres pour tuer/faire mourir les juifs dans la Solution finale.

Voilà le leurre que B.Murmelstein, pragmatique face au réel, mais aussi malgré tout poète de la vie, dévoile de par sa position de doyen. Ce leurre où les protagonistes sont comme les marionnettes d’un théâtre où la vie vaut la mort, où chacun joue inexorablement son rôle. Il déjoue lui-même ce piège pour le leurrer à son tour, mais en y étant comme la marionnette… de lui-même, risquant sans cesse d’être tué.

Il risque aussi de voir s’éteindre cette étincelle de vie. Elle jaillit aujourd’hui de ses mots, de sa parole, Elle s’entend, se voit dans cette œuvre filmique. Là où les paroles d’hommes combattent le mensonge et le meurtre…

Le suspens de la pensée si présent, si nécessaire face à la Shoah, souvent n’est pas reconnu comme tel, et ce qui devrait le faire accepter, c’est ce vertige. Un vertige c’est un impossible à représenter la Chose produite… C’est une sorte de perte du savoir, de la connaissance. C’est un savoir qui une fois acquis envahit notre pensée, signe même que la transmission de ce qu’il s’est passé est le moment même où un tel savoir s’inscrit. il peut aussi s’estomper à nouveau. Il signe ainsi une perception vraie contre laquelle notre Je lutte, s’opposant à ce suspens.

A l'opposé, Shoah, par la trame du film et les discours qui s’y déploient, nous fait rencontrer cette lutte, ce mouvement de refus qui à un moment se lève. Tissage du film dans lequel comme spectateur je souscris selon mon propre perceptum mais sans atermoiement ni identification à aucun des protagonistes du film.

Une telle possibilité de ne pas s’identifier est importante. Lors du débat avec Lanzmann cela fut abordé . Car dans Le Dernier des Injustes, la force de la présence de B. Murmelstein nous fait nous identifier à lui, tout comme Lanzmann le fait dans son entretien à Rome en 1975. Sans doute est-ce nécessaire pour incarner l’effarement devant la violence qui se transmet.

Voilà chacun face à la limite de ce qu’il perçoit, de ce qu’il peut savoir… et dire, écrire, pour sortir du rêve, agir, voir et/ou filmer aussi ….des films d’amour…

NAPALM de Claude Lanzmann

(mai 2017, producteur François Margolin)

Synopsis :

"Napalm" est le récit de la bouleversante « brève rencontre », en 1958, entre un membre français de la première délégation d’Europe de l’Ouest invitée en Corée du Nord après la dévastatrice guerre de Corée et une infirmière de l’hôpital de la Croix Rouge coréenne, à Pyongyang, capitale de la République Démocratique Populaire de Corée. L’infirmière Kim Kun Sun et le délégué français n’avaient qu’un seul mot en commun, que chacun d’eux comprenait : « Napalm », qui a donné son titre au film.

Propos de JJ Moscovitz ( juin 2017)

"...l'amour embellit les gens, les images, les mots, les films, les corps, le temps, les âges, la vie. NAPALM est un film d'amour contre la violence des guerres. Acte formidable de la victoire sans faille de l'intime sur le politique , de l'amour dans sa singularité la plus mystérieuse contre les organisations collectives quelles qu'elles soient. Celles qui font taire toute parole qui dit le présent du désir. Et qui nous obligent à une obéissance mortifiante, à un mimétisme et à un conformisme lâche et « enténébrants ». L'artiste Lanzmann avec Shoah, donne à chaque victime la singularité de sa sépulture... Ici aussi c' est l'artiste qui par son acte crée le sujet, le monde du sujet où l'amour enrichit le sentiment de la permanence de soi-même. Et rappelle à chacun son désir d'enfance, d'être enfant qui vit un présent qui a eu lieu avant. Il dit l'amour des lieux d'avant. Acte de dire le maintenant dans Napalm, d'un "Là c'était Le Lieu", Das hist Das platz ... Lanzmann énonce dans Napalm la séquence où Shrebnik dans Shoah retrouve, hébété, le lieu où les fosses des corps des juifs étaient entassés après le gazage dans las camions à Chelmno-sur-Ner en Pologne... Toujours vécu dans l'instant singulier du présent ... .

Shoah.

Le film, oui le film, est ce qui est arrivé à la vie et à la mort des juifs. Des gens.

L’art de Lanzmann est de filmer les visages d’où la fulgurance de la parole advient. Un psychanalyste ne peut qu’y souscrire lui qui pose son écoute de la parole qui jaillit du visage qui s’adresse à lui.

Dans Les Qautre Sœurs, film tout dernier sorti en 2018 , l’écoute minutieuse de Lanzmann soutient vivement , ardemment , sans aucun atermoiement, les mots, les pleurs, les sourires, les silences naissant des visages de chacune d’elles. Dernier film de Claude Lanzmann sorti en mars 2018, c’est un adieu au créateur de films, ces quatre femmes lui sont le viatique vers où sa vie l’a mené jusqu’à ce beau jour du 5 Juillet à Paris, date de sa mort.

SHOAH, un film de cinéma.

SHOAH est un film de cinéma, sa mise en scène est une œuvre d’art . Le tissage des séquences présente de sublimes prises de vue des visages des acteurs, ici des membres des Sonderkommando; des « juifs du travail », ceux forcés de jeter les victimes juives dans les chambres à gaz. Ces survivants sont acteurs dans le film, ils étaient tous présents sur les lieux des crimes, les autres, fort nombreux, ont été « liquidés », et eux, une poignée, en ont réchappé .

Lanzmann arpente les lieux des crimes pour découvrir, savoir, transmettre comment les juifs sont tués. Et il « arpente » aussi les paroles de ceux présents en ces lieux, paroles des survivants juifs , dires des témoins polonais, propos des tueurs nazis.

Décalage entre images et paroles.

Entre les images et les paroles souvent existe un décalage. Les images montrent les restes des chambres à gaz détruites par les criminels, les paroles qui les accompagnent à l’écran ne les commentent pas, mais indiquent comment les corps des victimes apparaissent à l’ouverture des lieux de meurtres. Ces séquences incarnent ce qu’il s’est passé. Cet écart est voulu par Lanzmann et met le spectateur en position active. Il se retrouve responsable dans l’actuel devant le film et ce que ce film filme.

N’est-ce pas cela que le metteur en scène nomme Evènement originaire ? c’est un des termes par lequel il nomme Shoah. Ainsi se lit à l’écran dés la toute 1ere séquence « L’action commence de nos jours… à Chelmno sur Ner, Pologne ». C’est « l’incarnation » dans l’actuel de notre temps, les Aktions de tueries de juifs par les camions à gaz.

Lanzmann est à l’écran, il ne met pas en lien , aucun, entre les paroles des juifs, les dires des témoins polonais, les propos des nazis des camps. Par cet écart et la présence à l’écran de Lanzmann se construit ainsi un tissage qui nous transmet la mise à mort des juifs.

Horreur… des meurtes

Shoah ne montre pas cette jouissance des assassins évoquée plus haut, elle reste hors-champ, hors sens, elle reste cachée, souterraine , hors savoir au tout venant. C’est elle qui sans doute apparaît dans la réalité insoutenable aux zonderkommandos présents sur place. C’est ce qui est nommée horreur lorsque elle devient repérable. L’horreur, c’est l’aboutissement de cette jouissance des crimes.

Le spectateur tout venant, qui ne perçoit pas où le film le situe, préfère dire « horreur », alors que par ce mode de tournage, la jouissance est ainsi cadrée entre images et paroles, dans leur écart créé entre elles. La dimension de l’horreur est alors hors champ, voire expressément atténuée. Cela permet au spectateur d’être partie prenante du film.

Certains spectateurs ne veulent rien en savoir. Ils rejettent Shoah, le refoulent, le refusent. Ils qualifient le film de vouloir montrer des images insupportables, tel un film d’horreur, sans percevoir la création de séquences qui nous font accéder dans l’actuel à un acte de transmission dans le présent sur ce qu’il s’est passé. C’est un acte de création intense, novateur, civilisateur..

Shoah un nom

La mise en scène préparée durant 11 ans aboutit en avril 1985 à inaugurer une autre approche des crimes nazis par le cinéma qui le précède. Lanzmann en est le fondateur avec ce nom Shoah issu de la Bible, du texte du prophète Sophonia.

Ce nom dés lors désigne l’effectuation des crimes mais en même temps et surtout la contemporanéité de la mort de chacune des victimes. Ainsi le texte du film s’ouvre sur l’exergue citant le prophète Isaï « Et je leur donnerai un nom impérissable ».

Ce nom de Shoah n’est pas équivalant à la Solution Finale de la Question Juive prônée par les nazis, mais il donne aux victimes une vie pendant l’instant limité par la mort qui leur est infligée sous la torture et la cruauté.

Ainsi Shoah le nom fait sortir chacune des victimes, une par une, du monde des tueurs. Il leur donne ce nom pour toujours. Ainsi nomme-t-on les crimes nazis dans de nombreuses langues depuis le film par ce nom de La Shoah. Il a remplacé le mot Holocauste, par trop indicé à un martyrologue juif, ce qui est une perspective fausse. Aucune victime, aucune survivant ne s’est sacrifié.

Les juifs sont morts parce qu’ils one été tués. Ils ne sont pas morts parce qu’ils étaient juifs , c’est ce que les assassins soutiennent. Nous, nous n’avons pas à clamer cette assertion, bien qu’elle soit cicatricielle pour nous qui vivons, et qui dit leur mort pour chacune des femmes, enfants, hommes tués dans la chambre à gaz.

C’est à eux, les criminels, qu’il faut s’adresser pour qu’ils répondent à leur assertion. Les Procès de Nuremberg en 1946-47 et d’autres après leur donnent la parole et les condamnent.

Evènement originaire

La position du créateur de Shoah-film soutient cet évènement originaire tout au long de la durée des 9h30. Où telle séquence de paroles et d’images est évènement originaire pour les suivantes et les précédentes et fondent ainsi une trame et un temps qui nous donnent accès à ce qu’il s’est passé . Ce début de savoir est l’effet d’une sublimation artistique qui cadrant la jouissance des criminels convoque tous ceux pour qui la parole est signe de l’humain et de la vie de l’esprit. Des psychanalystes sont ainsi concernés de très près dans les fondements mêmes de la découverte de Freud. Et ce dés la sortie du film.

Actuel de la psychanalyse

Ainsi à la sortie de Shoah en avril 1985, a été fondée à Paris l’association Psychanalyse Actuelle.

Le film a un impact majeur dans la pratique de la psychanalyse et dans ses abords théoriques.

Sa mise en scène et son écriture rendent inévitables la prise en compte des effets des camps nazis pour des psychanalysants en analyse et pour des psychanalystes. Le mode filmique d’écriture offre un lien à la vérité de l’inconscient .

En effet des échanges[3] ont eu lieu entre des psychanalystes et Claude Lanzmann lors de débats aussi bien lors de colloques, dés 1986, puis lors de projections[4] des parties de Shoah.

Le film oeuvre pour des psychanalystes à réagencer les moments scandant l’’histoire du freudisme.

-En effet en 1900 après l’invention magistrale de Freud avec la sexualité infantile comme structurant notre inconscient,

-ce fut après les boucheries de la Guerre de 1914-18, l’introduction des notions pour nommer et contrôler quelque peu l’innommable destructivité humaine avec l’imbrication des pulsions de vie (Eros) et les puisions de mort (Thanatos). Pour que l’inconscient retrouve sa dynamique première.

-Puis dés 1945, après la 2e Guerre Mondiale et les camps de la mort nazis, l’Enseignement de Lacan en France avance l’importance du signifiant dans l’inconscient pour effectuer un retour à Freud et lui redonner sa valeur heuristique entre l’intime et le collectif.

-Une 4e scansion advient après ces trois 1eres qui restent articulées entre elles et sont des gains de savoir symbolique sur le réel, mais la 4e, l’actuelle, a trait à une immensité sans précédent de destruction massive des juifs européens, des Tziganes, des malades mentaux. C’est une perte grave au registre du symbolique regagné par la compacité du réel des meurtres.

Au point que La Shoah nomme désormais ce qu’il s’est passé.

Il nous faut maintenant avancer avec ce terme de jouissance qui a ruiisselé sur l’Europe nazifiée. Ce mot , Genuss en allemend , n’est pas par Freud mis en avant comme il l’est désormais au du fait de la Shoah.

Jouissance non cadrable

Dans la clinique psychanalytique, pour le psychanalysant comme pour le psychanalyste, existe un certain innommable devant les effets ressentis par de tels meurtres. C’est qu’il s’agit de jouissance non cadrable dont l’objet est la mort elle-même. La mort est alors objet consommable, distribuable rendant caduque son rôle subjectif de limite de la vie. Dés lors se produit pour le sujet une tendance persistante à se confondre avec l’excitation pulsionnelle qui le fonde.

Viennent se mêler entre eux trop intensément les désirs de la vie quotidienne : désir de savoir , désir de jouissance et désir narcissique. Or l’analyse ne vise qu’à promulguer, par le désir de savoir, l’ouverture de l’inconscient . Un savoir sur les pulsions de vie et de mort en découle. Savoir souvent en suspens désormais.

Shoah un cadre à la jouissance des meurtriers.

Le montage filmique de Claude Lanzmann instaure ainsi un cadre à cette jouissance, "jouissance" qui veut rester ignorée, retranchée de tout savoir. Ce suspens se lève en partie et le savoir devient légitime du fait même de l’apport symbolique que produit l’imbrication des paroles et des images.

Comme œuvre d’art, Shoah lance un défi. N’est-il pas un opérateur inclassable au niveau symbolique de l’inclassable de l’horreur qui a existé dans la Shoah ? Le film Shoah est le début d’une désacralisation, donc d’une actualisation de ces faits restés hors transmission. Il préfigure enfin une écriture de l’indicible et de l’in-montrable.

Le féminin , l’humain, le juif ont été le « lieu » à détruire. Lieu/non-lieu. La vie vaut la mort . Les dieux ont existé : ils n’ont été ni absents ni innommables. Le hors monde a été en quelque sorte mis en monde, dans ce « monde » pour lequel il est normal de ne pas savoir que tout a été possible.

Et si le « normal » s’est imposé, c’est afin que l’horreur reste ignorée, et se module en jouissance ignorée. Après 1945, et surtout depuis Shoah, cette ignorance cesse, mais à quel prix ? Dans l’écriture des Procès de Nuremberg , les meurtres de masse sont inscrits historiquement sous le nom de Crimes contre l’humanité. Cette inscription humanisante œuvre en faveur de l’oubli : elle ne prend pas en compte le suspens de la pensée devant le crime. Par conséquent, ne risque-t-elle pas une détextualisation qui poursuit passivement le vouloir de l’ennemi du genre humain de retrancher le crime dans l’histoire, et à retrancher du conscient sans percevoir que son retour est sans cesse en cours?

Inventer en psychanalyse

Face à un tel risque, la psychanalyse doit elle-même renoncer à des repères théoriques dominés essentiellement par les notions de psychologisme et de sadisme. Elle doit tenter un forçage dans l’accueil de l’écrit et de l’image filmiques. Voilà une nécessité telle que Shoah le propose en tant que film et sans croyance en l’image comme outil de captation du réel, de tout le réel ! Cadrer –au « cinéma Lanzmann »- c’est creuser disait-il, c’est creuser dans le plein du réel, dans le plein du réel de la jouissance, ajoute le psychanalyste.

Anus Mundi, cinq ans à Auschwitz de Wieslaw Kielar (paru en 1972) : l’auteur rend compte de ce qu’il a vu à 20 ans, il a été en juin 1940 , un des tous 1ers déportés à Auschwitz qu’un médecin allemand qualifie de ce terme d’anus mondi. ! Les nazis jeté leurs gazs sur le juifs! Kielar découvre le pire, soit l’organisation de la cruauté et de la jouissance des pulsions hissées au rang de l’organisation du Totalstadt. Où la cruauté perverse monte en jouissance, modèle infini de captation des masses. La cruauté comme moyen d’obtenir le pouvoir politique et la confondre avec lui. Le pouvoir dés lors sert la cruauté. Est la cruauté. Et organise la désubjectivation du monde intime, de l’intime des gens. Du lien de vie à vie. Du lien à la mort. Ne pas montrer cette cruauté est le grand mérite de Shoah,le film, il permet ainsi aux psychanalystes en accord avec ce mode de transmission, peuvent soutenir l’entame des notions en cours avant le crime. Ainsi Eros et Thanatos devenus nécessaires après la 1ere Guerre mondiale, sont amenés à constater qu’un changement de paradigme est à décrire.

Eros capte Thanatos : rupture de l’Histoire.

Reprenons le terme de pouvoir ici évoqué ci dessus. Le pouvoir avec la Shoah est capté par ces bruissements de jouissance d’Eros. Ce dernier rend inerte Thanatos. Les pulsions de liaisons ont capté les forces de dé-liaison, la vie vaut la mort et les deux ne valent plus rien pour le redire encore.

Horreur de masse où la jouissance en appelle à se répéter car sa force vient de sa répétition même, inarrêtable. Impensable.

Freud souligne dans Malaise dans la civilisation de 1929 combien dans l’univers d’abord règne la dé-liaison de l’inanimé, mais dés lors que l’animé et les liaisons surgissent, l’inanimé veut continuer sa fonction de dé-liaison. Leur imbrication, celle entre Eros et Thanatos, est effective. Mais la Shoah la défait, et Thanatos ne peut plus freiner les liaisons de l’animé qui deviennent infiniment destructrices.

Et c’est la rupture de l’Histoire, l’avant des meurtres n’explique pas leur accomplissement. Il y a rupture entre l‘avant et l’après. Les jouissances par Eros sont partie prenante des meurtriers et empêchent tout savoir. Il n’y a pas de raccord entre l’avant et l’après les meurtres. Certes le pouvoir nazi a des causes connues, mais la Shoah, ne peut avoir une cause explicable, sinon à la savoir, alors pourquoi l’avoir ignorée à ce point. Impossible à accepter.

L’inscription de l’horreur de masse est hors représentation quoiqu’il en soit. La difficulté est de se référer à la Loi du père qui gère notre rapport à la vie et aussi notre rapport à la mort.

Ainsi pouvons-nous définir l’humain et l’humanité du fait d’un manque qui les définissent et que le totalitarisme vue abraer. Car l’humain, dans sa singularité, ne peut s’appuyer sur un savoir qui soit total. Le négationnisme est le produit de ce total .

Shoah, lutte contre les totalitarismes

Aujourd’hui, faire face au négationnisme du meurtre de masse, c’est – au travers du film Shoah – lutter contre toute forme de totalitarisme qui veut combler , ner le raccord entre l’avant et l’après dans la Shoah puisqu’il la nie.

Les nazis ont attaqué l’écart entre vie et mort instaurée depuis l’inscription il y trois millénaire dans notre monde par le Monothéisme éthique de la pensée juive instruite depuis Moïse le législateur. Le nazisme attaque les juifs pour détruire cet écart en tentant d’exterminer leurs corps, leurs âmes, leur histoire. En vain.

L’éthique du psychanalyste et la fonction de la psychanalyse visent à dénazifier la mort, autorisant ainsi sa subjectivation et permettant à la castration de faire limite aux jouissances . La mort, parce que séparée de la vie dans le vivant, retrouve alors sa place dans le registre du symbolique . La vie, parce que séparée de la mort, et non confondue avec le biologique, retrouve son inscription dans la vie.

Tant il est vrai qu'un humain ne peut se passer de son propre irreprésentable. Que lui interdit précisément le totalitarisme. Cet irreprésentable humain , lui, lui est en quelque sorte consubstantiel. C’est sa singularité même. Et ce qui est arrivé à la vie et à la mort avec la Shoah, nous met à la tâche, nous gens de la parole, d’en être les défenseurs quoiqu’il nous en coûte….

Jean-Jacques Moscovitz


[2] Cf Considérations actuelles sur la Guerre et la Mort supra page 79.

[3] notamment avec Anne-Marie Houdebine, Michelle Ruty, Eric Didier , Smaîn Hadjadj, Michel Guibal, Maria Landau, Barbara Didier-Hazan, Nabile Farès et moi-même. Et aussi Anne-Lise Stern, ancienne déportée devenue analyste.

[4] Une des activités de Pscychanalyse actuelle , « Le Regard qui bat … » a ainsi reçu Lanzmann plusieurs fois pour projeter des parties de Shoah, mais aussi pour les films Sobibor 14 octobre 1943 16 heures, Le dernier des Injustes et d’autres filme encore.



Hommage à Claude Lanzmann "Les quatre sœurs". Mardi 23 octobre 2018 à 20H30 : Le serment d'Hippocrate & La puce joyeuse - Mercredi 24 octobre 2018 à 20H30 : Baluty & L'arche de Noé : http://www.psychanalyseactuelle.com/le-regard-qui-bat


"Rêver de réparer l'histoire " présentation de l'édition traduite en espagnol à Buenos-Aires le 1/10/18

publié le 3 oct. 2018 à 16:46 par Psychanalyse Actuelle   [ mis à jour : 29 oct. 2018 à 05:46 ]

"Rêver de réparer l'histoire " présentation de l'édition traduite en espagnol à Buenos-Aires le 1/10/18

Intervention de Jean-Jacques Moscovitz

Je vous remercie beaucoup de votre invitation. Notamment Daniel Zimmerman pour le magnifique travail qu’il a fait dans  lecture de mon livre .

Le point majeur est comment CLAUDE LANZMANN donne cadre à la jouissance des crimes tout comme Freud coupant dans le réel du symptôme lait advenir le sujet. 

Il y’a là une pudeur non seulement de l’ordre de l’élégance mais c est une pudeur nécessaire car elle est créatrice de son film.

Dans un échange privé avec Claude Lanzmann, il me cite l’exemple de Shrebnick .  Ce garçon de 13 ans devait amener chaque matin un seau : un juif  déporté était tué d’une balle dans la téte pour voir la quantité de cervelle qui s’ écoulait pour savoir s’il

y en avait  plus ou moins que la veille. Lanzmann  explique que s’il avait mis le récit de cette séquence dans son film,  son but, son axe  étant  de montrer comment les juifs étaient tués en masse dans la chambre à gaz, il  ne pouvait plus garder sa ligne frontale  car le sadisme et l’érotique allaient séduire le spectateur. Et l’immensité du crime nazi serait passé au second plan.

-/-/-

Ton propos m’a enseigné notamment ton apport sur Lou Andréas Salomé qui  m’enchante  énormément,  quelle joie de faire rencontrer Lanzmann et Lou Andréas Salomé ! Voilà une façon de rendre  hommage à ce grand réalisateur. Puisqu’il est mort ce 5 juillet 2018.

LOU  dit combien la psychanalyse fait très peu de cas au cinéma alors que ça devrait être le contraire tout au moins vers les années 20 et 30. Mais on sait que Freud s’est opposé grandement au cinéma. Alors que Son merveilleux article qu’il a écrit de façon secrète et qui s’intitule l’Inquiétante étrangeté  est un excellent texte  de cinéma.
Combien le cinéma et la psychanalyse sont en lien l’un avec l’autre au point de parler de sciences affines réciproques l’une pour l’autre. Aujourd’hui.

La question est le rapport entre discours image et discours signifiant, de  l’équivocité signifiante : peut-elle se retrouver dans les discours image du cinéma notamment si une image ne peut se nier elle-même contrairement au mot qui comporte en lui-même sa propre négation voir son effacement.

C’est là où le terme de grand cinéma est amené à sa mesure où il a la capacité de mettre en scène ces questions qui nous tiennent, soit de mettre en scène la parole comme le fait Lanzmann, puisqu’il s’agit de lui dans ton texte comme dans mon livre.

De mettre en scène la violence du siècle dernier, le réel, qui touché, touche le symbolique dans son fonds. Pouvoir filmer la violence des images malgré les images.
C’est là où le terme de pudeur a une place très importante à souligner.  Et  tu soulignes très bien cette pudeur essentielle  face a la jouissance des crimes. Et oui j’ai avancé et tu le reprends très bien pour me l’éclairer plus loin ces termes de L’INVISIBLE A DIRE qui devait être à un moment donné le titre de mon ouvrage.
Autre point que tu abordes excellemment, c’est celui de l’objet en tant qu’objet acteur, tel que le montre LE CHIEN ANDALOU quand il s’agit de couper l’œil, organe de la vision, organe du cinéma, de couper le regard, soit de couper la coupure.  De couper la coupure en quelque sorte et nous donner l’illusion de nous faire accéder au secret du secret de notre âme. Autre exemple d’objet acteur, acteur dirigé par le metteur en scène.  C’est celui du train dans Shoah,  dont  Simone de Beauvoir  avance que seul le bruit des trains sur les rails est la musique du film. La caméra elle-même est un objet acteur dans certains films où elle est présente dans certains films (The big red One de Samuel Fuller où

Son fusil de G’ils est remplacé par sa caméra) . Notamment avec la notion de caméra interne que j’ai trouvée dans des lectures sur les films qui me semble être une formidable avancée pour faire un lien entre cinéma  et le rêve, les fantasmes, leur traversée, et à la psychanalyse.

Mais surtout cet objet acteur fait lien au discours analytique en ceci qu’il est l’équivalent au sein de ce discours du trait unaire, ce qui oriente l‘écoute d’une chaîne signifiante.

Parlons maintenant quelques instants  du mot Shoah, nom propre ou signifiant NOUVEAU    simplement unnon commun, venu du texte du petit prophète Sophonia dans la Bible qui avance que Dieu punit le peuple juif en le détruisant au point qu’il n’apparaîtra plus que des pierres et plus  aucune cellule vivante végétale ou animale.  C’est le retour à l’inanimé, au sein de l’animé. Et nous savons que Freud dans Malaise dans la civilisation et Au-delà du principe de plaisir décrit Eros  et Thanatos avec ces termes : l’inanimé règne dans l’univers et quand l’animé, L’ORGANIQUE  surgit il va vouloir continuer sa course au sein de l’animé. C’est que l’avant peut pénétrer dans l’après et s’y faire sa place, s’imbriquer ensemble. 

Or j’avance quelques  point sur  l’engendrement de la psychanalyse en quatre temps.

-premier temps celui du sexuel infantile, qui marche moins bien après la guerre de 14 18 et fait avancer,

-c’est le 2e temps DE  Freud,  Eros et Thanatos.. -Puis 1945 arrive après la Shoah et l’enseignement de Lacan fait percevoir la valeur de la parole et du signifiant pour reprendre Freud  dans son apport tout premier.

-J’avance un quatrième temps après les camps avec  le film Shoah qui nous met face aux enjeux radicaux des effets traumatiques et  de destructions et de silences  sur la Shoah elle-même.

Avec les noeuds borroméens je dirais que peut-être là Lacan nous aide à comprendre ce temps originaire d’une certaine façon.
Le mot Shoah  introduit une pudeur nécessaire dont Lanzmann sait tellement bien faire usage dans ses films. C’est que ce mot remplace le mot Solution Finale qui est la définition même des meurtres des juifs, des malades mentaux et d’autres peuples.
En même temps il remplace, il  bouscule le mot holocauste qui est un sacrifice, or  il n’y a rien de sacrificiel dans ce qui s’est produit dans la chambre à gaz. Dans la Shoah. Ce terme cicatriciel aboutit comme à créer un sorte de cicatrice entre les  générations. Ainsi il y  aurait trois générations après l’extermintion, voire aujourd’hui  peut-être quatre ou cinq de plus apres.
Je ne peux pas  accepter ce point de vue d’une première génération après les nazis. Ils  n’ont rien fondé du monde où nous sommes et nous ne leur devons rien. Nous sommes tous d’une deuxième génération issue  d’une première avant nous et en  situant  parfois  une après nous. C’est là un point cicatriciel très difficile à faire entendre dans les milieux culturels qui ont été touchés par ce qu’il s’est passé

De quoi est faite cette pudeur sinon que Lanzmann comme tout cinéaste, du grand cinéma sait filmer le visage des acteurs,  que ce soit un documentaire ou un film de fiction, le visage est le lieu d’où vient la parole , c’est  un excellent artiste du visage. 

C’est pourquoi je commence mon livre par une critique très vive du film Salo de Pasolini.
AUTRES POINTS . Celui de l’événement originaire et qui est une sorte de topologie de la matière filmique, Topologie étant ici identifié à la pâte dans laquelle on peut couper et  rabouter et recoller des morceaux pour travailler les surfaces et les volumes qui concernent par exemple le noeud Borroméen comme écriture à 3 dimensions.
Autre point le décalage entre les images et  les paroles  permet au spectateur d’être responsable, il est saisi par cet écart qui l’ oblige à se rendre compte de ce qu’il voit et à l’intégrer selon son propre mouvement  de voir et son propre style. Ou alors il s’endort et s’en va de la salle de cinéma.

Un petit apologue quand même pour vous dire que ce livre est sorti début janvier 2015, et le 7 janvier 2015 c’est l’attentat contre Charlie hebdo, je suis dans un studio de radio pour un interview et à chaque minute c’est l’info d’une mort de plus.

Ce qui nous montre combien le terrorisme actuel dont nous sommes témoins est évocateur des meurtres du siècle passé.
-Autre point de psychanalyse que j’ai été conduit à trouver. C’est le terme de FORCLUSION CONSTRUITE c’est-à-dire le négationnisme c’est-à-dire le fait de nier que les chambres à gaz ont existé, nier que cela a eu lieu  et cela pour que la jouissance continue sous le sceau du secret sans être cadrée, qu’elle reste secrète, cachée au monde , d’où  se realisation .
Cadrer c’est cadrer dans le plein du réel dit Lanzmann et j’ajouterai dans le réel des jouissance, pour qu’elles ne  restent plus hors du signifiant , pour que ce soit du parlable. C’est ce que les procés de Nuremberg  ont essayé de mettre en paroles par les propos des assassins,  avec les grands criminels pour qu’ils avouent  leur crime mais vous savez combien ils ont nié jusqu’au bout sauf un ou deux.

Enfin trois lieux d’histoires sont à décrire selon moi.

Trois lieux : la grande ,  la familiale, et l’intime, mon histoire, celle que j’apprenais par ce que j’avais entendu dans la journée qui m’a valu d’écrire…À force d’entendre ce qu’il se disait dans ma  famille , un jour je me suis mis à écrire et ce fut  D’où viennent les parents mon 1er ouvrage .
-Autre lien avec la psychanalyse et le cinéma « Lanzmann »,  c’est que parler de ces questions, les aborder FAIT SORTIR DU DISCOURS ANALYTIQUE très facilement et qu’il faut y revenir et pour y revenir j’ai découvert que j’ai su revenir encore plus fort qu’auparavant. Voilà pourquoi j’ai éte amené à ces questions en tant qu’analyste.
Encore un point :celui de la POROSITE grandissante entre le collectif et le sujet. Voilà  la dimension politique contenue dans le sous titre  du livre ,où le sujet risque d’être englouti dans la  prise par le  collectif par le retour dans les cures comme dans la vie, dans la cité : retours  des nationalismes, des flux  identitaires et donc religieux.

En particulier cette dimension affirmationnisme contrepoint du négationisme    avec la forclsuion construite. Où il s’agit non plu de cacher les crimes mais de les exhiber. Cela améne à nier encore plus que dans ces crimes de Daesh il y a annulation de la levée de l’interdit au meurtre, levée tellement évidente  que l’on ne peut pas s’en apercevoir. Cela se percoit dans  le film de Rithy Panh S21 au Cambodge où un certain Duch, le chef de ce camp de tueries, dit tout ce qu’il fait avec toute la comptabilité de pr de mathématiques qu’il a été. De tous les crimes qu’il a commis comme s’il s’agissait simplement d’un jeu de cirque ou de théâtre. Exemple aveuglant de forclusion construite.
C’est-à-dire le retrait de quelque chose pour le nier et garder les jouissances des meurtres par devers soi.

-En même temps la science n’est pas absente en ce que la psychanalyse est  une science de la formalisation où l’écoute prend  le pas sur le visuel. Il y a donc un compte en cours très dur avec le MEDICAL, médical dont vous savez qu’il a été le départ de l’eugénisme  des nazis.

-L’utilisation des concepts où par exemple le terme de refoulement mis en position fixe pour être étudié va provoquer un déroulé de signifiants et de concepts qui ne sera pas le même si on prend un autre concept de départ. C’est comme cela que j’ai étudié le  refoulement de la Shoah, avec Günter Anders qui est freudien, son livre Nous fils d’Eichmann l’indique :   Ses fils sont  negationnsites pour sauver leur père. Andres avance que nier apres pu pendant un crime est l’habitude,  mais le nier  avant, voila la  forclusion construite.

Étudiant  le refoulement comme j’ai essayé de le faire, je suis tombé sur cette avatar nouveau à mon sens que j’ai nommé forclusion construite.  C’est-à-dire ce retrait de quelque chose du réel et de la réalité de telle façon que cela est effacé que ça ce soit produit. ça s’appelle négationnisme.
Le négationnisme est inhérent aux crimes de masse et il en est la condition  et le terme. La  mort comme objet  est ici au premier plan, voire objet acteur qui aliène justement , qui bouche , qui transforme l’inconscient.  Il en résulte des blocs dans l’inconscient qui restent inabordables.

Heureusement qu’il y a des films d’amour qui tiennent le coup, c’est d’ailleurs ce qui est préconisé par Lanzmann  pour ceux qui veulent  faire des films comme lui.
Dans le lien entre psychanalyser science c’est le lien entre parole  et image où la théorie de  l’aphasie de Freud qui  montre que c’est  l’image acoustique soit le signifiant qui prime sur toutes les autres formes d’images quelles qu’elles soient cénesthésiques,  visuelles  etc.

A suivre….

Jean-Jacques Moscovitz

(membre de psychanalyse actuelle et du Regard qui bat)

Lire ici l'introduction de Daniel Zimmerman



Soñar con reparar la historia / Jean Jacques Moscovitz

Por Ilda Rodriguez, 

Bs. As. 1/10/18 de la Presentación en Dain Usina Cultural

Letra Viva- Colección Latitud Subjetiva, dirigida por Alejandra Ruiz Lladó.

       Comienzo por agradecer la invitación de Alejandra Ruiz Lladó a presentar esta novedad,  quien dirige la colección que ya hace serie – tres libros han hecho su aparición en nuestro medio- poniendo en acto su pasión por las diversas dimensiones que hacen a la escritura. También a Jean Jacques Moscovitz, artífice de esta apreciable obra, quien comienza  la Presentación  de la misma con esta idea base: “Para acceder a lo que no se da a lo consciente, en el cine se corta el órgano  de la visión”, en referencia a una secuencia de culto de Un perro andaluz de Luis Buñuel y Salvador Dalí.

      Cabe señalar que no se trata  sólo de lo que los textos dicen, sino de lo que ellos  nos hacen decir. Me interesa el que hoy estamos presentando, porque hace lugar a un abordaje polifónico que la propuesta de un psicoanálisis en extensión plantea y que sin duda, es un arduo problema. Quiero decir, que aquí estamos ante un texto ofrecido a nuestra lectura que se resta delicadamente de lo que se ha dado en llamar un psicoanálisis aplicado: aquel que reencuentra en otro lugar lo mismo de lo mismo o más de lo mismo: vale decir una repetición imaginaria. Posición subjetiva que poco y nada  implica a la del psicoanalista, ya que esta se funda en su deseo, conforme abre su escucha- en sentido amplio- hacia lo azaroso, sorprendente, in-esperable. Antes bien, diría que en esta ocasión, lo que sí puede suceder –al menos es mi experiencia- es que se puedan descubrir conceptos que –como dice Lacan- cabe “recobrar” para el psicoanálisis: por ejemplo, la importación de nociones nacidas en el suelo del cine.[1] Situación paradójica, ya que implica- según mi opinión-  recobrar lo que nunca le perteneció. Se trata de abrir el perímetro del corpus psicoanalítico, a los efectos de dar una nueva vuelta tendiente a preservar el borde del agujero. Quiero decir que a la lectura del texto de lo inconsciente, el autor  le articulará  -ocho interior mediante- la lectura del texto cinematográfico, para hacerlo atravesar  el fascinum de la voz y la mirada.

      Daniel Zimmerman lo prologa, introduciéndonos por medio de la pregunta: ¿qué es un invisible de decir? Sin dudas,  entiendo que el convite del autor desde el texto, es que se lo haga funcionar;  lo digo así, porque  es respondido por el lector haciendo un paseo intertextual. Moscovitz - al modo de  Bajtin- le plantea al texto “ajeno” –acercado por el cine- nuevas preguntas y este le responde descubriendo otros aspectos y  posibilidades. En todo caso,  qué implica una lectura, sino autorizarse a la generación de enigmas, a la jerarquización de los intersticios.

      A mi entender, nuestro autor, a partir de una experiencia  como espectador del film  Shoah- aniquilación y exterminio-  inicia este camino de la invención hacia  el montaje de un texto que no se limite simplemente a desarrollar la intriga, sino que se aparta  de esta para –en un ida y vuelta - apuntar a los objetos representados, a los fines de que aparezcan en una sugestiva indeterminación. Quiero decir, que pone en acto que al saber de lo inconsciente no se lo descubre, sino que se lo inventa. Sabemos que Lacan –siguiendo a Freud- en el Seminario Los cuatro conceptos fundamentales, 11; en Del Trieb de Freud y en Posición de lo inconsciente,[2] sostiene que la pulsión se parece a un montaje y que en un análisis,  se trataría de su desmontaje. Pues bien, en este montaje- desmontaje de un “gran cine”- como lo llama el autor -y del psicoanálisis, habilita a una apuesta importante como es la de reflexionar psicoanalíticamente sobre la pulsión. De nuevo, ¿se tratará del freudiano malestar en la cultura del siglo pasado o antes bien,  del creciente primado de la lacaniana facticidad segregatoria? Es decir, de la nuda vida, como la nombra Agamben.

    Moscovitz atraviesa sus consecuencias –a la manera del cine – no preguntándose por el por qué, sino abriendo la vía a   la  invención  de significantes nuevos y produciendo una transmisión en acto, no sólo como el testigo radical que para él, resulta el  espectador; sino que nos entrega lo real de un efecto de sentido en la textura de este libro. Su apuesta a la articulación de lo inconsciente y el arte- cinematográfico en la ocasión- se encuentra según entiende, en transformar el objeto en semblante, puesto que las películas destacadas movilizan fragmentos del mundo, convirtiéndolos en elementos de un discurso por el acto de su disposición. De otro modo: no acuerda con un cine concebido como copia puntual de un original transparente; por cuanto la realidad del mismo, se halla irremediablemente perdida.

       Un vívido testimonio de sus  premisas resulta el relato de su propia experiencia como espectador de Shoah: “…El punto importante para mí era, evidentemente, lo que la película me decía, me hacía escuchar, me hacía ver; lo que las personas cercanas a mí no habían podido decirme. No podían, no sabían responder a mis preguntas acerca de lo que había pasado, cómo había ocurrido eso…” Diría entonces que el montaje – noción importada desde el cine- hace a la responsabilidad ética del analista: ni  laisser-faire, ni manipulación; antes bien decantación de lo real de un efecto de sentido, como subrayaba antes.

     Cada capítulo del libro es precedido por una lista de filmes tomados como referencia junto a los conceptos a los que se articulan. La cuidada edición incluye “las capturas de pantalla” de la mayoría de las películas citadas, convirtiendo al libro en una galería de cuadros cinematográficos (nos advierte el Prólogo)

           Para concluir, quiero decirles que en la lectura de Soñar con reparar la historia, entendí que si el estilo de una película depende en gran parte, del modo en que se monta el film; el estilo jugado en esta obra - cuya lectura  recomiendo vivamente - marca una singularidad que  la distintiviza de otras sobre la temática: la puesta en acto de una praxis psicoanalítica desplegada entre lo íntimo y la extimidad,  lo singular y lo colectivo que decanta entre sujeto y político, por la vía  de una - así llamada por el autor- política del despertar. 


Présentation par Ilda Rodriguez au Dain Usina Cultural de Buenos Aires

le 1er octobre 2018

Traduit de l’espagnol / Traduction (approximative) en français

Je commence par remercier l’invitation d’Alejandra Ruiz Lladó à présenter cette nouveauté, qui dirige la collection qui fait déjà des séries - trois livres ont fait leur apparition dans notre environnement - concrétisant ainsi leur passion pour les différentes dimensions de l’écriture. Jean Jacques Moscovitz, architecte de cette œuvre remarquable, commence la présentation de la même chose par cette idée de base : "Pour accéder à ce qui n'est pas donné au conscient, au cinéma l'organe de la vision est coupé", référence à une séquence culte du Chien Andalou de Luis Buñuel et Salvador Dalí (1929).

      Il convient de noter que ce n’est pas seulement ce que les textes disent, mais ce qu’ils nous font dire. Je suis intéressée par celui que nous présentons aujourd’hui, car il laisse la place à une approche polyphonique que la proposition de psychanalyse en extension soulève et qui constitue sans aucun doute un problème ardu. Je veux dire que nous sommes ici devant un texte proposé à notre lecture qui est délicatement soustrait de ce que l’on a appelé une psychanalyse appliquée: celui qui trouve à un autre endroit la même chose du même ou plus du même: il vaut la peine de répéter une répétition imaginaire La position subjective que peu ou prou n'implique celle du psychanalyste, puisque celle-ci est basée sur son désir, alors qu'il ouvre son écoute - dans un sens large - au hasard, surprenant, inattendu. Je dirais plutôt que cette fois, ce qui peut arriver - du moins c'est mon expérience - est que vous pouvez découvrir des concepts qui - comme le dit Lacan - peuvent être "récupérés" pour la psychanalyse : par exemple, l'importation de notions nées dans le sol du cinéma. Situation paradoxale, puisqu'elle implique - à mon avis - de retrouver ce qui ne lui a jamais appartenu. Il s’agit d’ouvrir le périmètre du corpus psychanalytique, afin de donner un nouveau tour tendant à préserver le bord du trou. Je veux dire par la lecture du texte de l'inconscient, l'auteur articulera - huit intérieur - de la lecture du texte cinématographique, pour le faire passer par la fascination de la voix et du regard.

      Daniel Zimmerman le préface en nous introduisant au moyen de la question : qu'est-ce qu'un invisible à dire ? Sans aucun doute, je comprends que l'invitation de l'auteur à partir du texte est de le faire fonctionner ; Je le dis de cette façon, car le lecteur y répond en faisant une promenade intertextuelle. Moscovitz - à la manière de Bajtin - pose sur le texte "outsider" - à propos du cinéma - de nouvelles questions et il répond en découvrant d'autres aspects et possibilités. En tout cas, ce qui implique une lecture, mais autorise la génération d’énigmes, la hiérarchie des interstices.

    À mon avis, notre auteur, après une expérience en tant que spectateur du film Shoah - annihilation et extermination - ouvre ce chemin de l'invention vers l'assemblage d'un texte qui ne se limite pas à développer simplement l'intrigue, mais s'éloigne de cette à - en aller-retour - vers les objets représentés pour apparaître dans une indétermination suggestive. Je veux dire, cela met en acte que la connaissance de l'inconscient n'est pas découverte, mais inventée. Nous savons que Lacan - à la suite de Freud - au Séminaire Les quatre concepts fondamentaux, 11 ; Dans Del Trieb de Freud et dans Position de l'inconscient, il soutient que la pulsion est comme un montage et que, dans une analyse, ce serait son désassemblage. Eh bien, dans cette assemblée - le désassemblage d'un "grand cinéma" - comme l'appelle l'auteur - et de la psychanalyse, cela permet un engagement important tel que celui de réfléchir psychanalytiquement sur le lecteur. Encore une fois, s'agira-t-il du malaise freudien dans la culture du siècle dernier ou plutôt de la primauté croissante de la facticité ségrégative lacanienne ? C'est-à-dire de la vie nue, telle qu'elle est nommée par Agamben.

    Moscovitz en subit les conséquences - à la manière du cinéma - non pas en demandant le pourquoi, mais en ouvrant la voie à l’invention de nouveaux signifiants et en produisant une transmission en acte, non seulement en tant que témoin radical que pour lui, c’est le spectateur ; cela nous donne le réel d'un effet de sens dans la texture de ce livre. Son pari sur l’articulation de l’inconscient et de l’art cinématographique à cette occasion trouve, tel qu’il le comprend, la transformation de l’objet en un semblant, puisque les films mis en avant mobilisent des fragments du monde, les transformant en éléments de discours par l’acte de leur disposition. Autrement : cela ne correspond pas à un cinéma conçu comme une copie ponctuelle d'un original transparent ; parce que la réalité est irrémédiablement perdue.

       Un témoignage vivant de ses locaux est l’histoire de sa propre expérience en tant que spectateur de la Shoah : « … L’important pour moi était évidemment ce que le film m’avait dit, cela m’avait fait écouter, cela m’avait fait voir ; ce que les gens proches de moi n'avaient pas été en mesure de me dire. Ils ne pouvaient pas, ils ne pouvaient pas répondre à mes questions sur ce qui s’était passé, comment cela s’était passé ... "Je dirais alors que le montage - la notion importée du cinéma - rend la responsabilité éthique de l’analyste : ni laisser-faire, ni manipulation ; décanter le réel d'un effet de sens, comme je l'ai souligné précédemment.

     Chaque chapitre du livre est précédé d’une liste de films pris comme référence, ainsi que des concepts auxquels ils s’articulent. L'édition soignée comprend des "captures d'écran" de la plupart des films mentionnés, convertissant le livre en une galerie d'images cinématiques.

   Pour conclure, je tiens à vous dire que lors de la lecture de Rêver de réparer l’histoire, j’ai compris que si le style d’un film dépend en grande partie de la manière dont il est monté; le style joué dans cet ouvrage - dont je recommande vivement la lecture - marque une singularité qui le distingue des autres sur le sujet: la mise en scène d'une praxis psychanalytique déployée entre intimité et extimité, le singulier et le collectif qui décante entre sujet et politique, par le biais de ce que l’auteur  appelle  une politique d’éveil.

Ilda Rodriguez


[1] J. Lacan, “Función y campo de la palabra (habla) y del lenguaje en psicoanálisis”, Escritos I, México, Siglo XXI, 1975

[2] J. Lacan, Seminario “Los cuatro conceptos fundamentales del psicoanálisis, 11 , Barral, Barcelona, 1977 – “Del Trieb de Freud y del deseo del psicoanalista,” Escritos II, Siglo XXI, México, 1984 –“Posición de lo inconsciente”, Escritos II (cit.)

Marceline Loridan-Ivens nous quitte ce 18 septembre 2018

publié le 20 sept. 2018 à 02:08 par Psychanalyse Actuelle   [ mis à jour : 4 oct. 2018 à 03:20 ]

Marceline Loridan-Ivens nous quitte ce 18 septembre 2018

Par Jean-Jacques Moscovitz

Voici en son hommage, la reprise de ce que j’ai inséré dans mon ouvrage Rêver de réparer l’histoire à propos de  son film "LA PETITE PRAIRIE AUX BOULEAUX " (2003)[1]

C’est ce qu’elle appelle le charivari, le ‘balagan’ du temps[2] où elle filme en 2003 sa déportation à Auschwitz et son retour à Paris. 

C’est un retour vers le futur depuis là-bas, Birkenau. C’est un voyage au présent entre l’actuel de nos jours et l’actuel de ses années de déportée. Pour en revenir sans cesse.

Marceline Loridan-Ivens nous invite à la suivre dans ses traces, dans ses pas pour une mise à jour du temps. Cela reste impossible d’aller vers ce dont il lui faut parler, témoigner. Ce télescopage de ses périodes de vie n’a rien de dissonant. C’est un charivari, un désordre, un « bordel » nécessaire, ou un balagan, mot hébreu venu du russe, c’est le titre de son livre « Ma vie balagan »[3].

A Bollène, en 1944, dans le Vaucluse, à 16 ans, la Milice et la Gestapo la capturent pour Drancy puis Birkenau, avec son père, résistant.  Lui il ne reviendra pas[4]. Il est omniprésent dans le film et dans le livre[5], dans la vie de Marceline Loridan-Ivens.

C’est lui qui lui donne son tempo, qui est son métronome, une mesure de sa vie.

Par sa plume, dans ce livre comme dans les très nombreux interviews qu’elle donne, le tournage du film est en continu. Elle nous montre ses joies et sa déception lors de son retour à l’Hôtel Lutétia à Paris.  C’était le lieu d’accueil des déportés revenus pour retrouver les leurs. Elle nous dit comment elle ré-apprend à désirer, à ré-affronter les conflits affectifs « normaux », œdipiens - notamment avec sa mère.  Haine et amour des proches retrouvent leur allure. Après.

Fille juive à marier, Rosenberg de son nom, à son retour, elle cherche en vain sa valise avec laquelle elle partit pour Drancy, où elle avait mis la robe blanche de sa mère, tant désirée.

Conflits créatifs toujours en cours chez cette ado, encore et comme pour toujours, c’est le temps de cette vie volée là-bas dans cette petite prairie de bouleaux qu’elle veut rattraper maintenant[6].

Ce là-bas où elle - Anouck Aimée joue son personnage - est encore comme chez elle. C’’est le site du camp, ce n’est plus le camp. Voilà le moment dans son film, où, cachée derrière des herbes hautes, accroupie faisant ses besoins, un jeune adulte lui fait une remontrance. Il est pourvu de son appareil photo au téléobjectif immense, pour voir de près ce qu’il s’est passé ici. Ici même, et on apprend qu’il est le petit-fils de l’architecte du camp…

Dans ce film, la fiction au cinéma c’est l’actuel du présent. Son désir d’artiste nous met en droite ligne de l’horreur par une rencontre prometteuse. La fiction est une exigence pour elle, les différents allers et retours du temps nous le disent. Son film se tourne entre fiction et réalité. Certes, le visible « joué » laisse toute sa part à l’invisible à dire plus loin. Voilà pourquoi la réalisatrice ne se donne pas à voir en image. Si elle était dans le champ de la caméra - la séquence du photographe surdoué l’évoque - ce serait du trop visible qui changerait la donne du balagan du temps, « Balagan » c’est ce voyage dans ses propres pas où elle s’invite en nous invitant en tant qu’ancienne déportée.

Sur l’affiche du film, l’actrice (Anouck Aimée) et la réalisatrice sont ensemble, devant la rampe, à l’entrée dans Birkenau, aujourd’hui. Marceline Loridan-Ivens dirait à « son actrice » en lui montrant du doigt : « ce qu’il y a à ta droite (pour le spectateur le doigt montre la gauche de l’écran), c’est le passé, l’avant du film, le temps du camp. Aujourd’hui dans ce moment présent, là où nous sommes, nous faisons un film ».

Cette absence d’image de la réalisatrice ne donne aucune présence au corps, elle laisse au réel sa dimension de temps irrattrapable, elle le laisse aux moments où ça avait lieu. L’héroïne dans cette mi- fiction/mi- documentaire se fait témoin, de par son talent d’actrice dont le personnage incarne l’ancienne déportée ayant l’âge d’aujourd’hui.

Cinéma et psychanalyse de nos jours… Dans ce retour dans l’espace et le temps, où le discours-images se centre sur ce trait du temps, surgit cet objet de désir qu’est ce film.

Ici se perçoit bien qu’aller dans ses propres pas est une exigence éthique sans atermoiement. Car, oui, on ne peut pas retourner vraiment dans son passé à reculons. Pour Marceline Loridan-Ivens, il lui faut donner de la place à ce balagan du temps, par son film et par son livre.

C’est comme dans une psychanalyse. Remonter le passé c’est pour le déconstruire, en retrouver les zones d’histoire rendus inertes dans des conflits fermés dans l’inconscient. En retrouver les énergies bloquées pour les libérer. C’est les rendre utilisables dans sa vie quotidienne.

Ce trait du temps évoque combien le film de Marceline Loridan-Ivens est un processus où se défausser devient impossible. La réalisatrice remonte le temps pour aller le réparer et en revenir sans doute allégée. Le balagan empêche l’arrêt dans le passé qui n’en finit pas de se faire passer pour du présent mais dont une part reste brut de déchiffrage entre toutes ces périodes.

***

Réparer le temps, pour un psychanalyste c’est faire en sorte de réimbriquer Éros et Thanatos ; l’érotique jouissant et ce qui le freine, pour que l’un ne soit pas sans l’autre. Sinon c’est le collectif qui agit sa destruction.

Et pour certains il est nécessaire de s’y employer même si ça dérange.

Anne-Lise Stern, ancienne déportée (dormant dans le même bloc que Marceline Loridan-Ivens) est devenue psychanalyste, elle avançait souvent dans son enseignement : « Pour tous ceux des générations post nazies, la petite histoire et la grande, le privé et le public, se sont noués dans les poubelles des camps: enfants de juifs, de résistants, de collabo, de nazis sont marqués de ces retombées, comme 'atomiques' du nazisme : "les autres y pensent par force eux aussi, à ça; ça les irrite, ça les émeut; ça les irrite parce que ça les émeut... ».

À l'adresse des psychanalystes de tous bords qui sont trop souvent silencieux face aux effets des camps et encore plus au fait que c’est arrivé aux juifs, citons Marceline Loridan qui lors d’une réunion en présence de psychanalystes bien muets, rétorque gentiment comme elle sait si bien le faire : « Mais enfin soyez un peu juifs ! ça ne vous fera pas de mal… » 

***

Les parents de Marceline étaient avant la 2ème guerre mondiale à Cracovie, à 60km d’Auschwitz-Birkenau…[7]. Dans le film, la caméra, par la fenêtre de la voiture, fait le tour du site en silence, en un long et très lent cadrage à l’extérieur du site : « la petite prairie » est immense. Immensité du lieu et de ce qu’il s’y est passé. Elle avait seize ans.

Une fois à l'intérieur de Birkenau, Myriam, le personnage qui la représente, pénètre par un endroit qu’elle connaît depuis longtemps. Et le tournage a lieu à l’intérieur du site. Des personnages de fiction sont filmés à Cracovie : Oskar, le jeune allemand, petit-fils de S.S, ou Gutek, un juif érudit qui étudie et entretient le souvenir de son peuple et de son anéantissement.

À l’intérieur du site du camp, elle veut être dans son ancien bloc[8]. Elle veut s’y trouver seule. Elle s’allonge sur le lieu où il y avait sa paillasse, en chien de fusil comme c’était avec les autres. « Et là j’ai eu le sentiment d’être un rat », écrit-elle dans Ma vie Balagan. Elle énonce que c’est sa « deuxième mort »[9] comme si elle était née une 2èmefois là-bas.

Le sombre nous accroche à nos démons et auxquels le mieux est de faire de la place. À Auschwitz, il s’est révélé trop intensément. Il faut des balises pour ne pas s’y engloutir. Nommer ainsi vie et mort en parallèle est inévitable. Là-bas, le jour après jour au camp était, reste survivance dans le corps et l’âme, des traces de cicatrices indélébiles.

Marceline Loridan-Ivens revient sur les lieux, « visitant » Auschwitz-Birkenau aujourd’hui. Les lieux mêmes deviennent "acteurs", ce qui crée une vive émotion chez elle qui retourne dans ce "camp des femmes ", cette part de son "chez elle", où elle resta deux ans.

Mais son « chez elle » est aussi dans sa parole toujours renaissante, et je ressens une très vive amitié envers Marceline, pour sa vraie lumière, sa belle vitalité, son art de cinéaste…

Aujourd’hui où elle nous quitte, en paix je l’espère

Jean-Jacques Moscovitz


[1]    Projection du film et débat dans le cadre du Regard qui bat en Mai 2005

[2] In Rêver de réparer l’histoire de JJ Moscovitz éd. Èrès pp164et sq.

[3]    Ma Vie Balagan, chez Robert Laffont, Paris, Octobre 2008

[5] Marceline Loridan Ivens a publié (Grasset 2015) avec Judith Perrignon « Il n’est pas revenu » où il s’agit de son père.

[6]    Elle fut collaboratrice et compagne du documentariste Joris Ivens jusqu’à sa mort en juin 1989, et aujourd’hui dépositaire de ses films (société Capi-films)

[7]    Aujourd’hui, en voiture, pour ceux qui y sont allés, on voit des « niches à Vierges », des croix de Sainte-Marie, plantées en plein champ ou sur le bord de la route, à des croisements, elles sont de plus en plus nombreuses à l'arrivée au site du camp. Ambiance...

[8] Cela évoque le film israélien Pizza Auschwitz de D. Zimmermann. Sorti sur Arte en 2010, visible sur YouTube. Film vidéo sur la famille de Dany Chanoch qui a décidé d’emmener tous les siens à Birkenau, où dit-il, il a été « prisonnier » à 11 ans et où il veut retourner manger une pizza dans son Blok, sur sa paillasse où il dormait si peu. Là non plus il n’y a pas de constitution d’un objet de savoir fini sur ce qu’il s’est passé. Sinon ce serait la mort elle-même en place d’objet.

[9]           Propos de Jean-Pierre Thibaudat à la sortie de Ma vie Balagan de Marceline Loridan-Ivens in Rue89 01/11/2008

La Shoah et le piège du mal

publié le 5 juil. 2018 à 10:41 par Psychanalyse Actuelle   [ mis à jour : 5 juil. 2018 à 11:00 ]

La Shoah et le piège du mal

Par Jean-Jacques Moscovitz


« Vaste monde libre, verras-tu un jour cette haute flamme ? (...) sache, homme libre, que c’est le feu de l’enfer, qui brûle sans cesse, consume sans cesse des êtres humains; (...) cet enfer, qu’il brûle ici à jamais, et que soient dévorés dans les flammes ceux qui l’ont allumé. »

Manuscrit de 1944 de Zalmen Gradowski in « Les voies sous la cendre » [1] .


Une opposition morale entre Bien et Mal n’est pas inscrite dans la psychanalyse, elle n’a pas à l’être. Pour Freud, dans son approche théorique de la culture [2][2] Il s’agit des textes « La morale sexuelle de la culture..., tout de l’humain est exposé à l’agressivité : homo hormini Lupus. C’est une métaphore qui cherche en vain une issue. Au fond de l’homme il y a l’agressivité.

Les humains ne sont, au plan inconscient, qu’une bande d’assassins. L’homme selon Freud est plus sadien que Sade. Sade n’aurait pu dire ce que Freud en 1929 avance dans « Malaise dans la civilisation ». L’agressivité, au plan collectif, appelle à s’organiser, il suffit que quelqu’un le sache vraiment, avec ou sans petite moustache, et alors tout est possible, du côté du Mal certes, et tout autant – est-ce un paradoxe ? – de celui du Bien quand l’agressivité se transforme. Mais quand c’est parti c’est fait pour durer, car une telle agressivité est synonyme de jouissance. Versus du Mal, elle ne se soumet pas au signifiant, au Surmoi, et versus du Bien, elle s’écluse en jouissance sémiotique, voire mystique, mais elle se laisse entamer par le sens et promeut la transmission par la parole, elle participe à l’articulation entre transmettre et/ou jouir, à la logique de la transmission qui procède de ce pas l’un sans l’autre : pas de jouissance sans un savoir qui lui donne cadre, pas de savoir sans une jouissance qui cherche à le dissoudre...

Et autre notion aussi, celle de la sublimation d’une telle agressivité. Ainsi dans son texte « Warum Krieg » de 1933, il reprend la thèse de son « Malaise » dans un échange avec Albert Einstein, et ajoute le terme de délégation à appliquer aux instances politiques, mises en miroir avec celles de la personne individuelle et ses idéaux. L’homme transmet l’agressivité à son voisin, qui la transmet au chef, qui, dans les temps anciens la transmet au chef de la tribu, puis, à notre époque, au chef de l’Etat : l’agressivité se propage, l’étymologie du mot l’indique, ce marcher vers implique l’autre, et là l’autre est de trop. Pourquoi alors ne pas la déléguer à une instance étatique suprême, au-dessus des Etats, la Société des Nations...? On sait que cela n’a servi à rien. La Société des Nations, par son silence, n’a pas empêché la catastrophe de la Shoah. Question : cela a-t-il eu lieu parce qu’il régnait une trop grande confiance en la Société, en l’Homme de Culture d’alors...?

Freud soulève une question à propos de l’adage : « Aime ton prochain comme toi-même » [3], adage juif repris par les chrétiens à un niveau privilégié pour eux, alors que dans le texte biblique, ce n’est pas plus important que les autres : c’est compris dans les 613 Commandements, à côté d’un autre du genre : à tel moment de l’année tu tailleras tes plantes ... Où le tutoiement invite à se placer dans l’axe de l’adresse à l’autre, mais ce n’est pas pour autant qu’il faille s’y croire, d’autant que cet autre ne demanderait soit disant qu’un même amour...

Oui, cette maxime hissée ainsi au plan collectif horrifie Freud. Quant au plan subjectif, dès que nous nous savons pris dans un rapport à l’Autre lors d’une rencontre désirée entre deux personnes, peut se produire une double rencontre, où l’intime de chacun acceptera l’intime de l’autre, quitte à en payer le prix par une angoisse qui, voisinant avec la jouissance de l’Autre, en arrive au point de faire horreur. Mais c’est une horreur de l’Autre

.du fait de lui être proxime, et qui touche au vide propre à l’existence du langage, où le mot est le lieu de ce vide pour s’articuler au vide d’un autre mot. Intime de l’un proche du prochain, de l’intime de l’autre proche de l’un. Jouissance, désir et amour se jouxtent ici en une jouissance du bien-dire, soit d’une jouissance sémiotique; où se produit un trait, un acte créateur...

Mais l’horreur vient du fait que le Mal et la jouissance ont partie liée : « Aime ton prochain comme toi-même » veut dire qu’en chacun de nous réside cette jouissance bestiale – qui peut aller aussi bien vers la mystique – en tant que celle jouissance-là est l’agressivité primordiale de l’humain. Alors, si cette jouissance-là, versus agressivité et son triomphe, est en chacun de nous, c’est dire : mon prochain qui est aussi bien moi veut ma peau, et ne me fera pas de cadeau.

Si l’homme donc, concret, qui est en face de moi m’aime comme moi je l’aime, alors il va me tuer. Car il est mon ennemi, comment en effet puis-je aimer le monde entier ? sinon que cet adage veut qu’alors j’aime mes ennemis, ceux qui veulent me tuer.

Allons plus loin : si on met le Mal comme cause de ce qui arrive à l’humain, c’est s’en tirer à bon compte avec la Shoah. Ce n’est pas le Mal qui ici est à mettre en surbrillance. Car c’est vouloir soumettre les uns et les autres à un système de jouissance sadique par le biais de cette notion du Mal; et donc c’est obturer la dialectique entre le dire et le non dire. Et laisser une place exorbitante – hors des orbites – à la pulsion scopique, à une scène originaire de notre temps centrée par les camps sans deuil à jamais. Non pas qu’aujourd’hui le deuil soit possible ou non, il le sera nécessairement, mais l’objet scopique est là utilisé pour empêcher le dire, et participer à la non transmission généralisée actuelle.

Dans ce registre du Mal, dire, par exemple, que la Shoah c’est l’enfer (des juifs ?), c’est suppléer à ce qui s’est passé par l’usage d’une morale du péché, dont les auteurs (les juifs ?) doivent être punis et finir en enfer. Impasse.

Voilà comment suppléer à la brisure de la pensée par une logique qui est extérieure à l’effectuation du crime et attaque le genre humain en mots et bientôt en acte. Car ce qui ici est escamoté, c’est bien le suspens de la pensée qui n’est pas reconnu lui-même, car ce qui devrait le faire accepter, c’est ce vertige, cet impossible à représenter la Chose produite... Sorte de savoir acquis qui envahit notre pensée, signe même que la transmission de ce qui s’est passé est le moment même où un tel savoir s’inscrit. Perception vraie contre laquelle le Je lutte, s’oppose.

les paroles des juifs membres des Sonderkommandos, les propos des paysans polonais, témoins, voisins, surtout spectateurs des actes de tuerie, les dires des nazis, sur fond de trains de déportés, seul le réalisateur fait lien des trois discours, d’où un mode très construit pour donner un cadre et limite aux jouissances des meurtres, ce qui place chacun face à la limite de ce qu’il perçoit, de ce qu’il peut savoir... et dire pour certains.

Alors que mettre le Mal comme opérateur causal sur ce qui s’est passé amène un savoir constitué sans être pris dans la transmission de la chose produite, sans ce vertige qui en est le signifiant dans le corps et ses limites. Ce qui nous dit combien c’est la parole bien plus que la pensée qui est atteinte et qui appelle à tant de textes, de films, de créations artistiques, d’institutions d’archives, de recherches, de commémoration...

L’usage du Mal ne sert là qu’à vouloir réparer la pensée, à la vouloir intacte malgré l’impensable du crime sans se risquer à une éthique du dire. Car ce qui est difficile c’est bien de dire bien plus que de penser la chose produite.

La position rabbinique [4], nous apprend que la Shoah ne peut être abordée que d’une manière privée. Abordée d’une manière publique, il faut citer les auteurs. D’où le risque imminent ici du plaggiarisme comme forme symptomatique de négation de la parole singulière. Qui en rajoute sur la non transmission.

Ce sont leurs précautions pour dire l’éclipse de Dieu dans la Shoah. Eclipse veut dire attaque du Livre, de la Parole, où Dieu n’était pas là, non impliqué dans un tel crime selon eux. Apparaît là une forme de protestation contre Dieu, position religieuse éminente depuis la Shoah. Ainsi faurait-il réciter pour les morts dans les camps un non-kaddish (prière des morts), les excluant de la prise en compte divine, les laissant aux seuls meurtriers des hommes. La mécréance serait le statut « normal » de certains religieux juifs désormais.

C’est que l’Autre, le trompeur dans le langage, ici devient assurément meurtrier. Le film américain de James Gray, Little Odessa (1998), est un véritable coup de génie pour dire ce changement symbolique : il montre que la mort fait lien social dans une famille déjudaïsée de Brooklyn. Le fils aîné, tueur à gages, finit par tuer les membres de sa famille de façon indirecte, le meurtre devenant l’objet d’échange « normal ». Les cadavres sont éliminés dans un four. Cela est filmé toujours de la même façon : la caméra va de droite sur la gauche de l’écran, signifiant la régression/répétition scandée d’un non-événement historique, non encore symbolisé, sans traces ni trauma, c’est un retour vers la compacité du réel, sans retour de refoulé. C’est cela la terreur qui arrache le désir de meurtre au terrorisé. Position où nous sommes convoqués pendant le film en tant que spectateur. Une telle confiscation du désir – non l’acte – de tuer mais désir de meurtre et du meurtre du père primordial, empêche tout pas de côté, tout écart, tout combat, toute réplique face à la terreur, et définit le terrorisé.

Autre citation : Georges Pérec dans W, écrit qu’il était persuadé que l’entrée d’Hitler en Pologne avait eu lieu le jour de sa naissance, le 7 mars 1936, où c’est l’histoire en place de symptôme articule La grande histoire, l’histoire des familles et celle du sujet, son histoire intime, celle de son origine psycho-sexuelle.

Aujourd’hui tout se passe comme si le névrosé était dans la quasi impossibilité de ne pas devenir psychanalyste, en fin de sa psychanalyse. Comment en effet tenir quelque bout de ce qui s’est passé dans l’histoire, sinon en essayant d’en entendre « quelque chose », du fait d’être psychanalyste lui-même.

Le piège du Mal c’est être du côté de la cause de la Shoah : qu’on veuille le savoir ou pas, c’est parler le langage de l’ennemi. Savoir pourquoi les juifs ont été gazés. Et se satisfaire de savoir. Car seul l’ennemi du genre humain saurait pourquoi tuer les juifs dans la chambre à gaz. Pour quoi ?

Vouloir dire la cause de la Shoah, c’est dire les pourquoi de la solution finale, c’est se placer avant qu’elle ne se soit produite et non pas après. Avant : comme si elle n’avait pas eu lieu. Un négationnisme guette ici, celui d’un langage ennemi que nous pourrions nourrir sans même nous en rendre compte, dans un processus symbolique au niveau collectif, dans un « révisionnisme invisible », lié à la parole [5]

S’y opposer, c’est décider, sans aucun atermoiement, de se situer dans l’actuel du temps où nous sommes, soit dans les effets de la rupture de la civilisation, et non pas dans ses causes, bien que le nazisme soit repérable historiquement dans des dates, des noms de chefs etc. Mais ici il s’agit de la mort de masse du peuple juif, des tziganes, de malades mentaux, des vies sans valeur de vie dans la mise en acte de la solution finale. Ce qui a abouti au mot Shoah 30 ans après la guerre, à ce nom, celui de la sépulture qui désigne la destruction non pas du côté des assassins mais de celui des victimes. Et ainsi désigne-t-il la sépulture de chacune, chacun des disparus un par un.

Actuel de la Destruction : c’est l’approche de la violence nue de la Shoah dans notre actuel du temps qui passe, après que la Destruction des Juifs d’Europe ait eu lieu. Qui s’appuie aussi bien sur les récits de rafles sur un trottoir de Paris, de Nice, d’Amsterdam que sur Shoah de Lanzmann filmant les paroles des Juifs survivants membres des sonderkommandos; les propos des bourreaux nazis, et ceux des témoins polonais voisins des camps, des chambres à gaz de Treblinka ou de Sobibör.

Actuel de la Shoah est témoigner d’un tel impensable. Qui ne se constitue pas en un objet de savoir, en une symbolisation acquise une fois ni même deux fois pour toutes. Il existe là un infini de ce qui s’est produit. Un sans fin.

La transmission, sans cesse, y est impliquée à tous les niveaux : du fait que savoir et jouissance s’articulent l’un l’autre, quand la jouissance a pris totalement le pas sur le savoir, c’est l’horreur, c’est la jouissance arrivée à son terme. Plus d’articulation possible. Destruction de la transmission. Qui dure encore aujourd’hui dans ses effets pour arriver enfin pour chacun au bien-dire qui apaise, qui comtempranéise la chose produite

Dire actuel de la Shoah, c’est la méthode ici proposée, c’est dire les effets et témoignages de la Destruction des juifs d’Europe entre 1939-45 : les conséquences sur notre vie quotidienne, et dans différents discours, qui sont autant de points d’appui de notre temps. Littérature, cinéma, religion, art, psychanalyse, histoire, droit, anthropologie etc...

Comment la jouissance peut-elle passer au savoir ? Comment la jouissance peut-elle passer au signifiant ? au signifiant en tant que c’est le Surmoi : jouissance soumise à l’impératif du signifiant ? car si la jouissance ne s’y soumet pas, nous sommes face à l’obscénité, à l’abjection. Jouissance qui au niveau politique, nous le savons, s’appelle système bureaucratique, totalitarisme...

Méfiance de toutes explications, quelles qu’elles soient, pour dire le pourquoi de la Shoah. Il y a un arrêt de la rationalité, de la causalité, dès l’entrée des suppliciés dans la chambre à gaz. Et cette rationalité qui s’arrête, c’est la solution finale : là les assassins sont passés à l’acte définitivement et c’est irréparable.

En usant du Mal, on s’en tire à bon compte. On aurait fait du Mal et on est puni. Avec le Mal se fonde un aspect mythique de la Shoah, qui pourtant est une action strictement humaine. C’est tout. Les uns sont coupables, et les autres sont victimes. C’est le juridique qui peut donner une réponse et non la métaphysique genre Bien et Mal. D’où la notion de Crime Contre l’Humanité, et le mot Shoah depuis le film.

Voilà mise à l’épreuve l’éthique du bien dire, prônée par Lacan et son enseignement. Ethique qui indique au moins ceci : vouloir une explication causale à la Shoah, c’est être comme co-auteur du crime. Je suis conscient que de dire cela est une avancée très délicate et très violente.

.Comment le désir, assoiffé de liberté comme tout désir, s’aliène-t-il dans son contraire, pour déboucher de façon aussi persistante dans de telles actions de meurtres et dans le massacre ? Les bourreaux le soir dans leur « heim », leur foyer, sont de bons pères de famille, dit-on, d’un air le plus souvent étonné, compassé, index d’un savoir qui discernerait si excellemment le bien et le mal. Cela se donne pour l’évidence commune. Et c’est pourtant l’exemple même du jeu de l’ambivalence des sentiments tendres et hostiles envers l’autre sur quoi Freud bâtit sa théorie de la culture. Mais à l’évidence il faut plus. Cette ambivalence se retrou-verait-elle dans une novation unique dans l’Histoire, un classement entre Sur homme UberMensh et Sous homme UnterMensh, pour détruire le Mensh, l’homme dan sa moyennitude dont Paul Celan dit que c’est le juif ?

Car pour sortir d’un tel discours nazifié, il faut accepter l’existence d’un point non dicible, un point fou du fait même qu’il n’est pas gérable par les discours collectifs ou individuels : ni le marxiste, ni le psychanalytique, ni le politique, ni l’historique, ni le philosophique, tous points qui nécessiteraient tout un autre travail...

Ce qu’on croit être des causes ne sont jamais à reconnaître comme n’étant que des conséquences imaginaires, momentanées car sinon cela justifie l’extension du désir nazi, la nazification au quotidien. D’où la nécessité éthique de se tenir résolument après, car nous sommes après, après le Crime. Et cela oblige ici à poser que l’abstraction par les nazis a été mise à mal voire tuée, tué l’abstrait de l’autorité symbolique, et cela en lui opposant un Etat qui pour gérer la Loi la criminalise. Concrétiser le symbolique c’est prendre pour cible les juifs, les tziganes, les malades mentaux, c’est-à-dire tout ce qui était non conforme à leur soi disant eugénisme qui les faisaient discerner ceux qui méritaient de vivre et les autres qui doivent mourir en étant tués par eux.

La mort subjective, la mort reconnue a des effets de limites du désir. La limite du désir c’est la mort. La mort est là comme s’adjoignant la pulsion de mort. Avec la Shoah, la pulsion de mort se réalise réellement dans la réalité, il y aurait là, une mort comme idéale : la mort comme objet partiel, distribuable. Et me voilà dans le piège de donner comme une explication.

Tout le piège du Mal serait de dire que tous les gens qui sont morts sont masochistes et les tueurs des sadiques. Enchâssée dans une scène originaire nazi-juif, la notion de Mal se révèle copule d’un couple fou nazi juif où le moi serait nazi et le sujet juif. Et tombe dans le sadomasochisme : c’est-à-dire dans les pulsions individuelles, alors que cela est dans le politique, et ses ruptures. Et entre le désir de meurtre et sa mise en acte collective dans la Shoah, surgit un non comprendre, mais ce n’est pas pour autant que je vais abandonner la partie : je positive cette absence de savoir, elle est à respecter dans son surgissement, et dés lors un tel non comprendre, je le nomme actif. Une telle position active de non comprendre est à soumettre à la réflexion psychanalytique. De là se découvrent certaines implications.

Ainsi le changement du statut de la mort, comme conséquence actuelle, fait découvrir en quoi le meurtre qui a été commis dans le siècle a confisqué des mots en nous, nous qui n’y étions pas. A confisqué des parties de l’humain. La mort nazifiée a comme confisqué notre désir de meurtre, et nous ne pouvons qu’essayer de nous le réapproprier, tant la mort des morts tués à Auschwitz a confisqué des « zones » de l’humain.

A nous de les faire revivre pour ne pas les oublier, qu’elles entrent dans un discours enfin audible dans la pratique analytique. Mais de là à expliquer le pourquoi, surgit activement que pour l’instant cela ne marche pas. Nous sommes voués à dire le comment.

Bien que, il est vrai, la tendance au religieux soit grande pour (re)prendre cela sur ses épaules. Là se soutient volontiers que ce n’est pas un crime contre, mais un crime de l’humanité. Ce qui ainsi humanise le crime, en

.efface la magnitude par l’usage forcé de la dialectique Mal et Bien s’entrelaçant.

C’est ce qui nous permet dans le registre psychanalytique des processus de symbolisation de percevoir la limite de la notion centrale de refoulement concernant l’inscription de ce qui a eu lieu. En effet, ce non comprendre actif le pourquoi du crime serait la réponse actuelle à ce retranchement voulu, à une forclusion construite du fait de l’amplitude incommensurable du Crime, puisque son effectuation comporte son effacement même, soit l’effacement des traces de son effacement [7]. Et une telle mise en œuvre de cette forclusion construite se retrouve dans l’impact sur notre psychisme dans ces zones arrachées à l’humain, réduites à l’effacement et à une production de silence en soi, à une silenciation. Eros et thanatos y sont-ils impliqués...

Dans « Malaise dans la civilisation » Freud parle d’extermination, dans les dernières lignes de son ouvrage : « les hommes peuvent s’exterminer mutuellement jusqu’au dernier ». Il le dit dans la mesure où selon lui il faut qu’Eros tienne contre la pulsion de mort : que « l’Eros éternel tente de combattre son adversaire non moins immortel »... Eros/Thanatos est le combat du signifiant contre le physiologique, contre le silence dans la parole, soit contre le retour à la massification, au néant de la parole, là où ça ne parle pas, où ça ne parle plus, où a lieu le retour à la compacité du réel : la matière.

L’humain a cette nécessité de se mettre en marche, entre Eros et Thanatos. Tel que la lutte de la pulsion de mort contre la parole fait que le signifiant peut surgir parce qu’il y a la pulsion de mort. Mais la pulsion de mort n’est pas pulsion au meurtre, mais pulsion à l’inscription symbolique.

Dans la Shoah l’amputation de l’humanité ampute la parole. Cette amputation de la parole est une confiscation de ce que de l’humain ne peut pas être su; de ce qui doit rester irreprésentable, il n’y a pas les mots pour le dire, il n’y a pas les opérateurs qui le transmettent.

L’abjection serait précisément l’absence de ce qui fait séparation. Le siècle avec la Shoah et le nazisme, a apporté l’idéologie de la propreté et du nettoyage de l’humain pour le rendre biologique uniquement et non plus symbolique, lié à sa parole singulière. Biologique veut dire débarrasser l’humain de tout ce qui est la reconnaissance de la limite entre lui, l’humain, et la masse.

Les nazis allaient par là même tuer toute l’humanité. Une hygiène politique par un nettoyage biologique idéal. Hygiène politique : une fois pour toutes tel biologique convient et tel autre ne convient pas. Le nazisme ainsi, a utilisé la notion médico-biologique de bien et de mal.

Un tel apport théorico-clinique à la pensée psychanalytique procède de la description de la persistance imbriquée et de pulsions de vie (de différenciation) et de pulsions de mort (d’indifférenciation), au point que par exemple, dés 1912 Sabina Spielrein [9]

, précurseur de la prise en compte par Freud de la pulsion de mort, soulève l’existence d’une pulsion sexuelle de mort, qui signerait, dit-elle, le léger avantage, dans le fragile déséquilibre de telles pulsions, « en faveur de la vie ». Comme on le perçoit, il s’agit de la constitution des pulsions d’autoconservation du sujet face au collectif, tant il est vrai que Thanatos, la pulsion de mort selon Freud, ici ébauchée, s’imbrique étroitement à Eros, la pulsion de vie. L’une et l’autre puisent leur force d’une persistance égale pour les deux, ce qui désignerait que si l’une, Eros, fait courir le risque d’une destruction du moi dans une jouissance immédiate et .instantanée, avec arrêt de toute transmission de la loi, alors une certaine inertie venue de Thanatos vient tempérer l’action des pulsions de vie.

C’est pourquoi, malgré ma position où j’affirme qu’Eros et Thanatos ne sont pas en miroir du bien et mal, et pour aller un instant sur le terrain de ceux prêts à utiliser à tous crins ces concepts comme s’ils étaient applicables au niveau collectif, je vous soumets donc l’hypothèse selon laquelle la Destruction des juifs d’Europe par les nazis serait un mouvement d’Eros anéantissant sa possible inertie, en une sorte de réalisation de la mise en acte du réel de la pulsion de mort dans la réalité. Ce qui nous éloigne de cette tendance lénifiante, de faire s’équivaloir au bien et au mal respectivement Eros et Thanatos. Ce que dit fort justement le terme d’horreur qui est la jouissance arrivée à son terme, le sans limite propre à Eros et sa jouissance non soumise à l’impératif de la parole, ce qui ne permettrait plus alors la transmission de la loi.

La transmission inconsciente de l’éthique est effet de la parole, qu’elle existe et qu’elle est porteuse de vie, de vérité comme telle. L’inconscient reste le dépositaire de la trace, de son inscription dans un actuel qui dure dans le présent. Au niveau intime, s’entend. Et très tôt dans la vie.

Ainsi si le niveau de l’Histoire collective de l’Humanité n’y est pas inscrite, voilà pourquoi l’inconscient est le seul dépositaire dans l’actuel de la trace de ce qui s’est passé. Et la trace reste au niveau individuel. Concernant le point en travail ici, la Shoah et ses conséquences sur l’intime, sur le comment en tenir compte dans notre pratique, encore faut-il, reconnaître sans cesse que la folie meurtrière a eu lieu au dehors de la tête et non dedans. Ceux à qui cela est arrivé peuvent nous en parler malgré tant de difficultés : les déportés survivants des camps d’extermination. Ils sont peu nombreux, ce sont les membres des Sonder Kommandos que Shoah de Lanzman met en scène, en œuvre dans une parole visage pour visage. Dans les camps quand quelqu’un disait voir la fumée du four crématoire, il lui était rétorqué, les témoignages nous le disent, qu’il était fou, que ce n’était pas possible qu’on élimine les gens comme cela.

C’est notre inconscient qui insistera et insiste pour nous faire savoir ce qui a eu lieu... L’inconscient freudien, celui qui s’entend, celui qui est individuel et dynamique, concret, celui du discours de l’Autre. C’est bien pourquoi nous devons prendre la mesure d’une méthode concernant la Shoah : de se placer du côté des conséquences et non pas de la cause, car alors l’inconscient, lui, n’est plus actuel. L’inconscient est aussi comptable même de ce qui n’est pas compté...

De quel contenu une telle déposition est-elle faite au point que seule serait à la barre la victime devenue tout à la fois et témoin et juge de la véracité de son dire, de sa pensée sur le réel qui s’est produit ? À quelle sorte de « Chercheur de traces » avons-nous affaire ? Tel est le titre de l’ouvrage de Imre Kertész, dans lequel « un homme retourne dans une région où ont eu lieu d’indicibles crimes, quel est son malaise, quelle est sa mission ? » [11]

Il s’agit de l’innommable de la Shoah, dont les traces sont si profondément inscrites en soi, si en danger d’effacement incessant, qu’il faut lui désigner un lieu en dehors de soi, et aussitôt considérer que ce lieu est nulle part. Sinon en soi-même, au point que la seule concrétisation tenable est un en dehors en quelque sorte infiniment intime dont le lien au collectif, au politique évoquerait, ainsi qu’Imre Kertész l’écrit en conclusion de son livre, « un espoir commun de posséder en commun un objet commun ».

III – APPROCHES

.Le piège du Mal au pied de la lettre ou le RER D et Marie-Léonie Leblanc entre histoire et rumeur [12]

Comme psychanalystes, nous ne pouvons restés indifférents à ce qui se passe, aux bruits du monde, bruits qui s’entendent aussi et nous forment dans notre pratique d’écoute elle-même. Il s’agit de l’événement du RER D « créé » au sens d’un happening à l’échelon de la France entière par Marie-L. en juillet 2004. Qui a produit un emballement médiatique qui ne peut que masquer comme nous le disons ici avec Lacan, combien l’actuel est lesté par ce qui reste « profondément masqué dans la critique de l’histoire » au point que l’analyste y est convoqué de fait, voire de droit, tant il s’agit d’un événement qui concerne la parole.

Ce lest de la parole actuelle s’est vu, entendu même après que l’agitation se soit vite arrêtée, que quelques excuses aient été prononcées mais dont certaines pas entièrement, voire pas du tout, celles à l’égard des juifs, des maghrébins, des africains, et des jeunes des banlieues traités si facilement et anachroniquement de « nazis »...

Comment qualifier cet événement, non plus en termes « d’affaire judiciaire » ou « d’affaire politico-médiatique » selon la distinction mise en évidence par l’avocat de Marie Leblanc, Maître Christophe Deltombe, mais en terme de rumeur, dont la propagation a défié un temps les pouvoirs publics, les représentants de l’Etat en la personne du Président de la République et le ministre de l’intérieur qui, l’un effrayé, l’autre courroucé, s’ils ont répondu si vite, n’était-ce pas parce que penser/dire l’actuel de la Shoah se leste d’un vertige qui empêche de voir la réalité qui se déroule devant nous...

Qu’est-ce qui a défini sa crédibilité, sa véracité et, surtout, la promptitude de sa propagation ? Qu’est-ce que nous donne à lire et à entendre la vraie/fausse mise en scène de Marie Leblanc elle-même : marques sur le corps, croix gammée, mèche de cheveux coupée, mots stigmates : juifs-16ème arrdt, maghrébins, noirs, africains, banlieues. Tout cela dans un train devant l’indifférence des passagers qui aurait été, celle-ci, générale. Imitant par là même le silence des Nations durant la Destruction des juifs d’Europe...

La non véracité évidente de l’événement aurait du montrer à tous qu’une telle mise en scène du meurtre de masse aurait pu lever notre refus de voir le montage. Pourtant presque rien n’en a été mieux établi pour la suite... Sans doute que la Commémoration du 60 ème anniversaire de l’ouverture du camp d’extermination d’Auschwitz-Birkenau marquera mieux nos esprits si peu enclins à se laisser entamer par ce qu’il s’est produit.

Certes le fait divers du RER D nous a révélé la levée possible d’une incompréhension radicale, historique et culturelle entre musulmans, noirs, maghrébins, juifs, chrétiens. Et laïcs. Comme cela s’est éclairé récemment par les réactions unanimes de toutes les communautés face à la prise de journalistes français en otages par des égorgeurs en Irak.

Un contre exemple d’un fait de rumeur nous éclaire sur un processus de levée de l’ignorance, sur fonds de forclusion collective. C’est un « fait divers » – lu dans la littérature psychanalytique [13]

– qui a eu lieu à Buenos Aires en juin 1949 : un couple de parents s’en est allé au spectacle, confiant leur tout jeune bébé à une nouvelle nurse, qui au retour de ses employeurs les invite à un dîner pour le moins atroce : elle aurait servi leur bébé rôti au four... Comme le rappelle Maria Langer dans son texte où il est dit : que presque tout le monde était prêt « dés l’abord, à croire vraie la tragédie que l’on racontait », la vitesse de propagation de la rumeur dans tout Buenos Aires d’une telle atrocité inventée elle aussi, évoque celle qui a

.suivi le récit construit par Marie L. à propos du RER D ce 9 juillet 2004. Quelle Histoire nous ferait entendre ces deux récits venus après l’Etat nazi, les trains de déportations à travers l’Europe, la Shoah.

Le récit de Buenos Aires nous montre que l’élément essentiel de la propagation de la rumeur, au point de nous aveugler, est le terme four en tant qu’il est avec le train, la chambre à gaz, cet instrument du meurtre de juifs, et de leur effacement. Le récit de Marie L., lui, puise sa crédibilité et la rapidité de propagation de la rumeur dans les mots sidérants qui ont construit la véracité de ce qu’on pourrait appeler psychodrame pour elle, scène contemporaine pour nous...

Pris comme nous le serions tous dans la rivalité destructrice, pour chacun, des cultures, des provenances, des migrations, des histoires différentes, de nos drames, nos mémoires qui, en France sont aussi ceux des colonisations européennes, des mises en esclavage. Et qui, ici, suivant le fil d’une telle rumeur centrée sur la Shoah se ravivent, se disent aussi...

Voilà que l’actuel ici se montre soumis à la silenciation, même accompagnée de bruits du couple politico- médiatique, et ainsi se repère-t-elle par un fil si tenu. En tout cas il concerne notre engagement pour que le futur se libère de la dimension victimaire hissée au rang de martyre que Marie L. a si bien théatralisée. En en montrant l’emprise sur la majorité d’entre nous, tant cette part impensable de la Shoah nous agit par défaut et en silence, au point de nous faire accepter une telle incongruité.

Le savoir psychanalytique n’interprète pas la Shoah. Et y introduire, en vain, la notion du Mal ne dit pas l’entame due à l’impact de la rupture de l’Histoire, ni les effets sur l’écoute de l’analyste et le dire psychanalysant. C’est cela même qui nécessiterait une tentative de réécriture du « Malaise dans la civilisation » de 1929 de Freud, et qui appelle à un travail ultérieur de ma part, où le Malaise pourrait être le 5ème concept fondamental de la psychanalyse à côté de ceux inscrits par Lacan sous ce vocable : le transfert, l’inconscient, la pulsion, la répétition [14]. Le crime contre l’humanité est événement, et il ne le serait pas encore, c’est cela la transmission brisée, brisée tant l’attaque de la mort a une magnitude sans précédent. Meurtre de la mort. L’attaque de la mort la change. Elle devient objet. Aujourd’hui nous voisinons avec une telle abjection un peu plus qu’avant, qu’on veuille le reconnaître ou non. La pratique du lien social, ou de celui du couple, montre cette difficulté. Cela fait retour dans les cures sous la forme de : comment ne pas abîmer plus son corps. Que l’analysant tient à faire entendre autant que faire se peut. Changement du rapport à la monstruosité, ayant pour conséquence une autre agressivité sociale, forme autre de canaillerie désormais s’ajoutant à celles d’avant. Comme si le complexe d’Œdipe, le meurtre pour le père, l’inceste pour la mère, étaient atteints.

Ainsi la terreur, pour le terrorisé, serait la confiscation du désir, oui du désir et pas de l’acte de meurtre. La chute de la loi fait place à l’inceste. Dans tout crime existe une part justifiable, cela a convoqué les Procès de Nuremberg et de Tokyo dans les années 1945-50, mais en même temps existe une part injusticiable, hors justice car hors langage, qui implique, pour en tenter un dire, la convocation de la psychanalyse, de l’art surtout. La magnitude des crimes dans la Shoah montre que la loi est devenue entièrement criminelle, au point de briser la transmission de la loi, et aboutir à une désupposition de la langue comme porteuse de valeurs : la mort, la vie, la jouissance, le lien social.

.Aujourd’hui, comme nous le disions plus haut, tout se passe comme si un névrosé était dans la quasi impossibilité de ne pas devenir psychanalyste, en fin de sa psychanalyse, pour tenir quelque bout de ce qui s’est passé dans l’histoire, du fait d’être psychanalyste lui-même...

Comme si le psychanalyste était mieux loti pour tenir compte d’« un non-débat », de règle sur la rupture de l’histoire, qui tient à l’enjeu, à la définition de ce qu’est la parole. Tout débat sur la rupture de l’histoire est sous- tendu par un non-débat car une telle rupture, la Shoah, « n’aurait pas du avoir lieu », et « ayant eu lieu » cela se retrouve, dans un hors parole, dans cette part injusticiable des crimes qui interdit toute controverse. Pas de débat aujourd’hui qui ne soit la conséquence du non-débat. Cela se retrouve dans la transmission entre analyse en intention/extension.

Il existe, en effet, une perversion dans le repérage de l’incorporation de la mort, au point que nous pouvons supposer des jouissances que l’on voudrait volontiers garder insoumises à l’impératif du signifiant. Chez tout un chacun aujourd’hui. Peut-être est-ce la conséquence que la folie qui se produit est dans le dedans du langage, du fantasme, dans la communauté des humains, qui, avec la Shoah, serait aussi une folie hors la tête, hors langage. Au point que la mort est devenue mort-objet, devenue meurtre depuis le meurtre de masse. Et ne fait plus limite au désir. En particulier au désir du psychanalyste qui alors devient erratique quand il se confronte de face à une telle non parole. Par hors langage, entendons un fait de discours qui ne peut pas encore être déductible, logicisable : il reste du factuel. Sorte de réalisation du réel dans la réalité de l’instinct de mort qui a pour conséquence de faire chuter l’idéal maternel protecteur de la vie : c’est la rupture de l’étayage, une dé-supposition de la langue.

Elle montre que l’institution psychanalytique fait trop prévaloir l’organisationnel : l’institution s’équivaut à la psychanalyse, à son origine en tant que telle pour ignorer l’impact des horreurs des disparitions collectives sur la psychanalyse. L’horreur ne fait pas lien social, sinon à être méconnue.

Les associations de psychanalyse ont à reconnaître aujourd’hui cela. Ce qui n’avait pas à l’être par Freud, à l’évidence, alors que, par exemple, en 1915, a lieu l’ethnocide des Arméniens... De même Lacan, malgré sa visite à Berlin en 1936 et malgré « Les complexes familiaux »(1938), ne fait pas allusion aux 300.000 stérilisations qui ont eu lieu en Allemagne depuis l’arrivée d’Hitler. Comme beaucoup, Lacan, face à l’histoire de la Shoah, reste relativement muet, comme si le choc était trop frontal avec le Je... Il faudra attendre le cinéma de Lanzmann pour savoir « diriger un courageux regard » [15]frontal, de face, devant «...quelque chose de profondément masqué dans la critique de l’histoire que nous avons vécue. C’est présentifiant les formes les plus monstrueuses et prétendues dépassées de l’holocauste, le drame du nazisme » [16]

(Nous sommes avec Lacan en 1964).

Les phénomènes de société procèdent aujourd’hui de violences nouvelles, autres, associées à celles qui ont toujours existé, inhérentes à la lutte des classes. Mais les violences d’aujourd’hui procèdent de ces jouissances non-soumises au signifiant. Aussi sont-elles facilement récupérées par un parti d’extrême droite par exemple, puisque c’est sa vocation, au point de faire terreur passive, à tenter de nous confisquer le désir de meurtre de façon quotidienne.

Qui nous fait accepter le langage ennemi que nous pourrions nourrir sans même nous en rendre compte. Ainsi l’épisode du pharmacien Jean-Claude Pressac, qui calcule le nombre de cadavres dans les chambres à gaz,

.est du révisionnisme plein pot, malgré l’engouement des médias, par exemple dans Télérama: « c’est trop beau pour être vrai » est-il dit. Un autre exemple de langage ennemi est celui de mettre les victimes en place conforme aux meurtres qui se sont abattues sur elles, alors que les Juifs ne sont pas morts parce qu’ils sont Juifs mais parce qu’ils ont été tués. C’est aux assassins de répondre sur leurs forfaits et non aux victimes ni aux témoins. Ne lâchons pas sur ceci : commencer à céder sur les mots, c’est céder sur les choses et bientôt sur les actes.

A révisionnisme invisible dans la parole, avatar grave du symbolique au niveau collectif, à ce terme trop connoté du politique, et du langage des historiens, j’oppose silenciation ou forclusion construite : la mort y est en place d’objet a. Pourquoi nos maîtres n’ont pu penser l’entame de notre discipline par rapport aux horreurs des disparitions collectives ? Comment inscrire la rupture de l’histoire ? Qu’un rêve n’analyse pas l’histoire, sinon à ce qu’elle soit rompue et dés lors envahit notre intime, suppose que l’inconscient prenne en charge ce qui s’est passé puisque le conscient ne le peut pas.

Comment une névrose vient au monde aujourd’hui s’évoque par exemple dans un débat entre La liste de Schindler de Steven Spielberg et Shoah de Claude Lanzmann. La transmission brisée exige un débat sur fond de non-débat certes, elle exige aussi non pas qu’il y ait une reconstitution des crimes, mais une nouvelle forme – création, énonciation – et non un enchaînement d’énoncés comme si tout était représentable. Le lien entre éthique et esthétique est là affecté, et ne peut être laissé pour compte, car la transmission est une création plutôt qu’une translation de ce qui s’est passé. Non, il faut inventer à chaque fois pour transmettre d’une génération à l’autre, s’entendre en une énonciation, et non un amalgame, un téléscopage, une redite. Les violences du figurable dans la Shoah font en effet partie de notre histoire, et c’est là où, comme symptôme... l’histoire, elle, convoque l’analyste.

Lors d’un entretien avec Françoise Dolto en décembre 1987 à propos de Shoah [17], elle évoque que le terme de génocide n’existerait plus si les déportés avaient été tués au laser...! Que la shoah serait le combat des fourmis rouges contre les fourmis vertes ! Ou encore que « les Juifs »... « que veux-tu, ils ont du père alors que les autres n’en avaient pas ». Cette impossibilité de percevoir que nous sommes traversés par le langage ennemi procéderait de cet injusticiable du crime commis de fait, et risque de faire origine de notre temps.

Origine à évider pour la rendre symbolique, la sortir d’une concrétude telle que les nazis voulaient voir un peuple, le peuple juif, comme origine de l’humain, pour le détruire, alors que chaque peuple, chaque sujet a un bout de réel qui le laisse proxime de cette question.

Jean-Jacques Moscovitz

Ossicini... fin de la psychanalyse en Italie par Yann Diener dans Charlie Hebdo

publié le 19 juin 2018 à 02:39 par Psychanalyse Actuelle   [ mis à jour : 19 juin 2018 à 02:40 ]


Projection du film « Deux jours, une nuit » le vendredi 1er juin 2018 à Bruxelles

publié le 29 mai 2018 à 09:29 par Psychanalyse Actuelle   [ mis à jour : 29 mai 2018 à 09:44 ]

Projection du film « Deux jours, une nuit »
ce vendredi 1er juin à 20h

Synopsis : Sandra, aidée par son mari, n’a qu’un week-end pour aller voir ses collègues et les convaincre de renoncer à leur prime pour qu'elle puisse garder son travail.

 Avant propos de Jean-Jacques Moscovitz : « ...Sandra est devant un interphone, un parmi d’autres, où elle vient quémander ce qui peut apparaître comme fait divers des plus simples. En fait les frères Dardenne font des films dans le style d’une épure où ils sont passés maîtres. Cela leur a valu deux fois la Palme d’or au Festival de Cannes. Ici nous sommes face a un enjeu en gestation depuis 10 ans avant la sortie du film, celui de la situation du travail en Europe. La rencontre avec Marion Cotillard ( Sandra) pour le spectateur est celle choisie et réussie par les cinéaste: où l’intime lutte contre l’adversité d’un collectif qui si généreux soit il parfois, n’en reste pas moins d’une violence qui ne laisse aucun répit. Le lien social est ici certes singulier mais l’universel est bien celui dont il s’agit. Où le binaire phallique joue sa partie du côté de l’appropriation pour certains ( ici du travail) face à d’autres qui choisissent plutôt le partage où l’être du sujet y trouve quelque place. La fameuse assertion de Freud que « dans l’inconscient nous ne sommes finalement qu’une bande d’assassins » est ici combattue au niveau du Moi malgré qu’une telle violence dans nos démocraties soit souvent active au niveau socio-politique. Où le Moi ne peut que tenter que le lien humain aille du côté d’une éthique de la responsabilité . Voilà le sens de ce film et de l’oeuvre des Dardenne sans jamais tomber dans la posture d’un tribunal quand les traumas individuels s’empilent les uns les autres pour rendent plus destructeurs les traumatismes collectifs. Le/les liens entre psychanalystes pourraient en tirer quelque raison... »


Chers collègues,
À l’occasion du séminaire inter-associatif qui aura lieu à Bruxelles au CAL ce weekend « Pour l’exercice laïque de la psychanalyse en Europe », l’association « Le regard qui bat » en collaboration avec l’IAEP organise le vendredi 1er juin à 20h la projection du film « Deux jours, une nuit » -  réalisé par Luc et Jean-Pierre Dardenne.
Un débat suivra la projection avec la participation 
de Jean-Jacques Moscovitz, Pierre Smet et Sylvain Gross.
Lieu : L'Entrela' - Centre culturel d’Evere
43 rue de Paris - 1140 Evere
Bien à vous,
Guy Mertens 

De l’organisme et du corps d’un point de vue psychanalytique… Par Olivier Douville

publié le 12 mars 2018 à 07:08 par Psychanalyse Actuelle   [ mis à jour : 14 mars 2018 à 02:00 ]

De l’organisme et du corps d’un point de vue psychanalytique…

Par Olivier Douville

À la question de définir qu’est-ce qu’un corps, l’humain ne saurait répondre par la seule évidence biologique et physiologique. Et si nous exigeons tous d’avoir un corps, c’est sans doute parce que rien n’est plus difficile, scandaleux et mortifère que de n’être qu’un corps. La philosophie, depuis Aristote, a insisté sur la dimension d’appropriation du corps par l’individu, en soulignant à quel point la reconnaissance de son identité et de son image était dépendante du regard de face, tenu pour propre à l’espèce humaine.

La psychanalyse revient sans cesse au corps, à sa construction et donc à l’incorporel, reste et effet de cette construction. Avoir un corps n’est pas une donnée élémentaire et première de la conscience, encore moins une condition naturelle. Aussi bien ce qu’est un corps, pour la psychanalyse, ne peut relever de la moindre science naturelle.

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D'autres articles d'Olivier Douville sont à lire ici sur son blog et sur son site web ici

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